GSTAAD, lundi 31 aoĂ»t, Ă  19h30, BERLIOZ, SAINT-SAËNS 


gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-prĂ©sentation-classiquenews-582GSTAAD, lundi 31 aoĂ»t, Ă  19h30, BERLIOZ
 sous la tente de Gstaad Ă  nouveau, grand concert symphonique avec le Philharmonique de Radio France et son chef Mikko Franck : Symphonie fantastique de Berlioz et Concerto de Saint-SaĂ«ns (avec comme soliste le violoncelliste Gautier Capuçon). Le chef français transmet clartĂ©, transparence et fiĂšvre dramatique : sa direction est aujourd’hui l’une des plus passionnantes Ă  suivre… En 2019, le GSTAAD MENUHIN Festival cĂ©lĂšbre la musique française et Paris ! Sommet de la symphonique romantique française (1830), la Fantastique cristallise tous les songes et dĂ©mons intĂ©rieurs d’un Berlioz alors couronnĂ© par le Prix de Rome
 Vedette de ce festival MENUHIN 2019, Camille Saint-SaĂ«ns, qui n’eut jamais le Prix de Rome, rayonne aujourd’hui par son gĂ©nie musical dont le raffinement et l’élĂ©gance offre une alternative au wagnĂ©risme contemporain


vidéo PARIS !

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VOIR le TEASER PARIS ! / GSTAAD MENUHIN Festival 2019
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GSTAAD, Tente du festival
Samedi 31 août 2019, 19h30
Concert symphonique
Symphonie fantastique
Mikko Franck & Gautier Capuçon
Gautier Capuçon, violoncelle
Orchestre philharmonique de Radio-France (Paris)
Mikko Franck, direction

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https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-31-08-19

BERLIOZ et SAINT-SAËNS : le romantisme français à GSTAAD
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Pour Harriet, muse et bientĂŽt Ă©pouse… 10 ans aprĂšs un premier essai pour violoncelle (Suite, sur le modĂšle de JS BACH), Saint-SaĂ«ns compose son 1er Concerto pour violoncelle en la mineur en 1872. L’époque est au nĂ©oclassicisme et le raffinement du compositeur, auteur de Samson et Dalila maĂźtrise idĂ©alement les notions d’éclectisme et de recyclage. Saint-SaĂ«ns innove : plutĂŽt que trois tradtionnels mouvements, un seul mouvement, en trois parties enchaĂźnĂ©es selon une idĂ©e de Franz Liszt dont la forme cyclique est emblĂ©matique d’une nouvelle audace
 partagĂ©e d’ailleurs par Berlioz. La partition est dĂ©diĂ©e au violoncelliste belge Auguste Tolbecque,

PARIS, 1830: Ă  27 ans, Berlioz se passionne corps et Ăąme pour l’actrice irlandaise, interprĂšte de Shakespeare (OphĂ©lie) qu’il vient applaudir Ă  l’OdĂ©on : Harriet Smithson. La fĂšvre amoureuse emporte le gĂ©nie berliozien, qui cependant, mĂȘme s’il finira par Ă©pouser le sujet de sa passion, doit affronter rĂ©sistance, refus, valse-hĂ©sitation
 toujours l’esprit du compositeur romantique est brimĂ© par la frustration, le sentiment de solitude, la trahison, la perte
 autobiographique, relatant les Ă©tats psychologiques (pour le moins tourmentĂ©s) du hĂ©ros, la Fantastique a dĂ©jĂ  une ambition spatiale malhĂ©rienne, dĂ©passe les Ă©pisodes de sa trame narrative (les fameux 5 parties prĂ©cisĂ©ment dĂ©crits dans le programme rĂ©digĂ©s par l’auteur), Ă©voque, exprime, plus qu’elle ne dĂ©crit. 10 jours avant la date prĂ©vue pour la crĂ©ation, Berlioz achĂšve le manuscrit (mai 1830). Finalement, l’Ɠuvre rĂ©volutionnaire est crĂ©Ă©e le 5 dĂ©cembre (grande salle du Conservatoire de Paris), c’est un triomphe : les enfants du romantisme Ă  Paris, ont trouvĂ© leur idĂŽle. Par la suite, Berlioz imagine une suite Ă  la Fantastique, premier volet prolongĂ© par un mĂ©lologue (il aime innover toujours) : intitulĂ© «Lelio ou le retour Ă  la vie». De fait, la Fantastique met Ă  rude Ă©preuve, instrumentistes, chef et public : les vertiges et les passions, entre raison et dĂ©raison, dĂ©sir et haine, visions dĂ©moniaques et tentation du suicide, entre exacerbation et implosion, finissent de renouveler totalement l’écriture orchestrale en 1830. Il faut bien « un retour Ă  la vie » pour redescendre de tant de sommets Ă©motionnels.

BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict dont le Philharmonique de Radio France joue l’ouverture, est le seul opĂ©ra italien de Berlioz, conçu comme une comĂ©die enjouĂ©e, inspirĂ©e de la piĂšce « Beaucoup de bruit pour rien » / « Much Ado About Nothing » de Shakespeare. Comme pour beaucoup de ses Ɠuvres nouvelles, trop audacieuses, l’opĂ©ra est d’abord crĂ©Ă© hors de France, en Allemagne : un premier acte est composĂ© en 1833, puis crĂ©Ă© au Festival de Bade en 1860, grĂące Ă  la commande de son directeur Edouard BĂ©nazet. Puis deux actes sont produits en 9 aoĂ»t 1862 Ă  Baden-Baden. L’écriture virtuose, nerveuse, exprime dans la Sicile du XVIe siĂšcle (Renaissance), les exaltations contradictoires du cƓur qui agitent les deux jeunes amants, d’abord rĂ©ticents voire antagonistes jusqu’à leur union finale
 incertitudes et vellĂ©itĂ©s du sentiment sont au cƓur de l’opĂ©ra Berliozien.

Programe : Berlioz / Saint-Saëns
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Hector Berlioz (1803–1869)‹OuvertĂŒre zur Oper «BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dicte» 10’

Camille Saint-SaĂ«ns (1835–1921)‹Cellokonzert Nr. 1 a-Moll op. 33 25’
Allegro non troppo, Allegro con moto, Molto allegro

Hector Berlioz (1803–1869)‚«Symphonie fantastique» 60’
Premier mouvement: RĂȘveries – Passions
Deuxiùme partie: Un bal‹Troisiùme partie: Scùne aux champs
QuatriĂšme partie: Marche au supplice
Cinquiùme partie: Songe d’une nuit du sabbat

GAUTIER CAPUÇON, Violoncelle
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE RADIO FRANCE (PARIS)
MIKKO FRANCK, direction

COMPTE-RENDU, critique, concert, DIJON, Auditorium, le 1er juin 2019. « Fantastique » (Muntendorf / Mahler / Berlioz) ; ODB / Gergely Madaras.

150 ans de la mort de BERLIOZCOMPTE-RENDU, critique, concert, DIJON, Auditorium, le 1er juin 2019. « Fantastique » (Muntendorf / Mahler / Berlioz) ; ODB / Gergely Madaras. Quoi de plus naturel que de rapprocher la Totenfeier de la marche au supplice de la Symphonie fantastique ? Comme de les introduire par « In Sync », qui s’apparente Ă  une marche, de Brigitta Muntendorf, dans le cadre d’un projet commun Ă  la Musikhochschule de Mayence et Ă  l’ESM de Dijon ? C’est aussi l’occasion de retrouver une derniĂšre fois Gergely Madaras, Ă  la direction de l’Orchestre Dijon Bourgogne, auquel il a tant donnĂ©, avant qu’il ne rejoigne l’Orchestre Philharmonique de LiĂšge.

Merci, Gergely, et bon vent !

