COMPTE-RENDU, critique, concert, DIJON, Auditorium, le 1er juin 2019. « Fantastique » (Muntendorf / Mahler / Berlioz) ; ODB / Gergely Madaras.

150 ans de la mort de BERLIOZCOMPTE-RENDU, critique, concert, DIJON, Auditorium, le 1er juin 2019. « Fantastique » (Muntendorf / Mahler / Berlioz) ; ODB / Gergely Madaras. Quoi de plus naturel que de rapprocher la Totenfeier de la marche au supplice de la Symphonie fantastique ? Comme de les introduire par « In Sync », qui s’apparente Ă  une marche, de Brigitta Muntendorf, dans le cadre d’un projet commun Ă  la Musikhochschule de Mayence et Ă  l’ESM de Dijon ? C’est aussi l’occasion de retrouver une derniĂšre fois Gergely Madaras, Ă  la direction de l’Orchestre Dijon Bourgogne, auquel il a tant donnĂ©, avant qu’il ne rejoigne l’Orchestre Philharmonique de LiĂšge.

Merci, Gergely, et bon vent !

Professeur Ă  Musikhochschule de Cologne, Brigitta Munterdorf, jeune compositrice austro-allemande, appartient Ă  cette gĂ©nĂ©ration montante de crĂ©ateurs connectĂ©s, dont la dĂ©marche se veut interdisciplinaire comme sociale. Il n’est pas de festival de musique contemporaine comme d’institution oĂč elle ne soit intervenue, oĂč ses Ɠuvres – avec son Garage Ensemble – n’aient Ă©tĂ© jouĂ©es. La gestique, le mouvement visuel, la vidĂ©o y paraissent aussi essentiels que le son, sous tous ses modes de production et de traitement. Ce soir, seules les cordes, groupĂ©es symĂ©triquement sur deux rangs, semblent concernĂ©es par le dĂ©but de Sync, composition de 2012 (« pour deux ensembles de 28, 56 ou 112 instruments »). Un unisson rĂ©pĂ©tĂ©, amplifiĂ© Ă  l’octave, ponctuĂ© de sĂ©quences Ă  base d’interjections, de pĂ©roraisons, d’ornements en constitue le fil conducteur. Les entrĂ©es successives, thĂ©Ăątrales, des trombones et de la percussion, puis des bois, enfin des cors et des bassons, assorties d’un bref solo qui s’étend aux cordes, enrichissent la palette. La mĂ©trique imperturbable, la scansion, assorties d’une gestique parfaitement sync
hronisĂ©e des instrumentistes, suggĂšrent une marche grotesque, caricaturale. A plusieurs reprises, tous les musiciens lĂšvent le bras, les bois marquent la mesure en dĂ©plaçant leur instrument de 45°, la tourne des pages est collective, sonore, ostensible. L’attention visuelle prolonge et amplifie ce que nous Ă©coutons. Une Ɠuvre surprenante, d’une Ă©criture originale, que l’on aimerait rĂ©Ă©couter. Le public, venu essentiellement pour la symphonie fantastique, rĂ©serve de longs et chaleureux applaudissements Ă  la compositrice.
Gergely_Madaras_copyright-Balazs Borocz (3) WEBA propos de la Totenfeier (cĂ©rĂ©monie funĂšbre), qui constitue la premiĂšre version de ce qui allait devenir le mouvement initial de la symphonie « RĂ©surrection », de Gustav Mahler, on prĂȘte Ă  Debussy, totalement impermĂ©able au gigantisme et Ă  la puissance, chauvin de surcroĂźt, la dĂ©claration suivante : « le goĂ»t français n’admettra jamais ces gĂ©ants pneumatiques Ă  d’autre honneur que de servir de rĂ©clame Ă  Bibendum ». Les temps ont heureusement changĂ©. Ce soir, l’ODB n’aligne pas 10 cors, 10 trompettes et le reste Ă  l’avenant, comme lors de la crĂ©ation, mais a naturellement portĂ© son effectif pour atteindre 85 musiciens.  DĂšs le premier trait des contrebasses, toute la dynamique est lĂ . A son habitude, Gergely Madaras (photo ci contre) adopte un tempo rapide (l’allegro n’est pas ici « maestoso » mais exaltĂ©). L’Ɠuvre n’en souffre pas trop : le pathos, les effusions, les accents sont bien restituĂ©s. La marche, entĂ©e de puissantes sĂ©quences Ă©clatantes, nous conduit inexorablement vers la fin de la destinĂ©e. Mahler Ă©crit au terme de ce mouvement : « ici, suit une pause d’au moins cinq minutes ». C’est dire quelle part il accordait au silence aprĂšs cette page, mĂȘme intĂ©grĂ©e Ă  une construction monumentale. La respiration, le silence sont peut-ĂȘtre les seuls Ă  rĂ©clamer davantage de soin de cette direction flamboyante, communiquant Ă  l’orchestre une dynamique constante, avec toutes les subtilitĂ©s des changements de tempi et d’intensitĂ©.
La Symphonie fantastique est une partition hors norme, la meilleure illustration de la vision berliozienne de la musique instrumentale expressive. Il est Ă©vident que le chef et l’orchestre sont dans une communion aboutie. « RĂȘveries, passions », chante, respire, avec de belles cordes et un cor, un hautbois solos admirables. Tout juste regrette-t-on que la balance entre les bois et les cordes soit dĂ©favorable aux premiers. Il en ira de mĂȘme dans le « Bal ». Les nuances piano sont toujours trop sonores. L’élĂ©gance est lĂ  jusqu’au tourbillon endiablĂ©, oĂč l’orchestre fait preuve d’une belle virtuositĂ©. La « ScĂšne aux champs », qui demanda au compositeur plus de travail qu’aucune autre partie, paraĂźt ce soir la plus achevĂ©e. Les bois y rayonnent, enfin, dans le bon tempo. C’est clair, construit, avec des phrasĂ©s remarquables. La « Marche au supplice » manque de mystĂšre dans son introduction. La lecture, puissante, dans un tempo relativement rapide, est un peu brute. Les Ă©quilibres, les accents occultent certains Ă©lĂ©ments (les rĂ©ponses des basses et du tuba Ă  la fin de la fanfare, par exemple), les oppositions appelaient davantage de mise en valeur. « Le Songe d’une nuit de sabbat » confirme l’excellence des vents, avec des cordes impĂ©rieuses, omniprĂ©sentes, sonores. Le Dies irae est bien conduit, jusqu’à la fugue menĂ©e Ă  un train d’enfer, une vĂ©ritable course Ă  l’abĂźme. L’orchestre est tumultueux, a perdu le souffle, et le passage quasi chambriste qui lui succĂšde n’en a que plus de valeur. Un beau moment pour le public, chaleureux, mais aussi pour chacun des musiciens : il est rare qu’ils aient l’occasion de jouer dans une formation aussi nombreuse, mais surtout, dernier concert de Gergely Madaras Ă  la tĂȘte de son Orchestre Dijon Bourgogne, qu’il a conduit de l’adolescence Ă  l’ñge adulte. Lui aussi a mĂ»ri. On se souvient de ses dĂ©buts, avec une gestique dĂ©mesurĂ©e, ses tempi rageurs. Si l’énergie bondissante, la jeunesse sont toujours lĂ , comme l’engagement et le rayonnement, la battue, toujours claire, s’est quelque peu assagie. L’attention s’est affinĂ©e, le rĂ©pertoire Ă©largi (34 programmes en six ans avec l’ODB) a fait une place consĂ©quente Ă  la musique française comme aux Ɠuvres contemporaines et au rĂ©pertoire lyrique. Nul doute que la carriĂšre du jeune chef hongrois se poursuive sous les meilleurs auspices, c’est ce qu’on lui souhaite.

