CRITIQUE, opĂ©ra. CHOREGIES D’ORANGE, le 6 aoĂ»t 2022. Amilcare PONCHIELLI : la Gioconda. Csilla BORROS. Stefano LA COLLA. ClĂ©mentine MARGAINE. Jean-Louis GRINDA. Daniele CALLEGARI.

ponchielli_amilcare_giocondaCRITIQUE, opĂ©ra. CHOREGIES D’ORANGE, le 6 aoĂ»t 2022. Amilcare PONCHIELLI : la Gioconda. Csilla BORROS. Stefano LA COLLA. ClĂ©mentine MARGAINE. Jean-Louis GRINDA. Daniele CALLEGARI. L’opĂ©ra le plus connu de Amilcare Ponchielli (ci contre, portrait, DR), Gioconda n’est pourtant pas vraiment un opĂ©ra favori du public. Plusieurs raisons me semblent expliquer ce malentendu. MĂȘme si le livret de BoĂŻto est d’aprĂšs Hugo, l’intrigue tarde Ă  avancer et les incohĂ©rences sont nombreuses. La partition mis Ă  part deux airs (Enzo et Gioconda) et un duo ( Gioconda-Laura) et surtout sa musique du ballet des heures n’est pas si connu. Cet opĂ©ra, les lyricophiles en ont davantage entendu parler qu’ils ne le connaissent vraiment. Ce soir le thĂ©Ăątre Antique Ă©tait loin d’ĂȘtre plein. Le public prĂ©sent a semblĂ© par ses applaudissements satisfait mais pas absolument conquis. La mise en scĂšne grandiose et spectaculaire de Jean-Louis Grinda est tout Ă  fait adaptĂ©e au lieu.

 

 

 

ChorĂ©gies d’Orange 2022
UNE GIOCONDA TROP SAGE

 

clementine-margaine-csilla-boross-la-gioconda-aux-choregies-dorangeLes vidĂ©os d’Etienne Guiol et Arnaud Pottier sont somptueuses avec lagunes, palais, mer, bateaux projetĂ©s et sols luxueux. Les lumiĂšres sont trĂšs expressives et les costumes superbes, riches prennent bien la lumiĂšre. Le jeu des chanteurs est simple et crĂ©dible sans trop d’emphase. Le tableau avec le ballet est grandiose. Les voix des hĂ©ros sont sonores en ce qui concerne Gioconda, Enzo, Laura et la Cieca. Barnaba et Alvise semblant plus Ă©triquĂ©s dans la vaste acoustique. Csilla Borros, Gioconda, sauve la production in extremist : elle est particuliĂšrement engagĂ©e dans un personnage noble et fier au chant victorieux s’imposant face aux difficultĂ©s du rĂŽle. Des sons piano et un beau legato lui permettent de rĂ©sister toute la soirĂ©e. Elle semble bien Ă  l’aise dans ce rĂŽle Ă©puisant. Stefano La Colla est un Enzo Ă©lĂ©gant et bien chantant. En Laura, ClĂ©mentine Margaine offre son mezzo cuivrĂ© et chante avec puissance ce rĂŽle sans toutefois faire tout Ă  fait le poids scĂ©niquement dans son opposition Ă  Gioconda. Leur duo, qui doit ĂȘtre spectaculaire ne dĂ©collera pas vraiment.

Alexander Vinogradov, en Alvise n’a pas le charisme d’un noble altier et peine Ă  s’imposer, semblant bien trop fragile. La Cieca de Marianne Cornetti est parfaite de noblesse et de modestie pieuse, la voix belle et longue sonne avec facilitĂ©, ses interventions portent Ă  chaque fois une trĂšs belle Ă©motion.

