CD, critique. SCHUMANN : Jean-Marc Luisada (1 cd RCA Red Seal – 2018)

schumann_luisada_rca-cd review critique cd par classiquenewsCD, critique. SCHUMANN : Jean-Marc Luisada (RCA Red seal). Jean-Marc Luisada revient Ă  Schumann, non sans arguments. On distingue surtout dans ce programme monographique, les contrastes (presque parfois percussifs) toujours pleins de facĂ©tie revendiquĂ©e et naturellement Ă©noncĂ©e, comme la brillante volubilitĂ© des « DavidsbĂŒndlertĂ€nze », dont la 15 par exemple, a des accents d’une noblesse Ă©perdue admirablement articulĂ©e, Ă©mise dans le clavier avec une franchise Ă  la fois sincĂšre et saine. Le rubato est habilement menĂ© avec des ralentis et des prĂ©cipitations Ă  la façon d’une marche Ă©branlĂ©e comme prise dans le tapis (la 16), prĂ©cĂ©dant une pause d’une absolue rĂȘverie enchantĂ©e (17) : « Wie aus der Ferne », Ă©tirĂ©e, alanguie, d’une extension extatique et la plus longue des sĂ©quences : plus de 4mn.

Soulignons de mĂȘme, la rĂȘverie plus dĂ©veloppĂ©e encore, non pas tant sur le plan de la durĂ©e que de l’itinĂ©raire et du dĂ©veloppement musical dans « TrĂ€umerei » opus 15 n°7
 d’une pudeur toute Ă©vanescente.‹L’esprit du songe suspendu reprend dans « Frölicher Landamann », retenu, caressant, intĂ©rieur qui appelle Ă  l’abandon suave. Tout Robert est prĂ©sent, dans cette immersion profonde dans les replis de la psychĂ© tenue cachĂ©e, secrĂšte.

Enfin viennent les 16 Ă©pisodes tout en contraste eux aussi de « Humoreske » opus 20, un autre accomplissement dans l’art pianistique si exaltĂ© et raffinĂ© du maĂźtre Schumann. Son amour en filigrane se lit Ă©videmment dans le jeu incessant, son activitĂ© – liquide, aĂ©rienne des mains requises ; elles citent la complicitĂ© et la passion de Robert pour son Ă©pouse Clara, elle-mĂȘme compositrice et immense pianiste. Jusqu’au dernier, «  Zum BeschluĂŸÂ Â» (le plus long en guise de conclusion, de plus de 6 mn), c’est un cycle surepressif, Ă©tincelant, formant une ronde enjouĂ©e, juvĂ©nile en sĂ©quences trĂšs rythmĂ©es et versatiles qui fanfaronnent et qui enchaĂźnent tension et dĂ©tente, exaltation, et songe
 ivresse parfois ;

SĂ»r, direct, sans emphase mais habitĂ© par le rĂȘve intĂ©rieur de Schumann, JM Luisada s’affirme comme un prince lyrique au clavier ; sa technique digitale prend en compte les ressources expressives et dynamiques de l’instrument. La clartĂ© de l’architecture, l’éloquence trĂšs caractĂ©risĂ©e du jeu l’imposent en indiscutable schumanien. Excellent programme.

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CD, critique. Robert Schumann (1810-1856) : DavidsbĂŒndlertĂ€nze op. 6 ; MĂ©lodie op. 68 n° 1 ; TrĂ€umerei op. 15 n° 7 ; Frölicher Landmann op. 68 n° 10 ; Humoreske op. 20. Jean-Marc Luisada, piano Steinway et sons. 1 CD RCA red seal. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Berlin (Jesus-Christus-kirche) en janvier 2018. Notice : français, anglais, allemand. DurĂ©e : 1h10mn.

Entretien avec Olivier Erouart, directeur artistique du Festival Piano au MusĂ©e WĂŒrth

WURTH-piano-au-musee-wurth-festival-2018-programme-presentationEntretien avec Olivier Erouart, directeur artistique du Festival Piano au MusĂ©e WĂŒrth. PrĂ©sentation de l’édition 2018 du festival de piano au MusĂ©e WĂŒrth, Ă  Erstein prĂšs de Strasbourg. Etabli dans le musĂ©e WĂŒrth, qui met Ă  disposition son auditorium (220 places / et son piano de concert
), le Festival affirme une identitĂ© artistique forte, qui prend en compte les spĂ©cificitĂ©s du lieu oĂč il se dĂ©roule (les collections de peinture dont le musĂ©e est l’écrin
), et aussi les Ă©volutions artistiques du piano actuel. Eclectique, inovant, expĂ©rimental aussi, le cycle musical proposĂ© est l’un de splus complets actuellement, Rencontre et explication avec Olivier Erouart, directeur artistique du Festival


 
 

CLASSIQUENEWS : Comment se dĂ©roule le festival (lieux investis, intĂ©rĂȘt patrimonial et musique, accessibilitĂ© des concerts et des Ă©vĂ©nements) ?

