CRITIQUE, opéra. NICE, le 27 mars 2022. LULLY : Phaéton. Cachet, Lombard, Goicoechea, Caton, Richard
 Corréas / Oberdorff.

CRITIQUE, opĂ©ra. NICE, le 27 mars 2022. LULLY : PhaĂ©ton. Cachet, Lombard, Goicoechea, Caton, Richard
 CorrĂ©as / Oberdorff. Saluons l’OpĂ©ra de Nice de produire cet opĂ©ra de Lully, indĂ©niablement un chef d’Ɠuvre : la force des tableaux, des contrastes entre eux, l’Ă©quilibre entre rĂ©cits, duos, ensembles,… sans omettre l’architecture globale et le dĂ©roulement mĂȘme du drame : pas un temps mort.
On ne cesse Ă  chaque Ă©coute de Lully de dĂ©couvrir et d’apprĂ©cier tel et tel aspect, telle nuance de son Ă©criture, son raffinement instrumental, son intelligence dramatique, et dans le choix du sujet, des thĂšmes moraux et philosophiques qui transportent ; son travail sur la langue, son expressivitĂ© musicale comme sa justesse poĂ©tique qui captivent Ă  chaque session. Comme Wagner, en effet, Lully a pensĂ© l’opĂ©ra comme un spectacle total. En une dizaine de drames, il aura inventĂ© l’opĂ©ra Ă  la française. PhaĂ©ton appartient Ă  ses derniers.

 

 

 

A Nice, un Phaéton poétique,
visuellement puissant et noir

 

 

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« L’opĂ©ra du peuple » ainsi qu’on l’a nommĂ© Ă  sa rĂ©ception Ă  Versailles en 1683 (comme on dit d’Atys que c’est « l’opĂ©ra du roi ») met l’accent de fait sur la figure hĂ©roĂŻque de PhaĂ©ton, figure suprĂȘme de l’ambition comme du courage humain… Mais le propre de Lully est d’humaniser son hĂ©ros, de creuser ses failles et sa part d’ombre… d’en faire un amant “sans foi”, un traĂźtre par vanitĂ© et par orgueil, vis Ă  vis de l’ardente et si loyale ThĂ©one (vĂ©ritable protagoniste de ce drame tragique), sorte d’Elvira avant l’heure, qui l’aime passionnĂ©ment autant que lui ambitionne ; tout en la trouvant admirable, il n’hĂ©site pas Ă  sacrifier leur amour pour sa gloire : ainsi Ă©pouser Libye pour devenir roi ; se faire reconnaĂźtre d’Apollon comme le fils indiscutable de ce dernier… et Ă  ce titre pouvoir conduire le char du soleil – rien de moins.

Pas facile de mettre en scĂšne un ouvrage spectaculaire et tragique, qui surtout articule en un vrai huis-clos psychologique, les passions humaines ; et, tout en suivant PhaĂ©ton, en sa volontĂ© dĂ©raisonnable, prĂ©cipite sa chute…
C’est bien un coup de gĂ©nie d’avoir prĂ©parer ainsi le spectateur vers le tableau final : trop ambitieux, trop tĂ©mĂ©raire… mais pas assez maĂźtre de lui-mĂȘme, PhaĂ©ton est foudroyĂ© par Jupiter ; le soleil, malconduit, allait brĂ»ler la terre. A travers ce hĂ©ros d’argile, Lully et Quinault plonge au cƓur du mystĂšre du pouvoir et de sa filiation divine : Louis XIV ne dĂ©tenait-il pas sa souverainetĂ© de Dieu lui-mĂȘme ? Aucun autre « prĂ©tendant » ne pourrait occuper son rĂŽle. Cela est dit de façon violente, autoritaire et pourtant (grĂące Ă  la magie de la musique), poĂ©tique. La mise en scĂšne d’Éric Oberdorff a la qualitĂ© de l’Ă©pure et de la lisibilitĂ©, tout en n’Ă©cartant pas l’intimisme ni les suggestions multiples d’un Lully autant hĂ©roĂŻque et barbare, qu’attendri et rĂȘveur.

