COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. Milan, Scala, le 6 mars 2019. Moussorgski : La Khovanchina. Gergiev / Martone

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, OpĂ©ra. Milan, Teatro alla Scala, le 6 mars 2019. Modest Petrovic Moussorgski : La Khovanchina. Valery Gergiev / Mario Martone. Depuis sa crĂ©ation in loco, en 1926, La Khovanchina de Moussorgski n’a pas Ă©tĂ© beaucoup reprĂ©sentĂ© Ă  La Scala, et toujours, jusqu’en 1973 (annĂ©e de la visite du BolchoĂŻ de Moscou Ă  Milan), dans une traduction italienne. En 1981, Milan fait un nouveau grand pas en renonçant Ă  la version (fortement coupĂ©e) de Rimski-Korsakov, Russlan Raichev dirigeant la partition orchestrĂ©e par Chostakovitch, dans un spectacle de Yuri Liubimov. En 1997, c’est une production trĂšs traditionnelle (signĂ©e par Leonid Baratov) que vient diriger Valery Gergiev Ă  la tĂȘte des forces du Mariinsky, spectacle que nous avions pu voir Ă  l’OpĂ©ra de Montpellier trois ans plus tĂŽt, lors d’une tournĂ©e de la phalange pĂ©tersbourgeoise en France. Vingt-un ans plus tard, le maestro ossĂšte revient diriger l’ouvrage dans la maison scaligĂšre, mais cette fois avec la phalange scaligĂšre en fosse. Sa baguette intelligente et vigoureuse sait alterner Ă  merveille brutalitĂ© et intimisme, violence et poĂ©sie, quand le ChƓur maison, qui a fort a faire ici, se couvre de gloire dans chacune de ses interventions.

 
 
 

Gergiev dirige une KHOVANTCHINA captivante Ă  la Scala

 
 
 

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De son cĂŽtĂ©, la distribution se montre d’un haut niveau, la plupart des interprĂštes rĂ©ussissant des incarnations d’une intensitĂ© indĂ©niable. Le chant un peu rude de MikhaĂŻl Petrenko ne l’empĂȘche pas de camper un Ivan Khovanski fier et inĂ©branlable. Le tempĂ©rament et la prĂ©sence de SergeĂŻ Skorokhodov lui permettent de faire face aux contradictions qui dĂ©chirent AndreĂŻ Khovanski jusqu’au sacrifice final. Evgeny Akimov, Ă  la voix claire et percutante, est un Golitsine vibrant, et Alexey Markov un Chaklovity agressif et menaçant. Le magnifique basse Stanislav Trofimov a la stature physique et l’ampleur vocale de Dossifeï ; il possĂšde par ailleurs ce qui fait d’un homme un chef religieux et un guide spirituel que ses fidĂšles suivent dans la mort : le charisme, l’autoritĂ©, l’intĂ©rioritĂ©. Enfin, la superbe mezzo Ekaterina Semenchuck campe une Marfa digne d’admiration, voix longue, pleine, chaleureuse, aussi prenante dans la douceur que dans la vĂ©hĂ©mence, la plus attachante, sans doute, de toute cette galerie de personnages poignants.

ConfiĂ©e Ă  Mario Martone, la production situe l’action dans une Russie post-apocalyptique, la scĂ©nographie (signĂ©e par Margherita Palli) laissant entrevoir une raffinerie de pĂ©trole bombardĂ©e, oĂč s’amassent voitures calcinĂ©es et des monceaux de tĂŽles rouillĂ©es. On ne peut s’empĂȘcher de penser Ă  Mad Max ou Ă  Blade Runner en contemplant cette atmosphĂšre dĂ©solĂ©e particuliĂšrement rĂ©ussie. A l’exception de Marfa et DossifeĂŻ, chaque protagoniste ne paraĂźt soucieux que de rabaisser et brutaliser son interlocuteur, chaque groupe populaire semble perpĂ©tuellement en quĂȘte d’un souffre-douleur Ă  importuner ou tabasser
 Une impression de glauque qui ne disparaĂźtra, si contradictoire que cela puisse paraĂźtre, qu’avec la scĂšne finale d’immolation collective : les croyants s’avancent vers une immense boule de feu qui grandit peu Ă  peu et finit par engloutir tout le monde


 
 
 

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Mais pourquoi n’entend-on pas plus souvent cette partition marquĂ©e du sceau du gĂ©nie ?

