CLERMONT-FERRAND, Opéra. BELLINI : la nouvelle Sonnambula de Francesca Lattuada

VENDÔME : CONCOURS BELLINI 2017CLERMONT-FERRAND, OpĂ©ra. BELLINI : La Sonnambula, 23 et 25 janv 2022. Deux femmes assurent la nouvelle production bellinienne Ă  Clermont-Ferrand : Francesca LATTUADA pour la mise en scĂšne et BĂ©atrice VENEZI Ă  la direction musicale, avec sur scĂšne 5 solistes en provenance du 27Ăšme concours international de chant de Clermont-Ferrand. A partir d’un livret simple, – un couple d’amoureux s’apprĂȘte Ă  se marier mais la jalousie du fiancĂ© retarde les noces -, Vincenzo Bellini compose en 1831? au moment oĂč Berlioz a livrĂ© sa Fantastique, l’un des sommets du bel canto italien, superbe illustration de l’opĂ©ra romantique italien. Le chant virtuose, Ă©thĂ©rĂ©, tendre, surtout nuancĂ©, rayonne, au service de l’expression des passions humaines. Ainsi Bellini brosse le portrait inĂ©dit d’une jeune femme, Amina, victime innocente, dont le Somnambulisme traduit un mal ĂȘtre, lui-mĂȘme symptĂŽme du statut indigne de la femme dans la sociĂ©tĂ© humaine. « C’est dans le cadre d’un village suisse que La Sonnambula est censĂ©e se dĂ©rouler, sans prĂ©cision de date. Pour un Sicilien tel que Bellini, un village suisse ne saurait mieux dĂ©finir un non-lieu. A moins d’un « ailleurs », en outre marquĂ© d’une inquiĂ©tante Ă©trangetĂ©. Autant dire que cet espace mental onirique — si peu rĂ©aliste — doit se dĂ©ployer hors tout naturalisme. L’espace y prend forme sous la conduite du rĂȘve lui-mĂȘme. Car on y parle aux fleurs, on y parle aux Ă©toiles, dans une relation quasi animiste au monde. Comme pour tout rĂȘve, le sens en est codĂ©. Comme en tout rĂȘve, la clĂ© du code a nom DĂ©sir, et les deux manifestations de somnambulisme sont la forme spectaculaire de son incarnation », indique la metteure en scĂšne, Francesca Lattuada.

Dimanche 23 janvier 2022 – 15hsonnambula-clermont-ferrand-Julia-Muzychenko-opera-critique-classiquenews-Francesca-Lattuada-
Mardi 25 janvier 2022 – 20h
CLERMONT-FERRAND, Opéra-Théùtre

RÉSERVEZ VOS PLACES
directement sur le site de l’OpĂ©ra ThĂ©Ăątre de CLERMONT-FERRAND :
https://clermont-auvergne-opera.com/evenement/la-sonnambula/

Opéra en deux actes
Livret de Felice Romani, d’aprùs une intrigue d’Eugùne Scribe
Musique de Vincenzo Bellini
Création : Milan, le 6 mars 1831

3h entracte compris
ChantĂ© en italien – SurtitrĂ© en français
De 12 à 50 €

Nouvelle production de Clermont Auvergne Opéra
Direction musicale : Beatrice Venezi
Mise en scÚne, chorégraphie et décors : Francesca Lattuada

Amina : Julia Muzychenko*
Elvino : Marco Ciaponi
Lisa Francesca : Pia Vitale*
Teresa : Olga Syniakova*
Le Comte Rodolfo : Alexey Birkus*
Alessio : Clarke Ruth*
Le notaire : Gentin Ngjela

ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon
Orchestre national d’Auvergne

*Lauréats du 27Úme Concours international de chant de Clermont-Ferrand (juillet 2021)

Clermont-Ferrand inaugure ainsi la nouvelle production de La Sonnambula, en tournĂ©e ensuite dans 6 maisons d’opĂ©ras, jusqu’au 25 mai 2022
En tournée :
OpĂ©ra du Grand Avignon – 25 et 27 fĂ©vrier 2022 / OpĂ©ra de Metz – 27, 29 et 31 mars 2022 / OpĂ©ra de Reims – 13 et 15 mai 2022 / OpĂ©ra de Limoges – 7 et 9 avril 2023 / OpĂ©ra de Massy – 12 et 14 mai 2023 / ThĂ©Ăątre ImpĂ©rial – OpĂ©ra de CompiĂšgne – 25 mai 2023

CD.Bellini : Bartoi chante La Sonnambula (2006)

Cecilia Bartoli ressuscite La Sonnambula dans sa version pour mezzo, 2 cd Decca, “L’oiseau-Lyre”. Amina version mezzo. Nouvelle version pour Amina. La mezzo Bartoli fait valoir un feu sombre et subtil dans le rĂŽle-titre a contrario des versions cĂ©lĂ©brĂ©es voire lĂ©gendaire pour sopranos. VoilĂ  une rĂ©alisation exemplaire et audacieuse qui devrait susciter un vrai dĂ©bat interprĂ©tatif sur le chant bellinien…