Entre temps combien de sĂ©quences oniriques, souvent pastorales qui expriment le sentiment du compositeur pour la nature ; et aussi la nuit [quand ProtĂ©e s'endort avant de dĂ©voiler Ă  sa mĂšre ClymĂšne, le sort de son fils PhaĂ©ton, fin du I] ; mais Ă©galement la mort [quand Apollon convoque l'esprit du Styx en jurant d’exaucer PhaĂ©ton, au IV]. Car PhaĂ©ton est un opĂ©ra sombre et grave, noir.

La production dĂ©montre plusieurs atouts : elle utilise habilement la tournette sur le plateau permettant, parce qu’elle ne cesse de se mouvoir, s’ouvrant et se refermant : mouvements, actions simultanĂ©es, apparitions, ensembles…, mais aussi il combine astucieusement danseurs (Compagnie Humaine)  et chanteurs dont certains n’hĂ©sitent pas non plus Ă  bouger, et jouer sans entrave.

On reste Ă©bloui par la concision du texte, l’acuitĂ© et la beautĂ© des images comme des sentiments qu’ils expriment. Il faut infiniment de prĂ©cisions, d’agilitĂ© technique pour ciseler et projeter les mots de Quinault dont l’Ă©loquence Ă©gale rĂ©pĂ©tons le, Racine.

ConfrontĂ©s Ă  ce dĂ©fi linguistique et expressif, seuls quelques solistes s’en tirent brillamment, plus naturellement intelligibles que leurs partenaires : Jean-François Lombard en triton puis surtout en Apollon donne une leçon de caractĂ©risation ciselĂ©e ; les voix basses ensuite, Arnaud Richard [ProtĂ©e] et FrĂ©dĂ©rique Caton [le roi] ; puis l’Épaphus de Gilen Goicoechea, cƓur noble, princier, loyal Ă  sa promise Libye. Des chanteuses, seule la ThĂ©one de Deborah Cachet tire son Ă©pingle du jeu : abattage, articulation, caractĂšre… Tout suggĂšre idĂ©alement chez elle, la passion amoureuse qui la dĂ©vore littĂ©ralement et d’ailleurs explique son trĂšs bel air dĂ©sespĂ©rĂ© au dĂ©but du III, au point oĂč sans espoir ni illusion sur son aimĂ©, l’amoureuse Ă©cartĂ©e exhorte les dieux Ă  punir PhaĂ©ton, avant de se dĂ©dire. Magnifique incarnation. Pleine de finesse, et de lumineuses noirceurs, il est le plus travaillĂ© sous la plume de Lully et Quinault et le plus bouleversant.
A l’inverse, dommage que Chantal Santon-J., certes aux beaux sons filĂ©s [dans ses duos avec Épaphus] incarne une Ăąme finalement trop linĂ©aire et plus lisse, malgrĂ© ce lien qui les reliait alors mais qui Ă  cause d’un PhaĂ©ton trop ambitieux, est dĂ©sormais rompu [magnifique duo des deux voix accordĂ©es au IV]. Difficile d’évaluer la prestation de l’amĂ©ricain Mark Van Arsdale dans le rĂŽle-titre : annoncĂ© avec une laryngite, le tĂ©nor se sort honnĂȘtement d’un rĂŽle Ă©crasant et lui aussi finement portraiturĂ©. Mais l’articulation pĂȘche par imprĂ©cision, ce qui peut refroidir quand ici chaque mot revĂȘt une importance capitale.