 
 
 

 

 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, Opéra. Milan, Teatro alla Scala, le 6 mars 2019. Modest Petrovic Moussorgski : La Khovanchina. Valery Gergiev / Mario Martone.

 
 
 
 
 
 

CD, compte rendu critique. Rachmaninov : Symphonie n°3. Valery Gergiev, novembre 2014 (1 cd LSO Live)

LSO rachmaninov symphony n3 balakirev russia cd valery gergiev cd review critique cd compte rendu classiquenews novembre 2015CD, compte rendu critique. Rachmaninov : Symphonie n°3. Valery Gergiev, novembre 2014 (1 cd LSO Live). L’opus 44 de Rachmaninov en la mineur accuse et la prĂ©sence occidentale dans l’oeuvre du symphonisme, le plus ardent parmi les crĂ©ateurs russes aprĂšs Tchaikovski, dĂ©fendant toujours une active Ă©nergie de la nostalgie dans un langage flamboyant qui l’affirme comme un immense crĂ©ateur pour l’orchestre. La Symphonie n°3 combine idĂ©alement tentation panique du repli mĂ©lancolique, voire dĂ©pressif, et esprit de conquĂȘte intĂ©rieur sur des dĂ©mons personnels. Gergiev comprend parfaitement cette ambiguitĂ© inhĂ©rente Ă  la sensibilitĂ© d’un Rachmaninov tiraillĂ© : pulsion de vie et effondrement amer… Ecrite en 1936 aux USA, crĂ©Ă©e en novembre 1936, sous la direction de Leopold Stokowski Ă  Philadelphie, la 3Ăšme clame ses humeurs sombres, Ăąpres, toujours suractive. Rachmaninov le dĂ©racinĂ©, fait chanter avec force (particuliĂšrement l’allegro moderato du premier mouvement) son amour pour sa patrie avec une intensitĂ© rare qui renoue avec la partition purement instrumentale antĂ©rieure (L’Île des morts de 1909), avant la grand Ɠuvre des Danses Symphoniques de 1940.

Le raffinement de l’orchestration, incises trĂ©pidantes et toujours trĂšs actives des cordes, cors majestueux, flĂ»tes et hautbois dansants et insinueux, scintille avec mesure sous la baguette d’un Gergiev trĂšs scrupuleux, toujours parfaitement allant et prĂ©cisĂ©ment dramatique. L’Adagio exprime une douceur attendrie recueillie qui se recentre dans le chant du violon solo, avec des couleurs et accents typiquement amĂ©ricains (sentimentalisme… que Gergiev sait tempĂ©rer en russe qu’il est, Ă©vitant le pathos dĂ©monstratif et appuyĂ© dans lequel trop de chefs s’embourbe).

Dans le dernier mouvement, vif, dont l’Ă©nergie chorĂ©graphique Ă©perdue et conquĂ©rante rappelle Borodine, Gergiev se montre trĂšs attentif Ă  mille nuances qui Ă©carte Ă  qui sait les percevoir, l’Ă©toffe du clinquant Rachmaninov de la pleine maturitĂ© amĂ©ricaine, d’une dĂ©monstration hollywoodienne. La mise en place trĂšs prĂ©cise des pupitres (dĂ©jĂ  parfaite dans l’intervention du contrebasson et du cĂ©lesta dans le second mouvement, produit les mĂȘmes bĂ©nĂ©fices : Rachmaninov y semble parcourir et fouiller toutes ses Ă©motions les plus tĂ©nues, recomposant sa propre lĂ©gende personnelle avec une finesse instrumentale et une cohĂ©rence dans son dĂ©roulement qui souligne la sincĂ©ritĂ© de la construction. La pĂąte du LSO London Symphony Orchestra Ă©vite toute lourdeur, rĂ©vĂ©lant une superbe finesse instrumentale, une sensualitĂ© ardente et souple (6’27 du 3Ăšme mouvement) tout en marquant chaque jalon de la formidable Ă©nergie finale. Tout cela va dans le sens d’une caractĂ©risation scintillante de l’Ă©criture instrumentale, moins, et c’est une tendance lĂ©gitime et juste, vers une approche contrastĂ©e par masses. De sorte que malgrĂ© les soubresauts rythmiques, Gergiev fait souffler une langueur noble et simplement chantante, magistralement nostalgique. En dĂ©finitive, ne voudrait-il pas nous confirmer ce qui demeure le caractĂšre le plus emblĂ©matique de Rachmaninov, son romantisme Ă©perdu, viscĂ©ral, jusqu’au boutiste qui en fait le dernier des grands symphonistes russes tendances classiques, aux cĂŽtĂ©s des Stravinsky, Prokofiev, Chostakovitch, eux aussi bien trempĂ©s mais plus permĂ©ables Ă  la modernitĂ© musicale.