Bartoli Cecilia_Sonnambula_bellini_oiseau_lyreAprĂšs une intĂ©grale Virgin Classics dĂ©fendue de façon vocalement “traditionnelle” (version pour soprano) par Natalie Dessay et son partenaire Francesco Meli (enregistrĂ© en 2006 sous la baguette de Evelino Pido, 2 cd Virgin classics), voici enfin cette “autre” intĂ©grale du chef d’oeuvre romantique de Bellini, argumentĂ© de façon nouvelle et originale par la mezzo Cecilia Bartoli. Il s’agit pour la diva romaine d’un accomplissement, au sein de son hommage au chant de Maria Malibran, qui comme Giuditta Pasta, son aĂźnĂ©e, incarnait au XIXĂšme siĂšcle, Ă  l’Ă©poque de Bellini, la perfection vocale: c’est d’ailleurs pour La Pasta puis Maria Malibran que le compositeur composa le rĂŽle spĂ©cifique d’Amina (en 1831). C’est pourquoi nous voici a contrario de la tradition lyrique depuis l’aprĂšs guerre oĂč les sopranos se sont imposĂ©es depuis, dans le rĂŽle-titre, en prĂ©sence d’une lecture originale, un retour aux sources esthĂ©tiques de la partition: Bartoli partage avec ses prestigieuses idoles, Pasta et surtout Malibran, ce timbre sombre et opulent, rond et fruitĂ© dont la couleur grave et tragique est taillĂ©e pour La Sonnambula.
Cecilia Bartoli excelle dans cette version de la gravitĂ© hallucinĂ©e oĂč virtuositĂ©, souffle, accentuation, projection du texte, incarnation psychologique sont irrĂ©prochables. Quand certains verront application, tension, manque de naturel, nous reconnaissons ce scrupule ĂŽ combien dĂ©lectable et jubilatoire de la cantatrice qui fait de chacune de ses incarnations une rĂ©alisation philologique, musicalement indiscutable et sur le plan du style et de l’interprĂ©tation, une dĂ©couverte stimulante…. qui depuis le disque comme ici, appelle naturellement la scĂšne.

Chant suspendu

Le chant de Bartoli montre combien la diva a rĂ©flĂ©chi le rĂŽle, son Ă©volution en cours de reprĂ©sentation: certes amoureuse innocente, mais aussi blessĂ©e, humiliĂ©, affectĂ©e par le terrible secret de sa nature somnambulique. Il y a un dĂ©doublement de la personnalitĂ© chez Amina frappant -hĂ©roĂŻne sincĂšre et aussi victime de forces inconscientes-, qui frappe chez Bartoli: la chanteuse sait constamment colorer chaque mot dans une soie hallucinĂ©e, entre intensitĂ© consciente et rĂȘverie crĂ©pusculaire. Ce chant embrasĂ©, incandescent, inscrit au plus prĂšs du mot et du souffle, façonne une conception spĂ©cifique qui fait de chaque air d’Amina, la rĂ©alisation d’un caractĂšre suspendu, flottant, Ă©vanescent qui n’appartient pas Ă  notre monde mais Ă  celui des spectres. Au demeurant, l’action pourrait ĂȘtre celle d’un rĂȘve tant son essence onirique jaillit de la lecture.
Lui donne la rĂ©plique le meilleur tĂ©nor bellinien de l’heure: parler du style de Juan Diego Florez (en Elvino) le fiancĂ© (psychologiquement sommaire) permet d’envisager ce bel canto limpide, solaire et surtout tendre et naturel propre Ă  Bellini. Le duo “Prendi: l’anel ti dono” offre une superbe leçon de beau chant italien romantique, portĂ© par deux Ăąmes amoureuses et pures. L’opĂ©ra est vu Ă  travers le regard du Conte Rodolfo (tout aussi convaincant Ildebrando d’Arcangelo), qui s’avĂšre ĂȘtre le pĂšre et le dĂ©fenseur d’Amina, celui qui dĂ©voile la double nature insomniaque et somnambulique de la jeune femme, injustement accusĂ©e.

La prĂ©cision et la justesse dĂ©fendue par tous les protagonistes, restitue ce caractĂšre parfois plus Ă©lĂ©giaque que dramatique, d’une partition tournĂ©e davantage vers l’effusion extatique et la contemplation que le coup de thĂ©Ăątre. De Bellini, les admirateurs aimaient ce flottement suspendu et lunaire de l’action.  Cecilia Bartoli que beaucoup chercheront par manque d’ouverture Ă  comparer avec les versions pour sopranos, atteint pleinement son objectif: sa Sonnambula offre une toute autre approche esthĂ©tique du rĂŽle. La distribution idĂ©alement choisie aux cĂŽtĂ©s de la diva italienne, accompagnĂ© par l’orchestre sur instruments anciens de l’OpĂ©ra de ZĂŒrich, La Scintilla, porte bien son nom: en affinitĂ© avec la ciselure de chaque voix, les musiciens scintillent par leur franchise millimĂ©trĂ©e, sous la baguette du baroqueux Alessandro de Marchi, passĂ© maĂźtre dans l’art de la rhĂ©torique musicale.

A l’Ă©coute de l’album, l’oreille captivĂ©e rĂȘve de redĂ©couvrir les bĂ©nĂ©fices de l’approche sur la scĂšne…. avec les mĂȘmes solistes. IntĂ©grale dĂ©poussiĂ©rante, aboutie, stimulante. Indiscutable et audacieux apport. Viva Bartoli!

Vincenzo Bellini: La Sonnambula. Avec Cecilia Bartoli (Amina), Juan Diego Florez (Elvino), Liliana Nikiteanu (Teresa), Ildebrando d’Archangelo (Il Conte Rodolfo), Gemma Bertagnoli (Lisa), Peter Kalman (Alessio)… Chor des Opernhauses ZĂŒrich. La Scintilla. Alessandro de Marchi, direction

Illustration: Cecilia Bartoli devant le portrait peint de Maria Malibran, son modĂšle vocal (DR)