Dans la fosse, l’orchestre (Les Paladins) peine dĂšs l’ouverture Ă  exprimer sous la majestĂ© lullyste, son allant, ses respirations, sa texture sensuelle et flamboyante. MĂȘme la superbe chaconne qui ferme le II, manque d’accents et de relief comme d’onctuositĂ© : tout sonne serrĂ© et trop dense. La tenue s’amĂ©liore Ă©videmment en cours de reprĂ©sentation sans pour autant faire oublier ce que d’autres en leur temps ont su exprimer de l’orchestre de Lully, dĂ©cidĂ©ment rebelle mais captivant : Rousset et ses Talens Lyriques parfois ; avant lui, Christie ou Reyne, surtout JC Malgoire. Nonobstant ces infimes rĂ©serves la production Ă©gale notre enthousiasme ressenti Ă  cet autre spectacle lullyste prĂ©sentĂ© au dĂ©but de ce mois, au Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve : Atys par Preljocaj et Alarcon (lire ci-aprĂšs), lequel, avec un tout autre projet chorĂ©graphique, ne disposait pas d’un aussi beau plateau vocal.

 

 

 

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CRITIQUE, opĂ©ra. NICE, le 27 mars 2022. LULLY : PhaĂ©ton. Cachet, Lombard, Goicoechea, Caton, Richard
 CorrĂ©as / Oberdorff. Photos : © OpĂ©ra de Nice mars 2022.

 

 

 

 

Autres spectacles / cd LULLY récents critiqués sur CLASSIQUENEWS
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ATYS Ă  GENEVE, par Alarcon / Preljocaj, le 4 mars 2022 :

 

 

 

ATYS-lully-gradn-theatre-geneve-alarcon-preljocaj-critique-opera-classiquenewsCRITIQUE, opĂ©ra. GENÈVE, GTG, le 3 mars 2022. LULLY: Atys. AlarcĂłn / Preljocaj. Voici un Atys trĂšs convaincant dont le mĂ©rite tient Ă  cette fusion rĂ©ussie entre danse et action ; ce dĂ©fi singulier renforce la cohĂ©sion profonde du spectacle conçu par le chorĂ©graphe (et metteur en scĂšne) Angelin Preljocaj lequel a travaillĂ© l’éloquence des corps qui double sans les parasiter le chant des solistes lesquels jouent aussi le pari d’un opĂ©ra dansĂ©, chorĂ©graphiant avec mesure et justesse airs, duos, trios ; mĂȘme le chƓur est sollicitĂ© offrant {entre autres} dans le sublime tableau du sommeil (acte III), cette injonction collective qui vaut invective car alors que la dĂ©esse CybĂšle avoue son amour Ă  Athys endormi, chacun lui rappelle ici qu’il ne faut en rien dĂ©cevoir la divinitĂ© qui a choisi d’abandonner l’Olympe pour aimer un mortel


 

 

 

 

lully-grands-motet-vol-2-miserere-stephane-fuget-les-epopees-cd-critique-classiquenews-review-chateau-versailles-spectacle-CLIC-de-classiquenewsGRANDS MOTETS par StĂ©phane Fuget / Les ÉPOPÉES – cd CVS Volume 2 : Grands MotetsCe Volume 2 des Grands Motets complĂšte la rĂ©ussite du premier volume ; il confirme l’excellence du chef StĂ©phane Fuget Ă  l’endroit de Lully dont il rĂ©vĂšle comme aucun avant lui, le sentiment de grandeur et l’humilitĂ© misĂ©rable du croyant ; la sincĂ©ritĂ© de l’écriture lullyste, sa langue chorale et solistique, surtout son gĂ©nie des Ă©tagements, un sens de la spacialitĂ© entre voix et orchestre (qui prolonge les essais polychoraux des VĂ©nitiens un siĂšcle avant Lully). Le Florentin recueille aussi les derniĂšres innovations des français FormĂ© et Veillot. D’ailleurs le seul fait de dĂ©voiler la maĂźtrise de Lully dans le registre sacrĂ© est dĂ©jĂ  acte audacieux tant nous pensions tout connaĂźtre du Florentin, Ă  la seule lumiĂšre de sa production lyrique (dĂ©jĂ  remarquable). Et pourtant le Surintendant de la musique n’occupa aucune charge officielle Ă  la Chapelle royale. Paru en mars 2022.

