Concerto pour violon, L’Arbre des songes de Dutilleux

henri-dutilleux1-362x439France Musique. Dutilleux : L’Arbre des songes, mercredi 27 janvier 2016, 13h30, 20h. A 13h30 puis en direct de Salzbourg le soir du 27 janvier Ă  20h, Henri Dutilleux tient le haut de l’affiche grâce Ă  son sublime Concerto pour violon intitulĂ© comme toujours par l’auteur, rĂ©fĂ©rence Ă  sa passion de la poĂ©sie, “L’Arbre des songes” (les derniers biographes Ă©mettent des doutes finalement sur l’appellation du Concerto pour Dutilleux lui-mĂŞme… qui aurait renoncĂ© Ă  l’appeler ainsi. Commande de Radio France, crĂ©Ă©e au Théâtre des Champs ElysĂ©es en mai 1985, par les dĂ©dicataires Isaac Stern et l’Orchestre National de France, la partition (en trois grandes sĂ©quences) traite allusivement, comme s’il s’agissait du rĂ©seau de branches en leurs ramifications Ă  la fois tĂ©nues et miraculeuses, d’un arbre spectaculaire qui ne se rĂ©vèle en dĂ©finitive qu’Ă  la fin de la pièce, de l’Ă©parpillement et de sa profonde et inĂ©luctable reconstruction organique…. grâce Ă  une Ă©criture oĂą les motifs d’abords Ă©pars, construisent une vĂ©ritable cathĂ©drale sonore, de correspondances, de rĂ©itĂ©rations multiples, pour chaque cellule d’un vaste corps, s’organise, s’accouple pour ne former qu’une unitĂ© vivante.
Au dĂ©but, leur dialogue paraĂ®t manquĂ©, impossible, distendu ; puis l’interaction du violon soliste suit chaque palpitation de l’orchestre au point de s’y mĂŞler comme un agent fĂ©dĂ©rateur (union du hautbois d’abord et du violon dans le magnifique mouvement lent, central). Le morceau Ă©blouit enfin par le troisième interlude et son dĂ©veloppement final qui prĂ©cise peu Ă  peu l’organisation souterraine de la totalitĂ©, l’image fourmillante, fĂ©dĂ©ratrice de l’arbre qui finit dans un Ă©clair d’une lumière Ă©blouissante. Musique de l’ombre, parfois âpre mais toujours intensĂ©ment intĂ©rieure, le Concerto pour violon de Dutilleux saisit par l’intelligence de son dĂ©veloppement, ses miroitements introspectifs, clairs-obscurs scintillants, et son final ascensionnel, qui claque enfin comme un terrassement collectif. C’est l’une des plus emblĂ©matiques pièces du MaĂ®tre français qui, disparu en mai 2013, aurait soufflĂ© en 2016 son centenaire.

 

 

 

LIRE aussi notre grand dossier Dutilleux centenaire 2016

 

 

 

 

Concert Henri Dutilleux sur France Musique, mercredi 27 janvier 2016, 20h.
Concert donné en direct du Grand Palais des Festivals de Salzbourg, dans le cadre de la Mozartwoche
Wolfgang Amadeus Mozart
 : Symphonie n°35 en rĂ© Maj. KV 385 “Haffner”
Henri Dutilleux : 
L’Arbre des songes, concerto pour violon et orchestre
Felix Mendelssohn Bartholdy
 : Symphonie n° en la Maj. “Italienne”

 

 

Renaud Capuçon, violon
Orchestre Philharmonique de Vienne
Tugan Sokhiev, direction

logo_france_musique_DETOUREVoir le site de France Musique, sa page dĂ©diĂ© au Concerto pour violon L’arbre des songes d’Henri Dutilleux. Sous la direction de Tugan Sokhiev, Renaud Capuçon et l’Orchestre Philharmonique de Vienne interprètent la 35e Symphonie (“Haffner”) de Mozart, le Concerto pour violon et orchestre “L’Arbre des songes” d’Henri Dutilleux et la 4 ème Symphonie (“Italienne”) de Felix Mendelssohn Bartholdy, en direct du Grand Palais des festivals de Salzbourg (Autriche).

