LIVRE, événement. Beethoven et après par Élisabeth Brisson, Bernard Fournier, François-Gildas Tual (Fayard / Mirare)

Beethoven, et après livre fayard mirare folle journee beethoven 2020 annonce critique livre concert classiquenews 9782213716589-001-TLIVRE, événement. Beethoven et après par Élisabeth Brisson, Bernard Fournier, François-Gildas Tual (Fayard / Mirare). Immédiatement, le génie beethovénien a été reconnu, mesuré, analysé à sa juste valeur, créant une onde de choc et d’influence, persistante et durable. Tous ses contemporains (excepté Goethe qui rencontre le musicien sans suite) ont célébré la grandeur de l’artiste, la dimension messianique de son écriture, sa fougue révolutionnaire, en particulier dans ses œuvres symphoniques. A l’époque qui suit la Révolution française dont les valeurs suscitent l’adhésion du compositeur né à Bonn (fraternité, égalité, liberté), quand Bonaparte prend le pouvoir et devient Empereur, Beethoven crée la musique de cette déflagration qui sculpte l’Europe politique. Même à l’époque du Congrès de Vienne (1815), Beethoven est le compositeur majeur reconnu par tous. Transcriptions, partitions conçues dans son influence directe… attestent de cette aura saisissante qui occupent des générations d’auteurs après lui.
Le livre est un complément idéal à la Folle Journée de Nantes 2020, qui célèbre à juste titre les 250 ans de Beethoven.
Les 3 auteurs dont certains sont spécialistes de l’œuvre de Ludwig, interroge la fortune critique de Beethoven, dès son vivant. A la lueur des événements de sa vie, beaucoup de biographes ont tenté de récupérer l’image de Beethoven à des fins autres que celles strictement musicales : beaucoup d’auteurs n’ont pas hésité à réécrire le mythe Beethoven (tout en l’enrichissant ainsi) selon des motivations « affectives, esthétiques, nationalistes, idéologiques » (Élisabeth Brisson, auteure du Guide de la musique de Beethoven) ; le propre du génie Beethovénien reste son audace expérimentale qui repousse toujours plus loin les possibilités des formes musicales alors fixées par Haydn et Mozart, ses prédécesseurs à Vienne : ainsi sonate, symphonie, quatuor sont de fond en comble régénérer et porter « à un apogée » (Bernard Fournier, auteur de l’Histoire du quatuor à cordes dont le tome 1 accorde une large place aux quatuors de Beethoven). Enfin l’hommage immédiat à Beethoven se mesure à l’aulne des transcriptions de ses œuvres, permettant « une diffusion large ». Les auteurs soucieux de célébrer la force et la puissance du génie beethovénien sont innombrables : leurs partitions en écho constituent aujourd’hui comme un monument musical qui prolonge le monument de Beethoven à Bonn (François-Gildas Tual). Lecture indispensable.

IVRE, Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN et après… Ă©ditions FAYARD / Mirare - parution : 22 janv 2020. Prix TTC indicatif : 15 € – EAN : 9782213716589 – Code hachette : 2822525 – Prix NumĂ©rique : 10.99 € – EAN numĂ©rique : 9782213718576 – 240 pages – format : 12 x 18, 6 cm.

Reinhard Keiser : Passion selon Saint-Marc, vers 1710 (Ens. Jacques Moderne / Gli Incogniti, 1 cd Mirare)

keiser passion selon saint marc les elements gli incogniti cd mirareCD, critique. Reinhard Keiser : Passion selon Saint-Marc, vers 1710 (Ens. Jacques Moderne / Gli Incogniti, 1 cd Mirare). Chœur particulièrement vivant et palpitant (pour chaque intervention de la turba, dans des chorals assez rares comparés à JS Bach), Evangéliste tendre et mordant (Jan Kobow), d’une lumière compassionnelle à l’adresse du Christ souvent très juste, laissant le texte s’imposer de lui-même et donc, affirmant une continuité narrative idéale… la version nouvelle de cette Passion selon Saint-Marc de Keiser répond à nos attentes.

 

 

 Passion directe et tendre

CLIC_macaron_2014D’autant que cĂ´tĂ© instruments, la souple inflexion chambriste, si ciselĂ©e chez Vivaldi entre autres, des Incogniti d’Amandine Beyer fait merveille ici : accusant l’accomplissement du drame tragique, mais avec une rondeur dĂ©terminĂ©e admirable (on en voudra pour preuve l’air du tĂ©nor, concluant la Partie 1 : lamentation en forme de regrets de Pierre qui a reniĂ© JĂ©sus : subtil et fin Stephan Van Dyck). De toute Ă©vidence, dans le flux narratif ainsi abordĂ©, Reinhard Keiser (1674-1739) sait mesurer ses effets, contraster et varier ses passages et Ă©pisodes, de l’un Ă  l’autre : ce Pierre honteux et repliĂ© sur ses pleurs entonne des regrets lacrymaux irrĂ©sistibles, pudiques et profonds. Un sommet dans cette Passion, ici remarquablement exprimĂ© (plage 9). VoilĂ  qui confirme la souple suavitĂ©, le raffinement très nuancĂ© du style d’un Keiser, vrai prĂ©dĂ©cesseur Ă  Hambourg du fils Bach, Carl Philipp Emmanuel, et donc digne directeur de la musique de la ville hansĂ©atique avant Telemann (lequel le tenait en très grande estime).