 

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Autres spectacles / productions de l’OpĂ©ra de Nice,  critiquĂ©s sur CLASSIQUENEWS
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glass-akhnaten-philip-GLASS-opera-on-line-opera-de-nice-classiquenews-annonce-critique-operaCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. OpĂ©ra de Nice, e-diffusion du 20 nov 2020. GLASS : Akhnaten. Di Falco, Ciofi
 Lucinda Childs / Warynski (session enregistrĂ©e in situ le 1er nov 2020). L’OpĂ©ra de Nice multiplie les initiatives et malgrĂ© l’épidĂ©mie de la covid 19, permet Ă  tous de dĂ©couvrir le premier opĂ©ra Ă  l’affiche de sa nouvelle saison lyrique. Une e-diffusion salutaire et exemplaire
 Danses hypnotiques de Lucinda Childs, gradation harmonique par paliers, vagues extatiques et rĂ©pĂ©titives de Philip Glass, Akhnaten (1984) est un opĂ©ra saisissant, surtout dans cette rĂ©alisation validĂ©e, pilotĂ©e (mise en scĂšne et chorĂ©graphie) par Lucinda Childs, par visio confĂ©rences depuis New York. Les cordes produisant de puissants ostinatos semblent recomposer le temps lui-mĂȘme, soulignant la force d’un drame Ă  l’échelle de l’histoire. Les crĂ©ations vidĂ©o expriment ce vortex spatial et temporel dont la musique marque les paliers progressifs. Peu d’actions en vĂ©ritĂ©, mais une succession de tableaux souvent statiques qui amplifient la tension ou l’intensitĂ© poĂ©tique des situations.

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LIRE aussi notre ANNONCE d’Akhnaten de Philipp Glass Ă  l’OpĂ©ra de Nice, Live streaming du 20 nov 2020 : https://www.classiquenews.com/opera-de-nice-akhnaten-de-philip-glass-en-streaming-des-le-20-nov-2020/

 

 

Lully par Les Paladins. Nouveau Phaëton à Nice

phaeton_nice_correas opera classiquenews annonce critique classiquenews-1-1NICE, OpĂ©ra. LULLY : PhaĂ«ton. 23, 25, 27 mars 2022. JĂ©rĂŽme CorrĂ©as et son ensemble Les Paladins rĂ©alisent une nouvelle production de l’opĂ©ra PhaĂ«ton de Lully, ouvrage rare, crĂ©Ă© en 1683. La caractĂ©risation des passions est un champ artistique investi depuis longtemps par le baryton JĂ©rĂŽme CorrĂ©as et son ensemble sur instruments d’époque, les Paladins : ils viennent de faire paraĂźtre un excellent programme Haendel avec Sandrine Piau
 A Nice, les interprĂštes remontent le temps jusqu’à la crĂ©ation de l’opĂ©ra français au XVIIĂš, conçu pour Louis XIV, comme le miroir spectaculaire de son prestige et de son pouvoir. PhaĂ«ton ne fait pas exception. En abordant le cas du fils du Soleil, qui par ambition dĂ©sobĂ©it, ose conduire le char de son pĂšre, risque et les foudres autoritaires et menace l’équilibre du monde. Le message est Ă©vident et direct : le pouvoir du Roi-Soleil est unique, exclusif, omnipotent, indiscutable. Comme les rois de l’Egypte ancienne, ne puisant son autoritĂ© que de Dieu lui-mĂȘme, le roi terrestre est aussi le seul garant de l’ordre universel. VoilĂ  qui est dit. Tout ennemi est condamnĂ© Ă  ĂȘtre foudroyĂ©, comme le fut le surintendant Fouquet aprĂšs son Ă©clat Ă  Vaux qui en Ă©blouissant le Roi-Soleil par sa superbe, suscita immĂ©diatement les foudres royales.

