Funérailles de Marie-ThérÚse à Versailles (1683)

Versailles, Chapelle Royale. Samedi 10 octobre 2015, 20h. Requiem pour Marie-ThĂ©rĂšse. L’annĂ©e du tricentenaire de la mort de Louis XIV, le Centre de musique baroque de Versailles cĂ©lĂšbre aussi la disparition de son Ă©pouse, mariĂ©e en 1660, alors de fastueuses reprĂ©sentations du Xerse du compositeur vĂ©nitien Cavalli, invitĂ© Ă  grands frais et grand train par le Cardinal Mazarin.

marie-therese-autriche-reine-epouse-de-louis-XIV-messeLa Reine Marie-ThĂ©rĂšse dĂ©cĂ©da le 30 juillet 1683 aprĂšs une maladie de quatre jours. Le 10 aoĂ»t suivant, le corps embaumĂ© est inhumĂ© Ă  la Basilique Saint-Denis : « La Musique de la Reyne chantait le De Profundis » rapporte la Gazette. Mais dĂšs le 2 aoĂ»t, on avait chantĂ© un service solennel Ă  la CathĂ©drale Notre-Dame de Paris avec une Pompe funĂšbre conçu par le dĂ©corateur renommĂ© (Ă  juste titre) BĂ©rain. Louis XIV qui n’aimait guĂšre son Ă©pouse, mais qu’il « honorait » chaque nuit (entre deux maĂźtresses ?), Ă©pousa peu aprĂšs la mort de la Reine, et en secret Madame de Maintenon. A propos de la mort de marie-ThĂ©rĂšse, Lous XIV dĂ©clara non sans ironie et cynisme : « VoilĂ  le seul chagrin qu’elle m’ait causĂ© ». Propre au dĂ©corum liĂ© aux personnalitĂ©s royales, les FunĂ©railles sont un thĂ©Ăątre et un rituel spectaculaire. GrĂące Ă  l’abondante documentation conservĂ©e, il est possible de se faire une idĂ©e trĂšs prĂ©cise des FunĂ©railles Ă  Saint-Denis. Le dispositif musical comprenait trois entitĂ©s distinctes avec leur rĂ©pertoire propre qui alternaient en permanence : plain-chant pour les chantres placĂ©s prĂšs du catafalque, messe polyphonique pour les chanteurs de la Musique de la Chapelle (Missa pro defunctis de Charles d’Helfer) et motets Ă  grands chƓur pour les chanteurs et instrumentistes de la Musique de la Chambre (les fameux Dies irĂŠ et De profundis de Jean-Baptiste Lully crĂ©Ă©s pour la circonstance).

Musiques de Charpentier pour les funérailles royales

marie_therese_bdHĂ©las pour les cĂ©rĂ©monies organisĂ©es Ă  Versailles, on ne sait rien. À la vĂ©ritĂ©, on ne sait trop quels compositeurs et MaĂźtres de Chapelle participĂšrent aux nombreuses cĂ©rĂ©monies organisĂ©es Ă  cette occasion, tant Ă  Versailles, Ă  Paris et partout en province. C’est pourquoi la figure de Marc-Antoine Charpentier prend ici un sens et une portĂ©e lĂ©gitime. Le corpus des trois Ɠuvres composĂ©es par Charpentier, est unique en son genre, autant par l’importance historique qu’il revĂȘt que par sa profonde qualitĂ© artistique. En effet, dans les trois Ɠuvres, dans le Luctus Ă©crit pour 3 voix solistes, dans l’impressionnant In obitum qui revĂȘt toutes les caractĂ©ristiques des motets dramatiques et Histoires sacrĂ©es du compositeur, – c’est Ă  dire dans une Ă©criture italienne, sensuelle et raffinĂ©e apprise Ă  Rome auprĂšs de son maĂźtre Carissimi-, dans le De profundis enfin, on retrouve au plus haut degrĂ© d’inspiration, le gĂ©nie de Charpentier, son originalitĂ© inĂ©galĂ©e en matiĂšre de musique sacrĂ©e en cette seconde moitiĂ© du XVIIĂšme siĂšcle. Une telle musique de funĂ©railles, plus somptueuse encore que ne le seront les Funeral Sentences Ă©crites par Purcell pour la Reine Anne bouleverse toujours l’auditeur du XXIĂšme siĂšcle, comme les contemporains de la Reine Marie-ThĂ©rĂšse purent ĂȘtre touchĂ©s voire bouleversĂ©s par le spectacle funĂšbre des FunĂ©railles de la Reine en 1683. Outre sa grande qualitĂ© et son Ă©loquence funĂ©raire d’une gravitĂ© prenante directe, avant celle d’un Rameau par exemple (et qu’Olivier Schneebeli a prĂ©cĂ©demment abordĂ© Ă  l’occasion en 2014, charpentier marc antoinedes 250 ans de la mort de Rameau), la musique de Charpentier jouĂ©e ainsi dans l’Ă©crin le plus sacrĂ© et le plus solennelle du ChĂąteau de Versailles pose clairement la question de la place et de l’estime de sa musique Ă  la Cour de Louis XIV : s’il n’a jamais occupĂ© de fonctions officielles comme Lully, Charpentier fut un tempĂ©rament trĂšs apprĂ©ciĂ© du Roi qui n’a cessĂ© de lui tĂ©moigner un soutien constant pendant le rĂšgne. Jouer Charpentier est donc lĂ©gitime d’autant que sans rĂ©elles sources prĂ©cises ni tĂ©moignages fiables, aucun document n’indique les compositeurs sollicitĂ©s pour la Messe des funĂ©railles de Marie-ThĂ©rĂšse. Au regard de la qualitĂ© et de la justesse de l’Ă©criture de chaque partition, on peut facilement imaginer qu’elles aient pu ĂȘtre Ă©crites Ă  cette occasion.