 

 

ecce-homo-champaigne-350-539-home-cd--passion-selon-saint-marc-kaiserSi Keiser ne semble pas avoir laissĂ© d’opĂ©ras, son sens du drame, une rĂ©elle efficacitĂ© dramatique, rĂ©vèlent ici un talent pour l’intensitĂ© expressive. Chaque intervention des solistes s’y rĂ©vèle juste au bon moment : air du Golgotha de la soprano (très articulĂ©e Anne MagouĂ«t, avec hautbois obligĂ©), après les larmes de Pierre dĂ©jĂ  citĂ©es, air de l’alto (avec violoncelle pour le tĂ©moin des souffrances du CrucifiĂ©), puis l’enchaĂ®nement des deux airs solistes pour soprano et tĂ©nor qui Ă©voque l’accomplissement de la catastrophe (effondrement du monde, puis tĂ©nèbres, le tout entonnĂ© sur le mode tendre, en liaison avec la compassion qui Ă©treint alors les cĹ“urs touchĂ©s par le Supplice) … les deux voix expriment deux temps d’effusion et de compassion, d’une grâce absolue, dans l’épure et la mesure. Un autre sommet de la narration traversĂ©e par le sentiment de l’inĂ©luctable et contradictoirement exprimĂ© par une Ă©tonnante douceur. Puis l’alto Ă©voque l’ultime souffle du Sauveur, sa tĂŞte penchĂ©e. Chacun marque un jalon dans le parcours Ă©pineux et douloureux, d’autant que le drame s’achève ici sur la mise au tombeau, sans rĂ©elle rĂ©conciliation ni choeur de dĂ©livrance : Keiser a le gĂ©nie de l’intensitĂ© tragique et semble imposer aux fervents comme aux interprètes, la violence du drame dans sa cruditĂ©, avec comme ultime tableau Ă  mĂ©diter, le corps torturĂ©, dĂ©truit, suppliciĂ© de celui qui s’est sacrifiĂ© pour les hommes. Incroyable raccourci dramatique qui ne cesse de hanter l’esprit après l’écoute. Belle idĂ©e de reprĂ©senter en visuel de couverture, l’Ecce Homo de Philippe de Champaigne : simple et sobre mais puissant et concentrĂ©, le style et le sentiment qui s’en dĂ©gagent, rejoignent l’excellent engagement des interprètes de l’enregistrement. C’est donc naturellement un CLIC de classiquenews.

 

 

Reinhard Keiser : Passion selon Saint-Marc, vers 1710. Ensemble Jacques Moderne, Gli Incogniti, Amandine Beye, Joël Suhubiette. 1 cd Mirare. Enregistrement réalisé à Fontevraud en avril 2014. MIR254.

 

 

CD, compte-rendu critique. Marais, Destouches : Sémélé cantate à voix seule avec symphonie; Haendel : concerto grosso op3 N°4, oratorio Sweet bird ; cantate Tra le fiamme ; Sémélé; Théodora. Ensemble Les Ombres; Chantal Santon-Jeffery, soprano; Mélodie Ruvio, alto; Sylvain Sartre, Margaux Blanchard, direction. 1 CD mirare MIR 260

CD, compte rendu critique. SĂ©mĂ©lĂ© par Les Ombres (1cd Mirare). Si le mythe de SĂ©mĂ©lĂ© a inspirĂ© nombre de compositeurs tant en France qu’en Angleterre, seul l’opĂ©ra Ă©ponyme de Georg Friedrich Haendel (1685-1759) est passĂ© Ă  la postĂ©ritĂ©. DĂ©fricheurs des oeuvres baroques qui dorment sur des fonds d’Ă©tagère depuis de longues annĂ©es, voire de longs siècles, Sylvain Sartre et Margaux Blanchard, co directeurs des Ombres, se sont intĂ©ressĂ©s de près au mythe de SĂ©mĂ©lĂ©. Sont ainsi rĂ©vĂ©lĂ©es, les SĂ©mĂ©lĂ© de Marin Marais (1656-1728) et d’AndrĂ© Cardinal Destouches (1672-1729). Il Ă©tait par ailleurs difficile, voire quasi impossible, de ne pas adjoindre Ă  ces deux oeuvres celle de Georg Friedrich Haendel (1685-1759); par ailleurs d’autres chefs d’oeuvre instrumentaux et vocaux de Haendel complètent agrĂ©ablement le programme.