 

 

Symphonie n°2 “Le Double” de Dutilleux

Centenaire Dutilleux : 1916 - 2016France Musique. Dimanche 24 janvier 2016, 14h. Symphonie Le Double de Dutilleux. Souhaitons que 2016 soit enfin l’annĂ©e de la reconnaissance du gĂ©nie de Dutilleux, immense compositeur français du plein XXè (c’est Ă  dire de la seconde moitiĂ©, après la seconde guerre mondiale), esprit juste et militant humaniste auquel la Mairie de paris entre autres, doit un hommage en forme de rĂ©habilitation après le procès honteux qui lui fut fait en 2015… France Musqiue a bien raison, centenaire oblige, de dĂ©dier un numĂ©ro de sa Tribune des critiques Ă  l’Ă©blouissante 2è Symphonie dite ” Le Double”. Le titre inscrit comme c’est souvent le cas chez Dutilleux, l’acte musical en Ă©troite correspondance avec la poĂ©sie.

 

 

 

Analyse de la Symphonie n°2 “Le Double” d’Henri Dutilleux (1959)

Ombre, mystère, mĂ©tamorphose….

 

 

Pour les 75 ans de l’Orchestre de Boston, la fondation Serge Koussevitzky commande au compositeur français, une partition ample et profonde Ă  l’architecture ciselĂ©e. Dutilleux s’attèle Ă  sa composition en 1957, et livre le manuscrit finalisĂ© pour la crĂ©ation, par l’Orchestre de Boston dirigĂ© par Charles MĂĽnch le 11 dĂ©cembre 1959 Ă  Boston. Utilisant le principe baroque du Concerto Grosso (deux ensembles instrumentaux au format diffĂ©rent, un grand et un petit selon la formule fixĂ©e par Corelli et reprises par Haendel entre autres), Dutilleux Ă©crit pour un orchestre divisĂ©e par deux groupes, exploitant toutes les ressources possibles en vu d’un enrichissement polyrythmique et polyphonique. C’est une construction en miroir, l’un Ă©tant toujours doublĂ© par son pendant, son double… d’oĂą le titre de la pièce symphonique : 1 personnage en deux profils complĂ©mentaires. Rompant avec l’usage baroque, Dutilleux s’est expliquĂ© dans la volontĂ© de s’affranchir de toute rĂ©fĂ©rence nĂ©oclassique (mĂŞme si parmi le petit cercle instrumental paraĂ®t un clavecin). Il s’agit bien de repenser la forme d’un orchestre dĂ©doublĂ©, aux deux groupes actifs, dialoguant, s’opposant, jouant simultanĂ©ment par fusion, par diffĂ©renciation… En un jeu trouble, Dutilleux exploite le principe de la variation Ă  l’extrĂŞme. La fragmentation, les retours en arrières et donc rĂ©itĂ©rations semblent diluer le plan et le dĂ©veloppement de la symphonie… Il n’en est rien car la construction thĂ©matique et harmonique  s’affirme peu Ă  peu d’une façon très subtile suivant un schĂ©ma prĂ©cis : tonique si (1er mouvement) ; oscillation entre ut dièse, mi bĂ©mol majeur et mineur dans le 2 ; ut dièse mineur pour la conclusion. D’une sensibilitĂ© superlative souvent jubilatoire, l’Ă©criture de Dutilleux confirme ici ses qualitĂ©s emblĂ©matiques : le goĂ»t pour l’ombre, le mystère ; les clairs obscurs Ă  la Caravage ; l’ambivalence et l’allusion. Le thème de la mĂ©tamorphose traverse en particulier toute la symphonie n°2 de 1959 : la partition Le Double annonce Ă©videmment Les MĂ©taboles par son fini hallucinĂ© et Ă©merveillĂ©. Que Dutilleux ait ou non recycler ici et le sĂ©rialisme de Schönberg (mais en plus dĂ©tendu et comme rassĂ©rĂ©nĂ©) et aussi Stravinsky (par sa saisissante maĂ®trise polyrythmique), la Symphonie le Double affirme alors en 1959, sa pensĂ©e, son geste, comme crĂ©ateur original et puissant, qui a 43 ans (soit près de 20 ans après son Prix de Rome en 1938) confirme qu’il est dĂ©finitivement mĂ»r.

