CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018)

SIBELIUS ROUVALI symphoni 1 en saga critique cd review cd classiquenews CLIC de classiquenews actus cd musique classique opera concerts festivals annonce 5c41f9e9847d2CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018). VoilĂ  un vrai travail d’orfĂšvre tissant une tapisserie de timbres, Ă  la fois lyrique et rageuse. Si certains continuent d’estimer l’Ɠuvre comme la cĂ©lĂ©bration par Sibelius de sa Finlande chĂ©rie, alors menacĂ©e par l’Empire russe (crĂ©ation en avril 1899), inspirĂ© et plus universel, le chef finlandais Santtu-Matias ROUVALI sait traduire une dimension qui sait dĂ©passer l’occurrence politique : il insinue dans l’écriture cette Ă©nergie premiĂšre, gorgĂ©e d’éclairs naturels et de sursauts organiques. D’emblĂ©e, grĂące au chef, nous sommes dans la matrice bouillonnante des Ă©lĂ©ments. Sur le motif.

Ainsi au dĂ©but de la Symphonie n°1, la clarinette, au tragique pastorale, d’une intense dignitĂ©, chante les souffrances et l’éternitĂ© inatteignable de la Nature. Le chef creuse tout ce qui rend Ă  cette partition princeps, sa profondeur et son introspection.
Cordes exaltĂ©es, bois parfois Ăąpre (bassons),tutti tendus, vitalitĂ© ardente et portĂ©s par une Ă©nergie Ă©perdue
 Rouvali prend Ă  bras le corps l’activitĂ© primitive des Ă©lĂ©ments qui semblent traverser les pupitres en Ă©lans faussement incontrĂŽlĂ©s.

Sibelius : le premier Ă©cologiste
Santtu-Matias ROUVALI, chantre de la priÚre sibélienne

L’écriture est une priĂšre exacerbĂ©e face Ă  la Nature dans toute sa sauvagerie ; Sibelius exprime son admiration parfois inquiĂšte, surtout animĂ© par un dĂ©sir supĂ©rieur, une exaltation qui se hisse au diapason de la tempĂȘte victorieuse. Sibelius observe et comprend de l’intĂ©rieur l’immensitĂ© de la Nature (cor et harpes, flĂ»te) : son mystĂšre, son essence miraculeuse. Une connivence s’inscrit et s’enfle au fur et Ă  mesure de l’avancĂ©e du premier mouvement qui passe d’Andante non troppo
 Ă  Allegro energico.
Ici rĂšgne la gravitĂ© du dernier Tchaikovski (derniĂšre mesure au contrebasses), avant l’émergence des cimes et des hauteurs plus mĂ©lancoliques du second mouvement.

Ainsi l’Andante (ma non troppo lento) est articulĂ© avec une rondeur mordante, une belle sincĂ©ritĂ© qui vient elle aussi des replis du cƓur, telle une chanson ancienne qui fait vibrer le sentiment d’une nature enchantĂ©e
 en une cantilĂšne instrumentalement dĂ©taillĂ©e qui montre tout ce que l’éloquence enivrĂ©e de Sibelius doit aux
 russes. Ce qui est prenant c’est le sentiment d’une tragĂ©die en cours, celle d’une nature sacrifiĂ©e et pourtant d’une ineffable beautĂ©. Cette vision, et tragique et Ă©pique, prend corps dans les fabuleux arpĂšges des cordes, bouillonnants, Ă©perdus.

Le Scherzo est abordĂ© pour ce qu’il est : une scansion et une frĂ©nĂ©sie superbement mĂ©canique, dont la verdeur ici captive. Enfin
le dernier mouvement plus agité, radical, dramatiquement trÚs marqué par Tchaikovski là encore, exprime une inquiétude presque angoissée (lugubre des bassons, romances éperdues des cordes graves
)
Il y met une touche d’humanitĂ©, un panthĂ©isme blessĂ© : Sibelius souffre avec la Nature en son sein, et non Ă  l’extĂ©rieur, comme en une distanciation assĂ©chante. Au contraire, nous sommes au cƓur des Ă©lĂ©ments. Dans le vortex oĂč se jouent les transformations irrĂ©versibles ; comment ne pas inscrire cette vibration et cette conscience affĂ»tĂ©e dans le chaos climatique qui est le nĂŽtre, causĂ© par la folie humaine ?

Sous la baguette intense mais nuancĂ©e et trĂšs dĂ©taillĂ©e de Rouvali, Sibelius semble rĂ©ussir lĂ  oĂč Tchaikovski nous avait laissĂ©s ; les lumiĂšres permises par le finnois font espĂ©rer une clartĂ© filigranĂ©e et trĂšs vacillante chez le Russe (PathĂ©tique, n°6) ; l’andante final de Sibelius autorise une issue difficile mais prĂ©sente. Mais dans la difficultĂ© et la souffrance. La fin est une rĂ©mission presque arrachĂ©e ; pas une victoire. Une vraie question laissĂ©e en suspens.

En saga : orchestration et couleurs se rapprochent plutĂŽt de Moussorgski mais mĂątinĂ© d’impressionnisme ravĂ©lien. LĂ  encore Sibelius exprime une activitĂ© invisible secrĂšte, au souffle prenant. La narration qu’en offre Rouvali saisit par sa prĂ©cision, et un vrai travail d’orfĂšvre sur le plan de la texture instrumentale, tout en soignant l’éclat et la vitalitĂ© des sĂ©quences plus rythmiques.
Moins lyrique que Bersntein peut-ĂȘtre, Rouvali n’oublie pas aux cĂŽtĂ©s de sa prĂ©cision, un souffle et une tension qui enflamment chaque tutti, rĂ©vĂ©lant aussi dans cette activitĂ© flamboyante, des accents wagnĂ©riens. Le chef exprime le mystĂšre sauvage et la force de la nature, la beautĂ© grandiose et fragile, c’est Ă  dire inexprimable de l’animal (un lynx sur un arbre dans le paysage de neige peint sur le mĂȘme titre par son beau-frĂšre Eero JĂ€rnefelt ?).
CLIC D'OR macaron 200En 1893, Sibelius est encore trĂšs narratif, mais dans cette trĂšs fine et scintillante Ă©criture, Ă  partir de 13’, il sait transmettre le cycle Ă©ternel, la transe primitive du miracle naturel. A l’homme de savoir en mesurer l’énergie rĂ©demptrice, matricielle. De toute Ă©vidence, dans ce crescendo final, d’une intensitĂ© irrĂ©pressible, Rouvali l’a bien compris. Le chef fait entendre cette vibration premiĂšre. Jusque dans le chant conclusif de la clarinette, extinction Ă©nigmatique. Superbe lecture et belle comprĂ©hension de l’univers symphonique de Sibelius. On souhaite une suite et on rĂȘve d’une intĂ©grale des Symphonies de Sibelius par ce chef et cet orchestre
 aux qualitĂ©s Ă©videntes. Leur sincĂ©ritĂ© nous touche. VoilĂ  qui prĂ©figure le meilleur ? A suivre


________________________________________________________________________________________________

Cd, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018 - Orchestre Symphonique de Gothenburg / Enregistrement réalisé à Gothenburg, en mai 2018.

