CRITIQUE, opéra. NICE, le 27 mars 2022. LULLY : Phaéton. Cachet, Lombard, Goicoechea, Caton, Richard
 Corréas / Oberdorff.

CRITIQUE, opĂ©ra. NICE, le 27 mars 2022. LULLY : PhaĂ©ton. Cachet, Lombard, Goicoechea, Caton, Richard
 CorrĂ©as / Oberdorff. Saluons l’OpĂ©ra de Nice de produire cet opĂ©ra de Lully, indĂ©niablement un chef d’Ɠuvre : la force des tableaux, des contrastes entre eux, l’Ă©quilibre entre rĂ©cits, duos, ensembles,… sans omettre l’architecture globale et le dĂ©roulement mĂȘme du drame : pas un temps mort.
On ne cesse Ă  chaque Ă©coute de Lully de dĂ©couvrir et d’apprĂ©cier tel et tel aspect, telle nuance de son Ă©criture, son raffinement instrumental, son intelligence dramatique, et dans le choix du sujet, des thĂšmes moraux et philosophiques qui transportent ; son travail sur la langue, son expressivitĂ© musicale comme sa justesse poĂ©tique qui captivent Ă  chaque session. Comme Wagner, en effet, Lully a pensĂ© l’opĂ©ra comme un spectacle total. En une dizaine de drames, il aura inventĂ© l’opĂ©ra Ă  la française. PhaĂ©ton appartient Ă  ses derniers.

 

 

 

A Nice, un Phaéton poétique,
visuellement puissant et noir

 

 

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« L’opĂ©ra du peuple » ainsi qu’on l’a nommĂ© Ă  sa rĂ©ception Ă  Versailles en 1683 (comme on dit d’Atys que c’est « l’opĂ©ra du roi ») met l’accent de fait sur la figure hĂ©roĂŻque de PhaĂ©ton, figure suprĂȘme de l’ambition comme du courage humain… Mais le propre de Lully est d’humaniser son hĂ©ros, de creuser ses failles et sa part d’ombre… d’en faire un amant “sans foi”, un traĂźtre par vanitĂ© et par orgueil, vis Ă  vis de l’ardente et si loyale ThĂ©one (vĂ©ritable protagoniste de ce drame tragique), sorte d’Elvira avant l’heure, qui l’aime passionnĂ©ment autant que lui ambitionne ; tout en la trouvant admirable, il n’hĂ©site pas Ă  sacrifier leur amour pour sa gloire : ainsi Ă©pouser Libye pour devenir roi ; se faire reconnaĂźtre d’Apollon comme le fils indiscutable de ce dernier… et Ă  ce titre pouvoir conduire le char du soleil – rien de moins.

Pas facile de mettre en scĂšne un ouvrage spectaculaire et tragique, qui surtout articule en un vrai huis-clos psychologique, les passions humaines ; et, tout en suivant PhaĂ©ton, en sa volontĂ© dĂ©raisonnable, prĂ©cipite sa chute…
C’est bien un coup de gĂ©nie d’avoir prĂ©parer ainsi le spectateur vers le tableau final : trop ambitieux, trop tĂ©mĂ©raire… mais pas assez maĂźtre de lui-mĂȘme, PhaĂ©ton est foudroyĂ© par Jupiter ; le soleil, malconduit, allait brĂ»ler la terre. A travers ce hĂ©ros d’argile, Lully et Quinault plonge au cƓur du mystĂšre du pouvoir et de sa filiation divine : Louis XIV ne dĂ©tenait-il pas sa souverainetĂ© de Dieu lui-mĂȘme ? Aucun autre « prĂ©tendant » ne pourrait occuper son rĂŽle. Cela est dit de façon violente, autoritaire et pourtant (grĂące Ă  la magie de la musique), poĂ©tique. La mise en scĂšne d’Éric Oberdorff a la qualitĂ© de l’Ă©pure et de la lisibilitĂ©, tout en n’Ă©cartant pas l’intimisme ni les suggestions multiples d’un Lully autant hĂ©roĂŻque et barbare, qu’attendri et rĂȘveur.

Entre temps combien de sĂ©quences oniriques, souvent pastorales qui expriment le sentiment du compositeur pour la nature ; et aussi la nuit [quand ProtĂ©e s'endort avant de dĂ©voiler Ă  sa mĂšre ClymĂšne, le sort de son fils PhaĂ©ton, fin du I] ; mais Ă©galement la mort [quand Apollon convoque l'esprit du Styx en jurant d’exaucer PhaĂ©ton, au IV]. Car PhaĂ©ton est un opĂ©ra sombre et grave, noir.

