Compte rendu, concert. Paris. Cathédrale Notre-Dame de Paris, le 23 mai 2014. Mozart : « Grande » Messe en Ut. Christina Landshamer, Ingeborg Gillebo, Pascal Charbonneau, Peter Harvey, solistes. Maitrise Notre-Dame de Paris. Lionel Sow, direction. Orchestre de Chambre de Paris. Roger Norrington, direction.

Sir Roger Norrington dirige la Messe en ut de MozartLa Cathédrale de Notre-Dame de Paris accueille l’Orchestre de Chambre de Paris sous la direction musicale de son premier chef invité Roger Norrington et une distribution des solistes pleine de cÅ“ur. Cadre et compagnie idéaux pour la représentation de la « Grande » messe inachevée de Mozart, la Messe en Ut mineur, en l’occurrence présentée dans la version reconstituée par le pianiste et compositeur Robert Levin (2005). Dire que Roger Norrington est l’une des figures emblématiques du mouvement « baroqueux » n’est qu’approximation. La pratique historiquement informée (HIP en anglais) qu’il défend si vivement pour notre plus grand bonheur, est un concept que le mot « baroqueux », si banal, n’illustre pas avec justesse. Certes, il est baroqueux parce qu’il s’éloigne de la tradition post-romantique devenue standard à la fin du XIXe siècle, mais ceci n’implique pas toujours le fait de jouer sur instruments d’époque. Son approche historique a une profondeur qui dépasse la date de facture des instruments. Le focus est plus dans la façon de jouer une Å“uvre qu’autre chose. Dans ce sens, sa démarche a une valeur inestimable. Entendre un orchestre moderne s’attaquer à un répertoire pré-romantique de façon historiquement informée, peut tout simplement être une expérience positive, bouleversante, transcendantale pour mélomanes et musiciens confondus. C’est le cas ce soir à Notre-Dame avec cet opus qui condense en lui-même le siècle qui l’a vu naître.

L’OCP et Norrington à Notre-Dame : un Mozart majestueux !


Beaucoup d’encre a coulé sur la ou les raisons pour lesquelles Mozart n’a pas achevé le monument qu’est cette célèbre Messe en Ut (K 427), parfaitement positionnée par son envergure entre les grandes Å“uvres de Bach (Passions, Messe en si) et celle en Ré majeur de Beethoven. Elle a été composée pendant une période assez instable de la vie de Mozart, entre 1782 et 1783. A l’origine destinée à sa femme Constance, elle restera inachevée comme la plupart des Å“uvres qu’il aurait écrit pour elle. Fait curieux, mais anecdotique. Sa valeur « religieuse » a aussi inspiré (et inspire encore, bizarrement) de vives discussions. Il existe toujours une minorité de gens qui ne supportent pas qu’il y ait d’impressionnantes vocalises dans une messe, pour eux c’est tellement profane que c’est sacrilège ! Curieusement, et pour partager une autre anecdote, le Pape actuel, Francois, considère cette messe comme étant sans égale, et plus précisément que le « Et incarnatus est » élève l’homme vers Dieu.

mozart_portrait-300Dépassons l’anecdote. La ferveur à la Cathédrale, en cette soirée de printemps, est palpable. Elle s’exprime par l’investissement et le plaisir évident des artistes à interpréter la Messe. Les solistes et les musiciens se regardent et sourient avec un bonheur paisible, tout en jouant une musique redoutable. Les voix féminines, comme souvent chez Mozart, sont privilégiées. La soprano Christina Landshamer chante le « Kyrie » et le « Et incarnatus est » avec beaucoup de sentiment ; dans le dernier sa voix achève des sommets célestes et se confond avec les sublimes vents obligés. La jeune mezzo-soprano Ingeborg Gillebo, qui remplace Jennifer Larmore programmée originellement, est rayonnante dans l’italianisme virtuose et joyeux du « Laudamus te » ou encore dans le duo « Domine », variante sacrée des incroyables duos féminins des opéras de Mozart. Le ténor Pascal Charbonneau est visiblement habité par la musique, dont il chantonne en silence les chÅ“urs. Quand c’est à lui de chanter véritablement il fait preuve d’agilité et de légèreté, même si le timbre paraît plus corsé que d’habitude, ce qui s’accorde superbement à l’œuvre. La basse Peter Harvey, qui, certes, chante peu, offre une prestation sans défaut.

