BRUXELLES, le Mitridate de Deloeuil et Clarac

BRUXELLES, Mitridate de Mozart, jusqu’au 19 mai 2016. Pendant ses travaux de rĂ©novation, La Monnaie affiche dans un nouveau site adaptĂ© (tente de 1100 siĂšges) le premier grand opĂ©ra seria du jeune Mozart. Un ouvrage commandĂ© pour Milan, oĂč le compositeur encore au dĂ©but de sa carriĂšre doit satisfaire aux dĂ©siderata des chanteurs vedettes. La sensibilitĂ© de Wolfgang se lit dĂ©jĂ  dans la ligne des cordes, la flexibilitĂ© et l’expressivitĂ© dĂ©jĂ  “Sturm und Drang” de son Ă©criture…

 

mitridate_bruxelles clarac rousset david hansen comptre rendu critique classiquenews 31

Dans une mise en scĂšne actualisĂ©e, aux rĂ©fĂ©rences explicites Ă  la derniĂšre histoire europĂ©enne – entre Grexit et Brexit, sans omettre la politique de la crise migratoire hors union europĂ©enne (vidĂ©os et rĂ©fĂ©rences tĂ©lĂ©visuelles permanentes, avec flashes info et breaking news rĂ©guliers, style chaĂźnes d’infos..),  le seria d’un musicien surdouĂ© de 14 ans, affirme Ă©videmment une trĂšs solide maturitĂ© musicale et dĂ©jĂ  une justesse des situations dramatiques absolument convaincantes. Fortement marquĂ© par Jommelli (dĂ©couverte stupĂ©faite de l’Armida Abbandonata Ă  Naples), Mozart maĂźtrise la langue lyrique malgrĂ© son jeune Ăąge ; l’utilisation de l’harmonie comme Ă©lĂ©ment de coloration psychologique est idĂ©ale et le contour des personnages, confrontĂ©s, affrontĂ©s, sĂ©parĂ©s ou associĂ©s, n’en gagne que plus de profondeur comme de vĂ©ritĂ©. Mozart semble ne pas ĂȘtre soucieux de types humains, mais dĂ©jĂ  d’individualitĂ©s fortes, en souffrance ou dĂ©sirantes, dont la tension et les calculs illustrent dĂ©jĂ  le thĂšme du pardon et un certain appel au renoncement, qui annoncent le dernier seria de 1791, Le Clemenza di Tito…

Et toujours pour les opĂ©ras italiens en gĂ©nĂ©ral, l’articulation et l’accentuation des rĂ©citatifs doivent ĂȘtre scrupuleusement rĂ©alisĂ©s, sous la houlette d’un chef minutieux dans ce sens, Christophe Rousset (qui avait il y a quelques dĂ©cennies, ressuscitĂ© et enregistrĂ© Didone Abbandonata de Jommelli justement).

Le production bruxelloise de ce printemps sollicite la vision du duo de metteurs en scĂšne Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil avec la star (surestimĂ©e, dĂ©concertante / fascinante en ses aigus aigres et pĂ©taradants), la haute contre australienne David Hansen (Farnace)… Chez eux, l’actualisation pousse trĂšs loin le dĂ©tail : mobiles, tablettes… d’une sociĂ©tĂ© hyper connectĂ©e dont les personnalitĂ©s ainsi exposĂ©es donnent confĂ©rences de presse et points d’information… Chez lui, le souci du dĂ©tail peut nuire Ă  la libertĂ© d’un chant qui se cherche encore.

 

Plus naturelle et fine musicienne, se distingue par la finesse introspective de sa conception du rĂŽle assez dĂ©chirant d’Aspasia (III), Lenneke Ruiten qui fouille avec justesse les mĂ©andres d’un parcours amoureux sinueux. MĂȘme soie Ă  la fois sensuelle et articulĂ©e de Myrto Papatanasiu (Siface), dans ses duos avec Aspasia. La dĂ©convenue viendrait soir aprĂšs soir du Farnace de David Hansen, au chant trop droit, serrĂ©, … laid. On veut bien qu’il souligne la noirceur du personnage mais de la Ă  saborder toute ligne de chant. Palmes au Mitridate de Michael Spyres, chant ductile et timbrĂ©, rayonnant, agile, d’une grĂące absolue. C’est dire. A voir sous la tente du site Tour & Taxi Ă  Bruxelles.

Compte rendu, opĂ©ra.Innsbruck, Festival de Musique ancienne (Autriche). Tiroler Landestheater Oper, le 16 aoĂ»t 2015. Superbe recrĂ©ation d’Il Germanico de Nicola Porpora (Rome, 1731). Alexander Schulin, mise en scĂšne. Alessandro de Marchi, direction.

germanico-porpora-innsbruck-2015Innsbruck. Compte rendu, opĂ©ra. Superbe recrĂ©ation d’Il Germanico de Porpora par Alessandro De Marchi Ă  Innsbruck. TrĂšs belle surprise Ă  Innsbruck pour la recrĂ©ation d’Il Germanico de 1732 de Nicola Porpora, compositeur Ă  torts Ă©tiquettĂ© (et expĂ©diĂ© en mĂȘme temps) comme exclusivement “virtuose” c’est Ă  dire dĂ©monstratif voire dĂ©coratif et creux. Rien de tel en vĂ©ritĂ© tout au long du spectacle comprenant trois actes et dans lesquels le chef Alessandro De Marchi avec un zĂšle passionnant, joue toutes les reprises des airs : tremplin excitant pour les chanteurs mais aussi loupe radicale pour ceux qui tenteraient de masquer des dĂ©fauts techniques ou stylistiques.