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, concert, DIJON, Auditorium, le 1er juin 2019. « Fantastique » (Muntendorf / Mahler / Berlioz) ; ODB / Gergely Madaras.

Compte-rendu, concert, Dijon le 5 janv 2019. Schubert / Mendelssohn. Gergely Madaras

Compte-rendu, concert, Dijon, OpĂ©ra, Auditorium, le 5 janvier 2019. Schubert : Stabat Mater D 383 / Mendelssohn : Le Songe d’une nuit d’étĂ©, op. 21 & 61. Gergely Madaras, Sandra Hamaoui, KaĂ«lig BochĂ©, Christian Immler. Singulier programme puisqu’intitulĂ© « Le Songe d’une nuit d’étĂ© », il associe Ă  l’Ɠuvre de Mendelssohn le Stabat mater D 383 de Schubert, d’une nature et d’un propos si diffĂ©rents. Le jeune Schubert a tout juste dix-neuf ans lorsqu’il compose ce Stabat mater (sur un texte allemand de Klopstock), et tĂ©moigne dĂ©jĂ  d’une maĂźtrise rare. Familier de ce rĂ©pertoire depuis son plus jeune Ăąge, il en a assimilĂ© les rĂšgles et s’inscrit dans la filiation de MichaĂ«l Haydn comme dans celle de Mozart. Pour n’ĂȘtre pas un chef d’Ɠuvre incontournable, c’est une piĂšce importante par ses dimensions comme par son Ă©criture soignĂ©e, qui sollicite trois solistes et le chƓur.

Un mauvais rĂȘve, dĂ©calĂ©.

