ENTRETIEN avec Pascal VIGNERON, organiste et directeur artistique du Festival JS BACH de TOUL

TOUL-festival-Bach-annonce-concerts-festival-presentation-BACH-A-TOUL-2019-classiquenewsENTRETIEN avec Pascal VIGNERON, organiste et directeur artistique du Festival JS BACH de TOUL. 10ème édition en 2019. Autour du grand orgue Curt Schwenkedel 1963 s’est développée une large et riche programmation de concerts qui compose aujourd’hui, entre éclectisme et qualité, l’un des festivals européens les plus originaux dédiés à l’œuvre de Jean-Sébastien Bach. Tour d’horizon du Festival JS BACH de TOUL…

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : Voilà 10 ans d’existence pour le Festival BACH de TOUL. Qu’est ce qui rend ce festival BACH légitime à TOUL ? Les mélomanes présents, l’orgue, le patrimoine toulois… ?

vigneron-pascal-organiste-festival-BACH-TOULPASCAL VIGNERON : La lĂ©gitimitĂ© du festival s’est imposĂ©e petit Ă  petit, grâce notamment Ă  la prĂ©sence du Grand Orgue Curt Schwenkedel construit en 1963. C’est un instrument nĂ©o-baroque, dĂ©diĂ© Ă  la musique ancienne, avec une ouverture contemporaine sur le troisième clavier. C’est le plus grand opus de Curt Schwenkedel, et lorsqu’il fut construit, c’Ă©tait un vĂ©ritable pari sur l’avenir. Nous l’avons entièrement remis Ă  jour, grâce au concerts de Maitre Yves Koenig, qui a compris d’emblĂ©e l’intĂ©rĂŞt d’un instrument de cette taille pour l’interprĂ©tation de l’oeuvre d’orgue de Johann Sebastian Bach. Michel Giroud, qui fut apprenti de Curt Schwenkedel apporta un concours inestimable par ses conseils. En 2009, l’inauguration de la cathĂ©drale restaurĂ©e, fut le point de dĂ©part de cette aventure. En compagnie de Marie-Christine Barrault, j’ai eu le plaisir de graver un cd sur les paraphrases de l’Apocalypse. Ensuite vint, l’enregistrement de ma première version des Variations Goldberg. Au fil du temps, les mĂ©lomanes furent de plus en plus nombreux, et l’accessibilitĂ© des programmes a Ă©tĂ© un des chemins de travail pour la rĂ©ussite du festival. Le patrimoine Toulois est extrĂŞmement riche, et il Ă©tait Ă©vident que pour faire venir un public exigeant, il fallait Ă  la fois ouvrir la programmation afin que tous les publics puissent y trouver attrait.

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : Comment avez vous conçu le fonctionnement du Festival (lieux, type de concerts, profil des artistes, offre aux publics, …) ?

PASCAL VIGNERON : ImmĂ©diatement, le fonctionnement a Ă©tĂ© programmĂ© en deux pĂ©riodes : juin, juillet puis septembre. En effet, le bassin du Toulois ne correspond pas Ă  un lieu de villĂ©giature estival comme on peut le trouver dans le sud ou l’ouest de notre pays. Les lieux de concerts Ă  Toul sont principalement la cathĂ©drale, la collĂ©giale, le musĂ©e d’art et d’histoire, la chapelle de l’hĂ´pital, et pour le piano : CitĂ©a. Les artistes sĂ©lectionnĂ©s sont soit de grands noms de l’orgue, du piano, ou d’instruments divers, mais aussi des Ă©lèves sortant des grandes Ă©coles europĂ©ennes tel le Conservatoire national SupĂ©rieur de Musique de Paris, la Musikhochsucle de Stuttgart, L’Ă©cole Normale de Musique de Paris et dorĂ©navant le conservatoire SupĂ©rieur National de Lyon et d’autres grandes Ă©coles qui petit Ă  petit s’associeront au projet. Ainsi l’offre musicale pour le public est riche et complète : grands Ă©lèves des classes d’orgue, de piano, ensembles et choeurs internationaux, grands noms de la musique comme Rhoda Scott ou cette annĂ©e Richard Galliano … Eclectisme et qualitĂ© sont les maĂ®tres mots de notre festival.

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : Sur le plan artistique, qu’est ce qui assure au festival 2019, sa cohérence ?

PASCAL VIGNERON : La cohĂ©rence d’un projet, quel qu’il soit, est dĂ©terminĂ©e par sa logique. Après toutes ces annĂ©es, un retour aux sources Ă©tait impĂ©ratif. C’est pour cela que nous pourrons entendre cette saison, l’intĂ©grale du clavier bien tempĂ©rĂ© en deux concerts avec Dimitri Vassilakis, piano solo de l’Ensemble Intercontemporain et Pieter Jan Belder, claveciniste mondialement reconnu pour son interprĂ©tation de l’Ĺ“uvre de Bach. Nous avions donnĂ© le Clavier bien tempĂ©rĂ© il y a 10 ans , dans les deux premières saisons. Avec les deux mĂŞme artistes,  nous entendrons Ă©galement les Variations Goldberg, que nous avions Ă©galement donnĂ©es au dĂ©but de nos programmations. Ensuite, pour qu’il y ait cohĂ©rence dans la continuitĂ© du festival, nous avons eu le 15 et 16 juin deux motets, et deux cantates avec choeur et orchestre, de grands solos des Passions de Bach. Je dois dire que le Choeur Musica Vera dirigĂ© pas Nicolas Jean-Baptiste a Ă©tĂ© tout Ă  fait remarquable. Les solistes lyriques (Matthieu Heim, Christophe Einhorn, Johanne Cassar, Christophe Gautier) ont Ă©tĂ© extrĂŞmement brillants. Tous ces choix donnent une personnalitĂ© au Festival, et d’annĂ©e en annĂ©e, j’essaye de tenir cette cohĂ©rence. Eclectisme et ouverture sont les guides de cette cohĂ©rence.