 

 

Germanico-innsbruck-david-hansen-patricia-bardon-compte-rendu-review-classiquenews-2015La vedette attendue de la soirĂ©e Ă©tait le contre-tĂ©nor David Hansen dont un premier disque (“Rivals”) paru sous Ă©tiquette DHM avait alors convaincu la RĂ©daction de classiquenews (rĂ©cital dĂ©diĂ© Ă  “Farinelli and Co”). Certes, le soliste a du cran de pousser sa voix dans les aigus atteignant des accents puissants et de mieux en mieux couverts, mais dĂšs le dĂ©but, un dĂ©faut majeur gĂąte l’Ă©coute : son Ă©mission serrĂ©e presque engorgĂ©e (le temps de chauffer la voix est long) et surtout, son italien laisse vraiment Ă  dĂ©sirer, comparĂ© Ă  celui dĂ©fendu par les autres chanteurs. L’articulation patine, reste imprĂ©cise et flottante : un charabia Ă©nigmatique pour les plus fines oreilles italophiles. Un conseil, il ne s’agit pas de forcer et de projeter des aigus mĂ©talliques spectaculaires, il faut encore savoir articuler et nuancer… On invite donc le chanteur Ă  suivre une formation sĂ©rieuse d’articulation de l’italien : avec cette maĂźtrise, l’interprĂšte devrait gagner encore en conviction d’autant qu’il est aujourd’hui au sommet de ses possibilitĂ©s vocales. La seule performance montre ses limites tant il faut de la subtilitĂ©.

En ressuscitant Il Germanico, Alessandro de Marchi dévoile la profondeur de Porpora

Seria subtil et humain

 

Car c’est lĂ  la surprise de la soirĂ©e : on attendait un Porpora rien que superfĂ©tatoire et virtuose, on dĂ©couvre un thĂ©Ăątre oĂč les scĂšnes hĂ©roiques et historiques (confrontation du romain Germanico / Germanicus et du germain rebelle Arminio / Arminius) sont finalement prĂ©texte Ă  de superbes dĂ©voilements Ă©motionnels, oĂč les protagonistes ne sont pas ceux que nous espĂ©rions. Certes face Ă  l’Arminio de David Hansen, le Germanico de Patricia Bardon ne manque pas d’allure et campe mĂȘme une figure du pouvoir mobile, trĂšs juste : d’abord dure, inflexible, puis de plus en plus troublĂ©e et atteinte, jusque dans la scĂšne finale, augurant Les LumiĂšres, en pardonnant au vaincu Arminio
 lequel suscite dans l’esprit du vainqueur romain, un pur sentiment d’admiration et de compassion.

 

 

Germanico innsbruck ensemble classiquenews review aout 2015

 

 

Les rĂ©vĂ©lations de la soirĂ©e sont du cĂŽtĂ© des “seconds rĂŽles” : celle des deux soeurs germaines (toute deux filles de Segeste, fidĂšle du clan Romain), Rosmonda et Ersinda, respectivement soprano et mezzo, remarquablement caractĂ©risĂ©es par deux solistes idĂ©alement convaincantes, jeunes tempĂ©raments d’une musicalitĂ© nuancĂ©e, au jeu crĂ©dible : Klara Ek et Emilie Renard ; cette derniĂšre confirme les promesses dĂ©jĂ  exprimĂ©es quand nous l’avions dĂ©couverte comme laurĂ©ate de l’AcadĂ©mie de William Christie, Le Jardin des Voix 2013 ; la mĂȘme annĂ©e, la jeune britannique remportait aussi le Concours de chant Cesti
 d’Innsbruck. GrĂące Ă  Emilie Renard, Ersinda s’impose sur la scĂšne par sa franche et souple sensualitĂ©, et le couple amoureux d’une lascivitĂ© assumĂ©e (voire explicite dans cette mise en scĂšne) qu’elle forme avec le trĂšs correct Cecina (Hagen Matzeit, 2Ăšme contre tĂ©nor de la production, s’impose superbement dans ses “affrontements” et duos suaves, qui sont autant de contrepoints conjugaux, rĂ©flexion sur la fidĂ©litĂ© et le dĂ©sir, Ă  l’action politique. Ces deux lĂ  sont l’antithĂšse du couple Ă©prouvĂ© par l’autoritĂ© de Germanico : Rosmonda et son Ă©poux, Arminio. Ainsi dans le rĂŽle de Rosmonda, Klara Ek incarne Ă  l’inverse, l’effroi de la soeur plutĂŽt gagnĂ©e au clan des germains rebelles, tous les vertiges et les tiraillements de la jeune femme, Ăąme piĂ©gĂ©e, prise entre la rĂ©sistance au Romain, son lien filiale Ă  Segeste (pĂšre dĂ©vouĂ© au parti de Germanico) et surtout son amour pour son Ă©poux, Arminio (figure splendide de la rĂ©sistance). Les rapports entre les personnages sont parfaitement calibrĂ©s, d’autant que chaque protagoniste dĂ©fend son pĂ©rimĂštre expressif avec une autoritĂ© qui ne faiblit jamais.