La production dĂ©montre plusieurs atouts : elle utilise habilement la tournette sur le plateau permettant, parce qu’elle ne cesse de se mouvoir, s’ouvrant et se refermant : mouvements, actions simultanĂ©es, apparitions, ensembles…, mais aussi il combine astucieusement danseurs (Compagnie Humaine)  et chanteurs dont certains n’hĂ©sitent pas non plus Ă  bouger, et jouer sans entrave.

On reste Ă©bloui par la concision du texte, l’acuitĂ© et la beautĂ© des images comme des sentiments qu’ils expriment. Il faut infiniment de prĂ©cisions, d’agilitĂ© technique pour ciseler et projeter les mots de Quinault dont l’Ă©loquence Ă©gale rĂ©pĂ©tons le, Racine.

ConfrontĂ©s Ă  ce dĂ©fi linguistique et expressif, seuls quelques solistes s’en tirent brillamment, plus naturellement intelligibles que leurs partenaires : Jean-François Lombard en triton puis surtout en Apollon donne une leçon de caractĂ©risation ciselĂ©e ; les voix basses ensuite, Arnaud Richard [ProtĂ©e] et FrĂ©dĂ©rique Caton [le roi] ; puis l’Épaphus de Gilen Goicoechea, cƓur noble, princier, loyal Ă  sa promise Libye. Des chanteuses, seule la ThĂ©one de Deborah Cachet tire son Ă©pingle du jeu : abattage, articulation, caractĂšre… Tout suggĂšre idĂ©alement chez elle, la passion amoureuse qui la dĂ©vore littĂ©ralement et d’ailleurs explique son trĂšs bel air dĂ©sespĂ©rĂ© au dĂ©but du III, au point oĂč sans espoir ni illusion sur son aimĂ©, l’amoureuse Ă©cartĂ©e exhorte les dieux Ă  punir PhaĂ©ton, avant de se dĂ©dire. Magnifique incarnation. Pleine de finesse, et de lumineuses noirceurs, il est le plus travaillĂ© sous la plume de Lully et Quinault et le plus bouleversant.
A l’inverse, dommage que Chantal Santon-J., certes aux beaux sons filĂ©s [dans ses duos avec Épaphus] incarne une Ăąme finalement trop linĂ©aire et plus lisse, malgrĂ© ce lien qui les reliait alors mais qui Ă  cause d’un PhaĂ©ton trop ambitieux, est dĂ©sormais rompu [magnifique duo des deux voix accordĂ©es au IV]. Difficile d’évaluer la prestation de l’amĂ©ricain Mark Van Arsdale dans le rĂŽle-titre : annoncĂ© avec une laryngite, le tĂ©nor se sort honnĂȘtement d’un rĂŽle Ă©crasant et lui aussi finement portraiturĂ©. Mais l’articulation pĂȘche par imprĂ©cision, ce qui peut refroidir quand ici chaque mot revĂȘt une importance capitale.

Dans la fosse, l’orchestre (Les Paladins) peine dĂšs l’ouverture Ă  exprimer sous la majestĂ© lullyste, son allant, ses respirations, sa texture sensuelle et flamboyante. MĂȘme la superbe chaconne qui ferme le II, manque d’accents et de relief comme d’onctuositĂ© : tout sonne serrĂ© et trop dense. La tenue s’amĂ©liore Ă©videmment en cours de reprĂ©sentation sans pour autant faire oublier ce que d’autres en leur temps ont su exprimer de l’orchestre de Lully, dĂ©cidĂ©ment rebelle mais captivant : Rousset et ses Talens Lyriques parfois ; avant lui, Christie ou Reyne, surtout JC Malgoire. Nonobstant ces infimes rĂ©serves la production Ă©gale notre enthousiasme ressenti Ă  cet autre spectacle lullyste prĂ©sentĂ© au dĂ©but de ce mois, au Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve : Atys par Preljocaj et Alarcon (lire ci-aprĂšs), lequel, avec un tout autre projet chorĂ©graphique, ne disposait pas d’un aussi beau plateau vocal.

 

 

 

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CRITIQUE, opĂ©ra. NICE, le 27 mars 2022. LULLY : PhaĂ©ton. Cachet, Lombard, Goicoechea, Caton, Richard
 CorrĂ©as / Oberdorff. Photos : © OpĂ©ra de Nice mars 2022.

