TOUT ANKH AMON : la dernière enquête

toutankhamon-le-tresor-redecouvert-dvd-video-documentaire-arte-critique-annonce-exposition-par-classiquenewsARTE, Sam 27 avril 2019, 20:50 : TOUTANKHAMON, documentaire inédit. Toute la vérité sur les conditions de la découverte en novembre 1922 de la tombe quasi intacte du jeune souverain égyptien du Nouvel Empire (XVIIIè dynastie) : Toutankhamon. Personne jusqu’alors n’avait supposé l’emplacement de sa sépulture dans un site que l’on croyait avoir sondé : la Vallée des Rois.
Inconnu, non documenté jusqu’à sa découverte, le roi de l’Ancien Egypte ressuscite ainsi grâce aux objets en or de sa sépulture, retrouvé presque par hasard par l’égyptologue Howard Carter (financé par Lord Carnavon).  On sait depuis quelques décennies, grâce aux dernières trouvailles, que Toutankhamon était loin d’être aussi beau et bien portant que son masque funéraire et ses représentations multiples (sculptures, bas reliefs…) le laissent accroire. Il est mort à 19 ans, probablement assassiné, et déjà boiteux, d’une contexture plutôt fragile. Effet de la consanguinité des souverains d’Egypte, Toutankhamon avait épousé sa propre sœur, laquelle était déjà l’épouse de leur père, l’hérésiarque Akhenaton (le fou d’Aton)… Son fils devenu Toutankhamon fut l’alibi des prêtres d’Amon qui prirent soin de restaurer le culte du dieu caché, Amon. Remarquable enquête archéologique et historique qui lève le voile sur l’un des souverains d’Egypte aussi méconnu que fascinant…

DVD événement. TOUTANKHAMON, le trésor redécouvert (Arte éditions 2017)

51k5pYei9iL._SX339_BO1,204,203,200_DVD événement. TOUTANKHAMON, le trésor redécouvert (Arte éditions 2017). En complément de la grande exposition parisienne dédié au jeune souverain égyptien du Nouvelle Empire (XVIIIè dynastie) – La Villette : 23 mars – 15 septembre 2019-, les éditions ARTE publient un dvd qui fait date : TOUTANKHAMON le trésor retrouvé (2017, réalisé par Frédéric Willner). L’ensemble du mobilier découvert en 1922 par l’archéologue Howard Carter, dont le sublime masque en or, soulignant la mestrià des orfèvres de l’Egypte Ancienne, est ici analysé selon l’apport des dernières découvertes scientifiques. Les objets étaient-ils bien à l’origine destinés au mobilier funéraire de la tombe du Pharaon ? Carter n’a t il pas au moment de la découverte dérobé certaines pièces majeures afin de les réserver pour lui puis les vendre à des collectionneurs passionnés ?

toutankhamon-le-tresor-redecouvert-dvd-video-documentaire-arte-critique-annonce-exposition-par-classiquenewsC’est un tout autre visage que revêt ainsi le tombeau du monarque égyptien le plus célèbre de l’histoire ancienne. Près de 100 ans après la découverte dans la Vallée des Rois, il était temps de réviser nos croyances : il semble que la plupart des pièces de la sépulture étaient d’abord destinées au tombeau de sa sœur Meritaton… Mené comme une enquête, le documentaire de 1h32mn ne laisse rien au hasard et rétablit enfin la vérité sur la genèse de la seule tombe d’un pharaon, retrouvée intacte, avec tout le matériel enseveli suite à son décès. Magistral immersion. Un must pour les amateurs d’éternité. Et une excellente façon de préparer la visite de l’exposition à La Villette à partir du 23 mars où sont exposés 150 objets provenant du tombeau royal de Toutankhamon.

 
 

 

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Plus d’infos sur le site des éditions ARTE
https://boutique.arte.tv/detail/toutankhamon_le_tresor_redecouvert#
 
 

Réservez votre place pour l’exposition TOUTANKHAMON, le trésor du Pharaon – Grande Halle de la Villette
https://www.ticketmaster.fr/fr/manifestation/toutankhamon-le-tresor-du-pharaon-billet/idmanif/450008/idtier/22425636/codtypadh/FCM/numadh/01/codeconf/FTMS01?_ga=2.126697163.791193157.1551277289-1205416613.1551277289

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Richard Strauss : Hélène égyptienne (1928-1933)

