COMPTE-RENDU, critique, opéra. BORDEAUX, le 14 déc 2019. Récital de Mariella Devia, soprano. Giulio Zappa, piano.

devereux-devia-roberto-devereux-donizetti-dvd-bel-air-classiques-critique-review-dvd-critique-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. BORDEAUX, le 14 dĂ©c 2019. RĂ©cital de Mariella Devia, soprano. Giulio Zappa, piano. Que dire qui n’ait pas dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©crit sur l’immense soprano belcantiste Mariella Devia et son incomparable art du chant? Tout d’abord, grand merci Ă  l’OpĂ©ra de Bordeaux qui permet Ă  la cantatrice transalpine de faire ses adieux au public français et aux spectateurs de l’Hexagone d’applaudir une dernière fois celle qui restera comme l’une des plus grandes artistes des cinquante dernières annĂ©es. Une fois encore, la chanteuse dĂ©montre que le temps semble n’avoir aucune prise sur sa voix et donne Ă  entendre une vĂ©ritable leçon de chant. Par notre envoyĂ© spĂ©cial Narciso Fiordaliso.

 

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Récital de Mariella Devia…
Adieux bordelais, Ă” temps, suspend ton vol

 

En effet, malgrĂ© ses 71 ans, l’instrument stupĂ©fie par sa jeunesse et sa fraicheur, le vibrato apparaissant parfaitement sous contrĂ´le et le soutien d’une soliditĂ© Ă  toute Ă©preuve. ConsĂ©quence d’une telle maĂ®trise, l’interprète peut moduler sa voix Ă  volontĂ©, osant toutes les nuances et dĂ©ployant un aigu d’une prĂ©cision fascinante, dardĂ© avec une facilitĂ© dĂ©concertante. Le timbre, d’une puretĂ© admirable, s’irise en outre de mille couleurs au grĂ© de l’imagination de la musicienne et on se surprend Ă  goĂ»ter certains textes comme si on les entendait pour la première fois, tant le souffle ainsi transformĂ© en rĂ©sonance pure permet de sculpter chaque mot.
Un mot sur le programme, particulièrement ambitieux, alignant quatre grandes scènes, dont trois comportant jusqu’Ă  la cabalette, au milieu de mĂ©lodies qui n’ont en rĂ©alitĂ© rien de facile et sont pour certaines de vĂ©ritables arias miniatures. Parmi les pièces de chambre, on admire particulièrement la Zingara de Donizetti, qui permet Ă  la diva de montrer, outre sa virtuositĂ©, une malice et un humour qu’elle n’a que peu l’occasion de mettre en avant.
La cantilène d’Amenaide extraite de Tancredi place d’emblĂ©e la barre très haut, transparente de juvĂ©nilitĂ© vocale et poignante de sincĂ©ritĂ©, mais c’est avec la terrible scène d’Imogene qui clĂ´t le Pirata bellinien que la chanteuse dĂ©chaine les ovations du public, tant l’aplomb et le panache de l’interprète laissent pantois, jusque dans les notes les plus graves, crânement assumĂ©es, et des variations de plus en plus Ă©lectrisantes au fur et Ă  mesure que la fin se rapproche, que couronnent deux contre-uts retentissants et triomphants.

L’entracte passĂ©, la scène d’entrĂ©e de Maria Stuarda prouve une fois de plus combien cette Ă©criture tombe idĂ©alement dans la voix de la Devia, legato de haute Ă©cole, nuances infinies et virtuositĂ© toujours impressionnante. Et c’est avec Amalia d’I Masnadieri de Verdi que le programme se referme, conclu lĂ  aussi par une cabalette Ă©tourdissante, aigus piquĂ©s en poupe, dĂ©cochĂ©s avec une aisance et une fraicheur dĂ©concertantes, jusqu’Ă  un ultime aigu qui achève de terrasser la salle… et nous avec.