 

 

 

boutonreservationVersailles, Chapelle Royale
Samedi 10 octobre 2015, 20h.
Musiques pour les funérailles de la Reine Marie-ThérÚse, 1683.

 

Marc-Antoine Charpentier : Luctus de Morte Augustissimae, In obitum augustissimae, De Profundis…

Les Pages et Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles
La RĂȘveuse
Benjamin Perrot et Florence Bolton, direction
Olivier Schneebeli, direction

 

 

CMBV, grand reportage vidéo : Atelier vocal sur le récitatif italien et français au 17Úme (Versailles, juillet 2015)

cmbv-atelier-vocal-parole-chantee-venise-a-paris-copyright-classiquenews-2015CMBV, grand reportage vidĂ©o : Atelier vocal sur le rĂ©citatif italien et français au 17Ăšme (Versailles, juillet 2015). En juillet 2015, le CMBV, Centre de musique baroque de Versailles a organisĂ© un atelier de pratique vocale dĂ©diĂ© au rĂ©citatif des opĂ©ras italiens et français du XVIIĂš / Seicento : La parole chantĂ©e de Venise Ă  Paris. A l’Ă©cole de Cavalli et de Lully principalement, les Ă©lĂšves chanteurs, pilotĂ©s par leurs coachs apprennent l’art si complexe du rĂ©citatif, Ă©lĂ©ment essentiel dans la continuitĂ© des opĂ©ras baroque du XVIIĂšme siĂšcle.

 

 

 

cmbv-atelier-vocal-recitatif-la-parole-chantee-de-venise-a-paris-classiquenews-copyright-CLASSIQUENEWS-2015

 

 

 

CMBV-atelier-vocal-recitatif-parole-chantee-paris-venise--copyright-classiquenews Outre les Ă©lĂ©ments techniques prĂ©cis que l’interprĂšte doit maĂźtriser, l’atelier met en relief tout ce que doit l’opĂ©ra français au genre fixĂ© en Italie par Cavalli qu’il exporte Ă  la Cour de France, entre autres Ă  l’Ă©poque du mariage de Louis XIV (Xerse, de Cavalli avec ballets du premier Lulli, 1660). Grand reportage vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS 2015. RĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham

 

 

 
 

L’Atelier vocal intitulĂ© “La Parole chantĂ©e de Venise Ă  Paris” proposĂ© par le Centre de musique baroque de Versailles est d’autant plus pertinent au vu des nombreuses rĂ©alisations intĂ©ressant actuellement ou prochainement, Lully et Cavalli.

 

 

 

 

 

 