Saluons Ă©galement l’engagement, la projection, l’aisance, la prĂ©cision linguistique (naturels pour un natif) du tĂ©nor Carlo Vincenzo Allemano qui apporte au personnage mĂ©dian de Segeste, un relief particulier: le rĂŽle assure le lien entre les cercles mĂȘlĂ©s : cour de Germanico dont il est le serviteur, et cercle sentimental des deux soeurs Rosmonda et Ersinda dont il est le pĂšre. HĂ©roĂŻques, ses airs sont redoutables et cĂ©lĂšbrent continĂ»ment la gloire romaine.

 

Collection de séquences enivrantes

 

Parmi les meilleurs moments de la soirĂ©e : citons quelques instants vocalement trĂšs rĂ©ussis, fruits d’une complicitĂ© entre les solistes et d’un esprit d’Ă©quipe qui demeure manifeste et s’affirme mĂȘme de façon croissante jusqu’Ă  la derniĂšre mesure de cette 3Ăšme et derniĂšre reprĂ©sentation Ă  Innsbruck.

 

 

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Au I, c’est d’abord, l’enchaĂźnement des airs d’Ersinda puis de son fiancĂ©, Cecina, le second reprenant la mĂȘme mĂ©lodie comme une surenchĂšre Ă©motionnelle qui rĂ©pond en miroir Ă  son aimĂ©e, avec une Ă©vidente coloration Ă©rotique (scĂšne 6 : enchaĂźnĂ©s, les airs “Al Sole lumi d’Ersinda”, puis “Splende per mille amanti” de Cecina) : ce jeu de dĂ©clarations successives relĂšve d’une exigence dramaturgique et inspire particuliĂšrement Porpora (s’inspirerait-il pour le couple d’amoureux Ersinda/Cecina, des couples emblĂ©matiques de l’opĂ©ra vĂ©nitien : un hommage imprĂ©vu de Porpora Ă  Vivaldi finalement, et plus loin encore Ă  Cesti et Cavalli ?).

L’air de Rosmonda qui conclut l’acte (avec hautbois obligĂ©), outre qu’il souligne le dĂ©chirement intĂ©rieur qui dĂ©vore l’Ă©pouse d’Arminio comme on l’a dit, dĂ©voile aussi un jeu d’acteurs et une conception scĂ©nographique trĂšs justes : Klara Ek est la seule Ă  se dĂ©placer. La soprano va de l’un Ă  l’autre des 5 autres protagonistes, comme si soudainement l’action se dĂ©roulait de son point de vue, rĂ©vĂ©lant l’horreur de sa situation personnelle : son impuissance et sa souffrance. La subtilitĂ© qu’apporte la chanteuse Ă©claire ce personnage central dans l’action, comme Emilie Renard cisĂšle la sensualitĂ© lĂ©gĂšre mais profonde d’Ersinda : les deux portraits de femmes (antagoniques) sont dans cette production idĂ©alement restituĂ©s.

 

 

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L’Acte II est centrĂ© sur le couple politique affrontĂ© : Germanico qui a contrario de son pouvoir omnipotent, s’inflĂ©chit intĂ©rieurement ; et Arminio qui dans sa prison, laisse fuser une plainte sombre qui Ă©gale les grands Haendel, par sa grandeur tragique et son esprit de rĂ©sistance. “Nasce da  valle impura” (ici s’adressant Ă  Arminio) rĂ©vĂšle un Romain dĂ©fait humainement et profondĂ©ment troublĂ© (mĂȘme sentiment dĂ©voilĂ© face Ă  Ersinda dans l’air qui suit : “Per un moment ancora” – scĂšne 3 oĂč dans cette mise en scĂšne, le Romain s’effondre en larmes en fin d’air) ; puis,  ”Parto, ti lascio, o Cara” (s’adressant alors Ă  son Ă©pouse Rosmonda) souligne pour Arminio, une autre facette chez David Hansen, la gravitĂ© lugubre, oĂč perce le masque de la mort : mĂȘme si l’italien s’enlise, le style s’assagit, les couleurs sont plus nuancĂ©es, le souffle surgit. Ses deux grands airs distinguent nettement les deux guerriers affrontĂ©s et accrĂ©ditent le trĂšs grand intĂ©rĂȘt de la partition crĂ©Ă©e Ă  Rome. Il paraĂźt Ă©vident que Haendel Ă  puiser chez le Napolitain, et que plus tard Ă  Vienne, le jeune Haydn profite des enseignements de son maĂźtre Porpora.