La grande dĂ©ception vient du Barnaba de Claudio Sgura. Toute l’action repose sur la terreur que doit imposer ce personnage entiĂšrement noir. A chercher Ă  le banaliser, l’action ne dĂ©marre pas vraiment. La voix n’a pas l’ampleur terrible attendue. Le jeu est trop sage. Il incarne un mĂ©chant trop poli en somme ! Le reste de la distribution ne pose pas de problĂšme et chacun s’impose sans difficultĂ© dans la vastitude du ThĂ©Ăątre Antique.

Citons-les tous : Jean-Marie Delpas en Zuante, Przemyslaw Baranek en chanteur, Jean Miannay en IsĂ©po, Walter Barbaria le timonnier, Serban Vasile, un barnabotto, Vincenzo Di Nocera, une voix, Pasquale Ferraro, une autre voix. Les chƓurs associĂ©s de nos rĂ©gions Sud sont impeccables, vivants, sonores et impliquĂ©s.

La plus grande rĂ©ussite aura Ă©tĂ© pour moi le ballet absolument enthousiasmant, brillant, virtuose et vivant. Reste peut-ĂȘtre le plus dĂ©licat Ă  Ă©crire : l’Orchestre de Nice plutĂŽt efficace n’a pas eu l’occasion de vraiment briller car la direction, molle et sans nerf de Daniele Callegari Ă©tait bien dĂ©cevante. Gioconda a besoin d’un chef et d’un vrai. Et comme aucune voix n’était de nature Ă  briser les cƓurs, le drame n’a pas pris. Jolie musique un peu compassĂ©e alors que Gioconda peut ĂȘtre de feu et de sang.

L’aspect scĂ©nique et surtout le ballet, magnifique chorĂ©graphie de Marc Ribaud et du ballet de l’OpĂ©ra Grand Avignon, ont permis de passer une bonne soirĂ©e… bien trop sage. .

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CRITIQUE, opĂ©ra. CHOREGIES D’ORANGE, le 6 aoĂ»t 2022. ThĂ©Ăątre Antique. Amlicare PONCHIELLI (â€Ș1834-1886‬) : LA GIOCONDA, OpĂ©ra en 4 Actes. Mise en scĂšne : Jean-Louis Grinda ; DĂ©cors : Jean-Louis Grinda et Laurent Castaingt ; Costumes : Jean-Pierre Capeyront ; LumiĂšres : Laurent Castaingt ; ChorĂ©graphie : Marc Ribaud ; VidĂ©o : Etienne Guiol et Arnaud Pottier ; Distribution : Csilla Borros, Gioconda ; ClĂ©mentine Margaine, Laura ; Stefano La Colla, Enzo ; Alexander Vinogradov, Alvise ; Marianne Cornetti, La Cieca ; Cladio Sgura, Barnaba ; Jean-Marie Delpas, Zuane, matelot ; Przemyslaw Baranek, un chanteur ; Jean Miannay, IsĂ©po ; Walter Barbaria, le timonnier ; Serban Vasile, un barnabotto ; Vincenzo Di Nocera, une voix, ; Pasquale Ferraro, une autre voix ; Orchestre Philharmonique de Nice ; ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon , ChƓur de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo, ChƓur de l’OpĂ©ra National du Capitole de Toulouse ; Coordination des ChƓurs, Stefano Visconti. Ballet de l’OpĂ©ra Grand Avignon. Direction : Daniele Callegari. Photo © Ph. Gromelle.