Gergiev valery LSO maestro chef d orchestreLe patriote Balakirev exprime une passion explicite pour la Russie historique et Ă©ternelle dont Russia manifeste clairement l’orgueil, une certaine fiertĂ© enivrĂ©e. Le pilier du Groupe des Cinq y Ă©voque l’histoire russe Ă  travers les 3 volets reprĂ©sentatifs : paganisme, gouvernements populaires, empire moscovite, chacune correspondant Ă  une mĂ©lodie populaire spĂ©cifique. CrĂ©Ă©e Ă  Saint-PĂ©tersbourg en 1864, rĂ©visĂ©e en 1887, la partition offre un vĂ©ritable condensĂ© d’inspiration russe noble, trĂšs inspirĂ©e par le folklore populaire. MalgrĂ© la grandeur Ă©pique, le chef sait construire l’ouverture sur l’intĂ©rioritĂ©, la suggestion, le raffinement lĂ  encore d’une orchestration fine et qui conclue la piĂšce dans un murmure. Une Ă©lĂ©gance rare, une subtilitĂ© de ton font toute la saveur de cette approche qui respire et s’enflamme sans contraintes ni effets superfĂ©tatoires. En somme, un chant musical qui sous la baguette du chef s’Ă©coule et se dĂ©ploie comme une seconde langue.

CD, compte rendu critique. Rachmaninov (1873-1943) : Symphonie n°3 opus 44, 1935-1936. Mily Balakirev (1837-1910) : Russia, seconde ouverture d’aprĂšs 3 thĂšmes populaires russes, 1864, rĂ©vision de 1907. LSO Londons SYmphony Orchestra. Valery Gergiev, direction.  Enregistrement rĂ©alisĂ© au Barbican Center de Londre en novembre 2014. 1 cd LSO Live.

DVD. Tchaikovski : EugĂšne Oneguine (Netrebko, Gergiev, 2013)

oneguine onegin netrebko dvd deutsche grammophon dg0735115-1La production qu’affichait le Met de New York en septembre 2013 restait prometteuse avec dans le rĂŽle de Tatiana, -la jeune femme Ă©cartĂ©e par l’ours cynique et dĂ©sabusĂ© OnĂ©guine, l’incandescente diva austrorusse Anna Netrebko. Velours ample et voluptueux, sur les traces de Mirella Freni, la soprano a tout pour emporter le caractĂšre conçu par TchaĂŻkovski entre amertume, solitude, dignitĂ©. De la jeune femme ivre et tendre, amoureuse : celle de la lettre, Ă  l’Ă©pouse mariĂ©e par devoir et dignitĂ©, la cantatrice incarne toutes les nuances d’une fĂ©minitĂ© complĂšte, ardente et palpitante. On se souvient que les premiĂšres reprĂ©sentations pour l’ouverture de la saison 13-14 avaient Ă©tĂ© marquĂ©es par les manifestations antiPoutine du groupe Queer Nation, pour fustiger les mesures antigay du prĂ©sident russe dont sont proches Gergiev et la soprano vedette.