________________________________________________________________________________________________

COMPTE RENDU, concert. TOULOUSE, le 8 déc 2018. Lopez. Korngold. Stravinski. Akiko Suwanai. Orch Nat du Capitole / K MÀkelÀ.

makela klaus maestro classiquenews concert reviewCOMPTE RENDU, concert. TOULOUSE, le 8 dĂ©c 2018. Lopez. Korngold. Stravinski. Akiko Suwanai. Orch Nat du Capitole / K MĂ€kelĂ€. Parmi les chefs invitĂ©s par l’Orchestre du Capitole, il y en a de toutes sortes. Ce n’est pas frĂ©quent qu’un chef aussi jeune, 23 ans , fasse une impression aussi consensuelle et Ă©vidente sur d’autres qualitĂ©s que la jeunesse. Le trĂšs jeune chef finlandais Klaus MĂ€kelĂ€ est dĂ©jĂ  un trĂšs grand chef. Il est nommé à Oslo l’annĂ©e prochaine, hĂ©las pour le reste du monde car il sera trĂšs pris et a dĂ» renoncer Ă  des engagements (dont deux concerts Ă  Toulouse prĂ©vus la saison  prochaine). Les gĂ©nies de la baguette sont rares et les plus audacieux ont su se l’attacher. Qu’apporte ce chef de si gĂ©nial ? Une autoritĂ© bienveillante et naturelle, des gestes trĂšs clairs et dont la souplesse rĂ©vĂšle une belle musicalitĂ©. Cet artiste est Ă©galement un violoncelliste de grand talent ! La prĂ©cision de la mise en place, la clartĂ© des plans sont sidĂ©rantes.

 
 
 
 

Klaus MÀkelÀ, jeune maestro superlatif
Le gĂ©nie n’attend pas le nombre des annĂ©es

 
 
 
 

Il encourage l’orchestre et ne le bride pas. Il faut dire que l’Orchestre du Capitole atteint un niveau d’excellence qui permet à un chef musicien d’atteindre de suite des sommets.

La premiĂšre piĂšce du concert est une nouveautĂ© pour le public comme pour l’orchestre, une piĂšce en forme de poĂšme symphonique de Jimmy Lopez. La difficultĂ© est comme un jeu entre le chef et l’orchestre qui dans une vĂ©ritable flamboyance de chaque instant nous rĂ©gale. Pourtant le propos du compositeur est polĂ©mique car il parle de l’esclavage qui a conduit les victimes Ă  inventer des instruments et un style musical avec les moyens du bord. L’homme est incroyablement crĂ©atif dans l’adversitĂ© et la souffrance. Ainsi en fine suggestion plusieurs  instruments Ă  percussion ont intĂ©grĂ© ceux d’un grand orchestre symphonique gagnant ainsi leurs titres de noblesse. La mĂąchoire d’ñne Ă©tant la plus singuliĂšre et la plus emblĂ©matique de ce gĂ©nie humain dans le malheur. Magnifique Ɠuvre mettant donc en valeur tous les pupitres de l’orchestre et la technique impeccable des musiciens et du chef. Les rythmes populaires intĂ©grĂ©s permettant rubato et swing Ă  l’envie.

 
 

suwanai akiko concert critique classiquenews 2018 2012Soliste invitĂ©e,  la violoniste Akiko Suwanai, toute d’élĂ©gance fĂ©minine bleutĂ©e en une robe de ciel Ă©toilĂ©,  a aurĂ©olĂ© la salle de son charme. Le violon dont elle joue a appartenu Ă  un prince, un poĂšte du violon, Jascha Heifetz. Elle retrouve les qualitĂ©s esthĂ©tiques faites de puretĂ© de son, de grain noble du timbre et d’un exquis moelleux des lignes,  comme  le maestro et ce fameux  « Dolphin » de 1714. L’interprĂ©tation du Concerto pour violon de Korngold est lumineuse, planante et dĂ©licatement phrasĂ©e. Tout coule et rien ne fait aspĂ©ritĂ©. Peut ĂȘtre un lĂ©ger manque de contraste et d’émotion peuvent diminuer l’intense plaisir hĂ©doniste que le jeu de la violoniste offre au public. En bis, la violoniste offre avec une dĂ©concertante facilitĂ©, le final de la Sonate pour violon seul d’Ysaÿ  mĂȘlant Bach et le Dies Irae.

 
 
 
 

AprĂšs l’entracte, le chef dirige avec un rĂ©el plaisir communicatif la piĂšce de Stravinski qu’il prĂ©fĂšre, Petrouchka. Il faut reconnaĂźtre que son interprĂ©tation est marquĂ©e par une confiance absolue et une soliditĂ© remarquable. Rien ne vient ternir une Ă©nergie invincible. L’orchestre du Capitole rĂ©pond comme un seul Ă  cette direction prĂ©cise et le rĂ©sultat est particuliĂšrement lumineux et mĂȘme Ă©clatant. Chaque instrumentiste est parfait. Il manque juste un peu de farce et d’humour Ă  ce ballet facĂ©tieux et mĂȘme mĂ©lancolique en second degrĂ©. Pour l’heure, le chef finlandais est tout Ă  son admiration pour cette partition exubĂ©rante, haute en couleurs, et pour les qualitĂ©s de l’orchestre du Capitole trĂšs Ă  l’aise dans ce rĂ©pertoire.
Avec le temps viendront le sens du thĂ©Ăątre et le burlesque que Stravinski a mis dans sa partition qui Ă  l’origine est un ballet.

Un trĂšs beau concert qui rĂ©vĂšle les qualitĂ©s d’un vĂ©ritable gĂ©nie de la baguette et la confirmation de l’exceptionnelle virtuositĂ© de la violoniste nippone. De son cĂŽtĂ©, notre Orchestre du Capitole poursuit son excellence comme partenaire idĂ©al des plus grands musiciens.