Rio, Brésil. Bruno Procopio dirige Rameau et Clérambault

procopio_bruno_chemise_bleueRio, salle C. Mereiles, les 19 et 22 septembre 2015. Mondonville et Rameau. Ambassadeur de choc, le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio retrouve son pays natal pour deux concerts de musique baroque française. Un programme qu’il a coutume de dĂ©fendre sous les tropiques, – le maestro impĂ©tueux et articulĂ© a dĂ©jĂ  enregistrĂ© un superbe disque d’extraits d’opĂ©ras de Rameau, ouvertures et ballets de Rameau avec le Symphonique Simon Bolivar du Venezuela Ă  Caracas (1 cd Paraty : vrai dĂ©fi d’un Ă©clat Ă©tincelant sur instruments modernes : ” Rameau in Caracas “). Rio 2015 voit le prolongement d’un travail spĂ©cifique sur le Baroque français en AmĂ©rique Latine. Une vision artistique entre les deux Mondes, de chaque cĂŽtĂ© de l’Atlantique qui s’Ă©tait dĂ©jĂ  illustrĂ©e par un jalon prĂ©cĂ©dent en mars dernier, et dans le mĂȘme lieu avec la crĂ©ation carioca de l’opĂ©ra français nĂ©oclassique Renaud de Sacchini (1782), emblĂšme du goĂ»t lyrique parisien favorisĂ© par Marie-Antoinette (VOIR le reportage Renaud de Sacchini recrĂ©Ă© Ă  Rio par Bruno Procopio, mars 2015). Le 19 septembre (20h), concert de musique de chambre oĂč la virtuositĂ© concertante de Mondonville et le gĂ©nie recrĂ©ateur de Rameau dialoguent. Sons harmoniques du premier (1738, oĂč Mondonville s’inspire et prolonge l’exemple de Leclair), puis cinq Concerts des PiĂšces pour clavecin en concert (1741).  AprĂšs les PiĂšces de clavecin en sonates (avec violon) de Mondonville, Rameau surpasse tout ce qui fut Ă©crit avant lui, inventant pour chaque piĂšce, un titre aux rĂ©fĂ©rences biographiques (pour certaines secrĂštes aux allusions Ă  dĂ©mĂȘler par les spĂ©cialistes), qui rĂ©capitule en leur rendant hommage, tous les soutiens, patrons protecteurs, mĂ©cĂšnes qui l’ont accompagnĂ© et soutenu pendant ses premiĂšres annĂ©es parisiennes. Le cycle est l’un des favoris dĂ©fendus depuis ses annĂ©es d’apprentissage Ă  Paris par Bruno Procopio qui assure la partie de clavecin.

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Le 22 septembre, 20h, concert orchestral comprenant surtout ClĂ©rambault et Mondonville et quelques autres pour lequel Bruno Procopio quitte le clavecin pour la baguette, afin de diriger l’Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio (OBU).  Au programme deux piĂšces aussi rares qu’exceptionnelles : PiĂšces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) de Mondonville et surtout La Muse de l’OpĂ©ra ou Les CaractĂšres lyriques, Cantate Ă  voix seule et symphonie (1716) de ClĂ©rambault. EditĂ©e sĂ©parĂ©ment en 1716, sur un poĂšme d’Auguste Paradis de Moncrif, la cantate avec des moyens ambitieux (proches du divertissement) fait paraĂźtre la muse de l’OpĂ©ra, qui dĂ©crit les ficelles et artifices du thĂ©Ăątre pour exprimer les « caractĂšres lyriques » : la variĂ©tĂ© des airs et des formes dĂ©voile l’intelligence dramatique de ClĂ©rambault : air de triomphe avec trompette, scĂšne pastorale avec musette, Ă©vocation de chasses au son des cors, tempĂȘte, sommeil, ramage d’oiseau, scĂšne infernale
 c’est un catalogue intelligemment combinĂ© soit tous les motifs de l’opĂ©ra français, ici traitĂ©s par un compositeur qui souhaite en dĂ©montrer et aussi cultiver sa profondeur, entre virtuositĂ© italianisante et noblesse de la dĂ©clamation française.

 

OBU orchestre baroque de l'université de Rio Orquesra barroca da Unirio

 

 

Rameau, ClĂ©rambault, Mondonville Ă  Rio. GrĂące au CMBV, Centre de musique baroque de Versailles, le Baroque français s’exporte. Le concert est l’aboutissement d’un cycle de masterclasses et de rĂ©pĂ©titions avec les jeunes instrumentistes brĂ©siliens, sensibilisĂ©s au style baroque français et formĂ©s Ă  la pratique sur instruments d’époque. Un dĂ©fi qui fusionne transmission et pĂ©dagogie auprĂšs des jeunes instrumentistes encore nĂ©ophytes dans l’interprĂ©tation de la musique française du XVIIIĂšme siĂšcle, et aussi expĂ©rience professionnelle grĂące Ă  ce concert public. Le projet fait partie des nombreux chantiers initiĂ©s par le Centre de musique baroque de Versailles, dĂ©sormais ouvert Ă  l’international, soucieux depuis quelques annĂ©es de faire rayonner la connaissance et l’interprĂ©tation de la musique baroque française dans le monde. Partitions, Ă©quipe pĂ©dagogique sont les nouveaux moyens de l’institution versaillaise pour rĂ©aliser de nouveaux types de concerts, permettant aux jeunes professionnels de se perfectionner toujours et encore en se frottant  à l’accomplissement du concert publique. Il s’agit de deux premiĂšres mondiales Ă  Rio. L’Ă©tĂ© 2015 a rĂ©alisĂ© un autre projet du CMBV Ă  Innsbruck en aoĂ»t : le festival de musique ancienne et baroque mondialement reconnu accueillait pour la premiĂšre fois de son histoire, son premier opĂ©ra français, Armide de Lully (1686) dans une nouvelle production, mise en scĂšne par Cristina Colonna sous la direction de Patrick Cohen-AkĂ©nine et avec le concours de jeunes instrumentistes et chanteurs accompagnĂ©s par le CMBV, dont pour certains, les  laurĂ©ats du Concours Cesti 2014. Reportage vidĂ©o : Armide de Lully Ă  Innsbruck (aoĂ»t 2015)