Le public exulte et explose en bravi qui paraissent ne jamais devoir s’arrĂŞter, Ă  tel point que la reine de la soirĂ©e parait presque gĂŞnĂ©e par tant d’effusions Ă  son Ă©gard, sa modestie effarouchĂ©e semblant la pousser au plus vite vers les coulisses.
La Devia concède nĂ©anmoins deux bis. Tout d’abord, un touchant “Casta diva” extrait de Norma, durant lequel la diva laisse malgrĂ© elle transparaĂ®tre son humanitĂ© derrière l’immuable perfection, avec une phrase initiale oĂą, pour la première fois, le souffle parait lui manquer sur la dernière note. A l’Ă©chelle de tout un concert, sinon de toute une carrière, voilĂ  qui n’est que peccadille , mais la Devia fait partie des dernières vestales dont la vie entière a Ă©tĂ© guidĂ©e par la recherche de la perfection, Ă©rigeant son mĂ©tier en une rigueur presque austère, oĂą seul fait foi l’art du chant. Aussi, il est Ă©mouvant d’entre-apercevoir enfin la fragilitĂ© de la femme au-delĂ  de l’ascèse de l’artiste, comme une mise Ă  nu.
Enfin, face Ă  l’insistance des spectateurs, la chanteuse achève cette soirĂ©e avec un splendide air de Magda tirĂ© de la Rondine puccinienne, lentement dĂ©ployĂ© jusqu’Ă  un contre-ut resplendissant, emplissant toute la salle, comme un dernier cadeau.
Tout le concert durant, elle peut compter sur le soutien sans faille de son pianiste Giulio Zappa qui, en véritable partenaire, la couve et la porte de son toucher délicat, prouvant en outre à deux reprises ses talents de concertiste en servant superbement Chopin et Schumann.
C’est tout naturellement debout que le public remercie Mariella Devia, rendant ainsi hommage, peut-ĂŞtre pour la dernière fois, Ă  l’une des artistes les plus nobles et intègres de son Ă©poque ; une grande dame dont l’art du chant servira toujours de modèle aux gĂ©nĂ©rations prĂ©sentes et Ă  venir.

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Bordeaux. Grand-Théâtre, 14 dĂ©cembre 2019. Gioachino Rossini : SoirĂ©es musicales , La Promessa, L’Invito ; Tancredi , “Di mia vita infelice… No che il morir non è”. Frederic Chopin : Mazurka op. 67 n°3 et 4 . Vincenzo Bellini : Malinconia, ninfa gentile ; Per pietĂ , bell’idol mio ; Il Pirata , “Oh, s’io potessi… Col sorriso d’innocenza… Oh, sole ! ti vela”. Gaetano Donizetti : Eterno amore e fe’ ; La Zingara ; Maria Stuarda , “Oh nube ! che lieve… Nella pace del mesto riposo”. Robert Schumann : Arabeske op. 18 . Giuseppe Verdi : Perduta ho la pace ; Stornello ; Deh pietoso, oh Addolorata ; I Masnadieri , “Dall’infame banchetto… Tu del mio Carlo al seno… Carlo vive ? O caro accento”. Mariella Devia, soprano. Giulio Zappa, piano

Compte rendu, récital lyrique. Parme. Teatro Regio, le 11 octobre 2014. Verdi. Mariella Devia, soprano; Giulio Zappa, piano.

parme festival teatro regioChaque annĂ©e au mois d’octobre, les ligues contre le cancer du monde entier se mobilisent pour la lutte contre le cancer du sein. La ligue italienne ne fait pas exception et s’associe au Teatro Regio de Parme Ă  l’occasion du rĂ©cital de la cĂ©lèbre soprano Mariella Devia. Si nous saluons cette heureuse et gĂ©nĂ©reuse initiative nous regrettons que la salle ait Ă©tĂ© Ă  peine Ă  moitiĂ© pleine, ne fusse que pour profiter de la prĂ©sence sur scène d’une artiste exceptionnelle qui, accompagnĂ©e par un excellent pianiste, alterne avec bonheur mĂ©lodies et extraits d’opĂ©ras.