 
 

Makela_klaus maestro jeune prodige classiquenews 17-04-25_280d_A4

________________________________________________________________________________________________

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 8 décembre 2018. Jimmy Lopez (né en 1978) : Peru Negro pour orchestre ; Erich Wolfgang Korngold ( 1897-1957) : concerto pour violon et orchestre en ré majeur op.45 ; Igor Stravinski (1882-1971) : Petrouchka, scÚnes burlesques en quatre tableaux ( version de 1947) ; Akiko Suwanai, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Klaus MÀkelÀ, direction. Illustrations : DR, © MÀkelÀ by Heikki Tuuli

 
  
 

VISITEZ aussi le site officiel de KLAUS MAKELA :
https://www.klausmakela.com

 
  
 
 
 

makela klaus maestro classiquenews concert review

NDLR / NOTE DE LA REDACTION : KLAUS MÄKELÄ
 Le jeune maestro travaille avec le Turku Music Festival, le Tapiola Sinfonietta. Il est chef principal invitĂ© du Swedish Radio Symphony Orchestra, et deviendra Ă  partir de la saison 2020 / 2021 (dĂšs septembre 2020) : directeur musical du Philharmonique d’Oslo / Chief Conductor & Artistic Advisor: Oslo Philharmonic Orchestra – une personnalitĂ© dĂ©sormais Ă  suivre, hĂ©ritier d’une dĂ©jĂ  riche tradition de chef finnois. En particulier dans le cycle des symphonies de son compatriote Sibelius, immense gĂ©nie symphoniste encore trop peu joué 

 

Sibelius 2015 : 150Ăšme anniversaire de la naissance

Sibelius_youngDossier Jean Sibelius (1865-1957). Portrait pour le 150 Ăšme anniversaire de sa naissance (le 8 dĂ©cembre 1865), classiquenews honore le gĂ©nie du finlandais Jean Sibelius. L’oeuvre de Sibelius dĂ©passe la stricte recherche formelle d’un crĂ©ateur parmi les plus exigeants. D’autant plus soucieux du dĂ©veloppement qu’aprĂšs Mahler, il faut nĂ©cessairement poursuivre la recherche et le dĂ©frichement sans la rĂ©pĂ©tition 
 ni le piĂ©tinement. Sibelius est aussi un compositeur national (non pas nationaliste) dont Ă©videmment le poĂšme Finlandia (1899) incarn e Ă  l’aube du nouveau siĂšcle, et au moment des mouvements pour l’indĂ©pendance de la Finlande vis Ă  vis de la tutelle russe, une maniĂšre d’étendard patriotique. Un manifeste esthĂ©tique et politique, et un acte de foi partagĂ© par toute une nation opprimĂ©e. Contemporain de Mahler et de Scriabine, Sibelius fait entendre sa voix symphonique, ivre, lyrique, panthĂ©iste, dĂ©veloppĂ©e Ă  la faveur d’une volontĂ© critique exigeante et pourtant jamais diminuĂ©e. C’est l’un des Symphonistes europĂ©ens les plus puissants et orignaux du dĂ©but du XXĂšme siĂšcle.

 

sibelius portrait jeuneCompositeur officiel de l’Etat finnois (crĂ©Ă© en 1917), Jean Sibelius est surtout un dĂ©fricheur et un expĂ©rimentateur. Pour autant, inspirĂ©e par les lĂ©gendes finlandaises ou pas, sa quĂȘte de perfection formelle n’échappe pas Ă  d’intenses et rĂ©guliĂšres crises d’inspiration. Beethoven, Debussy, Bartok, Bruckner sont ses maĂźtres
 Jusqu’à 1929, Sibelius compose quasi sans relĂąche, puis se referme dans une solitude de plus en plus Ăąpre et sans production Ă  JĂ€rvenpÀÀ, dans la maison nichĂ©e au coeur du motif naturel (Ainola), et qui porte le nom de son Ă©pouse, Aino. Si l’on ajoute au corpus symphonique, son oeuvre de jeunesse la Kullervo-Symphonie (1892), Sibelius nous laisse 8 symphonies (la Symphonie n°7 est crĂ©Ă©e en 1924), portĂ©e par une volontĂ© inextinguible, irradiante, lumineuse, d’une activitĂ© sans trĂȘve, dont les meilleurs chefs savent exprimer l’unitĂ© et la cohĂ©rence de l’architecture comme les trĂšs subtiles interactions organiques. En plus de nombreux poĂšmes d’aprĂšs les lĂ©gendes de son pays, des non moins musiques de scĂšne, le compositeur a laissĂ© un Concerto pour violon d’autant plus inspirĂ© qu’il Ă©tait lui-mĂȘme violoniste. Le principe de croissance thĂ©matique, opposĂ© Ă  celui plus traditionnelle de sonate classique, semble marquer les oeuvres sibĂ©liennes. Chaque symphonie est un nouveau dĂ©fi, une nouvelle interrogation. Et l’écriture se fait d’oeuvre en oeuvre, de moins en moins dĂ©monstrative, de plus en plus synthĂ©tique, essentielle ; elle ne dit pas la vie, elle l’exprime au cƓur de son mystĂšre
 Sibelius est un visionnaire et prophĂšte qui habitĂ© par le sens de sa propre destinĂ©e souhaite l’inscrire dans le tout universel et l’éternelle nature. C’est un humaniste panthĂ©iste.

 

 

 

‹‹Sibelius_portraitL’idĂ©e musicale : les 7 symphonies de Sibelius. Figure nationale, gratifiĂ©e d’une pension allouĂ©e par l’Etat finlandais pour qu’il compose sans souci de revenu, le compositeur Jean Sibelius nous laisse un corpus symphonique (7 symphonies) de premiĂšre importance qui dans le sillon de Beethoven, Bruckner, TchaĂŻkovski trouve une place lĂ©gitime. TaxĂ©e d’illustration pastorale, et parfois de bavardage un brin anecdotique, qui n’atteint pas au souffle malhĂ©rien, Ă  son aspiration spirituelle, l’oeuvre orchestrale de Sibelius dĂ©passe pourtant la seule Ă©vocation contemplative et mĂ©ditative de la nature scandinave. A l’opposĂ© de ses poĂšmes symphoniques d’inspiration nettement folklorique et lĂ©gendaires, de Finlandia, l’oeuvre emblĂ©matique qui le fait connaĂźtre sur la scĂšne europĂ©enne, les Symphonies sibĂ©riennes interrogent la forme et l’écriture, dĂ©voilent la force d’une gĂ©nie inquiet, audacieux, analytique, expĂ©rimental.
Le cycle global s’étend de 1899 Ă  1924 (pour ce qui est des dates de crĂ©ation de chacune d’elles), et correspond donc aux Ă©vĂ©nements les plus essentiels de l’histoire finnoise: occupation russe, indĂ©pendance Ă  partir de 1917. La musique de Sibelius, Ă  la fois tragique et Ă©merveillĂ©e, exprime les contradictions et les Ă©lans pluriels d’une jeune nation en quĂȘte de reconnaissance, d’identitĂ©, d’affirmation, d’émancipation. Bien que reconnu Ă  sa juste mesure dĂšs son vivant, Sibelius reste un loup solitaire, reclus dans sa villa atelier Ă  JĂ€rvenpĂ€a oĂč Ă  partir de 1929, le silence total et l’absence de nouvelles partitions, font place dĂ©sormais Ă  une vie qui fut dĂ©diĂ©e Ă  la construction de l’oeuvre. Car sous le masque de la fiertĂ© et d’une certaine adulation de la grandeur finlandaise, son oeuvre exprime surtout la quĂȘte personnelle d’un homme soucieux, occupĂ© par la forme et l’idĂ©e musicale, critique envers lui-mĂȘme, d’une infatigable exigence sur le sens et la finalitĂ© de la musique.