 

 

 

 

Autres spectacles / cd LULLY récents critiqués sur CLASSIQUENEWS
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ATYS Ă  GENEVE, par Alarcon / Preljocaj, le 4 mars 2022 :

 

 

 

ATYS-lully-gradn-theatre-geneve-alarcon-preljocaj-critique-opera-classiquenewsCRITIQUE, opĂ©ra. GENÈVE, GTG, le 3 mars 2022. LULLY: Atys. AlarcĂłn / Preljocaj. Voici un Atys trĂšs convaincant dont le mĂ©rite tient Ă  cette fusion rĂ©ussie entre danse et action ; ce dĂ©fi singulier renforce la cohĂ©sion profonde du spectacle conçu par le chorĂ©graphe (et metteur en scĂšne) Angelin Preljocaj lequel a travaillĂ© l’éloquence des corps qui double sans les parasiter le chant des solistes lesquels jouent aussi le pari d’un opĂ©ra dansĂ©, chorĂ©graphiant avec mesure et justesse airs, duos, trios ; mĂȘme le chƓur est sollicitĂ© offrant {entre autres} dans le sublime tableau du sommeil (acte III), cette injonction collective qui vaut invective car alors que la dĂ©esse CybĂšle avoue son amour Ă  Athys endormi, chacun lui rappelle ici qu’il ne faut en rien dĂ©cevoir la divinitĂ© qui a choisi d’abandonner l’Olympe pour aimer un mortel


 

 

 

 

lully-grands-motet-vol-2-miserere-stephane-fuget-les-epopees-cd-critique-classiquenews-review-chateau-versailles-spectacle-CLIC-de-classiquenewsGRANDS MOTETS par StĂ©phane Fuget / Les ÉPOPÉES – cd CVS Volume 2 : Grands MotetsCe Volume 2 des Grands Motets complĂšte la rĂ©ussite du premier volume ; il confirme l’excellence du chef StĂ©phane Fuget Ă  l’endroit de Lully dont il rĂ©vĂšle comme aucun avant lui, le sentiment de grandeur et l’humilitĂ© misĂ©rable du croyant ; la sincĂ©ritĂ© de l’écriture lullyste, sa langue chorale et solistique, surtout son gĂ©nie des Ă©tagements, un sens de la spacialitĂ© entre voix et orchestre (qui prolonge les essais polychoraux des VĂ©nitiens un siĂšcle avant Lully). Le Florentin recueille aussi les derniĂšres innovations des français FormĂ© et Veillot. D’ailleurs le seul fait de dĂ©voiler la maĂźtrise de Lully dans le registre sacrĂ© est dĂ©jĂ  acte audacieux tant nous pensions tout connaĂźtre du Florentin, Ă  la seule lumiĂšre de sa production lyrique (dĂ©jĂ  remarquable). Et pourtant le Surintendant de la musique n’occupa aucune charge officielle Ă  la Chapelle royale. Paru en mars 2022.

 

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Autres spectacles / productions de l’OpĂ©ra de Nice,  critiquĂ©s sur CLASSIQUENEWS
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glass-akhnaten-philip-GLASS-opera-on-line-opera-de-nice-classiquenews-annonce-critique-operaCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. OpĂ©ra de Nice, e-diffusion du 20 nov 2020. GLASS : Akhnaten. Di Falco, Ciofi
 Lucinda Childs / Warynski (session enregistrĂ©e in situ le 1er nov 2020). L’OpĂ©ra de Nice multiplie les initiatives et malgrĂ© l’épidĂ©mie de la covid 19, permet Ă  tous de dĂ©couvrir le premier opĂ©ra Ă  l’affiche de sa nouvelle saison lyrique. Une e-diffusion salutaire et exemplaire
 Danses hypnotiques de Lucinda Childs, gradation harmonique par paliers, vagues extatiques et rĂ©pĂ©titives de Philip Glass, Akhnaten (1984) est un opĂ©ra saisissant, surtout dans cette rĂ©alisation validĂ©e, pilotĂ©e (mise en scĂšne et chorĂ©graphie) par Lucinda Childs, par visio confĂ©rences depuis New York. Les cordes produisant de puissants ostinatos semblent recomposer le temps lui-mĂȘme, soulignant la force d’un drame Ă  l’échelle de l’histoire. Les crĂ©ations vidĂ©o expriment ce vortex spatial et temporel dont la musique marque les paliers progressifs. Peu d’actions en vĂ©ritĂ©, mais une succession de tableaux souvent statiques qui amplifient la tension ou l’intensitĂ© poĂ©tique des situations.