Le spectacle a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en 2011 en Grande-Bretagne et met en avant une lecture trĂšs classique de l’opĂ©ra dans ses costumes et dĂ©cors XIXĂšme qu’aucun regard dĂ©calĂ© ne vient perturber. Pour autant, malgrĂ© son classicisme de mise, parfois banal, le dispositif permet de se concentrer sur les chanteurs, tous parfaitement investis pour faire monter le baromĂštre. la cohĂ©rence du plateau, sur le plan vocal assure la rĂ©ussite globale du spectacle : Netrebko affiche une sensualitĂ© radieuse, celle d’une amoureuse sincĂšre, loyale, encore pleine de fraĂźcheur Ă  l’acte I. Puis, la femme mariĂ©e dĂ©ploie un large ambitus avec toujours les couleurs et le velours d’un timbre somptueux. Mais plus que l’Ă©rotisme du timbre fĂ©minin, c’est la justesse de l’intonation entre sincĂ©ritĂ© et passion qui trouble le plus.

D’autant que l’OnĂ©guine du baryton Mariusz Kwiecien, soigne lui aussi l’Ă©lĂ©gance chambriste  du chant, Ă©clairant les blessures secrĂštes qui fondent son personnage solitaire, secret, d’une pudeur philantropique maladive. Parfois Ă©trangement glacial, parfois d’une tendresse farouche. Eclatant, parfois trop claironnant, c’est Ă  dire pas assez nuancĂ©, Piotr Beczala attire nĂ©anmoins et lĂ©gitimement, tous les regards sur son Lenski, intense, stylĂ©, dĂ©chirant. Pour autant, nous avons encore en tĂȘte l’envoĂ»tante fusion du couple Fleming/Hvorostovsky dans la mise en scĂšne de Carsen, production prĂ©cĂ©dente, sommet thĂ©Ăątral depuis 1997. Pas sĂ»r que celle-ci ne la fasse oublier : la vision scĂ©nique et drammaturgique n’est pas aussi raffinĂ©e et mordante que celle de Carsen. DiffĂ©remment Ă  la production scĂ©nique originelle, le film vidĂ©o en plans rapprochĂ©s soignĂ©s sait compenser le manque de sentiments parfois exposĂ©s par une mise en scĂšne trop classique. Autant dire que ce dvd mĂ©rite le meilleur accueil, en dĂ©pit de nos infimes rĂ©serves : la passion destructrice s’accomplit ici, dans le pur respect de la lyre tchaĂŻkovskienne.

Tchaikovsky: Eugene Oneguine. Mariusz Kwiecien (Onegin), Anna Netrebko (Tatyana), Piotr Beczala (Lensky), Oksana Volkova (Olga), Alexei Tanovitski (Gremin). Metropolitan Opera Orchestra, Chorus and Ballet, Valery Gergiev, direction. Deborah Warner, mise en scÚne.  2 dvd 073 5114 Deutsche Grammophon.

Compte-rendu : Paris. ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es TCE, le 1er juin 2013. Berlioz : Benvenuto Cellini. Sergei Semishkur, Anastasia Kalagina, … Valery Gergiev, direction musicale

Gergiev dirigeantPour cĂ©lĂ©brer son centenaire, le ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es a tenu Ă  donner au public parisien l’un des ouvrages qui fit partie du gala d’ouverture de 1913 : Benvenuto Cellini de Berlioz. Et c’est Ă  toute l’équipe du Mariinsky de Saint-PĂ©tersbourg qu’a Ă©tĂ© confiĂ©e cette mission. Une façon Ă©galement de prendre le pouls de l’école de chant russe actuelle.
Disons-le tout net : pour la plupart d’entre des chanteurs, le style français demeure manifestement Ă©tranger, ainsi que leur prononciation de la langue de MoliĂšre, souvent confuse et peu comprĂ©hensible.
Grande triomphatrice de la soirĂ©e, la Theresa de la soprano Anastasia Kalagina : le timbre se rĂ©vĂšle Ă  la fois corsĂ© et adamantin, l’émission rayonne, haute et claire, et le soin apportĂ© Ă  la diction permet de comprendre son texte sans avoir quasiment Ă  lever les yeux des surtitres. La mezzo Ekaterina Semenchuk ne fait qu’une bouchĂ©e de la partition du page Ascanio, grande voix presque surdimensionnĂ©e pour ce rĂŽle. Mais, aprĂšs une premiĂšre partie pĂąteuse et grossie, elle surprend aprĂšs l’entracte, comme revenue Ă  davantage de naturel vocal, dans son air – visiblement rĂ©tabli au dernier moment par le chef – Ă  l’abattage ravageur et soulevant une ovation mĂ©ritĂ©e de la part du public.