Un premier ensemble de 12 instrumentistes se place en demi cercle autour du chef ; le reste de l’effectif orchestral les entoure. D’une durĂ©e indicative moyenne de moins de 30 minutes, la Symphonie le Double est en 3 mouvements.

Animato ma misterioso ; Andantino sostenuto ; Allegro fuocoso – calmato. Le rapport des deux derniers mouvements ouvrent une sĂ©rie de questionnements insolubles qui dĂ©terminent en vĂ©ritĂ© la portĂ©e poĂ©tique de la Symphonie et sa conception comme son architecture Ă©nigmatique. L’Andantino cultive un climat d’introspection mystĂ©rieuse pourtant suractive (mĂ©tamorphose rythmique pendant son Ă©coulement) qui a tendance Ă  brouiller les pistes ; dans l’Ă©pisode final (Allegro), le plan s’Ă©claircit, le mouvement se prĂ©cise : après la reprise du thème incantatoire (fuocoso), Dutilleux affirme la rĂ©solution se rĂ©alise après une strette animĂ©e sur un calmato salvateur, en renoncement, pacifiĂ©.

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Dimanche 24 janvier 2016, 14h. Symphonie Le Double de Dutilleux. La Tribune des critiques de disques. Quelle version la plus convaincante du chef d’oeuvre symphonique de Dutilleux de 1959 ? Il semble que l’enregistrement par Charles Munch, crĂ©ateur Ă  Boston en 1959 reste inĂ©galable… L’enregistrement fait partie du coffret DUTILLEUX 2016 : The Centenary Edition, Ă©ditĂ© par Erato / Warner classics (7 cd).

Henri Dutilleux : Symphonie n°2 Le double. Voir aussi la fiche de l’Ă©mission sur le site de France Musique.

http://www.francemusique.fr/emission/la-tribune-des-critiques-de-disques/2015-2016/symphonie-ndeg2-le-double-d-henri-dutilleux-01-24-2016-14-00

 

 

Henri Dutilleux : centenaire 2016

Dossier spĂ©cial Centenaire Dutilleux 2016.  Henri Dutilleux : 1916 – 2013. Ecartons d’emblĂ©e la vilaine et honteuse polĂ©mique qui survient en mars 2015 : alors qu’il lui Ă©tait destinĂ© lĂ©gitimement une plaque commĂ©morative sur la façade de l’immeuble que Dutilleux habita sur l’île-Saint-Louis, la Mairie de Paris fut pris d’un zèle extravagant pour ne pas dire misĂ©rable : reportant la pose de la dite plaque pour cause d’agissements problĂ©matiques concernant l’intĂ©ressĂ© dont le Maire et ses acolytes avaient fait un collabo Ă  la solde de Vichy… Diffamation et ignominie salissant post mortem, l’éclat d’un Juste dont la probitĂ© et l’éthique furent après maintes polĂ©miques et rĂ©actions de plusieurs personnalitĂ©s du monde musical, finalement reconnues et certifiĂ©es. Honteuse calomnie dont la Mairie de Paris a encore du mal Ă  se remettre… En 2016, le profil d’une âme admirable, proche de la RĂ©sistance, acteur au Front national des musiciens, inquiĂ©tĂ©e mĂŞme par les fascistes pendant son sĂ©jour Ă  la Villa Medicis après l’obtention de son Prix de Rome se dresse enfin, inaltĂ©rable, et intacte pour un centenaire dont on peut supposer qu’il apporte sans rĂ©serve honneurs officiels et consensuels.