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LIRE aussi notre ANNONCE d’Akhnaten de Philipp Glass Ă  l’OpĂ©ra de Nice, Live streaming du 20 nov 2020 : https://www.classiquenews.com/opera-de-nice-akhnaten-de-philip-glass-en-streaming-des-le-20-nov-2020/

 

 

FESTIVAL BAROQUE DE PONTOISE : ANAMORFOSI

festival baroque de pontoise 2021 2022 concerts critiques annonces classiquenews MENSONGESPONTOISE, Festival Baroque 2021. Sam 23 oct 2021, 20h30. ANAMORFOSI. Le PoĂšme Harmonique. SacrĂ©, profane ; amour sacrĂ©, amour profane, ferveur et dĂ©sir sensuel
 s’égalent Ă  l’ñge baroque oĂč les compositeurs n’hĂ©sitent pas Ă  utiliser la mĂȘme musique pour des textes diffĂ©rents, sacrĂ©s et profanes. Ecoutez le Pianto della Madonna oĂč Monteverdi reprend note Ă  note son bouleversant Lamento d’Arianna ne changeant que le texte, passant sans rĂ©serve aucune du sacrĂ© au lyrique profane ; ou encore Ă  SĂŹ dolce ù’l martire qui garde la tendresse chaloupĂ©e d’une page amoureuse, SĂŹ dolce Ăš l’tormento. L’incarnation est ainsi : l’humain est au monde par une langue et des accents sensuels, quelque soit le contexte, sacrĂ© ou profane.

CLIC D'OR macaron 200Le programme prĂ©sentĂ© Ă  Pontoise, reprend le sommaire d’un cd thĂ©matique qui fut en son temps (enregistrĂ© en 2018, Ă©ditĂ© en sept 2019) couronnĂ© par un CLIC de CLASSIQUENEWS : «   Au carrefour du profane et du sacrĂ©, se dĂ©veloppe une mĂȘme musique, constante et touchante par ses aspĂ©ritĂ©s passionnelles. En hymnes sacrĂ©s ou en vers madrigalesques, l’écriture musicale ne varie pas, mais elle modifie son sens selon les paroles associĂ©es : il n’y a donc pas de « mĂ©tamorphoses » comme nous l’explique le PoĂšme Harmonique qui du reste nous parle aussi d’anamorphoses (le titre du cd : intitulĂ© plus adaptĂ© Ă  ce dont il est question : une mĂȘme chose dont l’aspect varie selon le point de vue) ; tout du moins, il s’agit ici d’un changement de paroles, donc superficiel ; un changement d’enveloppe (linguistique) ; les vertiges de la musique eux sont toujours invariables, constants.
« Vers 1630 en Italie, un voyageur franchit le seuil d’une Ă©glise. Double vertige ! Tandis que l’Ɠil se perd dans la profusion baroque, l’oreille croit rĂȘver. Quels sont ces bruits de bataille, ces plaintes amoureuses, ces disputes thĂ©Ăątrales qui ont remplacĂ© les cantiques ? »…

Ainsi est rĂ©sumĂ© le prĂ©texte de ce nouveau programme que l’ensemble de Vincent Dumestre a dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ© en concert. A quelques pertes de tension prĂšs et de faiblesses (bien anecdotique) dans le parcours musical, nous tenons lĂ  un cycle de perles baroques captivant, oĂč brillent surtout les jeunes voix actuelles, la soprano DĂ©borah Cachet en tĂȘte, voix aux fulgurances naturelles et sincĂšres, irrĂ©sistible. Dramatiques et introspectives, articulĂ©es et flexibles
. ». Le programme inclut dans sa version étoffĂ©e le Miserere d’Allegri :  joyau polyphonique  transfiguré par un retour aux manuscrits, ainsi qu’une ornementation  exaltĂ©e. Ultime mĂ©tamorphose, par l’improvisation, d’un faux-bourdon devenu chef-d’Ɠuvre et quintessence du baroque.