 

 

 Bruno Procopio et le CMBV : Rameau, Clérambault, Mondonville à Rio

Concert du 19 septembre 2015, 20h
Durée : 1h25 sans entracte

 

Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Les Sons harmoniques, Sonates Ă  violon seul avec la basse continue (1738)

Sonate opus 4 n°1 en si mineur : Grave – Allegro – Aria. Amoroso – Allegro

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
PiĂšces de clavecin en concert (1741)

PREMIER CONCERT :
La Coulicam. Rondement – La Livry. Rondeau gracieux – Le VĂ©zinet. Gaiement, sans vitesse

DEUXIÈME CONCERT :
La Laborde. Rondement – La Boucon. Air, gracieux – L’Agaçante. Rondement – 1er et 2e Menuet

TROISIÈME CONCERT :
La Lapopliniùre. Rondement – La Timide. 1er et 2e Rondeau gracieux – 1er et 2e Tambourin

QUATRIÈME CONCERT :
La Pantomime. Loure vive – L’Indiscrùte. Vivement – La Rameau. Rondement

CINQUIÈME CONCERT :
La Forqueray. Fugue – La Cupis. Rondement – La Marais. Rondement

 

Concert du 22 septembre 2015, 20h
Durée : 1h20 sans entracte

 

Eugénie Lefebvre, soprano
Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio (OBU)
Laura Ronai, direction artistique

 

Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691)
Prélude en sol majeur, pour clavecin

Jean-Baptiste Antoine Forqueray (1699-1782)
La Leclair, pour clavecin

Antoine Forqueray (1672-1745)
Premier Livre de Piùces de viole avec la basse continue (1747) – extraits
La Couperin – La Buisson

Claude Balbastre (1727-1799)
La Lugeac, pour clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Piùces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) – extraits

Amoroso « Paratum cor meum  » – Allegro « In Domino laudabitur  »

Paratum cor meum, Deus,
Paratum cor meum,
Cantabo et psalmum dicam

(Psaume 56 verset 10)

Mon cƓur est prĂ©parĂ©, ĂŽ mon Dieu ;
Mon cƓur est tout prĂ©paré :
Je chanterai, et je ferai retentir vos louanges sur les instruments.

In Domino laudabitur anima mea :
Audiant mansueti et laetentur.
(Psaume 33 verset 7)

Mon Ăąme ne mettra sa gloire que dans le Seigneur.
Que ceux qui sont doux et humbles Ă©coutent ceci, et qu’ils se rĂ©jouissent.

Jean-Marie Leclair (1697-1764)
Concerto pour violon opus 10 n°6 en sol mineur (ca 1743)

Allegro ma poco – Andante – Allegro

Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749)
La Muse de l’OpĂ©ra ou Les CaractĂšres lyriques. Cantate Ă  voix seule et symphonie (1716)

PrĂ©lude – RĂ©citatif – Air gai – TempĂȘte – RĂ©citatif – Air – Sommeil – PrĂ©lude infernal – RĂ©citatif – Air

LA MUSE DE L’OPÉRA ou LES CARACTÈRES LYRIQUES. Cantate à voix seule et symphonie

RĂ©citatif (fort gravement)

Mortels, pour contenter vos désirs curieux
Cessez de parcourir tous les climats du monde,
Par le puissant effort de l’art qui nous seconde,
Ici tout l’Univers se dĂ©couvre Ă  vos yeux.