PHAËTON FOUDROYÉ… A Lully et Ă  son librettiste en titre, le poĂšte Quinault, de mettre en scĂšne et en musique l’épisode qui voit, l’ambition dĂ©raisonnable de PhaĂ«ton, sa fausse ascension pilotant le char solaire, sa chute et sa mort, la menace qu’il fait peser sur la terre, les premiers ravages, fruits de son acte sacrilĂšge, puis le rĂ©tablissement de l’ordre

Outre le relief des hĂ©ros : PhaĂ«ton l’ambition incompĂ©tent, c’est son rapport aux parents (ClymĂšne et HĂ©lios), c’est aussi la figure protectrice et trĂšs humaine d’Apollon qui sĂ©duit et s’impose parmi la distribution. ElĂ©ment important des tragĂ©dies de Lully, l’articulation et la dĂ©clamation du texte dont ĂȘtre parfaite, intelligible, aux justes accents. Et l’expression de tableaux spectaculaires, ciselĂ©e dans la puissance et la prĂ©cision : PhaĂ«ton s’il est l’opĂ©ra le plus court (et le plus efficace) de Lully, est celui qui dĂ©ploie de formidables tableaux : les mĂ©tamorphoses de ProtĂ©e Ă  la fin du I ; le tableau des heures et des saisons au dĂ©but du IV
 Ă©videmment la chute du char du soleil au moment oĂč Jupiter foudroie l’orgueilleux fils irresponsable

On connait la prĂ©cĂ©dente lecture et l’enregistrement du drame lullyste par Les Talens Lyriques (oct 2012 : imparfait en raison d’erreurs dans le choix des solistes) :
https://www.classiquenews.com/cd-lully-phaeton-1683-rousset-2012/

En courtisan aussi avisĂ© qu’il Ă©tait bon musicien, Lully tint Ă  faire de PhaĂ©ton un ambitieux et non un maladroit. Le Roi- Soleil assista Ă  toutes les reprĂ©sentations : la vengeance est un plat qui se mange froid…
La TragĂ©die lyrique privilĂ©giait le sens des paroles chantĂ©es Ă  la pure virtuositĂ© vocale, faisait alterner le chant, les chƓurs et les divertissements dansĂ©s, jouait d’une ma- chinerie sophistiquĂ©e. Ce fut une merveille d’équilibre entre les arts, entre les affects et les passions. Car PhaĂ©ton est aussi une histoire d’amour et d’amour du pouvoir. La TragĂ©die lyrique tint bon pendant deux siĂšcles, jusqu’à la RĂ©volution française et Ă  la chute de la monarchie.

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Opéra de NICE
MER 23 Mars 2022 Ă  20h,
VEN 25 Mars 2022 Ă  20h,
DIM 27 Mars 2022 Ă  15h

PLUS D’INFOS sur le site de l’OpĂ©ra de Nice
https://www.opera-nice.org/uploads/opera_nice_saison_2021-2022.pdf

RÉSERVEZ VOS PLACES sur le site des Paladins
/ JĂ©rĂŽme CORREAS
https://www.lespaladins.com/agenda/phaeton/

Durée : 2h40 environ
et un entracte de 30 minutes

Tragédie en musique en 5 actes avec prologue
Livret de Philippe Quinault.
Création au Palais Royal de Versailles le 6 janvier 1683

Direction musicale : JĂ©rĂŽme Correas
Mise en scĂšne : Eric Oberdorff
LumiĂšres Jean-Pierre Michel
Théone : Deborah Cachet
ClymÚne, Astrée : Aurelia Legay
Libye : Anna Reinhold
Phaéton : Mark Van Arsdale
Triton, Le Soleil, La Terre : Jean-François Lombard
Epaphus : Gilen Goicoechea
Merops, Saturne : Frédéric Caton
Protée Jupiter : Arnaud Richard