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Tout cela rĂ©vĂšle la sĂ©duction d’une esthĂ©tique thĂ©Ăątrale qui Ă©claire diffĂ©remment notre connaissance de Porpora : la combinaison des deux mondes (politique avec Germanico et Arminio, et sentimental avec les deux soeurs, Rosmonda et Ersinda) fonctionne Ă  merveille. Le jeu des contrastes produit la diversitĂ© du spectacle et dans sa continuitĂ©, sa grande diversitĂ© de climats. On comprend mieux ainsi que le compositeur napolitain ait pu dĂ©fier Haendel sur ses terres londoniennes justement dans les annĂ©es 1730.

de-marchi-alessandro-innsbruck-maestro-academia-montis-realisL’artisan d’une telle rĂ©ussite est le chef, Alessandro de Marchi qui est aussi le directeur artistique du Festival : direction souple, affĂ»tĂ©e, trĂšs soucieuse de l’Ă©quilibre voix/chanteurs, le maestro convainc pleinement dans cette rĂ©surrection d’un seria en rien indigeste malgrĂ© sa longueur. Le continuo est idĂ©alement souple et subtil, travaillant surtout une fine caractĂ©risation des sĂ©quences selon les enjeux politiques ou sentimentaux. La vivacitĂ© des enchaĂźnements, la rĂ©partition des airs, le profil dramatique de chacun des caractĂšres, d’autant mieux servi ici par une troupe trĂšs cohĂ©rente, de surcroĂźt dans une mise en scĂšne intelligente et fine (avec changements Ă  vue grĂące Ă  une machinerie tournante) soulignent la justesse du choix musical ; la partition mĂ©rite absolument d’ĂȘtre connue et dans ce dispositif (de prochaines reprises sont vivement souhaitĂ©es). VoilĂ  qui dĂ©montre que la transmission est assurĂ©e et que l’ancien assistant-continuiste de RenĂ© Jacobs, devenu son successeur pour la direction du festival autrichien, retrouve ce goĂ»t si essentiel du dĂ©frichement et de la prise de risques. Jacobs s’Ă©tait engagĂ© pour l’opĂ©ra vĂ©nitien (rĂ©vĂ©lant le premier les perles mĂ©connues de Cesti et Cavalli), De Marchi fait de mĂȘme aujourd’hui, au service d’autres compositeurs, dont Porpora et son Germanico dĂ©sormais mĂ©morable. TrĂšs belle rĂ©vĂ©lation.

de-marchi-alessandro-maestro-alessandro_de_marchi__c_innsbrucker_festwochen_thomas_schrottInnsbruck, Festival de Musique ancienne (Autriche). Tiroler Landestheater Oper, le 16 août 2015. Nicola Porpora : Il Germanico (Rome, 1731). Recréation. Livret de Niccolo Coluzi. Patricia Bardon, Germanico. David Hansen, Arminio. Klara Ek, Rosmonda. Emilie Renard, Ersinda. Hagen Matzeit, Cecina. Carlo Vincenzo Allemano, Segeste. Academia Montis Regalis (Olivia Centurioni, premier violon). Alexander Schulin, mise en scÚne. Alessandro de Marchi, direction.

Illustrations : © R.IarI / Festival d’Innsbruck 2015

 

légendes des 6 photographies :
1- Arminio / Germanico : David Hansen / Patricia Bardon
2- Ensemble, de gauche Ă  droite : Segeste, Rosmonda, Ersinda et Germanico
3- Ersinda : Emilie Renard
4- Germanico et sa suite (Patricia Bardon)
5- finale de l’opĂ©ra
6- finale du II

 

 

 

 

 

 

 

 

Prochains temps forts du Festival d’Innsbruck 2015 :

 

Suite de la prĂ©cence de l’opĂ©ra napolitain du XVIIIĂš mais dans le genre buffa, avec l’intermezzo pĂ©tillant facĂ©tieux, Don Trastullo de Jommelli (1714-1774), les 19 puis 20 aoĂ»t 2015 Ă  20h (Spanischer saal, ChĂąteau d’Ambras)

 

Armide de Lully avec les laurĂ©ats du dernier concours de chant baroque Cesti d’Innsbruck, les 22,24,26 aoĂ»t 2015

 

Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servations sur le site du Festival d’Innsbruck / Innsbrucker Festwochen Der Alten Musik 2015

 

 

LIRE notre prĂ©sentation complĂšte du Festival d’Innsbruck 2015 “Stylus Phantasticus”

 

 

Innsbruck 2015 : David Hansen chante Arminio

Contre-tĂ©nor Ă  suivre : David Hansen chante ArminioInnsbruck. RecrĂ©ation d’Il Germanico de Porpora : les 12,14,16 aoĂ»t 2015. Alors que Beaune 2015 ressucite en premiĂšre mondiale son oratorio clĂ© : Il Trionfo della Giustizia (lire notre prĂ©sentation “Il Trionfo della Giustizia: un oratorio inĂ©dit Ă  Beaune”, le 24 juillet 2015 ), le Festival autrichien d’Innsbruck, propose l’un des temps forts de l’Ă©tĂ© lyrique, en programmant en recrĂ©ation mondiale, Il Germanico de Nicolo Porpora (1868-1768), les 12, 14, 16 aoĂ»t 2015 (au Tirol Landstheater), sous la direction du directeur du Festival, l’heureux successeur de RenĂ© Jacobs Ă  ce poste, Alessandro de Marchi. Porpora reste mĂ©connu, cantonnĂ© Ă  l’ombre de Haendel dont il fut le rival flamboyant Ă  Londres dans les annĂ©es 1730. MaĂźtre de Haydn, Porpora incarne l’Ăąge d’or de l’opĂ©ra napolitain, trouvant un Ă©quilibre subtil entre suprĂȘme virtuositĂ© et Ă©lĂ©gance mĂ©lodique, alliĂ© parfois Ă  un sens dramatique aigu. A Naples, il est le professeur de chant des plus grands chanteurs napolitains, en particulier du castrat Farinelli pour lequel il compose nombre d’ouvrages mettant en avant la facilitĂ© vocale de son Ă©lĂšve favori.