OLIVIER EROUART : Piano au MusĂ©e WĂŒrth en est Ă  sa troisiĂšme Ă©dition. À la demande de Marie-France Bertrand, directrice du MusĂ©e WĂŒrth, j’en assure la direction artistique depuis cette annĂ©e. L’originalitĂ© de ce festival est qu’il se situe dans un musĂ©e qui lui-mĂȘme est situĂ© sur le site de l’entreprise WĂŒrth. PassionnĂ© par les arts et la musique, Reinhold WĂŒrth, fondateur-propriĂ©taire du groupe WĂŒrth, a pourvu ce musĂ©e d’un bel auditorium de 220 places oĂč tout au long de l’annĂ©e se succĂšdent des concerts, des confĂ©rences, des rencontres, des spectacles de thĂ©Ăątre, etc. Le mois de novembre est dĂ©volu au piano, car se trouve Ă  demeure dans cet auditorium un piano de concert Steinway D.
Erstein se trouve Ă  une vingtaine de kilomĂštres de Strasbourg et le musĂ©e dans la zone industrielle facilement accessible en voiture ou en train. Pour les annĂ©es Ă  venir, nous rĂ©flĂ©chissons Ă  mettre en place un systĂšme de covoiturage pour en faciliter davantage l’accĂšs.

 
 

CLASSIQUENEWS : Quels sont les critÚres artistiques qui assurent à la programmation sa cohérence et sa singularité ?
Pour cette troisiĂšme Ă©dition, nous n’avons pas envisagĂ© de thĂ©matique particuliĂšre. L’une s’est nĂ©anmoins imposĂ©e, c’est celle de gĂ©nĂ©ration en Ă©cho au thĂšme de l’exposition Namibia, l’art d’une jeune gĂ©nĂ©ration, car ce sont des gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes qui vont se produire sur la scĂšne de l’auditorium : des jeunes Ă©lĂšves de l’École de Musique d’Erstein Ă  Philippe Entremont, une lĂ©gende du piano qui a connu et collaborĂ© avec Stravinsky, Milhaud, Bernstein, etc. Nous commençons Ă©galement une collaboration avec les classes de musique de chambre du Conservatoire de Strasbourg et trois Ă©lĂšves des classes de Craig Goodmann et de Pierre BrĂ©geot joueront des Ɠuvres pour piano, alto et clarinette de Mozart, Schumann et Bruch. Par ailleurs, nous invitons un des laurĂ©ats de Piano Campus Ă  donner un rĂ©cital (Maria Kustas, le 11 novembre).
L’amitiĂ©, la fidĂ©litĂ© ont aussi Ă©tĂ© nos guides. Une belle amitiĂ© nous lie Ă  Jean-Marc Luisada, Ă  Marie-JosĂšphe Jude. Ce sont aussi le plaisir des rencontres musicales renouvelĂ©es avec la pianiste Inga Katzantseva qu’à titre personnel, je suis depuis son arrivĂ©e en Alsace, ou la violoniste et chambriste Charlotte Juillard. Ce sont Ă©galement des chocs musicaux lors de concerts entendus en Alsace ou ailleurs. Alexandre Kantorow, l’un des grands pianistes de demain, a Ă©tĂ© pour nous une rĂ©vĂ©lation. Nous privilĂ©gions aussi une carte rĂ©gionale, car l’Alsace est une terre de musique et nous aurons plaisir Ă  accueillir le Quatuor Florestan et Eveline Rudolf. Toutefois, dĂšs l’édition 2019, la programmation sera axĂ©e autour d’une thĂ©matique. Nous sommes dĂ©jĂ  en mesure de vous rĂ©vĂ©ler que celle de 2019 sera L’humour dans la musique.

 
 
CLASSIQUENEWS : Quelle est l’expĂ©rience que vit le festivalier Ă  chaque Ă©dition ?
Une expĂ©rience unique qui est celle du plaisir des yeux avec les expositions du musĂ©e, l’écoute des concerts, les rencontres et les discussions Ă  bĂątons rompus avec les musiciens Ă  la fin de chaque concert. La possibilitĂ© Ă©galement d’assister Ă  deux Ă©missions de radio, car la radio Accent 4 qui diffuse un programme de musique classique, dĂ©localise son studio pour ĂȘtre au cƓur de notre manifestation. Et puis, s’il a une petite faim, il peut se restaurer Ă  la cafĂ©tĂ©ria du musĂ©e.
 
 
CLASSIQUENEWS : Comment choisissez-vous chaque programme ? Etes-vous soucieux de l’inĂ©dit, de la crĂ©ation ?