Professeur Ă  Musikhochschule de Cologne, Brigitta Munterdorf, jeune compositrice austro-allemande, appartient Ă  cette gĂ©nĂ©ration montante de crĂ©ateurs connectĂ©s, dont la dĂ©marche se veut interdisciplinaire comme sociale. Il n’est pas de festival de musique contemporaine comme d’institution oĂč elle ne soit intervenue, oĂč ses Ɠuvres – avec son Garage Ensemble – n’aient Ă©tĂ© jouĂ©es. La gestique, le mouvement visuel, la vidĂ©o y paraissent aussi essentiels que le son, sous tous ses modes de production et de traitement. Ce soir, seules les cordes, groupĂ©es symĂ©triquement sur deux rangs, semblent concernĂ©es par le dĂ©but de Sync, composition de 2012 (« pour deux ensembles de 28, 56 ou 112 instruments »). Un unisson rĂ©pĂ©tĂ©, amplifiĂ© Ă  l’octave, ponctuĂ© de sĂ©quences Ă  base d’interjections, de pĂ©roraisons, d’ornements en constitue le fil conducteur. Les entrĂ©es successives, thĂ©Ăątrales, des trombones et de la percussion, puis des bois, enfin des cors et des bassons, assorties d’un bref solo qui s’étend aux cordes, enrichissent la palette. La mĂ©trique imperturbable, la scansion, assorties d’une gestique parfaitement sync
hronisĂ©e des instrumentistes, suggĂšrent une marche grotesque, caricaturale. A plusieurs reprises, tous les musiciens lĂšvent le bras, les bois marquent la mesure en dĂ©plaçant leur instrument de 45°, la tourne des pages est collective, sonore, ostensible. L’attention visuelle prolonge et amplifie ce que nous Ă©coutons. Une Ɠuvre surprenante, d’une Ă©criture originale, que l’on aimerait rĂ©Ă©couter. Le public, venu essentiellement pour la symphonie fantastique, rĂ©serve de longs et chaleureux applaudissements Ă  la compositrice.
Gergely_Madaras_copyright-Balazs Borocz (3) WEBA propos de la Totenfeier (cĂ©rĂ©monie funĂšbre), qui constitue la premiĂšre version de ce qui allait devenir le mouvement initial de la symphonie « RĂ©surrection », de Gustav Mahler, on prĂȘte Ă  Debussy, totalement impermĂ©able au gigantisme et Ă  la puissance, chauvin de surcroĂźt, la dĂ©claration suivante : « le goĂ»t français n’admettra jamais ces gĂ©ants pneumatiques Ă  d’autre honneur que de servir de rĂ©clame Ă  Bibendum ». Les temps ont heureusement changĂ©. Ce soir, l’ODB n’aligne pas 10 cors, 10 trompettes et le reste Ă  l’avenant, comme lors de la crĂ©ation, mais a naturellement portĂ© son effectif pour atteindre 85 musiciens.  DĂšs le premier trait des contrebasses, toute la dynamique est lĂ . A son habitude, Gergely Madaras (photo ci contre) adopte un tempo rapide (l’allegro n’est pas ici « maestoso » mais exaltĂ©). L’Ɠuvre n’en souffre pas trop : le pathos, les effusions, les accents sont bien restituĂ©s. La marche, entĂ©e de puissantes sĂ©quences Ă©clatantes, nous conduit inexorablement vers la fin de la destinĂ©e. Mahler Ă©crit au terme de ce mouvement : « ici, suit une pause d’au moins cinq minutes ». C’est dire quelle part il accordait au silence aprĂšs cette page, mĂȘme intĂ©grĂ©e Ă  une construction monumentale. La respiration, le silence sont peut-ĂȘtre les seuls Ă  rĂ©clamer davantage de soin de cette direction flamboyante, communiquant Ă  l’orchestre une dynamique constante, avec toutes les subtilitĂ©s des changements de tempi et d’intensitĂ©.
La Symphonie fantastique est une partition hors norme, la meilleure illustration de la vision berliozienne de la musique instrumentale expressive. Il est Ă©vident que le chef et l’orchestre sont dans une communion aboutie. « RĂȘveries, passions », chante, respire, avec de belles cordes et un cor, un hautbois solos admirables. Tout juste regrette-t-on que la balance entre les bois et les cordes soit dĂ©favorable aux premiers. Il en ira de mĂȘme dans le « Bal ». Les nuances piano sont toujours trop sonores. L’élĂ©gance est lĂ  jusqu’au tourbillon endiablĂ©, oĂč l’orchestre fait preuve d’une belle virtuositĂ©. La « ScĂšne aux champs », qui demanda au compositeur plus de travail qu’aucune autre partie, paraĂźt ce soir la plus achevĂ©e. Les bois y rayonnent, enfin, dans le bon tempo. C’est clair, construit, avec des phrasĂ©s remarquables. La « Marche au supplice » manque de mystĂšre dans son introduction. La lecture, puissante, dans un tempo relativement rapide, est un peu brute. Les Ă©quilibres, les accents occultent certains Ă©lĂ©ments (les rĂ©ponses des basses et du tuba Ă  la fin de la fanfare, par exemple), les oppositions appelaient davantage de mise en valeur. « Le Songe d’une nuit de sabbat » confirme l’excellence des vents, avec des cordes impĂ©rieuses, omniprĂ©sentes, sonores. Le Dies irae est bien conduit, jusqu’à la fugue menĂ©e Ă  un train d’enfer, une vĂ©ritable course Ă  l’abĂźme. L’orchestre est tumultueux, a perdu le souffle, et le passage quasi chambriste qui lui succĂšde n’en a que plus de valeur. Un beau moment pour le public, chaleureux, mais aussi pour chacun des musiciens : il est rare qu’ils aient l’occasion de jouer dans une formation aussi nombreuse, mais surtout, dernier concert de Gergely Madaras Ă  la tĂȘte de son Orchestre Dijon Bourgogne, qu’il a conduit de l’adolescence Ă  l’ñge adulte. Lui aussi a mĂ»ri. On se souvient de ses dĂ©buts, avec une gestique dĂ©mesurĂ©e, ses tempi rageurs. Si l’énergie bondissante, la jeunesse sont toujours lĂ , comme l’engagement et le rayonnement, la battue, toujours claire, s’est quelque peu assagie. L’attention s’est affinĂ©e, le rĂ©pertoire Ă©largi (34 programmes en six ans avec l’ODB) a fait une place consĂ©quente Ă  la musique française comme aux Ɠuvres contemporaines et au rĂ©pertoire lyrique. Nul doute que la carriĂšre du jeune chef hongrois se poursuive sous les meilleurs auspices, c’est ce qu’on lui souhaite.