LA GIOCONDA de PONCHIELLI Ă  Orange

ponchielli_amilcare_giocondaORANGE, Sam 6 aoĂ»t 2022. PONCHIELLI : La Gioconda (21h30). Gioconda serait pour le metteur en scĂšne et directeur des ChorĂ©gies d’Orange, l’emblĂšme type du « grand opĂ©ra ». Airs, duos, trios, grands chƓurs et ballet (de la cĂ©lĂšbre “ Ronde des Heures ”) composent une soirĂ©e lyrique qui prend des allure de grand spectacle, associant toutes les disciplines du thĂ©Ăątre musical : chant, thĂ©Ăątre, danse. Ainsi se concrĂ©tise sur les planches, un magnifique tableau de la « Grande Venise du XVIIe siĂšcle »  Mais la sĂ©duction formelle de cette partition foisonnante doit aussi Ă  la prĂ©cision et l’efficacitĂ© de son dĂ©roulement dramaturgique, une indĂ©niable attraction expressive : en 1876, pour la Scala de Milan, Ponchielli livre un chef d’Ɠuvre « populaire » (donc accessible), puissant et poĂ©tique tandis que Boito, sous le nom d’emprunt de Tobia Gorrio, a adaptĂ© Victor Hugo en tenant compte des rĂšgles dramaturgiques fixĂ©es par Verdi. Chaque soliste a son grand air qui fouille dans les trĂ©fonds de la psychĂ©, entre manipulation, dĂ©sir, jalousie, amour Ă©prouvĂ©, sacrifice. Ponchielli fait une synthĂšse des drames verdiens.

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Amilcare Ponchielli : La Gioconda
OpĂ©ra en 4 actes – Musique d’Amilcare Ponchielli (1834-1886)‹Livret d’Arrigo Boito d’aprĂšs Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo CrĂ©ation : Teatro alla Scala de Milan, 8 avril 1876
DurĂ©e : 2h30 – report au lendemain en cas de mauvais temps.

Avec Saloa Hernandez, ClĂ©mentine Margaine, Marianne Cornetti, Fabio Sartori, AmartĂŒvshin Enkhbat, Alexander Vinogradov

Daniele Callegari, direction
L’Orchestre Philharmonique de Nice et des ChƓurs des OpĂ©ras d’Avignon, de Monte-Carlo et Toulouse
Mise en scÚne et décors de Jean-Louis Grinda.

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PLUS D’INFOS sur le site des ChorĂ©gies d’Orange 2022 :
https://web.digitick.com/la-gioconda-ponchielli-festival-theatre-antique-orange-06-aout-2022-css5-choregiesorange-pg101-ri8384761.html

billetterie : @choregies.com / +00 33 (0)4 90 34 24 24

Operavision : PONCHIELLI, La Gioconda (Bruxelles, La Monnaie, 2019)

gioconda-joconde-vinci-ponchielli-opera-annonce-critique-opera-classiquenewsINTERNET. OPERAVISION : Jusqu’au 11 aoĂ»t 2019. PONCHIELLI, La Gioconda. Intrigues en sous main, complots et rivalitĂ©s, La Gioconda (qui aurait pu donner son nom au portrait de Leonardo da Vinci) souligne le sens de l’honneur et du sacrifice d’une jeune femme harcelĂ©e et torturĂ©e qui Ɠuvre pour sauver et l’homme qu’elle aime (Enzo Grimaldo), et la femme que ce dernier affectionne (Laura Adorno. Dans la Venise baroque (du XVIIĂš), son sacrifice est double, et son humilitĂ© gĂ©nĂ©reuse, admirable. Le rĂŽle titre est Ă©crit pour un grand soprano lyrique et dramatique, angĂ©lique et aussi d’une couleur tragique, souvent hallucinĂ©e. Pilier et guide pour sa mĂšre aveugle (La Cieca, contralto), Gioconda est convoitĂ©e par l’infect Barnaba (espion de l’Inquisition, baryton). Ce dernier ne cesse de manipuler, sĂ©duire, tromper pour possĂ©der le corps de sa proie
 Mais aprĂšs bien des pĂ©ripĂ©ties, La Gioconda parviendra Ă  lui Ă©chapper (en se suicidant) tout en apprenant alors qu’elle expire, que le dit Barbnaba a fait noyer sa mĂšre aveugle
 A la grandeur morale de l’hĂ©roĂŻne, rĂ©pond la terreur et le diabolisme imaginĂ© par Ponchielli et Boito.