Orchestre Philharmonique de Nice
ChƓur de l’OpĂ©ra de Nice

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opĂ©ra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko. Parler de pĂšlerinage est plutĂŽt une notion d’ordre liturgique. Faire le pĂšlerinage aussi est un acte de foi, une action qui bouleverse Ă  tout jamais les individus qui l’entament. Au cƓur de la dĂ©marche, il y a un sens mystique, tout pĂšlerin est un tĂ©moin. En 1760, Rameau a 77 ans, pour l’époque c’était un vieillard, mais les gĂ©nies n’ont pas d’ñge. Dans la partition des Paladins, truffĂ©e d’hĂ©donisme et de passages d’une grande virtuositĂ©, Rameau dĂ©ploie la plus belle de ses palettes. L’intrigue, inspirĂ©e du conte erotique de Lafontaine « Le petit chien qui secoue de l’argent et des pierreries », mĂȘme si elle est expurgĂ©e de certains passages licencieux, reste un livret empreint de sensualitĂ©. Les personnages paraissent des caricatures d’eux mĂȘmes. Le barbon, la jeune fille emprisonnĂ©e et le jeune cavalier incognito rappellent furieusement les Bartolo, Rosine et Almaviva du Barbier de Beaumarchais.

 

 

« Pilgrim’s progress »

 

 

opera-critique-classiquenews-annonce-critique-concerts-opera-festivals-classiquenews-paladins_1©Aurélie-Remy
 

 
 

S’engager Ă  faire un opĂ©ra si français dans un thĂ©Ăątre tel que celui d’Oldenburg, semblait une opĂ©ration dĂ©licate. En effet le style Français baroque avec ses codes et ses spĂ©cificitĂ©s, semble parfois inaccessible pour les interprĂštes Ă©trangers. Or, grĂące Ă  l’enthousiasme des Ă©quipes artistiques et le courage de la direction du thĂ©Ăątre, cette magnifique production a eu lieu. Oldenburg est une ancienne citĂ© ducale dans le giron de la ville HansĂ©atique de BrĂȘme. Avec son ancien palais ducal, d’un jaune pastel charmant, ses belles ruelles et surtout son sublime thĂ©Ăątre Ă  la salle lambrissĂ©e du XIXeme siĂšcle. Le soutien du Centre de Musique Baroque de Versailles a contribuĂ© Ă  parfaire cette production hors pair.

Ces Paladins ont rĂ©uni les forces vives de la maison avec les chanteurs de la troupe dont les jeunes talents, les extraordinaires danseurs du ballet d’Oldenburg et l’orchestre du cru, nous remarquons un ensemble artistique homogĂšne et enthousiasmant. Chaque soliste a pris Ă  bras le corps le style et affrontĂ© les obstacles de cette Ɠuvre. Nous remarquons l’Argie aux couleurs puissantes de Martyna Cymerman, le fabuleux Orcan de Stephen K. Foster, la Nerine pĂ©tillante de Sooyeon Lee et dans le double rĂŽle d’Atis et de Manto l’inĂ©narrable Philipp Kapeller. Dans une moindre mesure l’Anselme de Ill-Hoong Choung a relevĂ© les dĂ©fis du rĂŽle du barbon.

Les danseurs du Ballet d’Oldenburg ont offert Ă  la musique de Rameau, une interprĂ©tation Ă©clatante. On remarque d’ailleurs l’inventivitĂ© chorĂ©graphique d’Antoine Jully. Le chorĂ©graphe Français, rĂ©vĂšle ainsi des bijoux insoupçonnĂ©s dans la partition de Rameau.

L’orchestre moderne avec des membres jouant sur instruments anciens est impressionnant par la souplesse et la couleur. On se plaĂźt Ă  oublier par moments que c’est un orchestre ne jouant pas intĂ©gralement sur boyaux. MenĂ©s par l’immarcescible talent d’Alexis Kossenko, qui est un des grands chefs Ramistes de tous les temps, on peut saisir chaque nuance de la partition de Rameau la plus proche de Telemann et de l’Ecole de Mannheim. Vivement Acanthe et Cephise avec ce formidable artiste !

Au sommet de l’art dramaturgique, François de Carpentries nous offre encore une fois une magnifique mise en scĂšne ! A la fois simple dans le dĂ©roulĂ© de la narration et profonde dans l’expression des sentiments, la mise en scĂšne de François de Carpentries Ă©voque trĂšs poĂ©tiquement, la nĂ©cessitĂ© de fantaisie dans la vie pour la croquer Ă  pleines dents. Le besoin irrĂ©pressible de candeur pour rĂ©vĂ©ler toute l’humanitĂ© qui nous habite. Nous encourageons vivement les professionnels Ă  se pencher et ressentir le travail de François de Carpentries, trop absent de nos scĂšnes Françaises.