 

 

L’école de chant russe au service de l’opĂ©ra français

 

Le Balducci de Yuri Vorobiev se tire avec les honneurs de sa partie, alors que le Fieramosca du tĂ©nor Andei Popov, aigre et mĂ©tallique – mais trĂšs sonore, avec ce placement trĂšs acĂ©rĂ© – dĂ©concerte, surtout en ayant dans l’oreille le baryton Ă©clatant de Robert Massard. Belle surprise Ă©galement que la prĂ©sence, dans les courtes mais trĂšs impressionnantes interventions du Pape, de Mikhail Petrenko, dĂ©ployant sa somptueuse basse, large et enveloppante, couronnĂ©e par une Ă©locution presque parfaite.
Quant au rĂŽle-titre, il demeure en dehors de cette musique et cette esthĂ©tique musicale, tĂ©nor aux inflexions parfois barytonantes, aux aigus musclĂ©s mais atteints souvent en force, et privĂ© – sans doute par sĂ©curitĂ© – de ses airs, rĂ©duisant ainsi le personnage Ă  la portion congrue.
Belle performance du chƓur, à la couleur superbe, mais davantage dans le son que dans les mots.
Dirigeant avec fougue son orchestre du Mariinsky, Valery Gergiev effectue un curieux arrangement entre les versions de Dresde et Paris, permettant aux musiciens de faire rutiler leurs instruments, mais perdant parfois de vue la couleur particuliĂšre de cette musique au profit du seul Ă©clat.
Au final, une soirĂ©e intĂ©ressante, qui a permis de dĂ©couvrir quelques-uns des talents qu’abrite en son sein le Mariinsky de Saint-PĂ©tersbourg, chanteurs qu’on aurait nĂ©anmoins prĂ©fĂ©rĂ© entendre dans une autre Ɠuvre davantage adaptĂ©e Ă  leurs vastes moyens. Mais ne boudons pas notre plaisir d’avoir pris ce rendez-vous avec cette Ɠuvre singuliĂšre de Berlioz, qu’on attend de rĂ©entendre, cette fois avec le style qui lui convient vraiment.

Paris. ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, 1er juin 2013. Hector Berlioz : Benvenuto Cellini. Livret de Leon de Wailly et Henri Auguste Barbier. Avec Benvenuto Cellini : Sergei Semishkur ; Theresa : Anastasia Kalagina ; Ascanio : Ekaterina Semenchuk ; Balducci : Yuri Vorobiev ; Fieramosca : Andrei Popov ; ClĂ©ment VII : Mikhail Petrenko ; Bernardino : Oleg Sychov ; Le tavernier : Andrei Zorin ; Francesco : Dmitry Koleushko ; Pompeo : Sergei Romanov. ChƓur du ThĂ©Ăątre Mariinsky ; Chef de chƓur : Andrei Petrenko. Orchestre du ThĂ©Ăątre Mariinsky. Valery Gergiev, direction musicale

Compte-rendu : Paris. ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es, le 31 mai 2013. Centenaire du Sacre du Printemps. Nijinsky, Waltz, chorĂ©graphes. ThĂ©Ăątre Mariinsky. Valery Gergiev, direction.

Stravinsky portrait faceCentenaire du Sacre du printemps de Stravinsky au tce, thĂ©Ăątre des champs Ă©lysĂ©es,  Il y a cent ans, le ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es Ă©tait la scĂšne d’une rĂ©volte musicale parmi les plus cĂ©lĂšbres de l’histoire. La premiĂšre du Sacre du Printemps le 29 mai 1913 … il y a juste 100 ans. Le tumulte fut tellement troublant que la police dut intervenir, pendant la reprĂ©sentation, pour maĂźtriser une partie furieuse de l’Ă©lĂ©gant public surexcitĂ©. Quand nous pensons aux huĂ©es lamentables des groupuscules lors des premiĂšres de Medea de Cherubini et de Don Giovanni cette annĂ©e, constatons que le ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es est toujours bastion d’une modernitĂ© contestĂ©e. Et le tremplin des parisiens toujours aptes Ă  fomenter un scandale pas toujours lĂ©gitime…

 

 

Centenaire d’une modernitĂ© intacte

 

Pour fĂȘter le centenaire dans l’esprit le plus brillant et le plus fabuleux, le ballet et l’orchestre du ThĂ©Ăątre Mariinsky de Saint Petersburg vient avec son maestro Valery Gergiev pour un programme ” sacrĂ© ” : la reconstitution de la chorĂ©graphie originale de Nijinsky du Sacre du Printemps, avec costumes et dĂ©cors Ă©galement reconstituĂ©s, et la crĂ©ation française d’un nouveau Sacre par la cĂ©lĂšbre chorĂ©graphe contemporaine allemande Sasha Waltz.