D’aprĂšs « Angelo, tyran de Padoue » Victor Hugo, Ponchielli (et son librettiste d’alors : Boito) suit en 1876, les traces de Verdi, lui-mĂȘme inspirĂ© d’ »Ernani » ou du « Roi S’amuse » (pour Rigoletto) ; les compositeurs italiens ont su transposer sans l’attĂ©nuer, la fibre dramatique, parfois cynique et glaçante du thĂ©Ăątre hugolien. Ainsi La Gioconda de Pochielli assure Ă  son auteur, un succĂšs planĂ©taire, jamais dĂ©menti depuis, Ă  l’époque oĂč Verdi Ă©blouit lui aussi la scĂšne romantique italienne, auteur de Aida (1871) et Otello (1887, livret du mĂȘme Boito). La version finale est crĂ©Ă©e en 1880 Ă  La Scala de Milan ; reprise dĂšs dĂ©cembre 1883 au Metropolitan Opera qui lui offre ainsi sa crĂ©ation amĂ©ricaine.

Concevant son drame lyrique pour 6 protagonistes qui sont autant de chanteurs solistes aguerris, Ponchielli renforce l’intensitĂ© du drame tragique (ici l’hĂ©roĂŻne sacrificielle paie de sa mort son sens, forcĂ©ment fatal, d’une indĂ©fectible loyautĂ©). Olivier Py met en scĂšne Ă  Bruxelles, le sommet de l’opĂ©ra dit « vĂ©riste », fort par sa dĂ©clamation proche du thĂ©Ăątre, que renforce la conception de l’action trĂšs intimiste ; mais oĂč les tableaux collectifs citent constamment l’admiration de Ponchielli pour le grand opĂ©ra français (ballet des heures de l’acte III dit « La Ca d’oro »). Histoire de mieux Ă©touffer et martyriser le profil de l’hĂ©roĂŻne confrontĂ©e Ă  un destin collectif qui la dĂ©passe totalement. Le drame se dĂ©roule Ă  Venise, fait rire les masques en grimaces quasi sataniques (selon les actes sadiques du barbares Barnaba) en un palais souterrain quasi innondé  six protagonistes sont dirigĂ©s par maestro Paolo Carignani : BĂ©atrice Uria-Monzon (La Gioconda), Ning Liang (La Cieca), Silvia Tro SantafĂš (Laura), Stefano La Colla (Enzo), Franco Vassallo (Barnaba), Jean Teitgen (Alvise).
INTERNET / Operavision : En direct, Mardi 12 février, 19h PONCHIELLI, La Gioconda. Bruxelles, La Monnaie.

 

 

 

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OPERAVISION
https://operavision.eu/fr
Visionnable jusqu’au 11 aoĂ»t 2019
https://operavision.eu/fr/bibliotheque/spectacles/operas/la-gioconda

 

 

 

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Compte-rendu : Paris. OpĂ©ra Bastille, le 7 mai 2013. Ponchielli : La Gioconda (1876). Urmana, Alvarez, Montiel… Oren, direction. Pizzi, scĂ©nographie

gioconda ponchielli illustration1Hugo a abondamment inspirĂ© l’opĂ©ra romantique italien : Verdi puise l’intrigue Ăąpre et tragique de son Rigoletto Ă  partir du Roi s’amuse ; puis c’est la nouvelle gĂ©nĂ©ration des  ” Ă©chevelĂ©s “  (les fameux Scapigliati) qui Ă  la suite du modĂšle verdien ne veulent rien de moins que reformer la scĂšne lyrique italienne voire europĂ©enne vers la fin des annĂ©es 1870 : voyez les champions de la nouvelle esthĂ©tique autoproclamĂ©e, l’Ă©crivain Boito et le compositeur, maĂźtre de Puccini… Ponchielli ; tous deux rĂ©alisent La Gioconda, Ă  partir du Tyran de Padoue du dramaturge français (1876) ; ils en font un manifeste du nouveau grand opĂ©ra italien, sorte d’hĂ©ritage postverdien et postdonizettien, avec les premiers accents vĂ©ristes…