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, concert, DIJON, Auditorium, le 1er juin 2019. « Fantastique » (Muntendorf / Mahler / Berlioz) ; ODB / Gergely Madaras.

LIVRES, compte rendu critique. Lettres et musique : l’Alchimie fantastique. La musique dans les rĂ©cits fantastiques du Romantisme français (1830-1850). Textes rassemblĂ©s, annotĂ©s et prĂ©sentĂ©s par StĂ©phane LeliĂšvre. Editions Aedam Musicae

LIVRES, compte rendu critique. Lettres et musique : l’Alchimie fantastique. La musique dans les rĂ©cits fantastiques du Romantisme français (1830-1850). Textes rassemblĂ©s, annotĂ©s et prĂ©sentĂ©s par StĂ©phane LeliĂšvre. Editions Aedam Musicae. Dans le sillon du modĂšle pour tous, l’Allemand E.T.A. Hoffmann (1776-1822), -le romantisme en littĂ©rature n’est-il pas venu d’Outre-Rhin, depuis Goethe?-, voici un premier choix d’auteurs français inspirĂ©s par le fantastique, oĂč la musique tient une place motrice dans la construction narrative. Un fantastique musical naĂźt dans la littĂ©rature française entre 1830 et 1850 : ” Le fantastique appelle l’élĂ©ment musical, tout comme la musique impose la tonalitĂ© fantastique, cette union fĂ©conde permettant l’avĂšnement d’un genre particulier : le rĂ©cit fantastico-musical “, rappelle StĂ©phane LeliĂšvre qui a rassemblĂ©, annotĂ©, et prĂ©sente l’ensemble des textes.