A l’issue de cette production on semble s’éveiller du rĂȘve poĂ©tique et philosophique qui peuple l’illusion de l’opĂ©ra. On se sent beaucoup plus sensible au beau, on se vit encore plus humain, comme une renaissance bĂ©nĂ©fique au calme de la douce lumiĂšre nordique d’Oldenburg.

  

 

opera-paladins-concerts-festival-annonce-critiqueopera-concerts-classiquenews-classique-news-musique-classique-news-paladins_11©-Stephan-Walzl
 

  

 
 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

Samedi 16 fĂ©vrier 2019 Ă  19h30 – Oldenburgisches Staatstheater – Oldenburg (Allemagne)

Jean-Philippe Rameau
Les Paladins

Argie – Martyna Cymerman
Atis / Manto – Philipp Kapeller
NĂ©rine – Sooyeon Lee
Orcan – Stephen K. Foster
Anselme – Ill-Hoon Choung
Un Paladin – Logan Rucker

Musette – Jean-Pierre Van Hees

BallettCompagnie Oldenburg
Opernchor des Oldenburgischen Staatstheater

Oldenburgisches Staatsorchester
Dir. Alexis Kossenko

Mise en scĂšne – François de Carpentries
ChorĂ©graphie – Antoine Jully

Photos : Paladins © A REMY – S WALZL

  

  

 

Rameau 2014, Les Indes Galantes. Entretien avec JérÎme Corréas

CORREAS jerome_correas.jpgAu cours d’une tournĂ©e qui passe ce 25 novembre 2014 Ă  La Piscine de ChĂątenay Malabry (92), JĂ©rĂŽme CorrĂ©as cĂ©lĂšbre aussi le gĂ©nie rĂ©volutionnaire de Rameau en proposant comme Hugo Reyne rĂ©cemment une nouvelle lecture de l’opĂ©ra ballet Les Indes Galantes. Flamboyante partition portĂ©e par le rythme des danses et des divertissements, l’Ɠuvre illustre l’invention inĂ©galĂ©e dont Rameau fut capable de son vivant. Explications. Entretien avec JĂ©rĂŽme CorrĂ©as, directeur musical de l’ensemble qu’il a crĂ©Ă©, Les Paladins. 

 

 

 

 

Quel regard jetez vous sur Les Indes Galantes ? De quelle maniÚre la musique unifie toutes les entrées ?

Les Indes Galantes sont souvent considĂ©rĂ©es comme une revue, de par le caractĂšre divertissant et ludique des diffĂ©rentes entrĂ©es. C’est un opĂ©ra-ballet, avec une certaine libertĂ© de ton par rapport Ă  une tragĂ©die lyrique. Un opĂ©ra ballet est constituĂ© d’un prologue et de plusieurs histoires indĂ©pendantes se terminant par des divertissements dansĂ©s. C’est une forme assez libre, plus libre en tous cas que celle du grand opĂ©ra qu’on appelle tragĂ©die lyrique.  Cette souplesse favorise l’humour, le second degrĂ©, un niveau de langage un peu plus familier. Pour autant, on trouve dans cette Ɠuvre des thĂšmes sĂ©rieux comme l’esclavage, la parole donnĂ©e (dans Le turc gĂ©nĂ©reux), la libertĂ© d’aimer, la colonisation, la paix ou la fraternitĂ© entre les peuples (Les Sauvages) .

Sans verser dans un discours fĂ©ministe ou anticolonialiste militant qui n’a rien Ă  voir avec l’Ɠuvre, on peut dire que ces thĂšmes permettent de relier les diffĂ©rentes histoires Ă  notre monde actuel tout en nous rapprochant de l’imaginaire de ce XVIIIeme siĂšcle trĂšs attirĂ© par l’exotisme, mais aussi trĂšs prĂ©occupĂ© de gĂ©nĂ©rositĂ© envers les peuples et les individus, et de lutte contre les inĂ©galitĂ©s.