henri-dutilleux1-362x439Disparu en mai 2013, Henri Dutilleux nĂ© Ă  Angers en 1916, affirme la plĂ©nitude de son propre langage Ă  32 ans, grâce Ă  sa Sonate pour piano de 1948. DĂ©diĂ©e Ă  son Ă©pouse pianiste, Geneviève Joy, sa muse, son pilier (qu’il perd cependant non sans douleur en 2009), la partition souligne l’architecte de la forme tendue et resserrĂ©e, essentielle et suggestive avec pour compenser l’effort de la concentration rationnelle voire conceptuelle, le tissu hĂ©doniste voire sensuel qui cultive un goĂ»t personnel pour le timbre, sa rĂ©sonance, sa couleur spĂ©cifique. Mort Ă  97 ans, Dutilleux fut jusqu’à sa mort vĂ©nĂ©rĂ© tel le plus grand compositeur français immĂ©diatement accessible, dont l’humanitĂ© fraternelle et discrète, intensĂ©ment humble comme viscĂ©ralement humaniste contrepointait l’abstraction dogmatique un rien trop cĂ©rĂ©brale voire arrogante d’un Pierre Boulez (lequel si Dutilleux assistait rĂ©gulièrement Ă  ses concerts parisiens, ne joua jamais les Ĺ“uvres).
Comme Leonard de Vinci, Dutilleux le bâtisseur laisse un œuvre restreint, d’une finition perfectionniste rare, dont chaque volet, composante d’un vaste retable aux éclairs poétiques saisissants, marque à chaque fois, les imaginations à l’écoute. Au carrefour des disciplines en dialogue permanent, Dutilleux inscrit son écriture dans le mouvement, réalisant des points d’attache avec la poésie et la littérature, sans omettre la peinture. Son grand-père, peintre, fut Constant Dutilleux, un ami de Delacroix.
Depuis Berlioz, Satie, Ravel, Debussy, Dutilleux incarne en héritier direct et naturel, l’esthétique des couleurs. Même s’il est resté actif jusqu’à sa disparition, le compositeur a marqué durablement toute la seconde moitié du XXème siècle.
Comme Dukas, Dutilleux est un créateur lent et réservé qui ne s’accorde la parution d’une nouvelle partition qu’après moult vérifications, d’innombrables épreuves. Réflexif plutôt que leader, en rien dogmatique bien que très sourcilleux sur la forme définitive et l’architecture globale des oeuvres, Henri Dutilleux laisse surtout un corpus d’une exceptionnelle élégance, d’un raffinement cultivé qui établissant des passerelles incessantes entre poésie et musique, sait aussi restée accessible, compréhensible du plus grand nombre : un prophète sachant parler une langue audible par tous. Avec lui, le contemporain n’a pas rebuté. Il a charmé, depuis ses débuts.

Itinéraire. Formé au Conservatoire de Paris dès ses 17 ans (1933), il remporte le Prix de Rome en 1938, à 22 ans. Curieux, exigeant, le jeune académicien médicéen sait renouveler les influences du milieu français, en étant particulièrement perméable a contrario de ses confrères, au langage d’un Bartok, de Berg aussi.
Chef du service des illustrations musicales à la Radio Française, de 1944 à 1963, le compositeur trentenaire commande aux créateurs de son temps, sans préférences, avec une largeur d’esprit et une ouverture sensible qui forgent ainsi peu à peu, une culture mobile et tolérante.
L’orchestre est son domaine de prédilection, comme en témoigne encore son ultime enregistrement, paru chez DG en 2013 donc, sous la direction de EP Salonen.
Précédée par la n°1 (1951), la Symphonie n°2 dite « Le Double », au titre si évocateur et toujours mystérieux (marque personnelle du musicien), est son premier grand chef d’oeuvre : créée par Charles Munch, la partition affirme un tempérament contemplatif, curieux des mondes invisibles, porteurs de climats suspendus et intensément oniriques.

