Cendrillon de Noureev à l’Opéra Bastille

nourrev-cendrillon-prokofiev-ballet-critique-danse-paquette-dec-2018-opera-bastille-classiquenewsARTE, Prokofiev : Cendrillon, ballet, le mardi 24 déc 2019, 23h30.  Le célèbre conte de Charles Perrault est mis en musique par le russe Sergueï Prokofiev en 1944, en un ballet de 3 actes. Prokofiev est alors un auteur adulé, depuis m’immense succès de son précédent ballet, Roméo et Juliette, écrit dans un style postclassique. Dédié à Tchaikovsky, le nouveau ballet reste la partition la plus occidentale de son auteur. Ici le ballet à l’affiche de l’Opéra de Paris (encore en janvier et juin 2019) développe l’action dans un décor de cinéma où dans la mise en scène de Rudof Noureev, paraissent plusieurs citations des héros du 7e art américain propre aux années 1930. Voilà donc Cendrillon sous le prisme hollywoodien, revivifée sous les spotlights de La La Land. La fée marraine est le producteur et le prince charmant, un acteur vedette, star du cinéma. La pauvre servante chez elle, voit ses rêves s’accomplir. Une histoire qui rappelle celle de Noureev : jeune Tatar devenu star internationale. Dans le choix de cette production, le Ballet de l’Opéra de Paris rend hommage à Rudolf Noureev qui fut son directeur de 1983 à 1989. Au moment des 350 ans de l’institution lyrique et chorégraphique parisienne, c’est aussi un rappel de l’une des écritures chorégraphiques qui a marqué son histoire au XXè. Conductor / chef : Vello Pähn  -  Orchestre Pasdeloup.

 

En replay sur ARTE concert jusqu’au 21 mai 2020.

 

 

 

arte_logo_2013Ballet de l’Opéra de Paris : Valentine Colasante (Cendrillon), Karl Paquette (la star), Ludmila Pagliero, Dorothée Gilbert (les deux soeurs), Aurélien Houette (la mère), Alessio Carbone (Le producteur), Paul Marque (le professeur de danse), Marion Barbeau (le printemps), Émilie Cozette (l’été), Sae Eun Park (l’automne), Fanny Gorse (l’hiver), Nicolas Paul (le réalisateur), Francesco Mura (son assistant), Pierre Rétif (le père).  Chorégraphie : Rudolf Noureev d’après Charles Perrault  -  Durée : 2h50 (deux deux entractes)  -  Filmé sur le vif , Opéra Bastille, Paris, Déc 2018

 

 

 

 

DANSE. Opéra bastille, le 31 décembre 2018. Les Adieux de Karl Paquette, danseur étoile.

paquette-karl-danseur-etoile-opera-de-paris-adieux-de-karl-paquette-concert-critique-compte-rendu-sur-classiquenewsDANSE. Opéra bastille, le 31 décembre 2018. Les Adieux de Karl Paquette, danseur étoile. Le lundi 31 décembre 2018 à 19h30 à l’Opéra Bastille, le danseur Étoile Karl Paquette (42 ans) fait ses adieux sur la scène de la maison parisienne dans le rôle de l’Acteur-vedette dans le ballet Cendrillon (rôle-titre tenu par Valentine Colasante ; chorégraphie de Rudolf Noureev, musique de Prokofiev). Le danseur étoile tire ainsi sa révérence ce soir, après avoir ébloui le corps de ballet de l’Opéra de Paris depuis 32 ans, 25 ans comme « étoile » (il obitnet ce titre suprême à l’issue de la représentation de Casse-Noisette / chorégraphie de Rudolf Noureev, le 31 décembre 2009. L’Acteur-vedette est l’un de ses rôles fétiches, aux côtés de Iñigo (Paquita) / chorégraphie de Pierre Lacotte ; Démétrius et Bottom dans Le Songe d’une nuit d’été (John Neumeier) ; Abderam et Jean de Brienne dans Raymonda, Benvolio et Roméo dans Roméo et Juliette ; L’Esclave, L’Idole dorée et Solor dans La Bayadère ; Le Gitan et Basilio dans Don Quichotte ; Rothbart et Siegfried dans Le Lac des cygnes ; Drosselmeyer-Le Prince dans Casse-Noisette (Rudolf Noureev) ; Phoebus dans Notre-Dame de Paris ; Le Frère de Marie dans Clavigo (Roland Petit) ; Afternoon of a Faun, le Deuxième homme dans The Cage, En Sol, In The Night (Jerome Robbins)… L’éclectisme du répetoire défendu, incarné par Karl Paquette souligne la diversité des genres et des styles portés par l’Opéra de Paris, mais aussi la facilité et l’inspiration que le danseur étoile a su en déduire.