 

 

Grande machine Ă  l’italienne

 

Si dans Rigoletto c’est essentiellement la relation pĂšre / fille (Rigoletto, Gilda) qui Ă©chafaude le fil pathĂ©tique et tragique de l’action, on retrouve le mĂȘme ressort dramatique dans La Gioconda de Ponchielli : ici, dĂšs le lever de rideau, du moins dans cette mise en scĂšne qui nous vient d’Espagne (Liceu de Barcelone et Teatro Real de Madrid, octobre 2005), la trĂšs proche filiation de la mĂšre Ă  la fille, Gioconda et sa mĂšre aveugle dite ” la Cieca “, puis le sens du sacrifice de la jeune chanteuse vĂ©nitienne structurent toute l’intrigue. Autre parallĂšle intĂ©ressant soulignant la volontĂ© de Ponchielli d’Ă©galer voire dĂ©passer le standard verdien : si chez Verdi, le duc de Mantoue incarne le sommet de l’immoralitĂ© sournoise, de l’irresponsabilitĂ© cynique absolument mĂ©prisable, il existe bel et bien une mĂȘme figure noire, celle du sbire de l’ombre, Ă  la fois mercenaire et dĂ©lateur zĂ©lĂ© (Ă  la solde du conseiller Alvise), Barnaba : tel un vautour Ɠuvrant par duplicitĂ© et rouerie masquĂ©es, l’emploi de baryton dramatique, tient  et de Mefistofele et de Iago ; c’est un agent manipulateur qui Ă©pris de la belle Gioconda, veut la possĂ©der ; ses actions macchiavĂ©liques dĂ©voilent a contrario, en suscitant la rĂ©sistance radicale de sa proie,  l’admirable sens du sacrifice de celle-ci.
La trame est encore nourrie par une seconde construction sentimentale : Gioconda aime sans retour Enzo, lequel est Ă©pris de la propre femme du conseiller Alvise Badoero, Laura ; tout se joue alors entre Gioconda et sa rivale, Gioconda et Enzo, mais Ă  la faveur d’une action qui met en danger sa mĂšre La Cieca, Gioconda saura renoncer et sauver le couple d’amoureux dont elle reste jalouse…

Jamais reprĂ©sentĂ©e sur le scĂšne parisienne, La Gioconda fait ainsi son entrĂ©e au rĂ©pertoire de l’OpĂ©ra de Paris. On connaĂźt la mise en scĂšne  de Pizzi : crĂ©Ă©e au Liceu de Barcelonne, elle avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© l’objet d’une captation live toujours disponible au catalogue (lire notre critique du dvd TDK La Gioconda avec Deborah Voigt dans le rĂŽle-titre).  La vision d’une Venise brumeuse aux foules barbares et masquĂ©es souligne le mythe de la citĂ© lagunaire, Ă  la fois, fascinante et Ă©cƓurante : c’est l’arĂšne oĂč La Gioconda accomplira son destin de paria tragique.

Le cĂŽtĂ© grande machine fonctionne toujours bien : foule hystĂ©rique et haineuse, aprĂšs la rĂ©gate, prĂȘte Ă  torturer la mĂšre aveugle identifiĂ©e en sorciĂšre jeteuse de sorts ; superbe ballet des heures au III (bal Ă  la Ca d’Oro), chƓurs omniprĂ©sents et donc grande scĂšne historicisante (l’action initiale propre Ă  la Venise du premier Seicento a Ă©tĂ© dĂ©placĂ©e vers celle plus dĂ©cadente et perfide de la fin du XVIIIĂš) : l’atmosphĂšre de pourriture sociale, dĂ©lĂ©tĂšre et vĂ©nĂ©neuse oĂč c’est Barnaba, maĂźtre des complots et persifleur dĂ©lateur qui tire les ficelles, s’impose tout au long du spectacle. Et l’on comprend qu’en fin de drame, Gioconda, pur ange moral et loyal, veuille se donner la mort confrontĂ©e Ă  un monde sans amour possible, qui n’est rien que manipulation et barbarie.