 

 

 

Sémélé sort de l’ombre…

 

semele les ombres chantal santon jefferyC’est la SĂ©mĂ©lĂ© de Marin Marais (1656-1728) qui ouvre l’enregistrement des Ombres. Dans cet opĂ©ra en un prologue et cinq actes, crĂ©Ă© en 1709 et tombĂ© dans l’oubli aussitĂ´t, Sylvain Sartre et Margaux Blanchard ont sĂ©lectionnĂ© des extraits du prologue. Les ombres jouent les extraits instrumentaux avec entrain laissant transparaitre une musique vive, forte, dynamique. L’air “Quel bruit nouveau” est interprĂ©tĂ© avec sobriĂ©tĂ© par la soprano Chantal Santon-Jeffery. Dans ce premier opus de l’enregistrement, la jeune femme a nĂ©anmoins peu l’occasion de s’exprimer ; dommage, qu’il y ait si peu d’extraits vocaux de l’oeuvre de Marin Marais. Poursuivant leur exploration, Les Ombres nous emmènent ensuite dans l’univers d’AndrĂ© Cardinal Destouches (1672-1729) qui, lui, a prĂ©fĂ©rĂ© privilĂ©gier la forme cantate plutĂ´t que l’opĂ©ra. Datant de 1719, le chef d’oeuvre du compositeur parisien est restĂ© dans l’ombre de sa crĂ©ation Ă  … 2009, date Ă  laquelle elle a Ă©tĂ© re-crĂ©Ă©e par Les Ombres au festival d’Ambronay. Pour ce second, c’est l’alto MĂ©lodie Ruvio qui interprète avec sensibilitĂ© le chef d’oeuvre de Destouches. La jeune artiste fait montre d’une autoritĂ© et d’une maitrise digne des plus grandes tant elle fait siens, texte et musique de Destouches. La troisième SĂ©mĂ©lĂ© du CD est celle de Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Avec “Oh sleep” et “Endless pleasure », Chantal Santon-Jeffrey peut incarner en toute libertĂ©, laissant transparaitre une SĂ©mĂ©lĂ© amoureuse et dĂ©terminĂ©e. Face Ă  elle, SĂ©mĂ©lĂ© juvĂ©nile et sĂ©duisante, MĂ©lodie Ruvio affirme une Junon mordante, jalouse et retorse Ă  souhait Ă©cartant sans remords la malheureuse Iris, sa messagère, venue la prĂ©venir qu’il lui sera difficile d’approcher SĂ©mĂ©lĂ© Ă  cause des protections renforcĂ©es installĂ©es par Zeus autour de sa nouvelle maitresse.

Pour complĂ©ter le prĂ©sent CD, Sylvain Sartre et Margaux Blanchard insèrent d’autres oeuvres de Haendel dont le Concerto grosso opus 3 n°4. Les Ombres u cultivent un allant rafraichissant; les musiciens mettent leur sensibilitĂ© au service d’une oeuvre plus difficile Ă  jouer qu’il n’y parait. De mĂŞme L’allegro, il penseroso ed il moderato (« Sweet bird ») est fort bien interprĂ©tĂ© par un ensemble en grande forme et dirigĂ© avec panache par ses deux chefs Sylvain Sartre et Margaux Blanchard. Dans la cantate “Tra le fiamme », ils accompagnent Chantal Santon-Jeffrey avec bonheur; la soprano chante le chef d’oeuvre de Handel avec un plaisir gourmand et plaisant. En conclusion, Chantal Santon-Jeffrey et MĂ©lodie Ruvio chantent un extrait de ThĂ©odora : “To thee, thou glorious son of worth”; les voix des deux chanteuses se marient parfaitement accusant les sentiments contradictoires des deux personnages en situation.

Le prĂ©sent CD donne un bel aperçu du mythe de SĂ©mĂ©lĂ© mĂŞme si nous aurions aimĂ© approfondir notre dĂ©couverte de l’oeuvre de Marin Marais grâce Ă  davantage d’extraits vocaux. Cependant Chantal Santon-Jeffrey et MĂ©lodie Ruvio se font ambassadrices  d’oeuvres mĂ©connues, voire oubliĂ©es. Les SĂ©mĂ©lĂ© de Marin Marais et d’AndrĂ© Cardinal Destouches s’imposent ici, avec finesse et caractĂ©risation, avec d’autant plus de mĂ©rite que la musique des deux compositeurs est de grande valeur et bien Ă©crite.

 

Marin Marais (1656-1728) : SĂ©mĂ©lĂ© : marche d’Aegipans, “quel bruit nouveau”, deuxième air des guerriers, chacone; AndrĂ© Cardinal Destouches (1672-1729) : SĂ©mĂ©lĂ© cantate Ă  voix seule avec symphonie; Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : concerto grosso op3 N°4, oratorio Sweet bird, cantate Tra le fiamme, SĂ©mĂ©lĂ© : Oh sleep, Endless pleasure, Hence Iris; ThĂ©odora : To thee, thou glorious son of worth. Ensemble Les Ombres; Chantal Santon-Jeffery, soprano; MĂ©lodie Ruvio, alto; Sylvain Sartre, Margaux Blanchard, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© en Juin 2013 Ă  l’espace Bonnet de Jujurieux (Ain). 1 cd Mirare MIR 260