lettres et musique alchimie fantastique stĂ©phane lelievre editions aedam musicae critique presentation classiquenews juillet 2015Outre ses Ă©crits, la figure artistique, promĂ©thĂ©enne d’E.T.A. Hoffmann, “musicien, dessinateur, dĂ©corateur et Ă©crivain, auteur des Fantaisies dans la maniĂšre de Callot, des Contes Nocturnes ou du Chat Murr” fascine tout un courant de la littĂ©rature française (- comme Mary Shelley dans le cas du Charles Rabou, dans son excellent portrait d’artiste : Tobias Guarnerius de 1832). Les auteurs conçoivent la musique, expĂ©rience sociale ou pratique personnelle comme l’immersion dans un monde surrĂ©el oĂč des forces mystĂ©rieuses soumettent les Ăąmes vulnĂ©rables jusqu’Ă  leur mort : fascination, possession, … le diable paraĂźt naturellement dans cet Ă©chiquier trouble oĂč les acteurs manipulateurs avancent masquĂ©s. Les textes relĂšvent de ce fantastique qui mĂȘle rĂ©alitĂ© et rĂȘve, jaillissement d’une psychĂ© mĂ©connue, amour et mort, oĂč Ă  l’Ă©noncĂ© musical (les deux notes) surgissent les gouttes d’un sang contraint d’ĂȘtre versĂ©. La vie coule et se consume Ă  mesure que l’acte musical s’accomplit… et tout idĂ©al artistique en particulier musical ne peut s’expliquer que par l’intervention non divine mais… diabolique. Le fantastique noir rĂšgne ainsi sans partage dans une esthĂ©tique littĂ©raire et poĂ©tique particuliĂšrement fĂ©conde en rebondissements dramatiques (c’est aussi le genre qui inspire les pages les plus saisissantes ici rĂ©unies). La possession des Ăąmes reste  le but suprĂȘme d’un pouvoir tout entier dĂ©diĂ© Ă  la barbarie sourde et silencieusement destructrice. DĂšs lors, Les Contes d’Hoffmann semblent ĂȘtre sur la scĂšne lyrique, l’accomplissement de cette riche tradition (la frĂȘle Antonia invitĂ©e Ă  chanter jusqu’Ă  la mort en un rituel macabre et sublime Ă  la fois,  est prĂ©figurĂ©e ici dans l’admirable conte de FrĂ©dĂ©ric Mab, “Les Cygnes chantent en mourant“, l’un des textes les plus complets et les plus fascinants du courant littĂ©raire). Le lecteur pourra y goĂ»ter certaines nouvelles peu connues de Sand ou de Dumas. Bien sĂ»r les connaisseurs, savent l’apport d’un Nerval, Gautier, surtout de Balzac dont les 3 nouvelles sur la musique – Gambara, Zambellina, Massimila Doni, de 1837/1838, incarnent un triptyque exemplaire, un absolu inĂ©galable.

Jules Janin, ThĂ©ophile de FerriĂšre, FrĂ©dĂ©ric Mab…

Joyaux oubliés de la littérature fantastico-musicale

CLIC_macaron_2014Heureusement ou opportunĂ©ment, le compilateur pour les Ă©ditions Aedam Musicae opĂšre un tout autre choix en rĂ©vĂ©lant des Ă©critures tout aussi inspirĂ©es mais de crĂ©ateurs oubliĂ©s. Ici et lĂ , se dessine en prĂ©figuration Ă  la proposition Ă  venir de Wagner, la place mĂȘme de l’artiste dans la sociĂ©tĂ© : un artiste forcĂ©ment Ă  part, dĂ©calĂ©, dont la mine extĂ©rieure et l’incongruitĂ© physique rappellent la diffĂ©rence suspecte, forcĂ©ment d’origine diabolique comme la maĂźtrise pourtant fascinante de son art : Ă©videmment L’Homme vert de Jules Janin prend une valeur singuliĂšre. Le texte s’inscrit idĂ©alement dans la rĂ©alitĂ© de son temps convoquant pour cĂ©lĂ©brer l’inspiration miraculeuse du facteur d’orgue, et Fux, Hasse, et CPE Bach et mĂȘme Gluck ! La force de cette nouvelle courte qui domine toutes les autres, tient aussi au superbe profil du crĂ©ateur musicien isolĂ©, absent, mystĂ©rieux, solitaire et Ă  la dĂ©finition mĂȘme de l’art que l’Ă©crivain immensĂ©ment douĂ© dĂ©veloppe ici.
Outre leurs qualitĂ©s oniriques vĂ©ritablement captivantes par un imaginaire imprĂ©vu, la plupart des textes prĂ©cisent aussi le portrait de la sociĂ©tĂ© et du goĂ»t d’une Ă©poque qui a passĂ© la RĂ©volution et l’idĂ©al impĂ©rial de NapolĂ©on… de l’ivresse des LumiĂšres au noir tĂ©nĂ©breux fantastique. Pour certains, il s’agit d’Ă©niĂšmes diableries divertissantes, variations sur le thĂšme fantastique et semi terrifiant pour Ă©pater la galerie au dĂ©but de la Monarchie de juillet ; pour d’autres comme Janin, il s’agit de joyaux littĂ©raires Ă  relire d’urgence.