Pour autant Ă  Paris, avouons notre dĂ©ception totale face Ă  ce qu’en offre Violetta Urmana : si le volume sonore est toujours prĂ©sent, l’intonation, les passages et la fluiditĂ© font dĂ©faut: trĂšs peu Ă  l’aise ce soir, la diva rate hĂ©las son incarnation de La Gioconda. C’est pour nous l’erreur de la distribution ; un Ă©chec qu’annonçait dĂ©jĂ  sa mĂ©diocre et approximative tenue dans La Forza del destino, prĂ©sentĂ©e ici mĂȘme en novembre 2011… MĂȘme le Barnaba de Claudio Sgura n’atteint pas cette duplicitĂ© diabolique et subtile, piquante voire mordante qu’exige le rĂŽle (Boito visiblement fascinĂ© par l’attraction malicieuse du mal avait dĂ©jĂ  composĂ© son chef d’oeuvre comme compositeur : Mefistofele en 1868 ; il rĂ©cidivera encore aux cĂŽtĂ©s de Verdi, pour Otello, crĂ©ant un Iago plus perfide et noir que Barnaba sans interrompre cependant la filiation) : chant lisse, linĂ©aire…  ni impliquĂ© ni suffisamment trouble ce soir … dĂ©cidĂ©ment rien n’Ă©gale l’Ă©clat solaire de l’excellent tĂ©nor Marcelo Alvarez qui nous vaut un Grimaldo, entier, ardent et aussi fin dans chacune de ses interventions (magnifique air au II ” Cielo e mar “…) ; un emploi idĂ©alement servi que rehausse encore dans les duos avec Laura, sa partenaire, vibrante et opulente Lucina d’Intino (ailleurs convaincante AmnĂ©ris dans AĂŻda de Verdi…). Les palmes du spectacle de ce soir allant incontestablement au mezzo ample, profond, suave de la madrilĂšne Maria JosĂ© Montiel, superbe incarnation et bouleversante prĂ©sence de l’aveugle… Sa musicalitĂ© qui la conduira prochainement Ă  chanter Ă©videmment Maddalena dans Rigoletto, saisit par sa vĂ©ritĂ©.

Tout n’est donc pas Ă  rejeter dans cette entrĂ©e au rĂ©pertoire de La Gioconda. Reste l’orchestre de l’OpĂ©ra, aux ressources inouĂŻes (superbe atmosphĂ©risme de l’ouverture) mais que n’exploite pas encore totalement le chef Daniel Oren... pas aussi cohĂ©rent et allusif que l’excellent Philippe Jordan, lequel pour la Forza del destino susnommĂ©, avait sauvĂ© la production.
Nonobstant nos remarques et rĂ©serves, le spectacle est de bonne tenue, visuellement variĂ© et riche en Ă©pisodes collectifs (dont le ballet des heures au III, rare ballet romantique italien qui a gagnĂ© son statut de cycle indĂ©pendant, souvent produit sĂ©parĂ©ment de l’opĂ©ra) : d’une durĂ©e de plus de 3h, (entractes compris), les spectateurs en ont pour leur argent.

A l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille jusqu’au 31 mai 2013. A ne pas manquer, direct au cinĂ©ma (rĂ©seau UGC), le 13 mai 2013, 19h30.  Diffusion France Musique, le samedi 18 mai 2013, 19h.

Illustrations : tableaux du peintre Francesco Hayez : VĂ©nitiennes en prise Ă  l’esprit de la dĂ©nonciation (DR)