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On est loin de PergolĂšse, qu’il connaissait, et son expression y est plus conventionnelle. Le hautbois solo y brille Ă  l’égal des solistes, ces derniers chantant, outre leur air, un duo et deux trios, le dernier avec le chƓur et deux cors. MalgrĂ© ces solistes et un choeur remarquables, la lecture qu’en donne Gergely Madaras est dĂ©cevante, dĂ©pourvue de gravitĂ© comme de ferveur. Sa direction survoltĂ©e surprend, effaçant la grandeur des « maestoso » au profit d’une urgence difficile Ă  justifier. La respiration et le chant y perdent. Les fugues chorales, « Erben sollen sie am Throne », au centre de l’oeuvre, et l’Amen final, sont des dĂ©monstrations virtuoses, puissantes et claires, mais sans portĂ©e dramatique ou jubilatoire. Ainsi, les « Amen » Ă©noncĂ©s sans cesse, trĂšs rapides et accentuĂ©s, donnent un tour ridicule, que n’appelait pas le sujet de Schubert. La voix fruitĂ©e, colorĂ©e Ă  souhait de Sandra Hamaoui, soprano sonore, au souffle long, nous fait regretter de ne pas l’entendre davantage. Il en va de mĂȘme du tĂ©nor, KaĂ«lig BochĂ©, Ă©gal dans tous les registres, bien timbrĂ© et agile. Christian Immler n’a pas les notes basses qu’exige son air, qui n’est pas sans rappeler celui de Sarastro dans la FlĂ»te enchantĂ©e.

Le songe d’une nuit d’étĂ© est la peinture d’un monde fĂ©Ă©rique, chargĂ© d’humour et de fantaisie, celui de Shakespeare. C’est un miracle que cette ouverture Ă©crite par un gamin de 17 ans : la drĂŽlerie des elfes et des fĂ©es alliĂ©e Ă  l’amour romanesque comme Ă  la balourdise des marchands et aux braiements de Bottom, transformĂ© en Ăąne, dans une organisation parfaite et une orchestration gĂ©niale. Elle sera suivie de la musique de scĂšne, Ă©crite quinze ans aprĂšs, Ă  la demande du roi, dont il Ă©tait le Kapellmeister. AprĂšs les flĂ»tes, la magie du fourmillement initial, aĂ©rien, est suivie d’un tutti prĂ©cipitĂ©. La plupart des numĂ©ros seront soumis Ă  cette mĂȘme Ă©preuve : la cravache, lĂ  oĂč l’on attend l’élĂ©gance, le raffinement, l’énergie, la puissance sans la moindre once de violence, 
 le beau son. Dans le scherzo, le caquet volubile des bois, lĂ©ger, subtil, nerveux est sacrifiĂ© Ă  la nervositĂ© rageuse. La marche puis le chƓur des elfes, malgrĂ© des tempi rapide (allegro ma non troppo, Ă©crit Schubert) nous valent de beaux moments vocaux, oĂč rayonnent les deux voix solistes. Cependant, aprĂšs la fiĂšvre du dĂ©but de l’Intermezzo, le beau solo de violoncelle n’est pas suivi de l’humour des bassons. Comme le nocturne, dĂ©pourvu de poĂ©sie. Oublions la marche nuptiale, conventionnelle, pour la marche funĂšbre qui suit. Cette derniĂšre est un bijou rare (andante comodo) que le chef ralentit considĂ©rablement, oubliant son cĂŽtĂ© parodique. Le grotesque rural de la danse bergamasque est sacrifiĂ©. Seul le finale, atteint la plĂ©nitude attendue. La direction fougueuse, emportĂ©e, ne mĂ©nage pas le moindre sourire, on passe Ă  cĂŽtĂ© de l’esprit. L’orchestre, du fait de cette urgence, oublie de chanter. Les phrasĂ©s sont systĂ©matiquement enflĂ©s, grossis au dĂ©triment du legato et de la lĂ©gĂšretĂ©.
La qualitĂ© des chƓurs doit ĂȘtre soulignĂ©e, tant dans le Stabat Mater, oĂč leur rĂŽle est essentiel, que dans le Songe, auquel seules les voix de femmes participent. Puissants, clairs, articulĂ©s et agiles, aux couleurs riches et subtiles, ils n’appellent que des Ă©loges, qui vont Ă©videmment Ă  son chef, Anass Ismat. On regrette seulement que de tels solistes et de tels choristes se soient vu imposer une direction hors de propos, qui limitait leur plein Ă©panouissement.

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Compte rendu, concert, Dijon, OpĂ©ra, Auditorium, le 5 janvier 2019. Schubert : Stabat Mater D 383 / Mendelssohn : Le Songe d’une nuit d’étĂ©, op. 21 & 61. Gergely Madaras, Sandra Hamaoui, KaĂ«lig BochĂ©, Christian Immler. CrĂ©dit photographique © Albert Dacheux 2019