Air gai
Au son des trompettes bruyantes
Mars vient embellir ce séjour ;
Diane avec toute sa cour
Vous offre des fĂȘtes galantes ;
Et mille chansons Ă©clatantes
RĂ©veillent l’écho d’alentour.
Des bergers la troupe légÚre
Vient folùtrer sur ces gazons ;
À leurs danses, à leurs chansons,
On voit que le Dieu de CythĂšre
Leur a donné de ses leçons.

TempĂȘte (fort et marquĂ©)

Mais quel bruit interrompt ces doux amusements ?
Le soleil s’obscurcit, la mer s’enfle et s’irrite ;
Dieux ! quels terribles flots ! et quels mugissements !
La terre tremble, l’air s’agite,
Tous les vents déchainés, mille effrayants
Éclairs, semblent confondre l’Univers.
Quels sifflements affreux ! Quel horrible tonnerre !
Le ciel est-il jaloux du repos de la terre ?

RĂ©citatif
Non, les Dieux attendris par nos cris Ă©clatants,
Ramùnent les beaux jours de l’aimable printemps.

Air
Oiseaux, qui sous ces feuillages
Formez des accents si doux,
L’Amour quand il vous engage
Vous traite bien mieux que nous ;
Il n’est jamais parmi vous
Jaloux, trompeur, ni volage.

Sommeil (doucement)
Vos concerts, heureux oiseaux,
Éveillent trop tît l’aurore,
Laissez les mortels encore
Plongés au sein du repos.

Prélude infernal (lentement, fort et marqué)
Mais quels nouveaux accords dont l’horreur est extrĂȘme ?
Qui fait ouvrir le séjour infernal ?
Que de démons sortis de ce gouffre fatal !

Les implacables SƓurs suivent Pluton lui-mĂȘme.

RĂ©citatif

Ne craignons rien, un changement heureux
Vient nous offrir de doux présages,
Et les dĂ©mons changĂ©s sous d’aimables images,
Amusent nos regards par d’agrĂ©ables jeux.

Air gai et piqué
Ce n’est qu’une belle chimùre
Qui satisfait ici vos vƓux ;
Eh ! n’ĂȘtes-vous pas trop heureux
Qu’on vous sĂ©duise pour vous plaire ?
Dans ce qui flatte vos désir
Croyez tout ce qu’on fait paraütre ;
On voit s’envoler les plaisirs
Lorsque l’on cherche à les connaütre.

 

 

CD. LIRE notre critique du cd PiĂšces pour clavecin en concerts de Rameau par Bruno Procopio

 

VOIR notre reportage vidéo : Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio à Cuenca (Espagne), Avec Maria Bayo (avril 2014)

CD, compte rendu critique. Salieri : Les DanaĂŻdes (Christoyannis, van Wanroij, Rousset, 2013)

salieri danaides rousset christoyannis van wanroij critique compte rendu classiquenews CLIC de juin 2015CD, compte rendu critique. Salieri : Les DanaĂŻdes (Christoyannis, van Wanroij, Rousset, 2013). Cela cravache sec et tendu dĂšs l’ouverture oĂč le chef C. Rousset plus incisif que jamais emporte tout abandon galant, tout italianisme sensuel, au profit d’un expressionnisme tendu et Ă©lectrique, soulignant combien ce Salieri de 1784 doit au style franc et frĂ©nĂ©tique de Gluck, rĂ©pond aussi au goĂ»t pour la grandeur tendue, la froideur terrifiante et spectaculaire des passions … raciniennes. L’Ă©poque est Ă  l’Ă©clectisme europĂ©en, le goĂ»t savant des LumiĂšres qui aprĂšs le dĂ©part du Chevalier Gluck (1779), grand rĂ©formateur de l’opĂ©ra français dans les annĂ©es 1770, entend renouveler son apport. Dans le sillon du nĂ©oclassicisme gluckiste, les Ă©trangers Ă  Paris, germaniques (Jean ChrĂ©tien Bach, Vogel…), italiens surtout (Piccinni et Sacchini), nordiques (GrĂ©try,Gossec), avant Cherubini et Spontini, rĂ©gĂ©nĂšrent ainsi d’un sang neuf, entre suavitĂ© et ardeur martiale (dĂ©jĂ  prĂ©rĂ©volutionnaire) la langue lyrique parisienne, en particulier dans le genre de la tragĂ©die lyrique. Salieri participe Ă  la fertilisation du terreau français des LumiĂšres Ă  quelques annĂ©es de la RĂ©volution : son style est lui aussi europĂ©en, constamment Ă©lĂ©gant, poli, d’un raffinement alliant la rythmique bondissante des symphonistes germaniques, la dĂ©licatesse et le raffinement français, la virtuositĂ© italienne. Salieri d’un souci mozartien sait servir chacune des sensiblitĂ©s avec un art consumĂ© de l’Ă©quilibre esthĂ©tique. Avec d’autant plus de mesure et de raffinement que son sujet est sanglant et particuliĂšrement effrayant, renouvelant la lyre tragique sacrificielle, atroce, sanguinaire, terrifiante, celle des meurtres en nombre dans le sillon de ce fantastique conçu par les Antiques, Euripide, Eschylle, Sophocle et dont Racine avait sur la scĂšne du thĂ©Ăątre classique (parlĂ©) prĂ©servĂ© la tension sublime. De toute Ă©vidence, le public des LumiĂšres aimait se faire peur Ă  l’opĂ©ra. Et la partition des DanaĂŻdes satisfait idĂ©alement ce dĂ©sir et cette attente.

