FORCE DU DESTIN. Kaufmann, Netrebko, TĂ©zier : trio gagnant chez VERDI

Vague verdienne en juin 2014FRANCE MUSIQUE, dim 2 juin 2019, 20h. VERDI : La FORCE DU DESTIN. Le Royal Opera House, pour sa nouvelle production 2019 de La Forza del destino de Verdi (avril 2019) rĂ©unit un cast proche de la perfection. Car il faut de la puissance, de la finesse et une attention mĂ©ticuleuse au profil de chaque protagoniste. Dans cet opĂ©ra oĂč brĂ»le l’amour le plus contrariĂ© et donc d’essence tragique, la mise en scĂšne de Christof Loy se montre Ă  la hauteur de ce drame noir oĂč comme toujours sur la scĂšne lyrique romantique, la grandeur morale des individus Ă©prouvĂ©s, se dĂ©voile en fin d’action
 au moment de leur mort.

Le chant vermine souffle son meilleur sur la scĂšne londonienne, grĂące aux personnalitĂ©s aussi charismatiques que Jonas Kaufmann, Anna Netrebko et Ludovic TĂ©zier : soit 3 immenses solistes, aujourd’hui recherchĂ©s par toutes les scĂšnes internationales (Trio prometteur que Bastille avait accueilli pour Don Carlo du mĂȘme Verdi). Leurs talents complĂ©mentaires Ă©clairent en rĂ©alitĂ© une action qui est loin d’ĂȘtre aussi dĂ©sastreuse et confuse que d’aucun le disent ; par manque de connaissance, et par snobisme (parisien
 comme toujours). On dit d’ailleurs la mĂȘme chose de nombreux opĂ©ras verdiens, dont Il Trovatore, Le TrouvĂšre. Rien d’opaque ni de complexe ici, d’autant que la mise en scĂšne de Loy, respecte, elle, la cohĂ©rence originelle du livret (a contrario d’un Tcherniakov qui aujourd’hui n’hĂ©site plus Ă  rĂ©Ă©crire chaque livret des opĂ©ras qu’il dĂ©nature ainsi allĂšgrement).

Jonas Kaufmann rĂ©ussit Ă  phraser comme jamais, offrant un chant ciselĂ©, intelligible et profond
. comme au thĂ©Ăątre. Il Ă©claire chez Alvaro, la lente et progressive modification psychologique, de l’ardeur effrĂ©nĂ©e voire irrĂ©flĂ©chie Ă  la noblesse dĂ©tachĂ©e, la plus sage
 belle performance dans la subtilitĂ©. La Leonora (Ă  ne pas confondre avec sa « sƓur » tragique du mĂȘme prĂ©nom dans Il Trovatore) d’Anna Netrebko confirme l’excellente verdienne, vibratile, irradiante, habitĂ©e par une urgence intĂ©rieure, un souci de la loyautĂ© jusqu’à la mort et l’abnĂ©gation la plus totale (Ă  la fois, amante coupable et mortifiĂ©e mystique en quĂȘte de salut).

En Carlo di Vargas, Ludovic TĂ©zier convainc tout autant par la beautĂ© du chant et sa soliditĂ© expressive. AffĂ»tĂ© mĂȘme dans son duo avec Alvaro / Kaufmann : « Voi che sĂŹ larghe cure » qui fusionnent les deux voix idĂ©alement caractĂ©risĂ©es.
Face au trio tragique et hĂ©roĂŻque, deux personnages comiques, plus lĂ©gers se distinguent aussi grĂące Ă  l’intelligence de leurs interprĂštes respectifs : Padre Guardiano et Melitone (qui rappelle la truculence bonhomme du sacristain au premier acte de Tosca de Puccini) : ainsi Ă  Londres, Ferrucio Furlanetto et Alessandro Corbelli ajoutent chacun Ă  la finesse thĂ©Ăątrale de la production.

A notre (humble) avis, la prestation tout aussi enlevĂ©e de Veronica Simeoni en Preciosilla manque elle de finesse, donc tombe plus bas, dans la gouaille caricaturale. Dommage pour la soprano qui aurait dĂ» ĂȘtre inspirĂ©e par l’excellence de ses partenaires prĂ©citĂ©s.

Faiblesse d’autant plus malheureuse qu’ici aucun comprimerai (seconds rĂŽles) n’est laissĂ© dans la confusion ou l’imprĂ©cision (comme souvent) ; ne citons que le Calatrava de Robert Lloyd, ou l’Alcade de Michael Mofidian


Nous ne dirons rien des dĂ©cors (inutile prĂ©cision s’agissant d’une diffusion radiophonique)

VoilĂ  une approche vocalement exceptionnelle qui souligne chez Verdi sa force Ă©motionnelle : la vengeance dont il est question, la malĂ©diction consentie et assumĂ©e des deux amants malheureux, leur course effrĂ©nĂ©e au salut (qui les mĂšne au delĂ  d’une expĂ©rience terrestre),
 tout est exprimĂ© avec une grande finesse. Superbe lecture.

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VOIR le TEASER du spectacle LA FORZA DEL DESTINO de VERDI Ă  COVENT GARDEN Royal Opera House (avril 2019)

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