 

 

 

sibelius-jean-portrait-classiquenews-eero-jarnefelt-582-594-sibelius-edition-2015

 

 

 

Jean Sibelius : Les Symphonies n°1 à 7 (1899-1924)

sibelius jeune portraitSymphonie n°1 en mi mineur opus 39 (1899)‹. AmorcĂ©e en 1898, la partition est contemporaine de la dĂ©cision du gouvernement finlandais d’allouer au compositeur une rente qui se transformera avec la confirmation de son gĂ©nie musical comme une pension Ă  vie. A 34 ans, Sibelius Ă©largit la trame classique de superbes Ă©clairs romantiques, contrastes, ruptures, effets saisissants des climats opposĂ©s, passant de l’un Ă  l’autre en un choc vertigineux
 La partition est crĂ©Ă©e Ă  Helsinki, le 16 avril 1899 sous la direction du compositeur.
Plan: Adagio-Allegro, Andante, Allegro, Finale. Les recherches de couleurs et d’instrumentation se rĂ©vĂšlent puissantes et originales (solo de clarinette, mĂ©lancolique et presque glaçant, puis solo de violon, lunaire, dans le premier mouvement, bruissement cĂ©leste des harpes dans le dernier mouvement
). L’oeuvre souligne combien Sibelius Ă©tait fervent admirateur de Debussy, moins de Wagner, recherchant la subtilitĂ© des alliages de timbres. Mais en maĂźtre de l’économie, voire de l’épure, qui n’aime pas les dĂ©veloppements, le compositeur contrarie souvent l’ordre et le fil logique d’une rĂ©exposition, pour conclure, comme ici, de façon Ă©nergique et brutale.

 

 

Symphonie n°2 en rĂ© majeur opus 43 (1902). ‹ComposĂ©e en fĂ©vrier et mars 1901, aprĂšs son poĂšme symphonique Finlandia, la DeuxiĂšme Symphonie est la plus connue, conçue lors d’une sĂ©jour en Italie Ă  Rapallo. Les partisans de l’indĂ©pendance la considĂšrent rapidement comme un chant nationaliste, qui sur le plan des caractĂšres et des climats se montre comme la PremiĂšre Symphonie, rĂ©solument romantique.
Plan: Allegretto, andante, vivacissimo, finale. Sibelius ouvre sur une forme flottante, irrĂ©solue, fragmentĂ©e, mais Ă©tonnament chantante, pleine d’une ivresse nostalgique et pastorale. La vivacitĂ© s’exprime avec plus d’évidence encore dans le vivacissimo, qui est un scherzo nerveux et agitĂ©. Sans pause, le finale qui est enchaĂźnĂ©, semble organiser la puissance et le flux prĂ©cĂ©demment dĂ©veloppĂ©s en une exultation croissante. Avec la DeuxiĂšme Symphonie, Sibelius ferme le chapitre des oeuvres “classiques et romantiques ». Les opus suivants rĂ©vĂšlent une Ă©volution de l’écriture portĂ©e sur l’expĂ©rimentation et l’originalitĂ©, rompant rĂ©solument avec une forme nettement moins‹explicite et narrative.

 

 

Sibelius_youngSymphonie n°3 en ut majeur opus 52 (1907)‹. InitiĂ©e en 1904, le cycle symphonique suivant connaĂźt une longue gestation. D’autant que Sibelius compose aussi, PellĂ©as et MĂ©lisande, entre autres. Le compositeur en dirige la crĂ©ation le 25‹septembre 1907 Ă  Helsinki. L’inspiration n’est ni clairement nationaliste ni romantique. La sobriĂ©tĂ© voire l’épure et l’introspection sont ses partis pris. Sibelius abandonne une certaine lourdeur et densitĂ© de la texture pour plus de transparence, d’élĂ©vation. En une vision tournĂ©e vers la lumiĂšre, il semble mieux structurer l’architecture. DĂ©jĂ  s’y amorce la volontĂ© de rĂ©sumer, fusionner, synthĂ©tiser. Plus que trois mouvements, au lieu des quatre traditionnels.
Plan: Allegretto moderato, Andantino con moto, quasi allegretto, finale. Les cordes portent les espoirs du compositeurs et dialoguent avec les bois avec nettetĂ© et tendresse. Le Finale dĂ©voile toute l’invention d’un Sibelius Ă©blouissant dans ses options d’orchestrateur, poĂšte des Ă©tagements et des alliages entre cordes, cuivres et groupes des bois et des vents: ici, se superposent l’obstination rythmique beethovĂ©nienne et, en seconde eau, une matrice coulante wagnĂ©rienne. La partition est un chef-d’oeuvre de subtilitĂ©, de disparitĂ© contrĂŽlĂ©e des timbres et des associations de couleurs, sans dilution. La conclusion suit le mĂȘme chemin audacieux, hors des schĂ©mas classiques: cĂ©sure nette, voire dĂ©concertante.