Karl Paquette a été formé dans le studio de danse de Max Bozzoni où il a cotoyé, au moment où la star des planches s’appelait Patrick Dupond : Agnès Letestu, Nicolas Le Riche, Aurélie Dupont… avec ses derniers, la danseur a appris l’importance de la discipline et de la ténacité. Du plaisir aussi, malgré l’effort requis. Chez Bozzoni, Karl Paquette a préparé puis réussi l’examen d’entrée à l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris (1987). Il devait rejoindre le corps de Ballet de l’Opéra de Paris à 17 ans (1994).

VISITER le site de l’Opéra Bastille / Opéra national de Paris, soirée des adieux de Karl Paquette / Cendrillon de Prokofiev / Noureev

https://www.operadeparis.fr/saison-18-19/ballet/cendrillon

Compte rendu, danse. Paris. Opéra Bastille, le 12 février 2015. Piotr Illiytch Tchaikovsky / Rudolf Noureev : Le Lac des Cygnes. Mathias Heymann, Karl Paquette, Ludmila Pagliero… Ballet de l’Opéra de Paris, Orchestre de l’Opéra de Paris. Kevin Rhodes, direction musicale.

Heymann-Paquette-Le-Lac-des-cygnesLe Lac des Cygnes, ballet romantique par excellence, est l’œuvre mythique incontournable de la danse classique. Il a des origines mystérieuses et une histoire interprétative très complexe. La création à Moscou en 1877 fut un désastre, entre autres à cause de la chorégraphie peu imaginative du maître de ballet du Théâtre Impérial Bolchoï Julius Reisinger. C’est en 1895 qu’il est ressuscité à Saint Petersbourg par Petipa et Ivanov, maîtres de ballet du Théâtre Impérial Mariinsky, en collaboration avec le compositeur et chef d’orchestre Riccardo Drigo, sous l’approbation de Modest Tchaïkovsky, frère cadet de Piotr Illich, décédé en 1893. L’Opéra Bastille nous accueille pour la première du ballet dans la version de Rudolf Noureev, qui privilégie l’aspect psychologique et psychanalytique de l’histoire, et la danse masculine. Ici, l’ancien directeur du Ballet de l’Opéra National de Paris, met sa formation académique et son esprit russe au service de son imagination dans la mise en scène de ce grand ballet classique. La distribution programmée originellement pour la première se voit changée en dernière minute, à cause d’une blessure de Stéphane Bullion pendant la répétition générale la veille. Attendu avec Emilie Cozette (dont la première représentait un retour sur scène), ils sont remplacés par Mathias Heymann et Ludmila Pagliero. Le nouveau couple rayonne grâce à l’intensité émotionnelle de Heymann et à la technique superbe de la Pagliero.

 

 

 

L’intensité qui captive et qui dérange

Peut-être la mise en scène la moins somptueuse des grands ballets classiques de la plume de Noureev, l’économie des tableaux en ce qui concerne les décors permettent-ils à l’auditoire de se concentrer sur les aspects plus profonds de l’œuvre. L’éclat plastique qu’on attend et qu’on aime du Russe se trouve toujours dans les costumes riches et aux couleurs attenuées de Franca Squarciapino et surtout dans la danse elle-même, enrichie des petites batteries, d’entrechats six, d’un travail du bas-de-jambe poussé et des enchaînements particuliers. Une danse redoutable et virtuose qui devrait en principe permettre aux danseurs du Ballet de l’Opéra de démontrer toutes les qualités de leurs talents. C’est aussi une opportunité pour les solistes de s’exprimer autrement, notamment devant la nouvelle omniprésence des ballets néo-classiques et contemporains.