Poussin_la-sacre-d-apollon_strauss-helene-egypteLa quête d’Hélène égyptienne … Dernier opéra conçu par Hofmannsthal et Strauss, Hélène égyptienne créé en 1928 confirme l’Antiquité comme une source régulière et inépuisable : après Elektra, Arianne, voici donc Hélène mais dans un épisode moins connu, celui indirectement légué par Euripide. Homère retrouve Hélène et Ménélas, heureux comme réconciliés, malgré la séquence d’Hélène enlevé par Paris jusqu’à Troie… Or selon Euripide, soucieux d’expliquer les retrouvailles des époux, imagine qu’en réalité, Pâris aurait enlevé le fantôme d’Hélène ; la vraie Hélène se serait enfuie en Egypte à la cour du Protée où l’époux dubitatif et d’abord trompé, la retrouve ; elle lui aurait toujours été loyale.
Hélène égyptienne raconte l’histoire d’une femme en quête de son époux, cherchant à rétablir la confiance dans leur couple en dépit d’une réputation tronquée mais néfaste… en dépit de l’infidélité dont elle s’est rendue coupable. Contre la fatalité et le poison du soupçon, Hélène veut croire au serment du mariage : être fidèle à son époux, c’est enfin accomplir son destin. Il n’est jamais trop tard. Voici encore une fois, la figure d’une femme admirable qui souffrante désire être sauvée.

 

 

Vaincre le soupçon, honorer la vérité

 

Pour Hofmannshtal l’idée des retrouvailles est excellente mais il n’accepte pas le truchement (artificiel) du fantôme. Quand commence l’opéra, les deux époux voguent sur un bateau, Ménélas est prêt à tuer sa femme : l’enchanteresse Aïthra par solidarité, suscite une tempête, et fait échouer les héros sur son île ; grâce à ses philtres, elle fait croire à Ménélas que Hélène pendant la guerre de Troie, est toujours demeurée avec elle hors des conflits, sur son île…
Ainsi se réalise l’action de l’acte I. Mais pour Hélène qui regrette sa déloyauté, il s’agit de reconquérir Ménélas sur un pacte de vérité ; cette exigence morale structure tout le second acte. Tout charme est annulé et Hélène veut affronter les reproches de son époux… qui furieux menace de la tuer, puis renonce et lui pardonne. La vérité a payé et Hélène est rachetée.

Fidèle à ses valeurs, le librettiste nourrit l’action de ce qui n’aurait pu être qu’une comédie légère : plus opérette que grand opéra, Hélène d’Egypte (ou Hélène égyptienne) est d’abord une conversation en musique à la façon de ce que sera Capriccio ; le drame, le verbe, la psychologie avant toute évocation grandiose. Mais Strauss ne sacrifie pas pour autant les accents furieusement et sensuellement orientaliste de la partition qui inscrit dans la comédie lyrique les parfums d’une Égypte bien présente. L’Antiquité sous le filtre des deux concepteurs est un huit clos domestique, souvent proche d’un vaudeville. Mais la finesse de l’orchestration, l’architecture des scènes et la progression des épisodes comme l’évolution des caractères, Ménélas transfiguré, Hélène métamorphosée entre espérance et culpabilité, portée par la complicité d’Aïthra … composent in fine une oeuvre maîtresse dans la carrière lyrique de Strauss… hélas constamment absente des scènes d’opéras en raison de la difficulté du rôle titre (n’est pas Gwyneth Jones qui veut… l’auditeur se reportera ainsi avec bénéfice sur le seul enregistrement disponible et valable chez Decca).

Aidé de Klemens Krauss, Strauss opère une nouvelle version pour l’acte II en 1933 : plus directe moins circulaire et répétitive, l’action psychologique se resserre sur la relation complexe des deux époux vers leur réconciliation salvatrice; au final, Ménélas efface toute aspiration vengeresse et stérile, accepte d’être sauvé de sa folie meurtrière… Hélène réussit dans son Å“uvre d’expiation. De beauté fatale et égocentrique, souhaitant le pardon de son mari, la jeune femme tend vers l’humanité, l’amour, l’humilité. C’est de ce point de vue l’une des métamorphoses féminines la plus aboutie dans le théâtre de Strauss et Hofmannsthal. Ici le salut de chaque époux ne peut être réalisé sans l’accord des deux dans le processus parallèle de leur salut progressif. Pour qu’Hélène soit sauvée, il faut que Ménélas accepte de l’être aussi. Une thérapie à deux en quelque sorte. C’est à nouveau l’application du principe allomatique déjà abordé dans La Femme sans ombre, où là aussi, le salut des quatre protagonistes ne peut se produire que si tous sont sauvés, car leur destin est indissociable.