Les oeuvres phares. Puis ce sont Les MĂ©taboles de 1965 (crĂ©Ă©es par George Szell et l’Orchestre de Cleveland), autre Ă©clat Ă  la renommĂ©e planĂ©taire. Commanditaire, Rostro joue la crĂ©ation de son Concerto pour violoncelle en 1970, Tout un monde lointain … une pièce d’une finesse absolue, d’une gravitĂ© filigranĂ©e et poĂ©tique dont la richesse expressive la place aux cĂ´tĂ©s des plus grandes Ĺ“uvres romantiques.
En 1978, le prophète capable de sonorités inédites culitvant les champs d’un imaginaire jamais exploré, produit La Nuit étoilée, hymne enchanté, envoûté, cultivé dans le souvenir et l’hommage au tableau de Vincent Van Gogh.
Après le violoncelliste Rostropovitch, Dutilleux se rapproche du violoniste Isaac Stern pour lequel il compose un autre chef d’oeuvre absolu, son Concerto pour violon L’Arbre des songes (1985), où onirisme et révélation se mêlent dans un climat de métamorphoses et d’affinités électives. D’une finesse inédite, d’une justesse troublante, l’écriture sait aussi cibler les brûlures de l’histoire, quand l’effroi éprouve l’humanité pourtant admirable : ainsi en 1997, Seiji Ozawa créée Shadows of time, où d’après le Journal d’Anne Franck, Trois enfants chantent : « Pourquoi nous ? Pourquoi l’étoile ? ». Le raccourci poétique qui fusionne immédiatement l’histoire et l’universel atteint ici une résonance bouleversante.

Dutilleux et les femmes. Il y aurait tout un chapitre Ă  Ă©crire sur la voix et la contribution des femmes dans l’oeuvre de Dutilleux : ainsi, en muses et en diseuses complices, Anne-Sophie Mutter lui prĂŞte la voix de son archet magicien pour Sur un seul accord ; la soprano Dawn Upshaw lui inspire Correspondances (2003) quand la voix de velours « double crĂŞme » de l’immense diva RenĂ©e Fleming le conduit Ă  achever un ultime sommet pour voix et orchestre, Le Temps L’Horloge, crĂ©Ă©e par Seiji Ozawa au Japon en 2007, et dans sa version dĂ©finitive Ă  Paris en 2009. L’ultime invocation, vĂ©ritable promesse pleine d’espĂ©rance (“Enivrez-vous !”) dit clairement l’Ă©lan jamais attĂ©nuĂ© d’un dĂ©sir de fraternitĂ© et de partage. Derniers Ă©clats d’un gĂ©nie du timbre et de la construction qui a su faire scintiller texte vocal et texture orchestrale. Un maĂ®tre assurĂ©ment.

Centenaire Dutilleux : Livres et cd

dutilleux-henri-biographie-pierre-gervasoni-actes-sud-critique-livres-classiquenews-review-bookLivres & cd, annonce. Centenaire Dutilleux. Henri Dutilleux par Pierre Gervasoni. C’est l’évĂ©nement annoncĂ© chez Actes Sud au dĂ©but de l’annĂ©e 2016 (parution : le 22 janvier 2016). De 13 Ă  93 ans, Henri Dutilleux (1916-2013) fut un compositeur engagĂ©, passionnĂ©, actif, un visionnaire voire un prophète, traducteur de l’invisible, inspirĂ© par la poĂ©sie et la littĂ©rature. Ainsi la nuit, Tout un monde lointain, Le temps l’horloge… tĂ©moignent d’une sensibilitĂ© singulière, aux Ă©quilibres et tonalitĂ©s tĂ©nues. Plus qu’un tĂ©moignage sur la personnalitĂ© qu’il a approchĂ©, l’auteur livre dans un texte biographique Ă  paraĂ®tre chez Actes Sud en janvier 2016, l’aboutissement d’un travail de collecte documentaire rĂ©alisĂ© pendant 7 annĂ©es : tĂ©moignages d’époque, coupures de journaux, lettres… En rĂ©ussissant Ă  recomposer le contexte, les enjeux artistiques et humains de chaque sĂ©quence de la vie et de la carrière du musicien, Pierre Gervasoni restitue le portrait de Dutilleux comme un roman Ă  plusieurs personnages, mais une fiction minutieusement recomposĂ©e oĂą chaque fait et rebondissement dramatique, repose sur un Ă©pisode avĂ©rĂ© et scrupuleusement vĂ©rifiĂ©. Travail d’enquĂŞteur, justesse de la plume, acuitĂ© et exigence du tĂ©moignage… Pour le centenaire Dutilleux en 2016, voici l’ouvrage de rĂ©fĂ©rence que nous attendions, entre essai et biographie. Prochaine critique dans le mag cd, dvd, livres de classiquenews.com.