Le Prince Siegfried n’est pas qu’un partenaire dans la version Noureev, comme c’est souvent le cas, y compris dans les versions du XXe siècle d’un Bourmeister ou d’une Makarova. Ici il s’agît du véritable protagoniste. Il n’est pas tout simplement amoureux d’un cygne. C’est un Prince introspectif et rêveur, qui couvre son homosexualité latente sous le mirage sublime d’un amour inatteignable, en l’occurrence celui de la Princesse de ses rêves transfigurée en cygne. Le cygne « Odette/Odile », devient en l’occurrence moins lyrique mais gagne en caractère. Puisque toute sa tragédie peut être interprétée comme le songe d’un Prince solitaire, le personnage avec sa duplicité innée devient plus intéressant. Le grand ajout de Noureev est la revalorisation du sorcier Rothbart, qui devient aussi Wolfgang, le tuteur du Prince. Une figure masculine mystérieuse et magnétique plus qu’ouvertement maléfique (Noureev a de fait interprété ce rôle à plusieurs reprises vers la fin des années 80). Les Etoiles dans cette première imprévue brillent sans doute d’une lumière intense. Ludmila Pagliero est une Odette/Odile technicienne à souhait, elle campe ses 28 fouettés en tournant avec facilité ; elle a des qualités d’actrice, même si ce soir elle paraît davantage concentrée sur ses mouvements. Mathias Heymann doit être le Prince le plus touchant qu’on ait pu voir à l’Opéra de Paris. Jeune virtuose impressionnant, il rayonne plus par la véracité émotionnelle de son interprétation que par une allure princière stéréotypée. Et c’est tant mieux. Il paraît être le seul homme de la distribution a pouvoir faire des entrechats impeccables et distingués, comme le veut toujours Noureev. Si sa variation lente en fin du premier acte est un moment de grande beauté et de grande tension, c’est lors de sa danse avec Rothbart/Wolfgang (ou encore en trio avec Odette/Odile) qu’il inspire les plus grands frissons. Le Rothbart/Wolfgang de Karl Paquette est génial. S’il est vivement récompensé par l’auditoire lors de son seul solo, ses échanges avec Heymann sont habités d’une tension brûlante de grand impact. Une certaine distance émotionnelle de sa part créée un effet paradoxal chez le Prince, puisque cela contraste avec l’attirance quelque peu fatale du dernier vers son maître. Sans aucun doute, il s’agît du partenariat le plus réussi et le plus saisissant de la soirée.

Nous avons plus de réserves vis-a-vis au corps de ballet et demi-solistes. Si la danse toujours dynamique d’un Emmanuel Thibault ou d’un Alessio Carbone se distingue dans les danses nationales du IIIe acte, et la performance, imparfaite mais réussie des Cygnets au deuxième, la synchronicité a été moins évidente chez le corps au Ier. Pourtant l’œil est gavé de tableaux chorégraphiques impressionnants, avec un pas de trois redoutable solidement interprété par Valentina Colasante, Eve Grinsztajn et François Alu. Si leur prestation est satisfaisante, une sorte de tension sur scène est apparente (et ceci n’est pas aussi valorisant pour eux que pour les protagonistes), peut-être sont-ils victimes du stress qu’impliquent la rigueur et l’exigence de tout ballet classique ? Matière à la réflexion.

 

 

Comme d’habitude pour la maison, la musique fantastique, complexe et hautement émotionnelle de Tchaikovsky est honorée par la performance irréprochable de l’orchestre sous la baguette du chef Kevin Rhodes. Les solos des bois et du violon sont interprétés avec brio et avec sentiment. La partition est responsable en grand partie des palpitations et des frissons ; elle impulse nos beaux danseurs à un paroxysme de beauté et d’intensité, et ensorcelle l’auditoire à un tel point qu’on oublie les quelques réserves et réticences exprimés sur la danse. A voir et revoir sans modération encore les 14, 16, 17, 19, 23, 24, 27 et 30 mars ainsi que le 1er, 2, 6, 8 et 9 avril 2015 à l’Opéra Bastille à Paris.

 

 

Compte rendu, danse. Paris. Opéra National de Paris (Palais Garnier), le 3 février 2014. «Onéguine» ballet en trois actes. John Cranko, chorégraphe. Tchaikovsky, musique. Karl Paquette, Ludmila Pagliero, Mathias Heymann… Ballet de l’Opéra. Orchestre de l’Opéra. James Tuggle, direction.

Le Ballet de l’Opéra National de Paris aborde le ballet néoclassique de John Cranko, « Onéguine ». Le Palais Garnier s’habille donc avec les couleurs de la Russie impériale romantique pour cette exploration chorégraphique du célèbre roman en vers d’Alexandre Pouchkine. L’Orchestre de l’Opéra dirigé par James Tuggle interprète plusieurs arrangements de pièces méconnues de Tchaikovsky, sans pourtant toucher la musique de l’opéra éponyme du maître.