 

 

Symphonie n°4 en la mineur opus 63 (1911). ‹La partition affirme davantage la volontĂ© de rupture amorcĂ©e avec la TroisiĂšme Symphonie, et mĂȘme, elle exprime une crise personnelle et artistique chez Sibelius qui a subi une opĂ©ration Ă©prouvante, aprĂšs diagnostic d’un cancer de la gorge (1908). Plus critique que jamais sur son oeuvre et sur le milieu musical contemporain, le compositeur s’inscrit contre la modernitĂ© contemporaine, souvent bavarde (Strauss). Contre une conception mahlĂ©rienne, universelle voire cosmique, la symphonie sibĂ©lienne se concentre sur l’équilibre et la puretĂ© essentielle de la forme et du schĂ©ma structurel. Les quatre mouvements confinent Ă  l’épure, la synthĂšse
, contradictoirement au plan classique et Ă  l’hĂ©ritage des anciens, Ă  l’implicite, voire Ă  l’indicible. D’ailleurs, trop repliĂ©e sur elle mĂȘme, sans dĂ©veloppement prĂ©visible et facilement identifiable, la partition de la QuatriĂšme, trop Ă©nigmatique, lors de sa crĂ©ation en 1911 Ă  Helsinki (3 avril) suscite dĂ©ception, froideur dĂ©concertĂ©e. Mais Toscanini convaincu par sa vĂ©ritĂ© et son Ă©loquente profondeur, en sera un apĂŽtre zĂ©lĂ© aux Etats-Unis.
Plan: Tempo molto moderato, quasi adagio: introduction sombre et grave qui convoque les mystĂšres et l’étrange et davantage, la vibration d’un autre monde. L’impression de solitude et d’approfondissement introspectif est portĂ© par le violoncelle solo. Dans le troisiĂšme mouvement, Il tempo largo, qui suit l’allegro molto vivace, Sibelius pousse plus loin la peinture en un paysage dĂ©vastĂ©, archaĂŻque et mĂȘme primitif oĂč prime le caractĂšre de l’étrange et du nouveau, non sans‹tensions et questions irrĂ©solues. Ce que confirme l’ultime mouvement qui installe le climat de la dissonance, de la gravitĂ© voire de l’amertume.

 

 

sibelius vieuxSymphonie n°5 en mi bĂ©mol majeur opus 82 (1915)‹. CrĂ©Ă©e dans sa version originale (cinq mouvements), le 8 dĂ©cembre 1915, jour anniversaire des 50 ans du compositeur, la CinquiĂšme Symphonie est rapidement remaniĂ©e, sans que Sibelius trouve une forme pleinement satisfaisante. Finalement, il jugera le manuscrit dĂ©finitif lors de sa publication en 1919 (en trois mouvements). Contemporaine de la RĂ©volution russe et donc de l’indĂ©pendance de la Finlande, la partition souscrit Ă  un lyrisme lumineux, rompant avec les deux Symphonies prĂ©cĂ©dentes (n°3 et n°4, dĂ©concertantes et fonciĂšrement personnelles).
DĂšs le premier mouvement (Tempo molto moderato) se confirme l’état d’ivresse et de lyrisme conquĂ©rant du hĂ©ros victorieux, affirmant un Ă©quilibre d’autant plus significatif que la Symphonie n°4 semblait l’exclure. L’andante mosso, quasi allegretto brosse les dĂ©tails d’un paysage arcadien oĂč se love l’émerveillement du compositeur sur le motif naturel. (l’exaltation et le sentiment d’ivresse printaniĂšre demeurent les caractĂšres principaux de la Symphonie). Le Finale (Allegro molto) est le plus irrĂ©sistible des trois volets de ce tryptique triomphal: les bois mis en avant chantent la beautĂ© hypnotique de la nature et les derniĂšres proclamations des tutti finaux, Ă©noncĂ©s, dĂ©tachĂ©s comme suspendus (6 au total), expriment une derniĂšre nostalgie avant la conclusion. Une fin vĂ©cue en pleine conscience, qui rĂ©sonne comme une dĂ©livrance et un espoir; vivifiĂ© par l’Ă©noncĂ© assumĂ©, rĂ©alisĂ© d’une aube rĂ©gĂ©nĂ©ratrice. Celle ci clairement exprimĂ©e par la voilure des cors cĂ©lestes, le scintillement des cordes, la jubilation / Ă©piphanie des bois (dont surtout les hautbois associĂ©s souvent aux flĂ»tes) annonce les climats tout aussi suspendues de la 7Ăšme ultime offrande sibĂ©lienne. La parentĂ© des deux opus est Ă  approfondir (mise en avant dans l’intĂ©grale Rattle d’ailleurs). Proche de la 7Ăšme, la 5Ăšme offre un art de la transition entre les sĂ©quences d’une efficacitĂ© semblable. L’opus 82 participe Ă  la conception de la Symphonie fusionnĂ©e en un seul mouvement.

 

 

Symphonie n°6 en rĂ© mineur opus 104 (1923)‹. AmorcĂ©e dĂšs 1919, au moment oĂč Sibelius met au propre la derniĂšre version (tripartite) de sa CinquiĂšme Symphonie, la SixiĂšme est produite sur quatre annĂ©es, et crĂ©Ă©e le 19 fĂ©vrier 1923 Ă  Helsinki. Retour Ă  l’épure et Ă  la concision d’une “eau pure”, parfaitement modale, dans le souvenir vĂ©nĂ©rĂ© de Palestrina. Mais sous l’apparente douceur, rĂšgne l’imminence des orages sourds. En quatre mouvements, la SixiĂšme est l’une des plus courtes symphonies Ă©crites par Sibelius (moins de 30 minutes).
Plan: aprĂšs l’Allegro molto moderato (dĂ©veloppĂ© sur un seul thĂšme: pas de second sujet comme d’ordinaire dans le plan sonate), Sibelius imagine son deuxiĂšme mouvement “allegro moderato”, comme un Ă©pisode lunaire, intime, totalement introspectif. Enfin aprĂšs “Poco vivace” (plutĂŽt bref, moins de trois minutes, d’une nervositĂ© syncopĂ©e et tendre), le Finale construit en rondo sur quatre Ă©pisodes, est le mouvement le plus libre, avec l’expression d’une hypersensibilitĂ© qui semble trouver difficilement le fil de son Ă©quilibre. La fin entre transparence et fragilitĂ© exprime une inquiĂ©tude, le sentiment profond d’une certaine impuissance ? Les ruptures de climats, les fragmentations des rythmes, la science de l’orchestration atteignent un nouveau sommet.