Mariella Devia triomphe au Teatro Regio

Giuseppe Verdi (1813-1901) est d’abord connu pour ses opĂ©ras, il en a composĂ© vingt-sept, c’est il a aussi composĂ© nombre de mĂ©lodies charmantes qui sont rĂ©gulièrement enregistrĂ©es mais peu donnĂ©es en rĂ©cital. Mariella Devia a lĂ  une excellente idĂ©e en choisissant quelques unes d’entre elles dans les recueils “sei romanze” composĂ©s en 1838 et 1845 et qu’elle a gravĂ©, pour celles de 1845, au CD. La soprano romaine surprend tant elle maĂ®trise encore parfaitement une voix toujours bien prĂ©sente, puissante, ferme; la tessiture est large et les aigus sont toujours bien prĂ©sents, bref la voix a peu bougĂ© et l’artiste offre Ă  un public survoltĂ© un grand moment de beau chant. Si, dans l’ensemble, les mĂ©lodies, notamment “E la vita un mar d’affanni” ou “Deh pietoso, oh adorata”, incitent Ă  la mĂ©ditation, les airs d’opĂ©ra lui permettent de vocaliser et de passer d’un registre Ă  l’autre avec une aisance confondante. Qu’il s’agisse de Il Corsaro ou de I Vespri siciliani, Mariella Devia fait montre d’une redoutable agilitĂ© et le Bolero d’Elena dans I Vespri siciliani reçoit une ovation grandement mĂ©ritĂ©e. D’ailleurs, l’ensemble de sa superbe performance reçoit une ovation telle que la chanteuse a du concĂ©der trois bis Ă  une salle en dĂ©lire. Et sortant un peu de l’hommage Ă  Verdi, elle chante un extrait de Norma de Vincenzo Bellini (1801-1835) : “Casta Diva” ; un autre tirĂ© du Manon de Jules Massenet (1842-1912) : “Adieu notre petite table”, achevant le rĂ©cital avec un extrait de La Traviata (Addio del passato). C’est le pianiste Giulo Zappa qui accompagnait Mariella Devia Ă  l’occasion de ce concert exceptionnel. Excellent musicien, Zappa sublime les introductions et les moments purements musicaux; et lorsque la soprano chante le piano se fait tout doux, jamais tapageur et toujours très attentif Ă  sa partenaire.

Mariella Devia reçoit en ce samedi après midi un triomphe grandement mĂ©ritĂ©; d’autant plus mĂ©ritĂ© que la voix n’a quasiment pas bougĂ© avec une tessiture large des aigus superbes et des graves encore bien prĂ©sents. D’autre part, soucieuse de faire dĂ©couvrir les diffĂ©rentes facettes de Verdi, l’artiste romaine a judicieusement alternĂ© mĂ©lodies et extraits d’opĂ©ras.

Parme. Teatro Regio, le 11 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Perduta ho la pace; il brigidino (E la vita un mar d’affanni), Deh pietoso, oh addolorata; La zingara, Lo spazzacamino; Stornello (Chi i bei di m’adduce ancora); Il corsaro : Egli non ride ancora … Non so le tetre immagini; I vespri siciliani : Cavatine “Arrigo ! Ah parli ad un core”, siciliana “MercĂ© dilette amiche”; Giovanna d’Arco : scène et cavatine “Oh ben s’addice … Sempre all’alba ed alla sera”, rĂ©citatif et romance “Qui! qui! O fatidica foresta”; I lombardi alla prima crocciata : scène et vision “Qual prodigio! … Non fu sogno”, La Traviata : “Addio del passato” (bis 3); Vincenzo Bellini : Norma : Casta Diva (bis 1); Jules Massenet : Manon : Adieu notre petite table (Bis 2). Mariella Devia soprano; Giulio Zappa, piano