Une tragédie romantique de grande dignité


ONEGUINE DE CRANKO PARISJohn Cranko (1927 – 1973) est un chorégraphe sud-africain néoclassique de formation anglaise. C’est grâce à lui que le Stuttgart Ballet se modernise et devient une véritable compagnie internationale plutôt renommée. Son langage et son style a influencé des grands chorégraphes contemporains tel que William Forsythe et John Neumeier (ce dernier a dédié notamment le 4e mouvement de son ballet Troisième Symphonie de Mahler à la mémoire du Sud-africain l’année qui a suivi sa mort). Son ballet « Onéguine » crée en 1965, raconte l’histoire d’un quatuor amoureux ; le noble et blasé Eugène Onéguine, dont la jeune et naïve Tatiana est éprise, et l’ami d’Onéguine Lenski, épris lui d’Olga, la jeune sÅ“ur de Tatiana. La tragédie romantique ne perd rien de son charme ni de son émotion dans la chorégraphie de Cranko. Au contraire, le moyen s’avère idéal pour un tel artiste, qui met lucidement en mouvement la froideur et l’insouciance d’Onéguine avec autant de facilité que la naïveté et la candeur de Tatiana, mais pas seulement. Après l’avoir rejetée et humilié Onéguine réapparaît dix ans après et la retrouve mariée au Prince Grémine. Il essaie de la reconquérir, mais Tatiana refuse malgré elle et le rejette avec la même force qu’il avait eu auparavant.

Pour la première le couple d’Onéguine/Tatiana est interprété par les Etoiles Karl Paquette et Ludmila Pagliero. Ils commencent un peu réticents. Une certaine froideur se dégage dans leurs premières interactions mais cela s’accorde heureusement avec le livret. Si nous remarquons quand même rapidement les belles pointes et les dons d’actrice de Pagliero, ainsi que la tenue princière et détachée de Paquette, nous devons attendre jusqu’au pas de deux « du miroir » à la fin du premier acte pour être… ébahis. Elle nous impressionne avec une extension insolite, une pantomime un peu technique mais authentique, une coordination et une agilité sans défauts. En plus, pendant les trois actes nous remarquons que le personnage l’habite, quand elle ne danse pas, elle participe avec des regards furtifs, des soupirs. Sa performance est globalement extraordinaire. Quant à Paquette c’est un partenaire plus que solide, il n’impressionne pas moins avec sa maîtrise absolue des portés redoutables (trait que Cranko transmettra à un Forsythe ou un Neumeier). Dans leur pas de deux au dernier acte, se met en place un concert de sentiments contradictoires saisissant au point de susciter les frissons.

L’autre « couple » est formé par le Lenski de l’Etoile Mathias Heymann et l’Olga du sujet Charline Giezendanner. L’Olga de Giezendanner est pétillante et candide, avec un bel investissement scénique. Mathias Heymann est un Lenski inoubliable. Autant il est toute légèreté et toute finesse au première acte, autant il est expressif et touchant, avec un legato d’une beauté singuilère, au deuxième pendant son solo « sous la lune ». Le corps de ballet est fabuleux, surtout au premier acte. Le ballet les inspire jusqu’à la jouissance et leur performance ravit  le public.

Remarquons les décors et costumes somptueux de Jürgen Rose, de facture historique et aux couleurs vives, ainsi que les lumières efficaces de Steen Bjarke. La belle performance de l’Orchestre de l’Opéra dirigé par James Tuggle ajoute à cette réussite. Le chef réalise une lecture des pièces de Tchaikovsky arrangées et orchestrées par Kurt-Heinz Stolze aussi somptueuse, pertinante et jouissive que la chorégraphie. Paris. Opéra National de Paris (Palais Garnier), le 3 février 2014. «Onéguine» ballet en trois actes. John Cranko, chorégraphe. Tchaikovsky, musique. Karl Paquette, Ludmila Pagliero, Mathias Heymann… Ballet de l’Opéra. Orchestre de l’Opéra. James Tuggle, direction. A ne pas rater à l’Opéra National de Paris encore les 8, 10, 11, 16, 23, 24, 25, 26 et 28 février ainsi que les 4 et 5 mars 2014.