Familiers de la collection discographique (OpĂ©ra Français / French Opera), dĂ©diĂ©e Ă  l’opĂ©ra français des LumiĂšres,  les chanteurs ici rĂ©unis composent un collectif particuliĂšrement scrupuleux de la langue et de cette expressivitĂ© Ă©motionnelle. L’articulation et l’intelligibilitĂ© sont leurs qualitĂ©s communes, exceptionnellement dĂ©lectables, apport mĂ©ritant de cette production, partagĂ©es aussi par un choeur riche en finesse et subtilitĂ© (les excellents Chantres du CMBV Centre de musique baroque de Versailles qui avaient dĂ©jĂ  participĂ© avec la mĂȘme qualitĂ©, Ă  l’opĂ©ra Renaud de Sacchini, immĂ©diatement antĂ©rieur en 1783 des DanaĂŻdes de Salieri).

 

 

 

AprĂšs Renaud de Sacchini de 1783, voici en 1784, la suite plus frĂ©nĂ©tique encore de l’opĂ©ra des LumiĂšres, parfaitement gluckiste…

Salieri frénétique et sanguinaire

 

 

Le DanaĂŒs du baryton Tassis Christoyannis est d’une impeccable prĂ©cision, naturelle et timbrĂ©e, subtile et mĂȘme crĂ©dible : il excelle Ă  exprimer l’autoritĂ© du pĂšre, faussement bon et pacificateur au dĂ©but, puis vĂ©ritable instigateur de l’horreur croissante qui s’empare de la scĂšne. Judith van Wanroij et Philippe Talbot incarnent la lyre amoureuse, plus tendre qui contraste avec la terreur environnante. Ils accordent leurs timbres complĂ©mentaires, clairs et cristallins, en un duo constamment enivrĂ©, Ă©lĂ©gant, Ă©perdu (I, IV). Et comme nous l’avons dit avant, fort d’une intelligibilitĂ© qui sert l’impact du texte.

salieri-portrait-classiquenews-les-danaides-1784-antonio-salieriEn architecte affĂ»tĂ©, Antonio Salieri compose un opĂ©ra dont le rythme reste trĂ©pidant : oĂč a t on vu des actes aussi courts, comme expĂ©ditifs ? Les divertissements et ballets de l’Ă©poque de Rameau, alanguissements hors de l’action proprement dite sont Ă©cartĂ©s. Pourtant tout s’il n’Ă©tait le sujet, tend Ă  s’alanguir ici vers l’Ă©lĂ©giaque et le dĂ©licat mais acclimatĂ© au cadre europĂ©en des biensĂ©ances : Salieri semble inflĂ©chir sa nature, et faire la synthĂšse d’un Gluck enclin pourtant Ă  la sensualitĂ© (le rĂŽle d’Hypermnestre, dĂ©loyale aux ordres de son pĂšre, y pourvoit). Le compositeur se montre aussi voisin aussi des compositeurs tendus et frĂ©nĂ©tiques du Sturm und Drang.
TrĂšs vite, le lugubre sanguinaire du II -quand DanaĂŒs relativise le climat pacificateur des mariages en nombre, et vise la duplicitĂ© de son frĂšre Egyptus, fait sombrer l’opĂ©ra dans l’horreur et la transe sanguinaire collective partagĂ©e par toutes ses filles bien conditionnĂ©es : une prĂ©figuration des dĂ©bordements de la RĂ©volution et de la terreur (!). Tant d’atrocitĂ©s, de panique cannibale ont marquĂ© voire scandalisĂ© l’audience quoique saisit les plus rĂ©servĂ©s.