Nicola_Antonio_PorporaLe style de Porpora (chaĂźnon flamboyant de l’art vocal entre Alessandro Scarlatti et Haendel) marque l’art musical du premier tiers du XVIIIĂšme : le Napolitain marque les esprit comme professeur de chant au Conservatoire San Onofrio de Naples de 1715 Ă  1721 ; il devient le maĂźtre du castrat Farinelli (comme des autres chanteurs adulĂ©s Cafarelli, favori de Haendel, ou de Hasse), et plus tard de Haydn, Porpora atteint un rare Ă©quilibre entre virtuositĂ© technique et fine caractĂ©risation des personnages qu’il s’agisse d’opĂ©ras ou d’oratorios. Porpora, gĂ©nie de l’art vocal, voyage beaucoup, atteignant mĂȘme avant Gluck ou Piccinni, un statut europĂ©en : il quitte Naples en 1726 pour Venise (oĂč il dirige l’Ospedale des Incurabili) ; puis rejoint Londres en 1733, pilotant la direction artistique de l’Opera de la Noblesse, maison rivale de celle de Haendel. Puis c’est Ă  nouveau Naples puis Venise en 1742 (crĂ©ation de Statira au Grisostomo) oĂč il dirige alors l’Ospedaletto. De 1747 Ă  1752, Porpora rejoint Dresde oĂč se produit son Ă©lĂšve Hasse. Il devient Kappellmeister de la Cour en 1748 avant de gagner Vienne en 1753 : il emploie alors Haydn comme valet ! Ce dernier deviendra son Ă©lĂšve enfin, recevant sa maĂźtrise exceptionnelle de l’écriture lyrique. Pour sa crĂ©ation Ă  Rome au Capranica, il Germanico in Germania de Porpora est crĂ©Ă© par Cafarelli, castrat vedette Ă  Naples qui chante aussi pour Haendel Ă  Londres. L’oeuvre est emblĂ©matique du gĂ©nie lyrique de Porpora : elle est composĂ©e entre sa rĂ©sidence Ă  Venise (comme directeur musical de l’Ospedale degli Incurabili, nommĂ© dĂšs 1726) et son arrivĂ©e Ă  Londres en 1733 comme directeur du nouveau thĂ©Ăątre rival de celui de la Royal Academy of Music de Haendel, l’Opera of the Nobility. Il Germanico renseigne donc sur l’Ă©criture de Porpora avant qu’il ne compose pour Londres, prĂšs de 5 ouvrages majeurs (dont Arianna in Nasso). LIRE notre prĂ©sentation complĂšte d’Il Germanico de Porpora, crĂ©ation mondiale, prĂ©sentĂ©e au Festival d’Innsbruck 2015

 

 

 

distribution de la recrĂ©ation d’Il Germanico Ă  Innsbruck

PremiÚre mondiale, recréation
Nicola Porpora (1686 – 1768)
Il Germanico
Opera seria en 3 actes
Livret de Niccolo Coluzzi
création à Rome, 1732

direction musicale : Alessandro De Marchi
mise en scĂšne : Alexander Schulin
Academia Montis Regalis

 

 

hansen-david-contre-tenor-582-594-arminius-germanico-porpora-innsbruck-2015Patricia Bardon, mezzo : Germanico
David Hansen, contre ténor : Arminio (portrait ci contre)
Klara Ek, soprano : Rosmonda
Emilie Renard, mezzo : Ersinda
Hagen Matzeit, contre ténor : Cecina
Carlo Vincenzo Allemano, ténor : Segeste

 

TIROLER LANDESTHEATER Oper
Les 12 et 14 aout 2015 (18h), le 16 août 2015 à 15h

 

 

germanicus-expirant-poussin-tableau-classiquenews-critique-description-germanico-porpora-innsbruck-aout-2015-582David Hansen, maillon fort d’Il Germanico prĂ©sentĂ© en crĂ©ation Ă  Innsbruck. Partenaire de la mezzo Patricia Bardon, Germanico attendu Ă  Innsbruck, le contre tĂ©nor australien David Hansen, qui a sucitĂ© rĂ©cemment l’enthousiasme de la RĂ©daction de Classiquenews pour son premier cd Ă©ditĂ© par Sony (DHM), et intitulĂ© “RIvals” en rĂ©fĂ©rence aux joutes vocales de l’Ă©poque des castrats dont Ă©videmment le modĂšle Farinelli, est le jalon fort de la nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Innsbruck. LIRE notre compte rendu critique du cd de David Hansen, “Rivals” (DHM). EN voici un extrait :