 

 

Sibelius-jean-dossier-special-150-ans-1865-2015Symphonie n°7 en ut majeur (1924). ‹CrĂ©Ă©e Ă  Stockholm dĂšs le 24 mars 1924, la derniĂšre symphonie de Sibelius ne sera entendue du public finlandais qu’en 1927. En un seul mouvement, elle pourrait s’apparenter Ă  une fantaisie symphonique, mais son dĂ©veloppement d’une irrĂ©pressible croissance organique, traversĂ©e par un souffle depuis son dĂ©but, porte les ultimes recherches du compositeur, qui fusionne tous les mouvements en un seul. Et de façon gĂ©nial. La hauteur de l’inspiration qui s’y dĂ©ploie, de façon noble et sereine, a conduit le chef Serge Koussevitsky Ă  nommer Sibelius, de Parsifal Finlandais. Le sentiment de majestĂ© est induit par les trombones, instruments phares de la partition. C’est une Ă©lĂ©vation progressive, continue qui traverse au-dessus des cimes, nuages, Ă©pisodes plus sombres et dĂ©sĂ©quilibrĂ©s, puis se rĂ©alise dans la pleine sĂ©rĂ©nitĂ©. Sibelius y conçoit une orchestration des plus fines (flĂ»tes, hautbois, bassons
). Porteuse de visions d’illuminations personnelles, la partition devait ĂȘtre suivie d’une huitiĂšme Symphonie. Mais le compositeur dĂ©truira les amorces de la nouvelle construction, pour ne laisser en guise de testament musical, que sa septiĂšme et derniĂšre Symphonie.

 

 

 

Sibelius_youngLe Concerto pour violon de Sibelius en rĂ© majeur est assurĂ©ment son oeuvre phare. Etant devenu l’un des sommets de l’écriture violonistique, retenu par les plus grands concertistes, il s’est imposĂ© naturellement auprĂšs du public. L’opus 46 en rĂ© majeur fut composĂ© en 1903 et, aprĂšs rĂ©vision, crĂ©Ă© sous la direction de Richard Strauss en 1905 Ă  Berlin. L’oeuvre est contemporaine de l’installation du compositeur dans la villa “AĂŻnola”, Ă  Jarvenpaa, en pleine forĂȘt, Ă  30km d’Helsinki. Longtemps minimisĂ© en raison d’une apparente et “creuse” rigueur, le Concerto s’imposa nĂ©anmoins en raison des difficultĂ©s techniques qu’il exige du soliste. Mais en plus de sa virtuositĂ© exigente, le Concert de Sibelius demande tout autant, concentration, intĂ©rioritĂ©, Ă©conomie, justesse de la ligne musicale. Autant de qualitĂ©s qui se sont rĂ©vĂ©lĂ©es grĂące Ă  la lecture des plus grands violonistes dont il est devenu le cheval de bataille. D’une incontestable inspiration lyrique nĂ©o-romantique, la partition dĂ©veloppe une forme libre, rhapsodique, mĂȘme si elle respecte la traditionnelle tripartition classique en trois mouvements: allegro moderato, adagio di molto, finale. MĂȘme si l’inspiration naturelle, panthĂ©iste, du compositeur s’exprime avec clartĂ©, en particulier d’aprĂšs le motif naturel des forĂȘts de sa Finlande natale, les souvenirs enrichissent aussi une imagination personnelle et intime. A ce titre, le deuxiĂšme mouvement pourrait convoquer les impressions mĂ©diterranĂ©ennes vĂ©cues pendant son sĂ©jour en Italie.

 

 

discographie 2015

Retrouvez ici les sorties discographiques incontournables parues ou rééditées en 2015 pour les 150 ans de Sibelius

 

 

 

 

 

rattle-simon-birmingham-jean-sibelius-complete-symphonies-integrale-des-symphonies-critique-review-classiquenews-juin-2015-4cd-warner-classicsCLIC D'OR macaron 200Jean Sibelius : IntĂ©grales des Symphonies – complete symphonies, Les OcĂ©anides, Opus 55 (Simon Rattle, City of Birmingham symphony Orchestra / 4 cd Warner classics). Formidable travail de Rattle Ă  la fin des annĂ©es 80 et au dĂ©but des annĂ©es 90, soit en plein boom du compact : les instrumentistes du Symphonique de Birmingham (City of Birmingham symphony Orchestra), manifestement galvanisĂ©s par leur directeur musical, atteignent une cohĂ©rence d’approche, une qualitĂ© et une unitĂ© technique phĂ©nomĂ©nale qui Ă  l’Ă©preuve des climats et atmosphĂšres d’un Sibelius mĂ©ditatif, philosophe, panthĂ©iste permettent d’Ă©galer les meilleures phalanges europĂ©ennes et amĂ©ricaines. Le cd 1 est une immersion sans rĂ©serve ni hĂ©sitation d’aucune sorte dans le grand bain trĂ©pidant de la texture sibĂ©lienne (premier mouvement tellurique et fracassant): cosmogonie orchestrale au diapason de la nature ocĂ©an dont la vitalitĂ©, l’ivresse symphonique est magistralement comprise par le chef. Son irrĂ©pressible urgence, affirmation de la volontĂ© et d’une pulsion viscĂ©rale ancrĂ©e, qui s’expose et se dĂ©veloppe sans retenue mais avec beaucoup de finesse et de rĂ©flexion dans l’Ă©quilibre des pupitre (cordes / cuivres) s’affirme nettement. Le cd 2 est en ce sens des plus emblĂ©matiques d’une comprĂ©hension intuitive et instinctive plus que convaincante, Ă©lectrisante : la Symphonie n°2 est son appel furieusement Ă©nergique Ă  l’hĂ©donisme paien, la 3 qui suit, Ă  la fois plus intĂ©rieure et mahlĂ©rienne, quoique aussi dansante et Ă©chevelĂ©e que sa prĂ©cĂ©dente, suffit Ă  mesurer l’engagement de l’orchestre britannique dont Simon Rattle fait une formidable machine sensible oĂč triomphent l’unisson aĂ©rien des cordes, l’Ă©clat des bois et des vents, la tension colorĂ©e et chaude des cuivres, le tout magnifiquement structurĂ©, dans un Ă©quilibre toujours clair des pupitres. LIRE la critique intĂ©grale du coffret SIBELIUS : complete symphonies by Sir Simon Rattle (intĂ©grale des Symphonies, 4 cd Warner classics)

 

 

 

Bernstein sibelius  remasterised edition the symphonies 7 cd sony classical compte rendu critique cd classiquenews juin 2015 sony88875026142CLIC_macaron_2014CD. Coffret Ă©vĂ©nement. Sibelius : the Symphonies, remastered edition (Leonard Bernstein, 1960-1966, 7 cd Sony classical. Leonard Bernstein, – comme c’est le cas de Mahler, est le premier chef Ă  s’intĂ©resser spĂ©cifiquement aux Symphonies de Sibelius : voici rĂ©Ă©ditĂ© en version remastĂ©risĂ©e, le cycle des 7 Symphonies du compositeur finnois, premiĂšre intĂ©grale enregistrĂ©e au disque par le maestro quadragĂ©naire (Bernstein est nĂ© en 1918).  L’épopĂ©e visionnaire et fondatrice de Leonard Bernstein pour l’intĂ©grale des Symphonies de Sibelius, en complicitĂ© avec le Philharmonic de New York, remonte Ă  mars 1960 (7Ăšme en Ă©tat d’incandescence instrumentale : certainement le point le plus avancĂ© de sa rĂ©flexion sur la texture et le sens de l’Ă©criture sibĂ©lienne) et jusqu’à mai 1967 (6Ăšme). C’est la premiĂšre intĂ©grale de l’histoire du disque.