Une seule ose dĂ©fier l’ordre du pĂšre et son appel au massacre, Hypermnestre inspirĂ©e par l’amour (pour LyncĂ©e), elle prĂ©fĂšre fuir le lieu du futur massacre des Ă©poux (festin fatal de la fin du IV oĂč percent les cris d’agonie des jeunes hommes massacrĂ©s par leurs promises) quitte Ă  troubler son fiancĂ© (III). Et au soir de la mise Ă  mort par les DanaĂŻdes de leurs Ă©poux, elle s’Ă©vanouit de douleur coupable (IV).  Tout le V trempe et plonge dans le frĂ©nĂ©tique le plus terrifiant : tableau infernal des supplices des DanaĂŻdes et de leur pĂšre Danaus Ă  l’agonie – attachĂ© Ă  son rocher oĂč un vautour lui dĂ©vore les viscĂšres(!), expiant leurs terribles forfaits. Salieri ne nous Ă©pargne rien : musicalement, chaque tableau exprime la vive horreur du sujet.
Branchu-Vestale-caroline-branchu-soprano-hypermnestre-des-danaides-de-salieri-en-1784-classiquenewsLe rĂŽle d’Hypermnestre offre un superbe rĂŽle Ă  la soprano requise, exigeant des qualitĂ©s tragiques amples, entre hĂ©roĂŻque digne et pathĂ©tique tendre. L’individualitĂ© d’Hypermnestre jaillit dĂšs le III.  Les airs s’enchaĂźnent de scĂšne en scĂšne : Le Barbare ! il me fuit ! au III : marque la rĂ©sistance de la fille face Ă  la cruautĂ© et la folie de son pĂšre qui a motivĂ© Ă  la haine toutes ses autres filles. Puis c’est son errance horrifiĂ©e “OĂč suis-je” qui ouvre le IV… Elle est tiraillĂ©e entre l’horreur que lui inspire son pĂšre et sa tendresse pour LyncĂ©e. C’est bien le rĂŽle le plus passionnant avec l’Armide de Sacchini l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente et bientĂŽt, MĂ©dĂ©e de Cherubini (ou celle prĂ©cĂ©dente de Vogel dans La Toison d’or). Sur une articulation affĂ»tĂ©e, s’exhale l’humeur vaine des passions exacerbĂ©e dont les accents ont la grandeur et le mordant des bas reliefs antiques : l’Ă©poque est bien Ă  ce nĂ©o classicisme oĂč la droiture de certaines hĂ©roĂŻnes, leur tendresse naturelle (voyez Alceste et IphigĂ©nie chez Gluck) se dressent contre le folie collective. Judith Van Wanroij reste ferme et prĂ©cise dans airs et rĂ©citatifs (III, IV), digne et ardente sur les traces des grandes cantatrices (dessus) de l’Ă©poque, d’abord Sainte-Huberty puis Caroline Branchu (qui impressionne tant Berlioz dans les annĂ©es 1820). De notre point de vue, ce sont essentiellement les deux rĂŽles antagonistes du pĂšre (Danaus) et de la fille qui sont les plus saisissants : le DanaĂŒs de Tassis Christoyannis apporte un relief saisissant dans leur duo, vrai moteur du drame.

La mĂ©canique presque trop sĂšche de l’orchestre tire la performance vers une agitation dĂ©sincarnĂ©e et rien que frĂ©nĂ©tique qui Ă©videmment Ă©lectrise constamment la grandeur terrifiante des tableaux, surtout dans l’enchaĂźnement des deux derniers actes : IV (le festin massacre) et le V (la victoire de LyncĂ©e / Pelagus et la chute des DanaĂŻdes, promis aux flammes de l’enfer : comme Don Giovanni de Mozart). Le spectaculaire des “dĂ©corations” (selon la terminologie de l’Ă©poque) jointe Ă  l’exacerbation des passions font un spectacle total qui on le comprend allait marquer le jeune Berlioz, futur auteur des Troyens : de Salieri Ă  Berlioz, la lyre de Gluck avait trouvĂ© ses plus ardents disciples dans l’admiration des grands mythes antiques.
Le nerf, la hargne dĂ©fendus par Les Talens Lyriques sont d’une indĂ©niables efficacitĂ©, servie de surcroĂźt par deux interprĂštes convaincants (LyncĂ©e ou Plancipe sont des ajouts sans plus de profondeur). Salieri, pilotĂ© depuis Vienne par Gluck lui-mĂȘme, avait tout pour rĂ©ussir son coup : ses DanaĂŻdes semblent assurer Ă  la fois la suprĂ©matie expressive comme la revanche du Chevalier Ă©vincĂ© voire humiliĂ© par un dĂ©part prĂ©cipitĂ© de France en 1779. Les coupes des actes de plus en plus courts, le principe mĂȘme d’une surenchĂšre dramatique subtilement canalisĂ©e illustrent mieux que les deux IphigĂ©nies, la maĂźtrise nĂ©oantique de Gluck, tout en Ă©tant fidĂšle Ă  l’esthĂ©tique de son thĂ©Ăątre.