 

 

 

DUTILLEUX - The Centenary Edition 7CD

 

Erato publie aussi un coffret remarquable offrant l’intĂ©grale des oeuvres de Dutilleux (The Centenary Edition, 7 cd) : ouvres orchestrales, vocales (Sonnets de Jean Cassou, San Francisco Night, Le temps l’horloge…), pour piano ; pour violoncelle et violon (Tout un monde lointain…) ; musique de chambre (Ainsi la nuit, Sarabande, Les Citations…), Le loup (d’après Jean Anouilh), MĂ©taboles, Mystère de l’instant… autant de joyaux musicaux, souvent dans des versions plus que convaincantes… PrĂ©sentation et critique complète du coffret The Centenary Edition sur classiquenews en janvier 2016.

 

Biographie, prĂ©sentation de l’oeuvre… Dossier spĂ©cial Centenaire Henri Dutilleux 2016. Disparu en mai 2013, Henri Dutilleux nĂ© Ă  Angers en 1916 affirme la plĂ©nitude de son propre langage Ă  32 ans, grâce Ă  sa Sonate pour piano de 1948. DĂ©diĂ©e Ă  son Ă©pouse pianiste, Geneviève Joy, sa muse, son pilier (qu’il perd cependant non sans douleur en 2009), la partition souligne l’architecte de la forme tendue et resserrĂ©e, essentielle et suggestive avec pour compenser l’effort de la concentration rationnelle voire conceptuelle, le tissu hĂ©doniste voire sensuel qui cultive un goĂ»t personnel pour le timbre, sa rĂ©sonance, sa couleur spĂ©cifique. Mort Ă  97 ans, Dutilleux fut jusqu’à sa mort vĂ©nĂ©rĂ© tel le plus grand compositeur français immĂ©diatement accessible, dont l’accessibilitĂ© fraternelle et intensĂ©ment humble comme viscĂ©ralement humaniste contrepointait l’abstraction dogmatique un rien trop cĂ©rĂ©brale voire arrogante d’un Boulez. LIRE notre dossier Dutilleux, centenaire 2016

 

 

CD. Coffret Dutilleux edition : tout Dutilleux en 6 cd (Deutsche Grammophon)

CD. Coffret Dutilleux edition (6 cd Deutsche Grammophon). DĂ©cĂ©dĂ© il y a presque un an dĂ©jĂ , le 23 mai 2013 ( Ă  97 ans), Henri Dutilleux (1916-2013) est le sujet d’un superbe coffret de 6 cd, prĂ©sentant l’ensemble de son oeuvre enregistrĂ© chez Deutsche Grammophon. Parution annoncĂ©e le 10 fĂ©vrier 2014.