Des auteurs mĂ©connus sont dĂ©voilĂ©s dans la force et la puissance de leurs Ă©vocations tĂ©nues entre fantastique et lyrisme musical Ă  l’OpĂ©ra ou dans les cercles plus intimes des salons de musique, frĂ©quentĂ©s par la bonne sociĂ©tĂ© bourgeoise avide de reconnaissance : y paraissent en filigrane, soutiens de leurs constructions narratives riches en images et perspectives poĂ©tiques : Mozart bien sĂ»r (lui-mĂȘme adulĂ© par Hoffmann), mais aussi “Emmanuel Bach”, le jeune Haydn…, Weber et tant d’autres qui synthĂ©tisent toute une pensĂ©e et un climat intensĂ©ment poĂ©tique, associĂ©s aux peintres Rembrandt, DĂŒrer, … : ainsi sont rĂ©estimĂ©s Samuel-Henry Berthoud, Raymond Brucker, ThĂ©ophile de FerriĂšre, FrĂ©dĂ©ric Mab, Jules Janin dont le superbe rĂ©cit L’Homme vert de 1834, absolument incontournable), de dĂ©couvrir certains textes peu connus d’auteurs cĂ©lĂšbres (Histoire du rĂȘveur et Carl de George Sand), de relire des textes fameux mais dans leur version originelle : Ă  l’Ă©poque de leur publication en revue, avant la parution en volumes (La CafetiĂšre de ThĂ©ophile Gautier, La Femme au collier de velours d’Alexandre Dumas).
Dans L’Alchimie fantastique, les 15 rĂ©cits courts ou nouvelles, sont tous prĂ©cĂ©dĂ©s d’une introduction qui analyse sujets et enjeux esthĂ©tiques, prĂ©cisant leur interaction avec le contexte et la vie de l’auteur. Ainsi 8 textes illustrent “Aux frontiĂšres du fantastique“, et 3, les deux autres nuances thĂ©matisĂ©es : “le Fantastique noir” et “la Damnation des nouveaux Faust“. FlorilĂšge incontournable, de surcroĂźt pour chaque auteur, magnifiquement Ă©ditorialisĂ©, parfois complĂ©tĂ© par un choix iconographique trĂšs juste, comme en couverture Le songe de Tartini de Boilly de 1824 : illustration emblĂ©matique de l’assimilation du violoniste inspirĂ© par le diable… La prĂ©sentation, le choix des rĂ©cits, la qualitĂ© et la pertinence des commentaires d’introduction et d’analyse (dont une remarquable prĂ©face contextualisante) accrĂ©ditent l’intĂ©rĂȘt de la prĂ©sente publication.

A suivre aux Ă©ditions Aedam Musicae, d’autres ouvrages annoncĂ©s d’ici fin 2015 dans la collection XIXĂš-XXĂšme siĂšcles :
- Etudier, enseigner et composer Ă  la Schola Cantorum (1896-1960)
– Castille Blaize (1784-1857) et la vie musicale en France
– En Ă©coutant Chopin
– Paul Dukas : Ă©crits sur la musique
– Ricardo Viñes : Journal 1887-1915
Prochainement critiquĂ©s sous forme d’articles dĂ©veloppĂ©s dans le mag livres, cd, dvd de classiquenews.com

LIVRES, compte rendu critique. Lettres et musique : l’Alchimie fantastique. La musique dans les rĂ©cits fantastiques du Romantisme français (1830-1850). Textes rassemblĂ©s, annotĂ©s et prĂ©sentĂ©s par StĂ©phane LeliĂšvre. Editions Aedam Musicae, Colection ” Musiques-XIX-XXe siĂšcles “. Nombre de pages : 376 pages – Format : 18 x 24 cm (Ă©p. 3 cm) – DĂ©pot lĂ©gal : Juin 2015 – Cotage : AEM-145 – ISBN : 978-2-919046-11-9 – sur le site des Ă©ditions Aedam Musicae : disponibilitĂ© / en stock, envoi immĂ©diat
Prix indicatif : 40 euros.