CD, compte rendu critique. Max Emanuel Cencic : Arie Napoletane (1 cd Decca)

cencic arie napolitane cd decca review account of compte rendu critique du cd CLASSIQUENEWS cover Arie NapoletaneCD, compte rendu critique. Max Emanuel Cencic : Arie Napoletane (1 cd Decca). Le chanteur croate, Max Emanuel Cencic, rĂ©cent locataire de l’OpĂ©ra royal de Versailles pour des recrĂ©ations lyriques passionnantes, se dĂ©die dans ce nouvel album Decca, Ă  la flamme dramatique des Napolitains, lesquels au dĂ©but du XVIIIè, s’emparent de la scène lyrique au dĂ©triment de Venise ou de Rome. Associant subtilement virtuositĂ© et dramatisme, les auteurs Napolitains incarnent l’âge d’or de l’opĂ©ra baroque du XVIIIè ainsi que les chanteurs spĂ©cifiques, fruits des Ospedale de la cite partĂ©nopĂ©enne : les castrats. Max Emanuel Cencic rend hommage et Ă  l’essor de Naples comme nouvelle capitale de l’opĂ©ra au XVIIIè, et aux fabuleux “divos”, les castrats dont les contre-tĂ©nors contemporains tentent de rĂ©tablir les prouesses vocales. Après son prĂ©cĂ©dent cd Rokoko, inaugurant sa collaboration chez Decca, Max Emanuel Cencic dans Arie Napoletane confirme la justesse artistique de ses programmes discographiques.

Max Emanuel Cencic dĂ©voile Siroe de HasseMedium Ă©largi et facilitĂ© coloratoure, le contre tĂ©nor altiste Max Emanuel Cencic se dĂ©die aux compositeurs napolitains ici, dont le plus ancien, Alessandro Scarlatti (1660-1725) ouvre une constellation heureuse de tempĂ©raments dramatiques. La collection dĂ©bute avec Porpora et ses acrobaties dĂ©lirantes d’une virtuositĂ© vertigineuse dans des intervalles extrĂŞmes (Polifemo). Puis plus amoureux et solennel, l’air de Demetrio de Leonardo Leo (1694-1744) se distingue : c’est un air langoureux qui exige un legato et un souffle infaillibles, des couleurs riches et  chaudes… que Cencic affirme sans dĂ©faillir.
L’Eraclea de Leonardo Vinci (1690-1730), compositeur que le contre-tĂ©nor apprĂ©cie particulièrement (voir Artaxerse, rĂ©cemment recrĂ©Ă© par ses soins), fait montre d’une mĂŞme agilitĂ© vocale, avec en bonus l’âpretĂ© mordante et bondissante des instrumentistes affĂ»tĂ©s d’Il Pomo d’oro.
Plus introspectif et mélancolique Il Progioniero fortunato de Scarlatti permet à Cenci de nuancer et colorer tout autant sur le registre nostalgique.
Somptueuse contribution dans une myriade de premières (le programme n’en est pas avare en regroupant nombre de recrĂ©ations mondiales), le Pergolesi captive : L’infelice in questo stato de L’Olimpiade par ses teintes tendres, et sa profondeur plus mesurĂ©e, nuancĂ©e, caressante, mĂŞme s’il n’est pas inĂ©dit, confirme une Ă©vidente sĂ©duction.
Les deux Leo qui suivent soulignent une caractĂ©risation plus vive, exploitant l’assise de graves Ă©panouis et toujours l’agilitĂ© du medium souple et chaud (Demetrio), sans empĂŞcher une ample gravitĂ© tendre (Siface).
Enfin , la rayonnante sensibilitĂ© du dernier Porpora impressionne par son ampleur et son souffle d’une ineffable tendresse hĂ©roĂŻque, le Germanico in Germania accrĂ©dite encore l’apport du prĂ©sent rĂ©cital : lĂ  encore, le medium parfaitement conduit aux couleurs chaudes, convainc continuement.
Le dernier Scarlatti : “Vago mio sole” de Massimo Puppieno dĂ©veloppe une mĂŞme langueur extatique qui s’appuie sur les seules capacitĂ©s de l’interprète; idĂ©alement inspirĂ©. On note seulement un manque d’expressivitĂ© ou de surenchère parfois opportune dans les reprises da capo : et mĂŞme si l’articulation est parfois lisse moins consomnĂ©e, le feu vocal et la pure virtuositĂ© demeure prenante ; c’est après tout,castrats oblige, le marqueur principale de la fabrique napolitaine baroque.