Nous nous attendons toujours a d’excellentes performances de la part de la Maîtrise Notre-Dame de Paris sous la direction de Lionel Sow. Nous ne sommes pas déçus ce soir mais notre appréciation n’est pas sans réserves. Le chÅ“ur ne paraît pas toujours concerté lors des nombreux, glorieux et difficiles double-choeurs haendeliens, surtout au début. Mais ces petits détails dans la dynamique initiale, s’expriment au final en une performance d’une grande humanité, d’une intense ferveur.

Pour leur part, les musiciens de l’Orchestre de Chambre de Paris sont à la hauteur de la pièce et du lieu. Le toujours fabuleux et implacable premier violon de Deborah Nemtanu, ou encore le non moins fantastique groupe des vents tout particulièrement sollicité, ont été tous impressionnants dans leur prestation. Idem pour les cordes sans vibrato (ou peu, à vrai dire) que nous aimons tant chez Norrington, à la belle présence malgré quelques petits oublis et notes comiques des violoncelles. Nous sommes encore ébahis par la beauté du concert et n’avons que des félicitations pour les artistes. Un concert de talents concertés qui restera dans nos mémoires, et dans nos cÅ“urs.

Compte rendu, concert. Paris. Cathédrale Notre-Dame de Paris, le 23 mai 2014. Mozart : « Grande » Messe en Ut. Christina Landshamer, Ingeborg Gillebo, Pascal Charbonneau, Peter Harvey, solistes. Maitrise Notre-Dame de Paris. Lionel Sow, direction. Orchestre de Chambre de Paris. Roger Norrington, direction.

 

Orchestre de chambre de Paris. Norrington dirige la Messe en ut mineur, Grand-Messe, de Mozart (1782)

mozart_portraitParis, Notre-Dame : Mozart, Messe en ut mineur, les 22, 23 mai 2014. La messe en ut mineur KV 427, (ou Große Messe : « grand-messe ») est une partition inachevée de Wolfgang Amadeus Mozart, écrite en 1782 : c’est une Å“uvre majeure que Mozart compose à Vienne, alors qu’il se marie avec Constanze Weber. L’Å“uvre atteste une conscience ambitieuse, une ferveur sincère, touche par la grâce qui renouvelle le format traditionnel de la messe viennoise. Après la Messe en si de JS Bach dont il assimile l’art complexe de la polyphonie, la Messe en ut de Mozart est un jalon important, préludant à la Missa Solemnis de Beethoven.  La légende précise que Wolfgang aurait ainsi exaucé le voeu de son père auquel le fils bienveillant avait promis une Messe si Constance se rétablissait d’une grave maladie.

Kyrie (Andante moderato)
Gloria
Gloria in excelsis Deo (Allegro vivace)
Laudamus te (Allegro aperto)
Gratias agimus tibi (Adagio)
Domine Deus (Allegro moderato)
Qui tollis (Largo)
Quoniam tu solus (Allegro)
Jesu Christe
Cum Sancto Spiritu
Credo
Credo in unum deum (Allegro maestoso)
Et incarnatus est (Andante)
Sanctus
Sanctus (Largo)
Hosanna
Benedictus (Allegro commodo)

roger norrington portrait faceL’Å“uvre nous est parvenue incomplète. Après le sommet qui reste la séquence de l’ “Et incarnatus est”, le Credo (et son orchestration), comme l’Agnus Dei, reste manquant. Pour faciliter son travail, Mozart a certainement réutilisé du matériel antérieur, issu de messes écrites certainement à l’époque de ses fonctions à Salzbourg.  Par la suite, le compositeur utilise plusieurs parties de la Messe pour son oratorio Davidde Penitente.

Aujourd’hui la reconstitution orchestrée par  H. C. Robbins Landon demeure la meilleure source pour mesurer l’ampleur et la subtilité de la Messe mozartienne. Durée : environ 1h05

Paris, Cathédrale Notre-dame. Les 22 et 23 mai 2014, 20h
Sir Roger Norrington et l’Orchestre de chambre de Paris
Solistes : Christina Landshamer, soprano. Jennifer Larmore, soprano. Pascal Charbonneau, ténor. Peter Harvey, basse. Maîtrise Notre-Dame de Paris (Lionel Sow, direction)

Toutes les infos et les modalités de réservation sur le site de l’Orchestre de chambre de Paris