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : Vous êtes organiste. Quelle vision défendez vous de JS BACH ? Comment avez vous choisi les oeuvres ainsi présentées, selon quels critères ? Si l’on parle des oeuvres que vous jouez, il y a entre autres les Goldberg. Pouvez vous nous livrer quelques clés de compréhension pour mieux les savourer ?

PASCAL VIGNERON : Tout d’abord, j’ai menĂ© une carrière de soliste en tant que trompettiste. Après les annĂ©es Maurice AndrĂ©, nous sommes passĂ©s dans un autre monde oĂą la recherche musicologique est devenue plus importante que la musique dite ” instinctive “. Mais que serait la musique si l’instinct n’existait plus ? De grands chanteurs comme Mario Del Monaco Ă©taient avant tout des musiciens d’Instinct. Etaient-ils de mauvais musiciens ? Non, bien au contraire ! Mais si la musicologie a fait faire d’incontestables progrès, elle ne peut survivre qu’en Ă©tant elle-mĂŞme Ă  l’Ă©coute de la musique de son temps et de ses Ă©volutions. Je favorise une vision globale et Ă©quilibrĂ©e de l’interprĂ©tation de l’Ĺ“uvre de Johann Sebastian Bach. Le dogmatisme et l’intolĂ©rance ne peuvent ĂŞtre mes choix. Je suis tout autant admiratif des enregistrements de Karl Richter que ceux d’Herrewegue ou d’Harnoncourt. En musique, comme le disait Pierre Boulez, il n’y a pas de progrès, il n’y a que des diffĂ©rences. C’est pourquoi, si je ne prĂ©conise pas l’interprĂ©tation sur instruments d’Ă©poque (il faudrait dĂ©jĂ  savoir de quelle Ă©poque) ou anciens (et savoir jusqu’oĂą l’historicitĂ© est objective et musicale), je suis favorable Ă  ce que la musique soit d’abord de la musique avant d’ĂŞtre une auto-satisfaction intellectuelle et puritaine. Keit Jarrett, Jacques Loussier, Glenn Gould, sont les tĂ©moins historiques de l’Ă©volution humaine dans la musique, et non le contraire. Dans la vision des Goldberg, que je viens de graver, tous ces points sont mis en balance, pour trouver Ă©quilibre, beautĂ©, rigueur, et Ă  la fin,… logique. Bach nous parle Ă  travers un système complexe de gĂ©omĂ©trie et de musique. Il est Ă©vident que sa pensĂ©e ne peut ĂŞtre dĂ©cryptĂ©e que lorsque que l’on examine tous ces faits. La beautĂ© des timbres, la rigueur de la pulsation sont les fondements d’un Ă©quilibre musical approfondi.

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : Pour le futur, que rêveriez-vous de réaliser au sein du Festival BACH de TOUL ?

PASCAL VIGNERON : Ayant dĂ©jĂ  dirigĂ© la Messe en si Ă  plusieurs reprises, de nombreuses cantates, après avoir invitĂ© les grands noms de l’orgue, du piano, avoir mis en place une politique de concerts scolaires Ă  destination des jeunes enfants, et enfin ayant conduit la restauration du Grand-Orgue de la CathĂ©drale Saint-Etienne de Toul, il est Ă©vident que le Festival BACH de Toul est au milieu du guĂ©. Les passions, les oratorios, les cantates, et d’autres grands projets en compagnie des compositeurs qui ont tant citĂ© comme exemple Bach, font partie de mes dĂ©sirs. Une ouverture vers des mondes moins connus Ă  destination du grand public, est Ă©galement une de mes prioritĂ©s. Une intĂ©grale Messiaen, que le Grand Orgue de la CathĂ©drale sert si bien, pourrait voir le jour. Grâce Ă  une municipalitĂ© et un premier magistrat absolument persuadĂ© du bien fondĂ© d’une telle entreprise, nous avons gravi en dix ans des Ă©chelons dĂ©jĂ  Ă©normes. Il nous reste donc Ă  persuader dans le Grand-Est (y compris dans les pays voisins oĂą je pense Ă©laborer des partenariats ) des Ă©lus, des personnalitĂ©s, des artistes, et Ă©videmment le public dĂ©jĂ  très nombreux afin de rendre ce moment de partage encore plus vaste et plus intense.
Pour partager l’immense Ĺ“uvre de Johann Sebastian Bach, afin que tous puissent l’entendre, quelque soit sa condition, son parcours, sa source, ses racines, je ne pourrai terminer qu’avec la citation de Ciceron qui s’applique si bien au message philosophique du Cantor :  « La philosophie n’est rien d’autre que l’amour de la sagesse ».

Propos recueillis en juin 2019

 

 

 

LIRE aussi notre présentation, temps forts de la 10è édition du FESTIVAL BACH DE TOUL 2019, jusqu’au 12 octobre 2019

 

 

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