COMPTE-RENDU, opĂ©ra. Paris, 28 sept 2019. FILIDEI : L’Inondation. Briot, Nahoun
 Orch Philharmonique de Radio France. Emilio Pomarico, direction. JoĂ«l Pommerat, livret et mise en scĂšne.

GetAttachmentThumbnailCompte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Comique, 28 septembre 2019. Francesco Filidei: L’Inondation. ChloĂš Briot, Boris Grappe, Norma Nahoun
 Orchestre Philharmonique de Radio France. Emilio Pomarico, direction. JoĂ«l Pommerat, livret et mise en scĂšne. La saison s’ouvre Ă  l’OpĂ©ra Comique avec la crĂ©ation mondiale de l’Inondation de JoĂ«l Pommerat et Francesco Filidei. L’OpĂ©ra contemporain d’aprĂšs un texte de l’auteur russe Zamiatine est trĂšs fortement attendu, s’agissant du premier vĂ©ritable livret d’opĂ©ra du metteur en scĂšne français et du deuxiĂšme opĂ©ra du compositeur italien. Une distribution de prestige et les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France sont dirigĂ©s par le chef Emilio Pomarico.

Pelléas et Mélisande, Written on Skin

l’Inondation 2019

L’OpĂ©ra Comique est dĂšs ses dĂ©buts un endroit d’expĂ©rimentation, propice aux crĂ©ations, bien plus audacieux historiquement que l’OpĂ©ra de Paris. Avec cette nouvelle commande d’opĂ©ra contemporain, la salle Favart affiche sa claire volontĂ© de perpĂ©ter cette tradition. L’endroit oĂč est nĂ©e Carmen brille toujours de cette ouverture Ă  l’expĂ©rimentation. Le succĂšs rĂ©cent d’une de ses coproductions, – qui a marquĂ© l’histoire des crĂ©ations Ă  l’opĂ©ra, Written on Skin de George Benjamin, en tĂ©moigne. Nous voyons dans cette production une continuation d’une dynamique dĂ©jĂ  en place.

L’histoire de l’opus est simple. Un couple – un homme et une femme, n’ont pas d’enfants. Ses voisins, oui. Une ado du bĂątiment devient orpheline suite Ă  la mort de son pĂšre. Elle est accueillie par le couple. L’homme trompe la femme avec l’adolescente. Il y a une inondation. Ça dĂ©borde. Alors ils sont logĂ©s chez les voisins. Tout s’amĂ©liore. La vie reprends aprĂšs l’inondation. Le couple repart chez eux. L’ado disparaĂźt soudainement. La femme tombe enceinte. Elle accouche. Elle avoue le meurtre de l’ado. VoilĂ .
Quant Ă  la musique, elle est particuliĂšrement agrĂ©able, accessible, souvent naturaliste, avec une prĂ©sence importante des percussions, parfois exotiques. La direction du chef est d’une grande prĂ©cision. L’écriture orchestrale est trĂšs rĂ©ussie, l’écriture vocale est intĂ©ressante, mais il y a parfois des Ă©trangetĂ©s au niveau de la prosodie. Parfois tous les Ă©lĂ©ments de la production vibrent en harmonie, et parfois, il y a un fort contraste entre sons et bruits imitant la nature et une articulation linguistique artificielle (il ne s’agĂźt pas d’un artifice formel, comme serait l’Alexandrin, mais l’artifice se trouve dans un parler d’apparence informel, mais au final, forcĂ©).

Les performances sont remarquables. ChloĂš Briot dans le rĂŽle principal de la Femme est une force totale et absolue (NDLR : la soprano a crĂ©Ă© Ă  Nantes le nouvel ouvrage Little Nemo de David Chaillou / janvier 2017 : voir notre vidĂ©o classiquenews). Elle fait preuve d’un travail d’acteur remarquable et d’une force physique insoupçonnĂ©e. Son chant charnu est parfois troublant d’intensitĂ©, comme son investissement sur scĂšne, dĂ©lectable. Une rĂ©vĂ©lation !
Son partenaire le baryton Boris Grappe dans le rĂŽle de l’Homme a un certain magnĂ©tisme scĂ©nique, efficace et sans prĂ©tention. Sa voix est percutante et seine, et il est parfois tragi-comique dans l’expression, ce qui correspond parfaitement Ă  l’Ɠuvre. Le contre-tĂ©nor Guilhem Terrail est une dĂ©couverte tout Ă  fait rĂ©jouissante! Dans son rĂŽle de narrateur, il est excellent ; le timbre de sa voix, superbement projetĂ©e ajoute un je ne sais quoi de mystĂ©rieux Ă  la reprĂ©sentation.

Enguerrand de Hys en pĂšre de famille / voisin a une prĂ©sence thĂ©Ăątrale et vocale Ă  la fois captivante, attendrissante. Il est en excellente forme comme l’est aussi sa partenaire Yael Raanan-Vandor en mĂšre / voisine. La chanteuse israĂ©lienne a une voix profonde et touchante ; au niveau thĂ©Ăątrale, sa performance est tout aussi tendre qu’intense. Le rĂŽle de l’adolescente est dĂ©doublĂ©, interprĂ©tĂ© par une comĂ©dienne, Cypriane Gardin, irrĂ©prochable, et la soprano Norma Nahoun, fait ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra Comique : sa partie est riche en effets expressifs et curiositĂ©s, et sa performance s’élĂšve au-delĂ  du dĂ©fi musical, pour notre plus grand bonheur.

La conception scĂ©nique n’est pas sans rappeler celle de Written on Skin. Le dĂ©cors unique d’Eric Soyer est un immeuble d’habitation, de trois Ă©tages, oĂč sont parfois projetĂ©es des vidĂ©os (de Renaud Rubiano). Comme d’habitude chez Pommerat, le travail d’acteur est remarquable, l’expression physique maĂźtrisĂ©e, la nuance psychologique affirmĂ©e. Dans le programme de l’opĂ©ra nous lisons des Ă©lĂ©ments probants quant Ă  la symbiose et collaboration entre l’auteur et le compositeur. Pommerat cherchant un compositeur-collaborateur avec qui il n’y aurait pas de rapport de force, Fidilei croyant que l’opĂ©ra est mort et dĂ©sirant le ranimer
 Ces deux lĂ , ce sont trouvĂ©s. Ils ont rĂ©ussi. Mais Ă  quoi ?

En dehors du sens, si l’on accepte que l’apport rĂ©el n’a pas sa place dans cette crĂ©ation, la nouvelle production ne suscite que des applaudissements. A dĂ©couvrir Ă  l’OpĂ©ra Comique encore le 1er et 3 octobre 2019, avant de partir en tournĂ©e nationale et internationale l’annĂ©e prochaine. Illustrations : photos © Stefan Brion / OpĂ©ra Comique / OC 2019