Leonard-bernstein-1960En vĂ©ritĂ©, la connaissance de Bernstein et son amour pour le Finnois remontent Ă  beaucoup plus loin. Assistant Ă  Tanglewood du mĂȘme Koussevitzky, le jeune Bernstein des annĂ©es 1940 apprend auprĂšs de son maĂźtre, une maĂźtrise orchestrale inĂ©dite et aussi un goĂ»t spĂ©cifique pour les symphonistes du XXĂš. Ecartant Richard Strauss, il s’engage logiquement pour Gustav Mahler (prolongeant l’oeuvre de Bruno Walter) et surtout se passionne avec un zĂšle d’une juvĂ©nile ardeur pour le catalogue sibĂ©lien. Les 7 Symphonies de ce coffret en tĂ©moignent, de surcroĂźt dans une prise de son remastĂ©risĂ©e qui dĂ©voile tout ce travail sur l’équilibrage des pupitres et le choix des tempo, d’un mouvement Ă  l’autre, d’une symphonie Ă  l’autre. DĂšs 1960, dans la 7Ăšme, Bernstein opte pour une vision Ă©lastique et versatile des tempo selon les mouvements : ralentissant volontiers pour mieux accuser la profondeur poĂ©tique des atmosphĂšres (comme dans l’Adagio Ă©tirĂ© de la 2Ăšme ; introspection Ă©tale – trop?-, dans le Finale de la 4Ăšme de 1909), tout en assurant la continuitĂ© et le jeu des correspondances organiques d’une sĂ©quence Ă  l’autre. Bernstein assure la vision de l’architecte tout en ciselant des dĂ©tails d’ornementation ou d’orchestration saisissant de finesse. LIRE notre compte rendu critique complet du coffret Bernstein 2015 : remasterised edition / The Symphonies (7 cd SONY classical)

 

sibelius-edition-sibelius-coffret-14-cd-critique-presentation-review-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-4795102_Sibelius_Edition_PackshotCLIC_macaron_2014Coffret Sibelius edition (14 cd Deutsche Grammophon). Le 8 dĂ©cembre 2015 marque les 150 ans de la naissance du plus grand compositeur finlandais post romantique Jean Sibelius (1865-1957). C’est aussi aprĂšs Malher, l’artisan de la plus stimulante Ă©popĂ©e symphonique du XXĂšme siĂšcle, aux cĂŽtĂ©s des Français Debussy et Ravel. Auteur d’un catalogue resserrĂ© portĂ© par une exigence formelle de plus en plus radicale, le symphoniste fait Ă©voluer le langage musical Ă  l’époque de Mahler et aprĂšs lui : Deutsche Grammophon Ă©dite en un coffret Ă©vĂ©nement, l’hĂ©ritage musical dĂ©tenu dans ses archives sonore. Une somme incontournable qui souligne l’accomplissement de l’écriture orchestrale pure (7 Symphonies par Bernstein, Okko Kamu et surtout Karajan qui dirige ici les Symphonies 4,5,6 et 7). C’est aussi l’occasion de mesurer l’ampleur poĂ©tique de son cycle pour orchestre, choeur et solistes (soprano et baryton) :  Kullervo opus 7 (version originale par Jorma Panula, Turku Philharmonic orch), tous les poĂšmes symphoniques (En saga, Rakastava, Finlandia, l’excellente ChevauchĂ©e nocturne et aurore opus 55
), Ă©videment le Concerto pour violon par Anne Sophie Mutter et AndrĂ© PrĂ©vin, sans omettre les subtiles mĂ©lodies pour basse et bartyon (solistes : Kim Borg et Tom Krause) ; le coffret comprend Ă©galement la musique de chambre (Quatuor Voix intimes / Voces intime opus 56 (Emerson Quartet) et bien sĂ»r les musiques de scĂšne dont la Suite Christian II par Neeme JĂ€rvi (Gothenburg Symphony Orch), PellĂ©as et MĂ©lisande opus 46 par Horst Stein et l’Orchestre de la Suisse romande ; les ScĂšnes historiques I et II (opus 25 et 66), Scaramouche et Le Cygne blanc opus 54, surtout les deux Suites de La TempĂȘte (Jussi Jalas, Hungarian State Symphony Orch). Un festival orchestral variĂ© et affĂ»tĂ© au service d’un maĂźtre de l’écriture symphonique dans la premiĂšre moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle. Les amateurs seront comblĂ©s, les curieux non encore convaincus, trĂšs intĂ©ressĂ©s et mis en appĂ©tit. Coffret «  Sibelius Ă©dition » , 14 cd Deutsche Grammophon, CLIC de classiquenews.com (livret notice en anglais et allemand). LIRE notre prĂ©sentation et compte rendu critique du coffret Sibelius 2015

 

 

sibelius warner historical recordings 1928 1945 warner box 7 cd coffret critique review compte rendu critique CLASSIQUENEWSCD, coffret, compte rendu critique. Jean Sibelius : Historical recordings and rareties 1928 – 1945 (7cd Warner classics). Des gravures “historiques”, – soit les premiĂšres dans l’histoire du microsillon, celles par exemple de Robert Kajanus (avec le London Symphony orchestra en juin 1932 (Symphonies 3 et 5, d’une irrĂ©pressible tension complĂ©tĂ©e par un grande subtilitĂ© expressive, en particulier cette Ă©coute de l’urgence intĂ©rieure, cette dĂ©termination lyrique et parfois avant Bernstein, Ă©chevelĂ©e, dĂ©lirante mais si juste, et ce souci du lien organique structurant les parties entre elles), surgit une leçon d’interprĂ©tation qui fait tout l’intĂ©rĂȘt du prĂ©sent coffret de 7cd Ă©ditĂ© par Warner et qui pour la plupart regroupe des chefs travaillant Ă©videmment Ă  Londres et que Sibelus a pu connaĂźtre, et dont il a pu pour certains, valider leur propre approche. C’est Ă©videmment le cas de Robert Kajanus dĂ©cĂ©dĂ© en 1933 qui est d’autant plus exemplaire parmi les pionniers et dĂ©fenseurs de la premiĂšre heure sibĂ©lienne, qu’il a crĂ©Ă© nombre de ses Ɠuvres, ou les a fait connaĂźtre en Europe hors de Finlande avec la complicitĂ© du MaĂźtre. Compositeur lui aussi, Ă©galement auteur d’un Symphonie Kullervo (comme la piĂšce de Sibelius), Kajanus entre 1890 et jusqu’à sa mort, ne cesse de faire connaĂźtre les Ɠuvres de son compatriote : Kajanus dirige le premier orchestre symphonique d’Helsinki au dĂ©but des annĂ©es 1880 puis joue (entre autres) les oeuvres de Sibelius Ă  Paris pour l’expo Universelle de 1900 (Symphonie n°1, Suite du roi Christian II, Le cygne de Tuonela, Finlandia et Le retour de LemminkĂ€inen
 soit une synthĂšse de l’univers sibĂ©lien. C’est cependant un Ă©clairage sur son engagement sibĂ©lien des annĂ©es 1930 que Warner met ici en lumiĂšre. LIRE la critique complĂšte du coffret Jean Sibelius : historical recordings 1928 – 1945 (7 cd, Warner)