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Samedi 23 Octobre 2021 | 20h30
Église Notre-Dame, Place Notre-Dame, 95300 Pontoise

INFOS & RÉSERVATIONS
https://www.festivalbaroque-pontoise.fr/fr/samedi-23-octobre-2021-20h30-le-poeme-harmonique-cathedrale-saint-maclou-pontoise

 

 

ANAMORFOSI
ƒuvres de Allegri, Cavalli, Monteverdi, Rossi
Le PoĂšme Harmonique
(direction : Vincent Dumestre) / ‹DĂ©borah Cachet, Marthe Davost, Marie ThĂ©oleyre, sopranos
Anaïs Bertrand, alto
Nicholas Scott, Jan Van Elsacker, ténors
BenoÎt Arnould, Romain Bockler, barytons
Virgile Ancely, basse
Fiona-Émilie Poupard, Mira Glodeanu, violons
Adrien Mabire, cornet
Lucas Peres, lirone
Françoise Enock, violone
Sara Agueda Martin, harpe
Marouan Mankar Bennis, orgue
Vincent Dumestre, théorbe

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POEME-HARMONIQUE-ANAMORFOSI-allegri-monteverdi-marazzolli-mazzochi-cd-review-critique-cd-classiquenews-vincent-dumestreLIRE aussi notre critique complĂšte du CD ANAMORFOSI – CLIC de CLASSIQUENEWS de sept 2019 : 
 « le programme des afflictions sacrĂ©es, se poursuit avec les larmes de Marie au sĂ©pulcre (Monteverdi : « Maria quid ploras »), belle Ă©loquence linguistique oĂč chaque voix pĂšse, articule, nuance l’élan collectif. MĂȘme expressivitĂ© caractĂ©risĂ©e et dans une ampleur suave et flexible dans le dernier Ă©pisode collectif, « Pascha concelebranda », priĂšre Ă  plusieurs qui captive par la diversitĂ© des effets et des nuances expressives du chant, entre drame profane, cantate sacrĂ©e, dramma opĂ©ratique
 tout en louant JĂ©sus et le miracle final de sa RĂ©surrection
. » :
https://www.classiquenews.com/cd-critique-anamorfosi-allegri-marazzoli-monteverdi-le-poeme-harmonique-juin-2018-1-cd-alpha/

 

 

 

 

 

 

 

CD critique. LULLY : Le Ballet royal de la Naissance de Vénus LWV 27 (1665). Les Talens Lyriques. 1 cd Aparté

naissance venus lully benserade deborah cachet cyrille auvity talens lyriques critique cd classiquenewsCD critique. LULLY : Le Ballet royal de la Naissance de VĂ©nus LWV 27 (1665). Les Talens Lyriques. 1 cd ApartĂ©, enregistrĂ© en janvier 2021 Ă  Paris. Dans les annĂ©es 1660, Lully livre au jeune Louis XIV, cette musique langoureuse, extatique, vĂ©nusienne, oĂč chacun sĂ©duit et danse ; oĂč l’équilibre des parties marque un premier Ăąge d’or du divertissement de cour Ă  la Cour du Roi Soleil
 Avant de concevoir l’opĂ©ra français ou tragĂ©die en musique Ă  partir de 1673 (Cadmus et Hermione), Lully expĂ©rimente les possibilitĂ©s du genre dramatique et lyrique pendant 13 annĂ©es d’un apprentissage progressif oĂč il Ă©labore tout d’abord 25 ballets, et comĂ©dies-ballets : la danse y forme un cadre indissociable Ă  l’action et Ă  la musique. Les danseurs sont les patrons mĂȘmes du « Baladin », acteurs qui cĂ©lĂšbrent par ce jeu dansĂ©, leur propre gloire ; ainsi le roi lui-mĂȘme danseur, ne tarde pas Ă  user et abuser du genre chorĂ©graphique et dramatique crĂ©Ă© par Lully, pour assoir son prestige et nourrir sa propagande. Louis XIV comme son pĂšre Louis XIII danse, mais davantage encore comme protecteur des arts, voire « roi artiste » : dans 25 ballets, 70 personnages dont les derniers Neptune puis Apollon dans Les amants magnifiques de 1670.

 

 

 

Vers la tragédie lyrique
De la langueur d’Ariane et de PsychĂ©
au délire carnavalesque

Mille facĂ©ties et grĂące d’un Lully grand amuseur

 

 

 