David HansenInspirĂ© par les Cafarelli, Farinelli, Bernacchi et Manzuoli, Hansen ose tout, se risque souvent, et relĂšve les dĂ©fis multiples de ce rĂ©cital hors normes. En outre, audacieux dĂ©fricheur, Hansen nous gratifie gĂ©nĂ©reusement de plusieurs inĂ©dits dont quelques airs que le frĂšre de Farinelli, Carlo Broschi, composa pour son parent prodigieux
 (Son qual Nave
 restituĂ© avec les notations du crĂ©ateur de l’air).
Plein de santĂ© juvĂ©nile et osons dire de testostĂ©rone prĂȘte Ă  dĂ©gainer vocalement, le divo au look ravageur a dĂ©cidĂ©ment tout pour rĂ©ussir et affirmer une trĂšs plaisante carriĂšre. Les Cencic ou Scholl connaissent Ă  prĂ©sent leur successeur. Ce gars lĂ  a apparemment une prĂ©sence, bientĂŽt scĂ©nique, Ă  revendre : voilĂ  qui changera des voix Ă©troites au physique maladroit. Pour ses prises de risques, son sens de l’équilibre sur le fil, ce disque est exemplaire et si le talent se confirme ici, voici Ă  n’en pas douter l’un des meilleurs reprĂ©sentants de la jeune gĂ©nĂ©ration de haute contre rĂ©ellement sensationnels.

 

Innsbruck. RecrĂ©ation d’Il Germanico de Porpora

germanicus-expirant-poussin-tableau-classiquenews-critique-description-germanico-porpora-innsbruck-aout-2015-582Innsbruck. RecrĂ©ation d’Il Germanico de Porpora : les 12,14,16 aoĂ»t 2015. Alors que Beaune 2015 ressucite en premiĂšre mondiale son oratorio clĂ© : Il Trionfo della Giustizia (lire notre prĂ©sentation “Il Trionfo della Giustizia: un oratorio inĂ©dit Ă  Beaune”, le 24 juillet 2015 ), le Festival autrichien d’Innsbruck, propose l’un des temps forts de l’Ă©tĂ© lyrique, en programmant en recrĂ©ation mondiale, Il Germanico de Nicolo Porpora (1868-1768), les 12, 14, 16 aoĂ»t 2015 (au Tirol Landstheater), sous la direction du directeur du Festival, l’heureux successeur de RenĂ© Jacobs Ă  ce poste, Alessandro de Marchi. Porpora reste mĂ©connu, cantonnĂ© Ă  l’ombre de Haendel dont il fut le rival flamboyant Ă  Londres dans les annĂ©es 1730. MaĂźtre de Haydn, Porpora incarne l’Ăąge d’or de l’opĂ©ra napolitain, trouvant un Ă©quilibre subtil entre suprĂȘme virtuositĂ© et Ă©lĂ©gance mĂ©lodique, alliĂ© parfois Ă  un sens dramatique aigu. A Naples, il est le professeur de chant des plus grands chanteurs napolitains, en particulier du castrat Farinelli pour lequel il compose nombre d’ouvrages mettant en avant la facilitĂ© vocale de son Ă©lĂšve favori.

Nicola_Antonio_PorporaLe style de Porpora (chaĂźnon flamboyant de l’art vocal entre Alessandro Scarlatti et Haendel) marque l’art musical du premier tiers du XVIIIĂšme : le Napolitain marque les esprit comme professeur de chant au Conservatoire San Onofrio de Naples de 1715 Ă  1721 ; il devient le maĂźtre du castrat Farinelli (comme des autres chanteurs adulĂ©s Cafarelli, favori de Haendel, ou de Hasse), et plus tard de Haydn, Porpora atteint un rare Ă©quilibre entre virtuositĂ© technique et fine caractĂ©risation des personnages qu’il s’agisse d’opĂ©ras ou d’oratorios. Porpora, gĂ©nie de l’art vocal, voyage beaucoup, atteignant mĂȘme avant Gluck ou Piccinni, un statut europĂ©en : il quitte Naples en 1726 pour Venise (oĂč il dirige l’Ospedale des Incurabili) ; puis rejoint Londres en 1733, pilotant la direction artistique de l’Opera de la Noblesse, maison rivale de celle de Haendel. Puis c’est Ă  nouveau Naples puis Venise en 1742 (crĂ©ation de Statira au Grisostomo) oĂč il dirige alors l’Ospedaletto. De 1747 Ă  1752, Porpora rejoint Dresde oĂč se produit son Ă©lĂšve Hasse. Il devient Kappellmeister de la Cour en 1748 avant de gagner Vienne en 1753 : il emploie alors Haydn comme valet ! Ce dernier deviendra son Ă©lĂšve enfin, recevant sa maĂźtrise exceptionnelle de l’écriture lyrique. Pour sa crĂ©ation Ă  Rome au Capranica, il Germanico in Germania de Porpora est crĂ©Ă© par Cafarelli, castrat vedette Ă  Naples qui chante aussi pour Haendel Ă  Londres. L’oeuvre est emblĂ©matique du gĂ©nie lyrique de Porpora : elle est composĂ©e entre sa rĂ©sidence Ă  Venise (comme directeur musical de l’Ospedale degli Incurabili, nommĂ© dĂšs 1726) et son arrivĂ©e Ă  Londres en 1733 comme directeur du nouveau thĂ©Ăątre rival de celui de la Royal Academy of Music de Haendel, l’Opera of the Nobility. Il Germanico renseigne donc sur l’Ă©criture de Porpora avant qu’il ne compose pour Londres, prĂšs de 5 ouvrages majeurs (dont Arianna in Nasso).