Strauss : Hélène d’Egypte (1928)

STRAUSS_R_moustache_juene_golden_age_composer_straussDossier opéra. Richard Strauss : Hélène d’Egypte (1928). Genèse, enjeux, synopsis. Hélène d’Egypte ou Hélène Egyptienne … Avec Elektra, Daphné, L’Amour de Danée,  Hélène égypienne raconte un épisode (inédit voire imaginaire) de l’histoire antique. Strauss n’a cessé d’illustrer la force et la violence des mythes inspirés par l’Antiquité et la mythologie grecque. Mais dans deux directions apparemment antinomiques qui ne manquent pas d’enrichir la tension de chaque ouvrage : d’une part, la flamboyance d’une orchestre suractif, philharmonie permanente exprimant, commentant, infirmant parfois le chant des protagonistes sur la scène ;  d’autre part, l’intimisme ardent d’une écriture ciselée qui, mettant en avant le verbe (au point d’être taxé souvent de bavardage), sert surtout les dialogues entre les héros. Entre comédie verbale où règne le chambrisme du chant, et de superbes évocations orchestrales qui convoquent la profondeur de sentiments sertis ou qui rendent tangibles souffle et spectaculaire de l’épopée héroïque et légendaire, chaque chef doit trouver le juste équilibre comme la bonne dynamique pour préserver,  la solennité des tableaux, l’intelligibilité du texte et la continuité de l’action théâtrale.

 

 

Hélène d’Egypte,
opéra psychologique

 

Hofmannsthal_portraitEn outre, au moment de la conception théâtrale, Strauss et son librettiste entendent éclairer la cohérence psychologique de chaque personnage et aussi servir un thème que le compositeur aime illustrer sous l’influence du poète Hugo von Hofmannsthal avec lequel il a constitué un duo miraculeux : la métamorphose qui révèle le héros ou l’héroïne à leur véritable identité, dyonisienne ou apollinienne, introspective et solitaire ou compatissante, altruiste et fraternelle. Exclusion ou intégration, chaque protagoniste fait l’expérience d’une ” catastrophe ” qu’il partage avec le spectateur tout au long du drame jusqu’à l’accomplissement de la scène finale qui en est la résolution ultime. Le cas le plus flagrant ici en est la dernière scène de Daphné où la nymphe fusionne avec la nature en se métamorphosant en arbre laurier, car depuis le début pourtant sollicitée par le désir du berger Leucippe et d’Apollon dans un premier temps, Daphné n’aspire qu’à réaliser sa nature contemplative et apollinienne, écartant définitivement toute sensualité charnelle. En fin d’action, elle réalise parfaitement son essence solitaire et abstraite. Elle se pétrifie (au sens premier du terme) : quittant son enveloppe humaine et organique pour un état non émotionnel.

 

révélation de sa nature profonde

Il s’agit dans tous les cas d’effacer l’oeuvre des artifices et des intrigues pour affronter en un rituel irréversible et décisif voire salvateur, la vérité pour chacun. Cette révélation ne peut se réaliser sans le concours de l’autre : rencontre, confrontation, compréhension profonde …  Tel serait le sens profond de l’opéra Hélène d’Egypte, une  clé de compréhension qui explique la structure et la dramaturgie de l’opéra conçu par Hofmannsthal et Strauss. L’ouvrage sera ensuite révisé par le chef Clemens Kraus avec l’aval du compositeur en 1933.  Il s’agit de la dernière oeuvre recueillant les fruits d’une prodigieuse collaboration, celle de Strauss et de son librettiste, le poète Hofmannsthal qui devait mourir en 1929.

 

le salut d’Hélène passe par la conscience de Ménélas

Poussin_muse_apollon_sireneHofmansthal choisit de faire d’Hélène une anti Isolde, femme séductrice (douée de toutes les séductions orientales) tournée non vers la nuit extatique, en une ivresse nocturne qui dissout toute conscience (Isolde au II)èe acte de Tristan und Isolde de Wagner), mais vers la lumière pour affronter le regard de l’époux qu’elle a trompé (avec Paris) : Ménélas voit ainsi sa femme revenir à lui : saura-t-il lui pardonner ? La volonté d’assumer sa faute fait d’Hélène une figure admirable de loyauté recouvrée ; elle permet surtout à Ménélas d’évoluer au delà de ses propres limites. Le couple se trouve sublimé et transfiguré par cette expérience désormais vécue à 2. Les deux concepteurs inventent l’épisode d’Hélène en Egypte (après l’épisode homérique qui évoque surtout le siège de Troie pour y délivrer la belle retenue captive).
Revenue de son amour pour Pâris jà Troie, Hélène paraît ici comme coupable et fautive, souhaitant s’amender vis à vis de son époux de l’infidélité qui la ronge et la détruit. L’épisode égyptien est pour Hélène, l’histoire de sa rédemption non plus comme sirène sensuelle mais comme épouse et femme loyale.