CLIC D'OR macaron 200C’est donc un CLIC de classiquenews, vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation par le disque de ce sommet lyrique des LumiĂšres. Pour autant, le geste du chef pour affĂ»tĂ© qu’il soit, rĂ©duit d’autant l’idĂ©e et les effets globaux que l’ouvrage pourrait aussi produire avec plus de rondeur comme de profondeur. La pointe sĂšche et tranchante de la lame (qui s’expose en couverture et que brandissent toutes les jeunes Ă©pouses prĂȘtes Ă  massacrer leurs maris) supplante tout autre registre expressif. Une autre direction toute aussi tendue sans pourtant ĂȘtre aussi carnassiĂšre et parfois hystĂ©rique pourrait y rĂ©ussir tout autant. Mais alors il faudrait compter sur un talent aussi fin et troublant que celui de l’excellent Tassis Christoyannis, DanaĂŒs, plein de fougue et de profondeur. Ne serait-il pas le vĂ©ritable hĂ©ros de cette production ? De toute Ă©vidence, nous avons une relation pĂšre / fille aussi passionnante que plus tard celle exprimĂ©e par Verdi (Boccanegra/Amalia, Gilda/Rigoletto…) ou Wagner (Wotan / Brunnhilde). Le germe romantique couve chez ce Salieri fortement gluckiste.

 

 

 

CD. Compte rendu critique. Antonio Salieri (1750-1825) : Les DanaĂŻdes, 1784. TragĂ©die lyrique en cinq actes, livret de François Bailli du Roullet et Louis-ThĂ©odore de Tschudi. CrĂ©Ă©e Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique, le 26 avril 1784. Hypermnestre : Judith van Wanroij, LyncĂ©e : Philippe Talbot, DanaĂŒs : Tassis Christoyannis, Plancippe : Katia Velletaz, PĂ©lagus / Officier : Thomas DoliĂ©. Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Les Talens Lyriques. Christophe Rousset, direction.  EnregistrĂ© Ă  l’Arsenal de Metz, les 29 et 30 novembre 2013. 2 CD Palazzeto Bru Zane ES1019 – DurĂ©e : cd1, 72’28 + CD2, 35’58.

 

 

 

LIRE, APPROFONDIR : Renaud de Sacchini par Les Talens Lyriques : critique du cd et reportage rĂ©pĂ©titions vidĂ©o ; reportage vidĂ©o de l’opĂ©ra RENAUD de Sacchini (grand reportage de 12 mn © CLASSIQUENEWS.TV : entretien avec BenoĂźt Dratwicki, directeur artistique du Centre de musique de Versailles, la place des Italiens en France, le bel canto dans Renaud, l’hĂ©ritage de Gluck dans Renaud…)... L’opĂ©ra français Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres, Ă©volution de la tragĂ©die lyrique sous l’influence de Gluck…

 

 

Illustrations : Antonio Salieri, Caroline Branchu dans le rĂŽle de La Vestale de Spontini (DR)

 

Reportage vidéo. Du CAURROY : Missa pro defunctis (CMBV, Olivier Schneebeli, décembre 2013)

olivier_schneebeli1Sous la voĂ»te de la Chapelle royale de Versailles, les effectifs choraux et instrumentaux du Centre de musique baroque de Versailles (CMBV) sous la direction d’Olivier Schneebeli ressuscitent la grandeur solennelle et la simplicitĂ© fervente du chef d’oeuvre musical d’Eustache du Caurroy : la Missa pro defunctis. L’Ɠuvre datĂ©e de la fin du XVIĂš, prolonge et transfigure toutes les avancĂ©es polyphoniques de la Renaissance et son dĂ©veloppement de plus en plus dramatique Ă  mesure que se rĂ©alise la partition jusqu’au dĂ©pouillement de l’In Paradisium (final) prĂ©figure immĂ©diatement les grandes fresques de la dĂ©votion baroque. Messe charniĂšre et partition Ă©blouissante par sa dĂ©mesure et sa profonde humanitĂ©, la Missa pro defunctis de Du Caurroy est portĂ©e ici par l’engagement des musiciens du CMBV. PrĂ©sentation de l’Ɠuvre et entretien avec Olivier Schneebeli. Reportage exclusif © CLASSIQUENEWS 2014