CD. Rameau, Handel : Concertos pour orgue, Pièces pour clavecin… (ZaĂŻs, Paul Goussot, Paraty, 2013)

DOM BEDOS Rameau handel orgue PARATY visuel_cd_handelrameau_reelCD. Rameau, Handel : Concertos pour orgue, Pièces pour clavecin… (ZaĂŻs, Paul Goussot, Paraty, 2013). Attention, programme remarquablement audacieux. Et sur le plan interprĂ©tatif : quelle fulgurance dans un jeu Ă  la fois noble, gĂ©nĂ©reux et aussi percutant voire d’une mordante Ă©nergie ! Sans rĂ©serve, voici le cd que nous attendions pour l’annĂ©e Rameau 2014 : d’une plĂ©nitude enthousiasmante et par le choix de son programme, dans les Ĺ“uvres retenues et transcrites, l’expression la plus sincère et la plus directe de cette furie musicale, doublĂ©e d’Ă©lĂ©gance propre au gĂ©nie ramĂ©llien : l’affinitĂ© des interprètes (instrumentises de l’ensemble ZaĂŻs et organiste) avec le compositeur est totale et aussi d’une inventive audace comme l’atteste l’intelligence des transcriptions proposĂ©e s’agissant des Pièces de Rameau, originellement pour clavecin et transfĂ©rĂ©es ici Ă  l’orgue.

 

CLIC D'OR macaron 200babel-benoit-zais-rameau-handel-D’abord au service du premier Concerto pour orgue de Haendel (HWV 309), la gravitĂ© (couleurs sombres d’un lugubre solennel grâce aux bassons vrombissants) de l’Adagio & organo ad libitum captive dès le dĂ©but ; la prĂ©cision mordante, -pulsionnellement  pertinente de l’Allegro qui suit montre Ă  quel point la musicalitĂ© rayonnante de l’ensemble ZaĂŻs (BenoĂ®t Babel, direction) sait s’affirmer avec une exceptionnelle voluptĂ© assurĂ©e, complice Ă  chaque mesure de l’orgue bordelais, royal, et mĂŞme impĂ©rial dans sa dĂ©mesure rĂ©ellement impressionnante. De ce fait, la cohĂ©rence et l’Ă©quilibre dans la prise de son, rĂ©solvant l’ampleur rĂ©verbĂ©rante de l’orgue avec le relief des instrumentistes est exceptionnellement rĂ©ussie. Outre sa justesse artistique convaincante, le programme satisfait donc aussi sur le plan de sa rĂ©alisation technique, prĂ©servant une balance idĂ©ale malgrĂ© la disparitĂ© des instruments en jeu. Un exemple mĂŞme de naturel et de prise de son vivante. Bravo aux ingĂ©nieurs du son!

CĂ´tĂ© Rameau, le Portrait de La Poplinière – clin d’Ĺ“il Ă  son protecteur parisien, est la première transcription opĂ©rĂ©e : dans son transfert Ă  l’orgue accompagnĂ© par les musiciens de ZaĂŻs, elle ne perd rien  de son panache ni de son caractère hautement enjouĂ©,  avec propre au jeu tout en finesse de l’organiste Paul Goussot, une nuance de facĂ©tie Ă©lĂ©gantissime : quelle intelligence dans le style. De facto on se prend Ă  imaginer comment Rameau jouait Ă  son Ă©poque, prĂŞt Ă  tous les risques, Ă  toutes les boutades provocantes (rapportĂ©es par ses contemporains)… Ă  tous les dĂ©lires d’un musicien – comme Haendel- : improvisateur hors pair… Comment jouait  Rameau Ă  son Ă©poque ? : probablement comme dans cet enregistrement qui ose cette Ă©vocation Ă  laquelle tous les spĂ©cialistes et les connaisseurs ont un jour pensĂ© !

 

 

Un Rameau inĂ©dit Ă  l’orgue

La monumentalitĂ© Ă  l’Ă©preuve de l’intimitĂ© facĂ©tieuse

 

Rameau_CarmontelleHĂ©las non transcrit Ă  l’orgue (ce qui aurait Ă©tĂ© tout autant lĂ©gitime car les tĂ©moignages rapportent que Rameau improvisait Ă  l’orgue d’après ses propres mĂ©lodies lyriques), le souffle Ă©pique, de fière allure de la Ritournelle extraite du premier chef d’Ĺ“uvre lyrique, Hippolyte et Aricie saisit par son mordant aristocratique d’un dramatisme lui aussi irrĂ©sistible. L’ensemble ZaĂŻs est visiblement inspirĂ© par son sujet.
S’agissant des 3 Pièces pour clavecin en concerts du Livre IV  (La Forqueray, La Cupis, La Marais), le mĂŞme constat s’impose Ă  la faveur des interprètes : le gigantisme spatialisĂ© qui aurait pu noyer la fine expressivitĂ© et l’intelligence mordante voire satirique de chaque propos n’affecte en rien la prodigieuse invention de Rameau, ni ses qualitĂ©s chambristes ni son raffinement expressif. Orchestre et orgue accomplissent un prodige de conversation dialoguĂ©e qui Ă©tonne par son assise, sa clartĂ©, une superlative complicitĂ©. Chapeau bas. Energie et feu – voire embrasement- de la Forqueray ; intĂ©rioritĂ© pudique de La Cupis… ; festin Ă  tous les Ă©tages de La Marais. Les instrumentistes ne se brident pas : ils savent trouver ce naturel et cette libertĂ© du geste qui font tant dĂ©faut chez bon nombre de leurs confrères.

paul-goussotSous les doigts aĂ©riens, magiciens de Paul Goussot, l’alternance des Pièces de Rameau avec les 3 Concertos pour orgue de Handel se rĂ©alise avec cohĂ©rence : l’exercice de la monumentalitĂ© s’y dĂ©ploie avec un naturel et une prĂ©cision au service de l’expressivitĂ© la plus fine. Le jeu habitĂ© et très intĂ©rieur de l’organiste (superbes respirations) fait valoir dans le grand format sonore, ses qualitĂ©s de dĂ©tails et de nuances. Voici un Handel certes majestueux mais si humain, si subtil. Comme son Rameau : fin, volubile, enjouĂ©. Programme superlatif, donc logiquement CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2014.

PARATY rameau handel babel benoit zais concertos pieces pour clavecin et orgueRameau : Pièces pour clavecin (Concerts III et IV, 1741, transcrits pour orgue et orchestre). Handel : Concertos pour orgue. Paul Goussot, grand orgue Dom Bedos 1748 (Ste-Croix de Bordeaux). ZaĂŻs. Benoit Babel, direction (1 cd Paraty). Enregistrement rĂ©alisĂ© en septembre 2013 Ă  l’Abbatiale Sainte-croix de Bordeaux, France. Parution annoncĂ©e mi octobre 2014.

 

 

ZAIS benoit babel

 

 

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ECOUTER un extrait du cd Rameau & Handel sur le site du label Paraty