Germanicus, héros julio claudien

germanicus-porpora-poussin-julio-claudien-general-classiquenews-juillet-2015Drusus Germanicus (nĂ© en 15 avant JC – mort en 19 aprĂšs JC). Le gĂ©nĂ©ral romain Germanicus appartient Ă  la famille impĂ©riale julio-claudienne (c’est le petit-fils de Marc Antoine et d’Octavie, la soeur d’Auguste) : hĂ©ritier de TibĂšre (son pĂšre adoptif) mais dĂ©cĂ©dĂ© avant la mort de celui-ci, Germanicus est l’archĂ©type du guerrier romain, loyal, couvert de gloire grĂące Ă  ses compagnes victorieuses au profit de la puissance impĂ©riale romaine. Epoux d’Agrippine l’aĂźnĂ©e, il a pour enfants : Julius Cesar, Agrippine (monstre politique et mĂšre de NĂ©ron). En 10 av JC, Drusus devient Germanicus en raison de ses victoires contre les Germains en 15 et 16 aprĂšs JC.  C’est le vainqueur du guerrier germain Arminius Ă  Idistaviso.

Avant d’ĂȘtre Germanicus, stratĂšge vainqueur des barbares, Drusus fut un lettrĂ© dĂšs sa jeunesse : Ovide lui dĂ©die ses Fastes (alors que Drusus n’a que 20 ans). En 18, Germanicus est nommĂ© consul romain dans les provinces d’Orient : pour TibĂšre, le loyal guerrier transforme la Cappadoce en province romaine et rattache la CommagĂšne Ă  la Syrie. Il meurt Ă  Antioche probablement empoisonnĂ© par Piso, gouverneur de Syrie. Nicolas Poussin, gĂ©nie pictural du classicisme baroque, a peint la mort de Germanicus, l’un des plus beaux tableaux du XVIIĂš français, aujourd’hui au Louvre : disposition (composition) en fresque, chatoiement des couleurs nĂ©ovĂ©nitiennes (titianesques), clartĂ© et hĂ©roĂŻsme des attitudes et des gestes, accessoires minutieusement restituĂ©s dans le souci d’une reconstitution archĂ©ologique…).

Il Germanico in Germania (1732) de Nicolo Porpora Ă  Innsbruck, recrĂ©ation lyrique attendue / Germanico in Germania, crĂ©Ă© Ă  Rome en 1732, de Porpora, avec mise en scĂšne sous la direction d’Alessandro de Marchi, le directeur  artistique du Festival : premiĂšre mondiale les 12 et 14 aoĂ»t, 18h puis le 16 Ă  15h)
 Avec Patricia Bardon (Germanico), David Hansen (Arminio), Carlo Vincenzo Alemanno (Segeste), Hagen Matzeit (Cecina)… Academia Montis Regalis. Alexander Schulin (scĂ©nographie). + d’infos sur la page Il Germanico du festival d’Innsbruck

EVASION en Autriche : le festival d'Innsbruck 2015Stylus fantasticus, festival d’Innsbruck 2015. Du 8 au 28 aoĂ»t 2015. Lire notre prĂ©sentation, les temps forts, les productions d’opĂ©ras Ă  ne pas manquer : Il Germanico, Don Trastullo, Armide… La recrĂ©ation du seria de 1732, Il Germanico de Nicola Porpora Ă  Innsbruck est l’un des temps forts du Festival autrichien 2015. L’atout majeur de cette premiĂšre attendue reste les deux chanteurs dans les rĂŽles protagonistes antagonistes : l’excellente mezzo Patricia Bardon et le contre tĂ©nor David Hansen dans les rĂŽles respectifs de Germanicus et de son rival barbare : Arminius.

 

 

 

distribution de la recrĂ©ation d’Il Germanico Ă  Innsbruck

PremiÚre mondiale, recréation
Nicola Porpora (1686 – 1768)
Il Germanico
Opera seria en 3 actes
Livret de Niccolo Coluzzi
création à Rome, 1732

direction musicale : Alessandro De Marchi
mise en scĂšne : Alexander Schulin
Academia Montis Regalis

 

 

hansen-david-contre-tenor-582-594-arminius-germanico-porpora-innsbruck-2015Patricia Bardon, mezzo : Germanico
David Hansen, contre ténor : Arminio (portrait ci contre)
Klara Ek, soprano : Rosmonda
Emilie Renard, mezzo : Ersinda
Hagen Matzeit, contre ténor : Cecina
Carlo Vincenzo Allemano, ténor : Segeste

 

TIROLER LANDESTHEATER Oper
Les 12 et 14 aout 2015 (18h), le 16 août 2015 à 15h 

 