Bien sĂ»r, mĂȘme si le public aime se retrouver en terre connue. Schumann, Chopin, Mozart, Debussy, Couperin, Beethoven seront prĂ©sents. Mais Couperin sera interprĂ©tĂ© pour la premiĂšre fois en concert par Marie-JosĂšphe Jude. Nous aimons les chemins de traverse et la venue d’AndrĂ© Manoukian, homme de tĂ©lĂ©, de radio, pĂ©dagogue – Ă©coutez ses chroniques sur France-Inter ! – et excellent pianiste en est un. Nous avons Ă  cƓur de dĂ©cloisonner la musique. C’est dans cette optique que, depuis trois ans, nous convions Jazzdor Ă  dĂ©localiser l’un de ses concerts. Cette annĂ©e, ce sera le Trio Pierre de Bethmann.
Jean-Marc Luisada est un cinĂ©phile averti et passionnĂ© et il proposera une soirĂ©e « Cinepiano, mon amour » tout en Ă©motion avec la projection d’un chef d’Ɠuvre du cinĂ©ma hollywoodien de 1940, La Valse dans l’ombre de Mervyn Leroy, prĂ©cĂ©dĂ©e des Intermezzi opus 117 de Brahms.
Nous aimons provoquer les rencontres. Ce sera le cas avec le conteur et comĂ©dien Jean Lorrain et la pianiste russe Inga Kazantseva pour un concert en famille avec L’Histoire de Babar de Poulenc et Jean de Brunhoff. Nous avons conviĂ© Charlotte Juillard, super-soliste de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, en lui proposant d’inviter ses complices : le pianiste Jonas Vitaud et le violoncelliste SĂ©bastien van Kuijk.
De l’inĂ©dit peut-ĂȘtre pas, mais de l’inattendu sans doute avec le Quatuor Ă  cordes de Maurice Jouneau, un homme qui a traversĂ© le siĂšcle et qui a laissĂ© des Ɠuvres que sa fille, Chantal Viret-Journeau, dĂ©fend avec ferveur et passion ou le trĂšs agrĂ©able Quintette avec piano de Reynaldo Hahn. Nous pourrions encore citer les Trois danses argentines de Ginastera…
Poulenc disait qu’il Ă©tait un musicien sans Ă©tiquette. Avec audace, nous dirons que nous sommes des organisateurs sans Ă©tiquette, mais avec goĂ»t.

 
 
CLASSIQUENEWS : Comment fonctionne la programmation musicale pendant le festival, et les lieux du musée ? Quel bénéfice pour le public ? Y a-t-il une offre groupée associant visite du musée et concert ?

Tout au long du festival, le musĂ©e ouvre ses portes et des visites guidĂ©es gratuites pour le festivalier sont proposĂ©es. Les dimanches 11 et 18 novembre, nous allons inviter le public Ă  rester en notre compagnie et celles des artistes Ă  partir de 11h. Il pourra ainsi entre les concerts visiter les collections, « bruncher” Ă  l’heure du dĂ©jeuner, Ă©couter de la musique, rencontrer, une coupe de champagne Ă  la main, les artistes invitĂ©s Ă  se produire.
 
 
CLASSIQUENEWS : Y-a-t-il un lien entre les collections permanentes du musĂ©e, et le choix des artistes ou des Ɠuvres jouĂ©es pendant le Festival PIANO au MusĂ©e WĂŒrth ?

Si cette annĂ©e, il Ă©tait difficile de trouver une correspondance Ă©vidente entre le thĂšme de l’exposition et la programmation, nous souhaitons pouvoir dans les annĂ©es Ă  venir offrir un concert en lien, voire une dĂ©ambulation musicale ou la commande d’une Ɠuvre.
Si vous le permettez, je voudrais souligner que Piano au MusĂ©e WĂŒrth existe grĂące Ă  l’engagement d’une Ă©quipe de salariĂ©s (Claudine, StĂ©phanie, Alan), de bĂ©nĂ©voles et de partenaires dont la Ville d’Erstein.

 
 

Propos recueillis en octobre 2018

 

 
 
 
 

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wurthe-banniere-horizontale-2018-par-classiquenewsLIRE aussi notre prĂ©sentation du Festival PIANO au MusĂ©e WÜRTH (Erstein : 9 – 18 nov 2018) - Le MusĂ©e WĂŒrth Ă  Erstein, prĂšs de Strasbourg n’est pas seulement l’une des plus intĂ©ressantes collection d’art contemporain entre France et Allemagne ; c’est aussi un Ă©crin pour les concerts et les Ă©vĂ©nements interdisciplinaires, comme en tĂ©moigne le festival Piano au MusĂ©e WĂŒrth, du 9 au 18 novembre prochains. La (dĂ©jĂ ) 3Ăš Ă©dition met Ă  l’honneur la notion de « gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes » : ainsi les Ă©lĂšves du Conservatoire de Strasbourg (le 10 nov, 17 et 18h) et de l’École Municipale de Musique d’Erstein paraissent (le 15 nov, 20h et 21h) aux cĂŽtĂ©s de Philippe Entremont (concert de clĂŽture, le 18 nov, 20h), lui-mĂȘme Ă©lĂšve de Marguerite Long qui collabora avec les grands musiciens et compositeurs du XXe siĂšcle tels Stravinsky, Bernstein, Milhaud, Stokowski
 De filiations en transmissions s’écoule une mĂȘme passion pour le clavier et l’idĂ©e d’une musique totale, source de partage, de dĂ©passement, d’enchantement. TOUTES LES INFOS? les dates, les artistes, les programmes sur le site du MusĂ©e WÜRTH Ă  ERSTEIN