DĂ©borah CACHET chante Ariane et PsychĂ©Le Ballet est donc un divertissement courtisan et royal, reprĂ©sentation qui fixe la constellation centrĂ©e du Roi en gloire et des ses favoris faisant cercle autour de lui. CrĂ©Ă© dans le prolongement des Plaisirs de l’ile enchantĂ©e organisĂ©es Ă  Versailles en 1664, La naissance de VĂ©nus est donnĂ© en janvier 1665 en hommage Ă  Henriette d’Angleterre belle sƓur de Louis XIV. Le public, courtisans et parisiens se pressent pour y voir danser les Grands : Madame (VĂ©nus entourĂ© de tritons) et son Ă©poux (Philippe d’OrlĂ©ans en Ă©toile du point du jour, 2Ăš entrĂ©e), surtout Louis XIV en Alexandre aux cĂŽtĂ©s de Roxane (Madame)
 Au total 6 entrĂ©es oĂč brillent l’éclat des chƓurs, des chanteurs solistes, des habits et des dĂ©cors (sans omettre la machinerie astucieuse de Vigarini pour 4 changements de dĂ©cors). Le programme met en avant les points forts du cycle en 2 parties, dont surtout le trio des GrĂąces (ouvrant la partie II) ; la plainte dAriane abandonnĂ© sur son rocher, trahie par ThĂ©sĂ©e qu’elle a pourtant sauvé  par amour (fin de la 3Ăš entrĂ©e de la partie II)

L’orchestre suit le dispositif des 24 Violons du Roy, soit 5 parties de cordes (deux dessus, haute-contre, taille et basse), offrant cette palette nuancĂ©e riche et onctueuse, produisant dĂ©sormais ce moelleux emblĂ©matique du « son versaillais ». Une plĂ©nitude Ă  laquelle contribue grandement le chƓur de chambre de Namur, qui allie nuance, prĂ©cision, homogĂ©nĂ©itĂ© et intelligibilitĂ© (prĂ©parĂ© par leur chef atitrĂ© l’excellent Thibaut Lenaerts).
La palette des caractĂšres d’une entrĂ©e Ă  l’autre, passe du vif au solennel, alternant avant Rameau et prĂ©figurant son gĂ©nie : menuet, bourrĂ©e, sarabande, gigues, gavottes, sans omettre l’inĂ©vitable chaconne, conclusion attendue, sigilaire
. Mais le Florentin baladin aime aussi Ă  faire rire et mĂȘme se parodier lui-mĂȘme. Il se plaĂźt ici Ă  se jouer des langues, chacune affectĂ©e Ă  un caractĂšre : le français pour la langueur tragique ; l’italien pour la passion burlesque voire outrĂ©e et mĂȘme dĂ©lirante (l’air d’Armide, furieuse et jalouse, dans le Ballet des amours dĂ©guisĂ©s de 1664 oĂč la passion insatisfaite devient force destructrice, ici incarnĂ©e par Ambroisine BrĂ©, engagĂ©e, trĂ©pignante, inconsolable d’avoir perdu Renaud malgrĂ© l’empire de sa magie
).
Ainsi la clĂ©, Ă©cho Ă  Ariane languissante du Ballet de VĂ©nus, reste ici la plainte (en italien) de PsychĂ© (version tragĂ©die en musique, 1678) qui se dĂ©sespĂšre de devoir s’exiler dans un dĂ©sert de rochers affreux
.
En Ariane puis PsychĂ© de grande classe, la soprano suave et sombre Deborah Cachet ( cf photo ci dessus © Laurus design NV) affirme un tempĂ©rament de premiĂšre valeur ; sachant autant jouer qu’articuler : le français et son intelligibilitĂ© ne sont jamais sacrifiĂ©s sur l’autel de l’expression et de l’intonation. Du grand art. Qui laisse espĂ©rer de prochaines et belles incarnations Ă  l’opĂ©ra. Son partenaire au mĂȘme niveau demeure l’excellent Cyril Auvity (OrphĂ©e mordant, vivant, franc dans la 6Ăš et derniĂšre entrĂ©e de la partie II). Les instruments requis sont souples ; mais trop solennels et tendus, parfois uniformĂ©ment sonores d’une entrĂ©e Ă  l’autre. Ce manque d’imagination comme de caractĂ©risation nuit Ă  la vitalitĂ© de l’ensemble.

 

 

 

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CD critique. LULLY : Le Ballet royal de la Naissance de Vénus LWV 27 (1665). Les Talens Lyriques (Ch. Rousset, direction). 1 cd Aparté, enregistré en janvier 2021 à Paris

Jean-Baptiste Lully (1632-1687)
Ballet Ă  12 entrĂ©es, sur un livret d’Isaac de Benserade
Créé au Palais Royal, à Paris, le 26 janvier 1665

Deborah Cachet, dessus
Bénédicte Tauran, dessus
Ambroisine Bré, bas-dessus
Cyril Auvity, haute-contre
Samuel Namotte, taille
Guillaume Andrieux, basse-taille
Philippe EstĂšphe, basse-taille

Le ChƓur de Chambre de Namur
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, direction