 

David Hansen, maillon fort d’Il Germanico prĂ©sentĂ© en crĂ©ation Ă  Innsbruck. Partenaire de la mezzo Patricia Bardon, Germanico attendu Ă  Innsbruck, le contre tĂ©nor australien David Hansen, qui a sucitĂ© rĂ©cemment l’enthousiasme de la RĂ©daction de Classiquenews pour son premier cd Ă©ditĂ© par Sony (DHM), et intitulĂ© “RIvals” en rĂ©fĂ©rence aux joutes vocales de l’Ă©poque des castrats dont Ă©videmment le modĂšle Farinelli, est le jalon fort de la nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Innsbruck. LIRE notre compte rendu critique du cd de David Hansen, “Rivals” (DHM). EN voici un extrait :

David HansenInspirĂ© par les Cafarelli, Farinelli, Bernacchi et Manzuoli, Hansen ose tout, se risque souvent, et relĂšve les dĂ©fis multiples de ce rĂ©cital hors normes. En outre, audacieux dĂ©fricheur, Hansen nous gratifie gĂ©nĂ©reusement de plusieurs inĂ©dits dont quelques airs que le frĂšre de Farinelli, Carlo Broschi, composa pour son parent prodigieux
 (Son qual Nave
 restituĂ© avec les notations du crĂ©ateur de l’air).
Plein de santĂ© juvĂ©nile et osons dire de testostĂ©rone prĂȘte Ă  dĂ©gainer vocalement, le divo au look ravageur a dĂ©cidĂ©ment tout pour rĂ©ussir et affirmer une trĂšs plaisante carriĂšre. Les Cencic ou Scholl connaissent Ă  prĂ©sent leur successeur. Ce gars lĂ  a apparemment une prĂ©sence, bientĂŽt scĂ©nique, Ă  revendre : voilĂ  qui changera des voix Ă©troites au physique maladroit. Pour ses prises de risques, son sens de l’équilibre sur le fil, ce disque est exemplaire et si le talent se confirme ici, voici Ă  n’en pas douter l’un des meilleurs reprĂ©sentants de la jeune gĂ©nĂ©ration de haute contre rĂ©ellement sensationnels.

 

CD. Rivals : David Hansen, contre ténor(1 cd DHM)

Rivals. David Hansen, contre-ténor
1 cd DHM (De Marchi, 2013)

Le titre renvoie Ă  cette rivalitĂ© historiquement documentĂ©, opposant les divos Ă  l’heure baroque, quand Farinelli et d’autres n’hĂ©sitaient pas Ă  se mesurer pour les Ă©craser Ă  leurs confrĂšres tout aussi arrogants et dĂ©terminĂ©s. CohĂ©rent avec le titre de cet album dĂ©coiffant, l’australien David Hansen faisant son entrĂ©e tonitruante dans l’arĂšne discographique surprend ici et convainc totalement ; il rivalise donc, cd interposĂ©, avec son contemporain Philippe Jaroussky, lui-aussi rĂ©cent acteur d’un programme dĂ©diĂ© au castrat italien lĂ©gendaire (quand Fabio Fagioli prĂ©fĂšre lui rendre hommage au divo handĂ©lien par excellence, Cafarelli).
David Hansen a une voix bien accrochĂ©e,plutĂŽt intense et puissante avec une intensitĂ© Ă  la Bartoli, un Ă©clat mĂȘme supĂ©rieur et une agilitĂ© toute aussi pĂ©taradante. C’est dire le tempĂ©rament du jeune homme, l’Ă©gal dans ce rĂ©pertoire d’un autre admirateur de la diva romaine, le dĂ©jĂ  nommĂ© “FF” ou Fabio Fagioli (surnommĂ© depuis non sans raison, ” il Bartolo “).

David HansenInspiré par les Cafarelli, Farinelli, Bernacchi et Manzuoli, Hansen ose tout, se risque souvent, et relÚve les défis multiples de ce récital hors normes.
En outre, audacieux dĂ©fricheur, Hansen nous gratifie gĂ©nĂ©reusement de plusieurs inĂ©dits dont quelques airs que le frĂšre de Farinelli, Carlo Broschi, composa pour son parent prodigieux… (Son qual Nave… restituĂ© avec les notations du crĂ©ateur de l’air).
Plein de santĂ© juvĂ©nile et osons dire de testostĂ©rone prĂȘte Ă  dĂ©gainer vocalement, le divo au look ravageur a dĂ©cidĂ©ment tout pour rĂ©ussir et affirmer une trĂšs plaisante carriĂšre. Les Cencic ou Scholl connaissent Ă  prĂ©sent leur successeur. Ce gars lĂ  a apparemment une prĂ©sence, bientĂŽt scĂ©nique, Ă  revendre : voilĂ  qui changera des voix Ă©troites au physique maladroit. Pour ses prises de risques, son sens de l’Ă©quilibre sur le fil, ce disque est exemplaire et si le talent se confirme ici, voici Ă  n’en pas douter l’un des meilleurs reprĂ©sentants de la jeune gĂ©nĂ©ration de haute contre rĂ©ellement sensationnels.