 

 

 

CLIC_macaron_2014Le Concerto pour violon de SibeliusCD, coffret. Compte rendu critique. Sibelius great performances : Collins, Gibson, Rosbaud, Beinoum, Tuxen, Monteux
 (11 cd). Le coffret historique signĂ© Decca confirme la justesse des grands sibĂ©liens des annĂ©es 1950 : Tuxen, l’inĂ©galable Collins Ă©videmment ici intĂ©gralement remastĂ©risĂ©, surtout nos deux prĂ©fĂ©rĂ©s : Pierre Monteux et Alexander qui chacun Ă  sa maniĂšre, rĂ©gĂ©nĂšre la leçon premiĂšre de Collins mais avec une touche d’Ă©lĂ©gance analytique supplĂ©mentaire qui s’avĂšre exceptionnelle chez l’un comme chez l’autre. D’emblĂ©e l’affiche promet le meilleur en effet : complĂ©ment au rĂ©cent coffret Warner regroupant les versions historiques propres aux annĂ©es 1930 (Sibelius : Historical recordings : 1928 – 1945 7 cd, CLIC de classiquenews lui aussi) et dĂ©jĂ  en majoritĂ© britanniques (preuve d’un engouement phĂ©nomĂ©nal pour Sibelius chez nos confrĂšres anglo-saxons dĂšs avant la seconde guerre mondiale), voici la preuve que la faveur anglaise pour le Finnois aprĂšs la guerre ne s’est pas dĂ©mentie, et comme le prouvent ces archives Decca, dans les annĂ©es 1950, a mĂȘme gagnĂ© une flamme exceptionnelle : les Symphonies par Anthony Collins (auteur d’une intĂ©grale londonienne entre 1952 et 1956, ou le Concerto pour violon par l’excellent, ardent, voire incandescent et super Ă©lĂ©gant soliste Ruggiero Ricci (1958) restent des accomplissements lĂ©gendaires. Comme la fiĂšvre millimĂ©trĂ©e d’une irrĂ©sistible Ă©lĂ©gance (Monteux), d’un dramatisme dĂ©taillĂ© (Gibson), des autres sibĂ©liens qui sur le mĂ©tier symphonique Ă©laborĂ© par un gĂ©nie de l’écriture orchestrale, font preuve d’une Ă©gale implication sidĂ©rante. Aux cĂŽtĂ©s du LSO, le Concertgebouw d’Amsterdam (Beinoum) et le Berliner Philharmoniker (Rosbaud) affirment eux aussi un engagement suprĂȘme au service de partitions captivantes il faut bien le reconnaĂźtre. Aucun doute, mises en perspective, tant de lectures aussi passionnantes, confirment bien, aux cĂŽtĂ©s de la richesse diverse des interprĂ©tations, l’indiscutable gĂ©nie de Sibelius, le plus grand symphoniste du XXĂš aprĂšs Ravel, Mahler, Strauss.

 

 

sibelius great performances decca box coffret review critique compte rendu 11 cd compte rendu critique classiquenews

collins AnthonyCollins2Les 7 Symphonies, par le chef pionnier et visionnaire Anthony Collins, vĂ©ritable fleuron inestimable des archives Decca, dĂ©voilent Ă  qui ne le connaissait pas, l’exceptionnel talent de barde prophĂ©tique du chef britannique, capable d’insuffler la transe et la fiĂšvre, mais aussi une intensitĂ© de braise Ă  son orchestre (LSO), de surcroĂźt ici dans un traitement remastĂ©risĂ© : sens du dĂ©tail, sens de la construction, Ă©lan souverain, surtout fluiditĂ© organique d’un geste qui semble s’abreuver du lyrisme sibĂ©lien comme une source rĂ©gĂ©nĂ©ratrice. Bien avant les Bernstein ou les Karajan, visions si divergentes et somme toute complĂ©mentaires – le dyonisiaque et l’Appolonien-, voici le premier d’entre eux, redevable de l’ami Kajanus, chef et compositeur, fervent interprĂšte des symphonies de Sibelius hors de Finlande : dans les annĂ©es 1950, soit 20 ans aprĂšs Kajanus, Anthony Collins partage la mĂȘme foi passionnĂ©e, cette profondeur et cette Ă©nergie Ă©ruptive qui fait battre tout l’orchestre au diapason d’un seul cƓur, celui de la miraculeuse nature. Collins avait compris combien le langage de SibĂ©lius Ă©tait gĂ©nial en tant que dernier grand symphoniste post romantique. Sa lecture de la Symphonie n°7 (1954) est un modĂšle de prĂ©cision, d’engagement, Ă  la fois dĂ©taillĂ© et ciselĂ© mais aussi intense et dramatique. La houle qu’il y dĂ©ploie reste inĂ©galĂ©e, d’une irrĂ©pressible attractivitĂ© par sa puissance et sa justesse. Des mouvements enchaĂźnĂ©s en un seul, le chef tisse une fresque portĂ©e peu Ă  peu Ă  sa tempĂ©rature de fusion pour que se libĂšre en fin de cycle (Ă  16mn, aprĂšs 19mn), la formule clĂ© : ni rĂ©pĂ©tition, ni redite, ni dĂ©veloppement abusif, tout l’art de l’éloquence resserrĂ©e de Sibelius se concentre ici dans une direction Ă©conome, dĂ©taillĂ©, surexpressive et Ă©tonnamment juste. LIRE notre critique complĂšte du coffret DECCA : Sibelius, the great performances