 

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A ses côtés, Ménélas (qui incarne comme l’ordre moral un rien psychorigide : la raison, le mariage, les lois de la famille) éprouve aussi les étapes d’un itinéraire en métamorphoses qui le mène du mari cocufié pétrifié dans son humiliation vers un être nouveau capable de se régénérer et de pardonner à Hélène. Strauss et Hofmannsthal permettent donc deux carrières simultanées et presque parallèles dont l’une permet la rédemption de l’autre, et vice versa. Ménélas tente de se défaire de la collectivité masculine (conforme, absente au changement) pour atteindre cette individualité absente au départ, qui lui permet ensuite d’exprimer et de vivre enfin le salut du pardon. Hélène, l’Hélène polygame de l’Orient, séductrice collectionneuse d’aventures et de conquêtes souhaite elle aussi un nouveau statut ou une nouvelle conscience, appartenir entièrement à son époux, être reconnue de lui, être pardonné de ses fautes passées.
Il y a bien un parallèle avec La femme sans ombre : contrairement à l’Empereur, Ménélas ici évolue et change spirituellement, passant de la pétrification psychique au pardon, Ménélas peut enfin comprendre son épouse et l’aimant pour ce qu’elle est viscéralement, refonder leur mariage contre le mensonge d’une frivolité sensuelle. De même, les personnages clés de l’Impératrice comme de la Teinturière illustrent ce passage de l’égoïsme narcissique (la première veut une ombre, la seconde veut s’enivrer au bras du jeune homme fantomatique) à l’amour pur réconciliant les époux. C’est aussi l’application du principe de l’allomatie : chaque destin se trouve dépendant les uns des autres. Aucun être ne peut réaliser son salut sans le concours de l’autre. Une belle allégorie de la compassion et de la fraternité.

 

Là encore, la fresque antiquisante sert un drame construit comme l’approfondissement d’une reconnaissance partagée (qui s’achève par l’apologie du couple comme La Femme sans ombre), d’un humanisme individuel aussi (car la réussite des deux dépend de la transformation individuelle de chaque) ; une révélation vécue à deux qui prend souvent la forme d’un théâtre domestique car comme c’est le cas de beaucoup d’opéras de Strauss, contredisant la flamboyance symphonique de la fosse (ou plutôt la complétant et l’enrichissant), l’ouvrage est très bavard, imposant toujours la force et la tension du texte, un verbe souvent symbolique et spirituel, propre à l’idéal fraternel et humaniste de Hugo von Hofmannsthal.  Ici le mythe rejoint le réalisme d’un fait divers.

 

 

Synopsis

Acte I. Les sortilèges d’Aïthra sauve Hélène de Ménélas. Sur son île non loin du littoral égyptien, Aïthra attend le retour de son amant Poséidon. La conque omnisciente lui dévoile alors ce que se trame sur l’océan : sur un navire proche de l’île, Ménélas furieux tente de tuer son épouse traîtresse Hélène. Aïthra suscite une terrible tempête pour sauver la femme ; le couple fait naufrage sur l’île. Aïthra pour tromper Ménélas lui fait boire la coupe de l’oubli : la magicienne l’informe que la guerre de Troie reprend et qu’Hélène l’attend toujours en son palais égyptien. En outre, Hélène régénérée (à qui Aïthra a fait boire un filtre de jouvence !) paraît dans toute sa beauté saisissante : Ménélas pense alors avoir réllement tuer Hélène et Paris ; son épouse fidèle l’attend toujours, alors qu’à Troie, il s’agissait d’une illusion fantomatique.

 

Acte II. Une oasis dans une palmeraie de l’Atlas. Ménélas et Hélène sont accueillis par les vassaux d’Aïthra : Altaïr, prince de l’Atlas et son fils Da-ud ; ces deux derniers éblouis par la beauté d’Hélène lui font aussitôt une cour assidue. Ménélas qui pense cependant avoir tué Hélène et Paris, doute de l’identité de celle qui prétend être Hélène. La jeune beauté décide alors d’affronter son destin : elle fera boire le philtre du souvenir à son époux soupçonneux pour qu’il comprenne ce qu’elle a fait, pour qu’il lui pardonne, comprenant enfin son désarroi et sa volonté refonder leur couple dans la fidélité et le mariage. Le miracle se produit : Ménélas reconnaît sa femme et l’accepte par amour. Ménélas tue Da-ud et Althaïr doit se soumettre après l’intervention de Poséidon prié par Aïthra. Apologie du couple refondé, le tableau final voit leur fille, Hermione, conduire ses parents pacifiés, Ménélas et Hélène jusqu’à Sparte.