Le sujet brĂ»lant de la soirĂ©e du centenaire est sans doute la composition de Stravinsky. Mais elle n’aurait jamais vu le jour sans la commande des Ballets Russes. La chorĂ©graphie de Nijinsky reconstituĂ©e par Millicent Hodson et Kenneth Archer prĂ©sentĂ©e d’abord, Ă©tonne toujours Ă  cause de sa modernitĂ©. Les danseurs classiques du ballet Mariinsky sont peu habituĂ©s aux pieds tordus de la chorĂ©graphie, mais ils sont au mĂȘme temps trĂšs impliquĂ©s dans cette rĂ©surrection minutieuse. L’ambiance est celle d’un primitivisme paĂŻen dramatique et colorĂ©. Le mĂ©lange d’ingĂ©nuitĂ© folklorique avec une certain mysticisme est trĂšs saisissant. Nous avons l’impression d’ĂȘtre rĂ©ellement transportĂ©s dans une Russie ancestrale, passionnante / passionnĂ©e mais surtout pas romantique. Mention spĂ©ciale pour la danseuse qui interprĂšte l’Ă©lue, trĂšs convaincante dans ses mouvements extatiques avant son sacrifice. Elle paraĂźt certainement habitĂ©e par des forces supĂ©rieures. Si l’oeuvre chorĂ©graphique de Nijinsky n’est pas pour tous les goĂ»ts, surtout pas pour ceux qui n’aiment que les cygnes mourants, son Sacre de Printemps conserve tout l’attrait et l’intĂ©rĂȘt d’une oeuvre clĂ©, rĂ©volutionnaire ; saluons cette reconstitution et souhaitons la revoir dans nos salles françaises.

Le Sacre de Sasha Waltz
, quoi que moins descriptif et colorĂ©, maintient l’ambiance tribale, ajoutant davantage de tension au livret. PlutĂŽt abstraite, la chorĂ©graphie contemporaine prĂ©sente la femme comme une figure forte prĂȘte Ă  se battre, comme un vĂ©ritable sujet. L’entrain endiablĂ© de la danse impressionne, souvent expressionniste, toujours trĂšs physique. Ici il s’agĂźt d’un rituel plus conflictuel et chaotique que solennel et mystique comme chez Nijinsky. L’abondance et la diversitĂ© des mouvements, des curves insolentes, des sauts insolites, mais aussi des trĂšs belles lignes et des tableaux frappants rehaussent l’aspect chaotique, presque apocalyptique de la chorĂ©graphie. Si la danse semble d’une grande difficultĂ© physique exigeant un sens permanent des attaques et de l’endurance, elle est plus vertigineuse et osĂ©e qu’acrobatique. L’appropriation et la reinterprĂ©tation de Waltz pose des questions Ă  la fois vagues et profondes. Comme c’est souvent le cas, son style a un effet confondant sur l’audience, plutĂŽt perplexe, jamais insensible.

AprĂšs chaque chorĂ©graphie, la salle est inondĂ©e d’applaudissements, les plus chaleureux Ă©taient pour l’orchestre du ThĂ©Ăątre Mariinsky dirigĂ© par Valery Gergiev. Leur seule prestation, d’une force rythmique et d’un brio capable de dĂ©clencher une Ă©meute, rappelle l’atmosphĂšre scandaleuse liĂ© Ă  la crĂ©ation. La puissance de l’orchestre, la direction bouleversante et Ă©lectrisante de Gergiev, spectaculaire dans les dissonances, avec ses timbres ensorcelants… sont les vĂ©ritables vedettes de la soirĂ©e. Le primitivisme intellectualisĂ© de la musique jouĂ©e avec tempĂ©rament et caractĂšre est contagieux. Il paraĂźt se transmettre dans les corps du public et stimuler davantage les danseurs. Concert du centenaire Ă©patant : le sentiment de mysticisme et de transcendance portĂ© par les deux chorĂ©graphies n’est pas prĂšs de nous quitter.

