Compte rendu, opéra. Angers. Le Quai, le 22 octobre 2014. Opéra de Pékin «La légende du serpent blanc ». Shengsu Li, Zhongyu Dai, Qihu Jiang, Kuizhi Yu… Qi Zhao, maître tambour. Shungxiang Zhang, maître jinghu.

L’Opéra de Pékin fête les 50 ans de relations diplomatiques entre la France et la Chine avec une tournée d’exception dans l’Hexagone ! Angers Nantes Opéra accueille une production d’un opéra pékinois « La légende du serpent blanc », légende classique du folklore chinois racontant les aventures d’un serpent blanc métamorphosé en femme.

Les charmes rares d’une étrange beauté

 

L'Opéra de Pékin à l'Opéra d'Angers

 

L’opéra chinois est une forme d’art rarement représentée en Occident. L’opéra classique chinois (kunqu) voit le jour au 14e siècle sous la dynastie Ming. Le genre mélange le théâtre, le chant et la danse, avec une attention méticuleuse aux détails, une stylisation somptueuse des costumes, maquillages et postures. Dans le kunqu, la ligne mélodique est surtout assurée par le dizi, flûte traversière chinoise en bambou. Cela donne des airs raffinés souvent élégiaques et langoureux. A la fin du 18e siècle, une nouvelle forme d’opéra voit sa naissance dans le nord de la Chine. L’opéra pékinois ou jingju renouvelle l’art, incorporant la danse acrobatique et l’instrument mélodique devient le jinghu, sorte de violon traditionnel à deux cordes. Ceci influence fortement l’aspect musical, donnant davantage de brillance et de vivacité aux airs. La légende du Serpent blanc, issue d’une tradition orale ancestrale, a plusieurs versions, tant théâtrales que musicales.

 

 

Ce soir nous assistons à une performance de Jingju, par la troupe de l’Opéra de Pékin elle-même ! Dans cette version comique et sentimentale, le serpent blanc métamorphosée en femme se marie avec le jeune lettré Xu Xian, qui auparavant lui avait sauvé la vie. Mais Fahai, un moine jaloux, arrive à troubler et ruser le jeune homme et le serpent blanc aidé du serpent bleu s’embarquent dans une odyssée piquante et agitée pour le regagner.

Dès l’entrée des acteurs, la beauté exquise des maquillages et des costumes, saisit. Le serpent blanc est interprété par Shengsu Li, grande vedette de l’opéra chinois, accompagnée de la jeune Zhongyu Dai dans le rôle du serpent bleu. Dans ce duo de toute beauté et plutôt talentueux, le serpent bleu est à la fois la servante et l’avatar acrobatique du serpent blanc. Par conséquent, non seulement le serpent blanc chante davantage, mais a aussi une prestance et une dignité qui contrastent avec l’insolence passionnée du serpent bleu. Une des nombreuses particularités de l’opéra chinois est que toute la troupe, donc tous les personnages, doivent être capables de jouer tous les aspects. Ainsi, le serpent bleu qui déclame plus qu’il ne chante, participe aux ensembles chantés, et a droit à quelques moments en solo. De même, la cantatrice Shengsu Li participe aussi aux chorégraphies et acrobaties. C’est un duo tout à fait ravissant et équilibré. L’entrée de Qihu Jiang dans le rôle de Xu Xian marque aussi les esprits. De grande stature, il chante dans tous les registres confondus. Si l’ouïe n’est peut-être pas immédiatement conquise par la spécificité du chant, nous le sommes par l’attrait théâtral de la présentation.

pekin-opera-Mei-Fanlang-Angers-Serpent-blancEn effet, dans l’opéra chinois, le réalisme est proscrit. Que ce soit dans le chant ou dans la récitation, dans la danse et surtout dans la gestuelle, l’important est de tout styliser. Au niveau du langage corporel, l’opéra chinois se sert d’une pantomime souvent influencée par l’art Indien. Les positions et le mouvement des mains ne sont pas naturels mais au contraire aident à illustrer davantage la narration ; il suscite la sensation de beauté. Une beauté étrange qui éveille la curiosité d’un public fortement impressionné. Les scènes de combat ont sans doute un peu à avoir avec ce choc esthétique. Le sommet athlétique arrive dans l’acte « Combat sur l’eau », avec très peu de chant, mais avec une chorégraphie des plus athlétiques et virtuoses qu’on n’ait jamais vue. Dans cette véritable apothéose, les deux serpents luttent contre les gardes du temple du Mont d’Or. Ceux-ci sont sous les ordres du moine Fahai, délicieusement interprétés par le directeur artistique de l’Opéra de Pékin, M. Kuizhi Yu, chanteur d’une grande expérience. Ici, nos héroïnes sont aidées par des êtres marins. A la vivacité de la musique instrumentale se joignent donc le brio et le panache époustouflant de la danse acrobatique, le souffle de l’auditoire est coupé en permanence devant les pas et les pirouettes impressionnantes. Au dernier acte « Le pont brisé », l’acte de la réconciliation entre les époux, mais aussi du serpent bleu avec le mari ingrat-, Li interprète un soliloque magnifique, un sommet d’expression comique et sentimentale.

Le spectacle rare se termine avec de longues et chaleureuses ovations d’un public très fortement stimulé, ébahi même. Evénement à ne surtout pas rater ! Vous pouvez encore le découvrir 27 octobre au Théâtre du Châtelet à Paris.