 

CD
strauss_helene_egypte_egyptienne_decca_cdLa seule version digne d’intérêt demeure la lecture d’Antal Dorati, à la tête du Detroit Symphony Orchestra (dont il fut directeur musical de 1977 à 1981), enregistrée à Detroit en 1979. Inimaginable aujourd’hui depuis la crise financière, le projet s’avère aussi somptueux que pertinent, à la mesure d’une partition autant vocale que symphonique. La distribution étonne par sa fine caractérisation : Barbara Hendricks (Aïthra féminine et complice d’Hélène, entre amoureuses, le courant passe  et cette Aithra est bien une fidèle protectrice pour la jeune grecque ; en dépit d’un piètre allemand, la soprano offre d’Aithra un portrait tendre et ardent); à ses côtés, l’Hélène de Gwyneth Jones est stupéfiante, d’embrasement lyrique, une muse hollywoodienne qui se montre de plus en plus proche de Ménélas (honnête Matti Kastu aux aigus trop faibles et savonnés). Déjà l’Altair de Willard White accroche l’écoute par sa noblesse débordante : arrogance et nervosité du prince oriental, vite éconduit. Les mille couleurs de l’orchestre offrent une fresque toute en accents, vitalité, rugissements, mais aussi ivresse flamboyante (les deux finals) sont ici passionnants. Une nuance d’humanité cependant manque à cette intégrale très recommandable. 2 cd Decca.

 

Lire aussi notre dossier spécial Hélène d’Egypte

 

DVD. Rossini : Mose in Egitto (Roberto Abbado, 2011). Opus Arte

Rossini: Moisè in Egitto (R. Abbado, Pesaro, 2011)
DVD_opus_arte_mose_in_egitto_Abbado_vickA Pesaro, Graham Vick réactualise décors et mise en scène du Moïse de Rossini, dans le contexte de l’actuel conflit israëlo-palestinien… ce qui n’a pas manqué de susciter une vive polémique en 2011: les juifs ont des mines de terroristes enturbannés et les Egyptiens guère mieux lotis dans leur barbarie de parvenus occidentalisés. De facto, l’action originelle parfois incohérente gagne une nouvelle force dramatique qui accentue la séduction musicale comme le déploiement scénique de l’oeuvre… Mais pas dans ce fatras d’accessoires et de clins d’yeux parasites que le duo Caurier et Leiser avait imposé au Giulio Cesare du dernier festival de Pentecôte de Salzbourg 2012 (également empêtré dans une référence rocambolesque aux conflits proche-oriental).

Rossini de référence

Si le Mosè de Riccardo Zanellato est souvent léger, le Pharaon d’Alex Esposito lui rafle nettement la vedette par l’assurance de son charisme autant vocal que scénique. Même superbe incarnation de Sonia Ganassi dans le rôle d’Elcia, la jeune juive aimée par le fils de Pharaon. L’Aronne de Yijie Shi prouve encore que, quand ils sont servis par d’authentiques tempéraments, les comprimari (seconds rôles) renforcent nettement l’intelligence dramatique des situations comme l’architecture globale de l’action. Un plus évidemment. Voici donc une version de référence de Moisè rossinien, flamboyant et même souvent subtile sous la direction vive, affûtée de l’excellent Roberto Abbado. Ne serait-ce pas alors l’une des meilleures réalisations récente du festival de Pesaro ? Incontournable.

Gioachino Rossini (1792-1868) : Mosè in Egitto, opéra en trois actes, créé en 1818. Mosè, Riccardo Zanellato (basse); Elcia, jeune juive aimée d’Osiride, Sonia Ganassi (soprano); Pharaon, Alex Esposito (baryton-basse); Osiride, le fils de Pharaon, Dmitry Korchak (ténor); Amaltea, Olga Senderskaya (soprano); Aronne, Yijie Shi (ténor); Amnenofi, Chiara Amarù (mezzo-soprano); Mambre, Enea Scala (ténor). Orchestre et choeur du Théâtre Communal de Bologne, Roberto Abbado, direction. Graham Vick, mise en scène. Enregistré à l’Arena Adriatica, Pesaro, Italie, 11-20 Août 2011. Durée: 2h30. 1 dvd Opus Arte.