Paris. ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es, le 31 mai 2013. Centenaire du Sacre du Printemps. Vaslav Nijinsky, Sasha Waltz, chorĂ©graphes. Ballet du ThĂ©Ăątre Mariinsky. Orchestre du ThĂ©Ăątre Mariinsky. Valery Gergiev, direction.

Salle II du Mariinsky

Arte. Gala d’ouverture sous la direction de Gergiev. Une nouvelle salle au Mariinsky pour les 60 ans de Gergiev le magnifique. Pour ses 60 ans, et les 25 ans de collaboration avec son orchestre de Saint-PĂ©tersbourg (Orchestre du ThĂ©Ăątre de Mariinsky), Valery Gergiev inaugure en grande pompe la nouvelle salle du ThĂ©Ăątre historique, extension Ă  la mesure de ses projets pharaoniques en Russie. Le tsar de la baguette joue ici plusieurs extraits d’opĂ©ras et de ballets sur les musiques de Mozart, Verdi, Bizet, Rossini, Stravinsky, Moussorgski, Beethoven, Gounod, et surtout le maĂźtre en ces lieux, TchaĂŻkovski. La troupe du Mariinsky est complĂšte, incluant danseurs, musiciens et les Ă©quipes techniques pour un gala de prestige affirmant le niveau musical et technique atteint aujourd’hui par le chef, refondateur du lustre culturel Ă  Saint-PĂ©tersbourg.

 

 

 

Mariinsky_gergiev_opera_gala_2013Entre autres stars lyriques participant au spectacle : Anna Netrebko, Olga Borodina, RenĂ© Pape … et les danseurs Ă©toiles : Olga Esina, Alexandre Sergueiev, … sans omettre le pianiste Denis Matsuev et l’altiste Yuri Basmet …  Curieusement et intelligemment, la programmation est surtout europĂ©enne, Ă©vitant les poncifs d’une autocĂ©lĂ©bration de l’art russe ; certes il y a bien la scĂšne de Boris (mais elle est si sublime) cependant, Gergiev Ă©quilibre en jouant Mozart, Rossini, Bizet … Eclectisme et culturelle universelle bienheureux. Best of de la soirĂ©e inaugural de la salle II du Mariinsky, enregistrĂ©e le 2 mai 2013.

 

 

 

Théùtre Mariinsky II
Gala inaugural 2013
Le Théùtre Mariinsky II : Gala inaugural 2013
Arte, dimanche 22 décembre 2013, 23h35

 

 

Gergiev joue la 5Ăšme de Prokofiev

arte_logo_175Concert. Arte, le 9 juin 2013, 19h   … Du propre aveu de Valery Gergiev, Prokofiev est son compositeur prĂ©fĂ©rĂ©.
Et l’on comprend mieux qu’il consacre une grande partie de ses efforts Ă  dĂ©fendre son Ɠuvre, en s’attelant notamment Ă  diriger l’intĂ©grale de ses symphonies en concert.
La prĂ©sente captation s’insĂšre dans un vaste cycle consacrĂ© au compositeur russe.  Ainsi, Gergiev dirige-y-il trois semaines durant et dans plusieurs villes russes, les 7 symphonies et les 5 concertos pour piano.
Pour cette immersion prokofievienne, Valery Gergiev est Ă  la tĂȘte de « son » orchestre, celui du thĂ©Ăątre Mariinsky de St Peterbourg. A l’instar de Mengelberg avec le Concertgebouw d’Amsterdam, Karajan avec le philharmonique de Berlin, Mravinsky avec le Philharmonique de Leningrad, Gergiev s’est façonnĂ© un outil orchestral en assumant depuis 1988, la direction musicale de l’orchestre. En bientĂŽt un quart de siĂšcle, il a fait de cet ensemble l’un des orchestres les plus recherchĂ©s au monde.

Réalisateur : Sébastien Glas / Coproduction : Idéale Audience, EuroArts Music & The Mariinsky Theatre