Au sommaire des oeuvres orchestrales figurent : (CD1:)Symphonie n°1 (Jean Martinon, Orchestre national de l’Ortf, 1971), et Symphonie n°2 ” le double ” (Orchestre de Paris, Semyon Bychkov). Puis (CD2) : MĂ©taboles ; Timbres, espace, mouvement ou La nuit Ă©toilĂ©e (Orchestre de Paris, Semyon Bychkov), Mystère de l’Instant (Hans Graf et l’Orchestre de Bordeaux), The Shadows of Time pour orchestre et voix d’enfants (Esa Peka Salonen, Philharmonique de Radio France). Parmi les oeuvres concertantes et instrumentales soulignons (CD3:) le Concerto pour violoncelle Tout un monde lointain (Lynn Harrel et la National de France, Charles Dutoit), L’Arbre des Songes (mĂŞme chef, mĂŞme orchestre, Pierre Amoyal, violon), Sur le mĂŞme accord (nocturne pour violon et orchestre par le Philharmonique de Radio France et Kurt Masur). L’oeuvre pour piano y est dĂ©fendu par Robert Levin et C-M Leguay (CD4). Les oeuvres vocales (CD5) regroupent plusieurs joyaux particulièrement bien servis : La GeĂ´le (François Le Roux), Deux Poèmes de Jean Cassou et Le temps l’horloge par RenĂ©e Fleming (dĂ©dicataire du dernier cycle, sous la baguette de Seiji Ozawa), sans omettre les superbes Correspondances (enregistrement parmi les plus rĂ©cents, avec Barbara Hanningan, et Esa Pekka Salonen). Enfin le CD6 concentre la musique de chambre dont la Sonate pour hautbois et piano, Ainsi la nuit, Les Citations …

Dutilleux : Ă©couter l’invisble

Dutilleux_edition_cd_deutsche_grammophon_cd_dutilleuxEst ce parce que Pierre Boulez (son cadet nĂ© en 1925) ne joua et dirigea aucune de ses Ĺ“uvres, que le chef compositeur savait inconsciemment que l’oeuvre de Dutilleux s’imposerait Ă  nous par son immense portĂ©e poĂ©tique et universelle ? Comme s’il souhaitait Ă©viter une sorte d’adoubement confraternel. On ne peut taire aujourd’hui l’Ă©vidence : l’oeuvre de Dutilleux est davantage populaire que celle de son cadet Boulez. De fait, le classique moderne, pas sĂ©rialiste pour un sou n’adhĂ©ra jamais au dogmatisme intellectuel des boulĂ©ziens, prĂ©fĂ©rant non sans raison, cultiver un art particulièrement original et raffinĂ©, Ă  la fois discret mais intense et profond, un art personnel et inclassable hors des querelles d’Ă©coles et des catĂ©gorisations rĂ©ductrices, celui de la transparence orchestrale ou de l’infiniment poĂ©tique. Toujours accessible ( et parfaitement audible dirons les plus partisans), Dutilleux favorise le climat des rĂ©vĂ©lations, l’ombre porteuse de sens : il nous fait entendre l’invisible. c’est un hĂ©doniste amateur de pudeur.
Remportant le Prix de Rome en 1938 (Ă  22 ans), Henri Dutilleux laisse une Ĺ“uvre subtile, autant dĂ©licatement ouvragĂ©e que puissante et visionnaire. Dutilleux aura montrĂ© Ă  travers son Ĺ“uvre concentrĂ©e et d’une rare cohĂ©rence, l’Ă©ternitĂ© prĂ©servĂ©e d’un tonalisme debussyste, cultivant les correspondances suggestives, agissant par tableaux, chacun autonome mais aussi interdĂ©pendant des prĂ©cĂ©dents; le tout construisant pierre après pierre, une cathĂ©drale musicale qu’il nous appartient de mesurer et d’apprĂ©cier pour son Ă©quilibre et son intelligence interne. Comme Messiaen, Dutilleux a Ă©tĂ© reconnu, jouĂ©, et compris par le grand public dès son vivant. On ne pourrait en dire de mĂŞme pour nombre des compositeurs modernes et contemporains. En rĂ©unissant toutes les oeuvres majeures de Dutilleux ce coffret de 6 cd est un Ă©vĂ©nement discographique saluĂ© par la RĂ©daction de classiquenews.com. Prochaine critique complète dans le mag cd de classiquenews.com

Dutilleux édition. Coffret 6 cd Deutesche Grammophon. Parution annoncée le 10 février 2014