COMPTE-RENDU, critique CONCERT. PARIS. Eglise St-Sulpice, le 13 nov 2019. VERDI: REQUIEM. Euromusic Symph Orch. H. Reiner

Vague verdienne en juin 2014COMPTE-RENDU, CONCERT. PARIS. Eglise Saint Sulpice, le 13 Novembre 2019. G.VERDI. REQUIEM. Euromusic Symphonic Orchestra. Choeur International Hugues Reiner. H.REINER. Il est moments musicaux qui sont inclassables et ce Requiem de Verdi, donnĂ© Ă  Saint-Sulpice le 13 novembre 2019, est l’un de ceux qui resteront dans les mĂ©moires. Ainsi le trĂšs long silence qui a terminĂ© le Requiem reprĂ©sente le plus bel hommage et les plus belles minutes de silence possibles. Et le public incrĂ©dule d’abord, puis silencieux, a finalement applaudi gĂ©nĂ©reusement un tel moment de grĂące. Car comment parler d’un concert si porteur d’émotions sans le dĂ©naturer ? Hugues Reiner a portĂ© ce projet avec toute sa gĂ©nĂ©rositĂ©, invitant l’association Live for Paris Ă  l’évĂ©nement commĂ©moratif des tueries du 13 novembre 2015. Il y a eu beaucoup d’émotions dans la vaste Ă©glise malgrĂ© le froid et l’acoustique difficile. Il faut dire que dĂšs le concerto de trompette de Marcello qui ouvrait le concert, Guy Touvron aprĂšs son vibrant hommage Ă  son collĂšgue et ami avait donnĂ© le ton : la musique vivante console de la mort comme rien d’autre. Le vaste Requiem de Verdi est composĂ© Ă  l’envers.

Un Requiem pour ne pas oublier
et pour que vive la liberté !

Car la fin : le Libera Me de la soprano, est la piĂšce composĂ©e en premier pour un Requiem d’hommage Ă  Rossini qui n’a jamais vu le jour. Verdi chantre de l’opĂ©ra ne pouvait dĂ©cevoir et a composĂ© avec ce Requiem une grande fresque opĂ©ratique donnant un relief particulier Ă  la Doxa chrĂ©tienne ; car s’il suit le texte latin il est peu de dire qu’il lui donne une vigueur incroyable avec des accents terribles ou touchants et de vastes phrases en gestes vocaux quasi surnaturels.
Le quatuor de solistes est utilisĂ© comme dans un opĂ©ra. C’est la soprano qui est la plus exposĂ©e mais personne n’est secondaire. La soprano Blerta Zhegu est remarquable de suretĂ© d’émission et de beautĂ© de ligne vocale. L’homogĂ©nĂ©itĂ© de la voix lui donne de l’autoritĂ© comme une grande tendresse. Elle a remplacĂ© au pied levĂ© Isabelle Ange malade et a appris sa partie en moins de six jours ! Guillemette Laurens faisait lĂ  une prise de rĂŽle attendue. En effet la diva sombre du baroque pour fĂȘter ses 47 ans de carriĂšre osait une entrĂ©e dans le rĂ©pertoire romantique qu’elle affectionne tant. Son timbre prenant, sa diction faite drame et ses phrases ciselĂ©es, avec de grands contrastes, ont fait merveille. Dans toute sa partie, que se soit en solo, en duo, trio ou quatuor, elle apporte une diction vivifiante et un sens de la fusion des timbres dignes de l’extraordinaire madrigaliste qu’elle est. Le tĂ©nor Joachim Bresson avec un engagement trĂšs Ă©mouvant a chantĂ© sa partie avec une grande musicalitĂ© ; quand d’aucuns ne sont que voix large, lui nuance et phrase dĂ©licatement sa partie. La voix au grain noble permet de porter loin une Ă©motion non feinte. Il est bien rare de voir un artiste vivre si intensĂ©ment ce qu’il chante. La basse Robert Jezierski apporte beaucoup de force et de stabilitĂ© avec un art du chant verdien bien maĂźtrisĂ©. L’accord entre les voix des quatre chanteurs a Ă©tĂ© remarquable avec la constante recherche d’un bel Ă©quilibre. Il faut dire que le travail sur les parties solistes avec Hugues Reiner, semble particuliĂšrement abouti.
Bien souvent des choses trĂšs fines ont Ă©tĂ© perceptibles qui sont souvent noyĂ©es dans les dĂ©cibels et qui ce soir ont livrĂ© la quintessence de l’art vocal de Giuseppe Verdi. L’orchestre et le chƓur, tous trĂšs engagĂ©s, ont parfaitement Ă©tĂ© Ă  la hauteur de l’évĂ©nement. Et la direction souple et digne d’Hugues Reiner a magistralement fait avancer le drame sans jamais rien lĂącher. Tempi Ă©lĂ©gants, articulations fines des choeurs, belles couleurs orchestrales, excellent dosage des nuances entre tous, son Requiem de Verdi est un grand opĂ©ra construit dans une dramaturgie assumĂ©e. Le dĂ©but pianissimo fantomatique, les fresques chorales, les trompettes spacialisĂ©es de la terreur du Dies Irae, comme le tendresse du duo de l’Agnus Dei ont emportĂ© le public dans les Ă©motions contrastĂ©es attendues.
Et ces minutes finales de silence, en hommages au morts de novembre 2015 resteront comme un moment de magie de la vie. Voila un magnifique Requiem porté par des musiciens, engagés totalement dans la dramaturgie sublime de Verdi. Cela méritait bien le voyage à Paris !

Compte-rendu Concert. Paris. Eglise Saint-Sulpice, le 13 Novembre 2019. Benedetto Giacomo Marcello ( 1686-1739) : concerto pour trompette en ré mineur ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : Requiem. Blerta Zhegu, soprano ; Guillemette Laurens, mezzo-soprano ; Joachim Bresson, ténor ; Robert Jezierski, basse ; Guy Touvron, trompette ; Euromusic Symphonic Orchestra. Choeur International Hugues Reiner. Hugues Reiner, direction.