Dans ce contexte, la musique agit comme un cataliseur des énergies, elle apporte rythme et couleur en caractérisant chaque personnage, chaque univers différent. Chaque histoire est un voyage.

Que peut nous apporter en 2014 le spectacle version Rameau tel qu’il se dĂ©ploie dans Les Indes Galantes ?

Les Indes galantes parlent du triangle amoureux habituel : amant-amante-rival. Cette relation triangulaire nous a incités avec Constance Larrieu, la metteure en scÚne,  à imaginer un travail entre chanteurs, marionnettes et marionnettistes, pour mettre en valeur ces histoires simples, ces intrigues vite résolues qui sont des numéros, voire des sketches se terminant invariablement par des numéros dansés.

Rameau est un homme de spectacle, c’est un maĂźtre de l’harmonie, un amoureux des belles mĂ©lodies; on trouve dans sa musique une joie de vivre, un enthousiasme et un sens du rythme qui plongent l’auditeur dans un Ă©tat de jubilation; la « Danse du grand calumet de la paix », qu’on appelle aussi «  Les Sauvages », en est un bon exemple.  Cette annĂ©e Rameau a Ă©tĂ© pour moi l’opportunitĂ© d’interprĂ©ter beaucoup de ses musiques. Plus je joue Rameau, plus j’ai cette impression qu’on peut aussi aller le chercher hors de la conception grandiose dans laquelle on l’enferme parfois.

Cette forme lĂ©gĂšre des Indes galantes est pour moi l’occasion de prĂ©senter un Rameau plus proche, plus direct, plus accessible Ă  tous publics et Ă  tous Ăąges. Il est important de montrer que la musique baroque n’est ni Ă©litiste, ni compassĂ©e, et que l’on peut se divertir avec Rameau. C’est le cas avec PlatĂ©e, c’est aussi le cas dans certaines scĂšnes des Indes galantes.

De quelle maniÚre cette nouvelle production met-elle en avant les qualités propres des Paladins ?

Tous les projets des Paladins sont de expĂ©riences, des dĂ©fis ou des recherches. Je ne peux faire autrement et j’ai besoin d’avancer et progresser Ă  chaque Ă©tape de mon travail.

Les Indes galantes, c’est pour moi une exploration de la thĂ©ĂątralitĂ© dans la musique française, c’est l’opportunitĂ© de chercher plus de naturel dans les rĂ©citatifs, plus de souplesse dans la texture orchestrale, et d’expĂ©rimenter sans cesse en matiĂšre de nuances et d’expressivitĂ©, tant avec les chanteurs qu’avec l’orchestre.

Cette musique est tellement bien Ă©crite pour les instruments que les musiciens se sentent tout de suite Ă  l’aise et peuvent prendre des risques.

Avec les chanteurs, nous explorons les possibilitĂ©s du parlĂ©-chantĂ© tel que nous l’avons dĂ©jĂ  travaillĂ© dans l’opĂ©ra italien, mais en s’adaptant aux exigences de la langue française, faisant en sorte qu’elle soit toujours claire, naturelle et rĂ©sonnante.

Je souhaite surtout que ces Indes galantes prĂ©sentent une version dĂ©complexĂ©e et jubilatoire du rĂ©pertoire baroque français, c’est l’objectif que nous nous sommes fixĂ© avec les musiciens des Paladins et les chanteurs. J’espĂšre que le public aura envie de danser avec sur l’air du Grand calumet de la paix !

 

 

Propos recueillis par Alexandre Pham en novembre 2014.

 

 
 
 

AGENDA. Les Paladins en concert avec JĂ©rĂŽme CorrĂ©as. Rameau : les Indes Galantes, le 25 novembre 2014 – ThĂ©Ăątre La Piscine, ChĂątenay Malabry (92)