En bonus, les instrumentistes jouent Ă©galement en première mondiale, les trois mouvements du Concerto en rĂ© majeur pour deux violons et clavecin de Domenico Auletta (1723-1753) dont le feu napolitain, Ă  la fois fantasque et capricieux, d’une bonhommie franche et espiègle (et mĂŞme dĂ©licatement suave dans le largo central) ajoute Ă  ce portrait vocal et instrumental de la vitalitĂ© de l’Ă©cole napolitaine, y compris dans le genre concertant strictement instrumental. L’intelligence du chanteur recentre le chant sur le medium de la voix dĂ©sormais ample et charnu, Ă©vitant soigneusement les suraigus problĂ©matiques. Aux cĂ´tĂ©s de son discernement sur l’Ă©volution irrĂ©sistible de l’organe, la recherche de couleur, de caractère comme de tension expressive reste son souci exemplaire.

CD, compte rendu critique. Arie Napoletane, Max Emanuel Cencic. 1 cd Decca.
Enregistrement réalisé en février 2015.

Tournée 2016. Le programme lyrique Arie Napoletane de Max Emanuel Cencic est en tournée en 2016 : 20 janvier 2016 (Paris, TCE), 22 janvier (Lyon, chapelle de la Trinité), puis 29 mars (Opéra de Rouen).

CD annonce. cd Arie napolitaine par Max Emanuel Cencic (Decca). A paraître le 2 octobre 2015

cencic arie napolitane cd decca review account of compte rendu critique du cd CLASSIQUENEWS cover Arie NapoletaneCD annonce. cd Arie napolitaine par Max Emanuel Cencic (Decca). A paraĂ®tre le 2 octobre 2015. Après le formidable Artaserse (1730, rĂ©vĂ©lĂ© dès 2012) de Leonardo Vinci (auteur prĂ©sent Ă  nouveau ici), Ă  la fois tremplin des jeune nouveaux hautes contres (Fagioli, Berna Sabadus, Mynenko…) et ouvrage d’un flamboyant lyrisme propre Ă  la Naples du XVIIè, le contre tĂ©nor croate nĂ© en 1976 (altiste) Max Emanuel Cencic affirme un goĂ»t sĂ»r pour le dĂ©frichement rare et d’autant plus admirable : il continue d’explorer les trĂ©sors oubliĂ©s partĂ©nopĂ©ens avec un nouvel album Ă©ditĂ© par Decca, dĂ©but octobre 2015 : Arie Napoletane, nouveau rĂ©cital, comportant plusieurs rĂ©vĂ©lations, joyaux de l’opera seria napolitain du dĂ©but du XVIII e siècle  (soit 10 enregistrements en première mondiale); le travail du chanteur observe et la sensualitĂ© virtuose des airs d’hĂ©roĂŻsme ou de langueur et l’impact linguistique des rĂ©citatifs qui mettent en avant le texte, Ă©lĂ©ment essentiel de la lyre italienne baroque. A l’époque, la machine napolitaine doit sa grande rĂ©putation et son extraordinaire sĂ©duction au chant des castrats (Farinelli, Senesino ou encore Caffarelli s’y sont rĂ©vĂ©lĂ©s), enfants musiciens virtuoses produits des quatre conservatoires de Naples sur lesquels rĂ©gnèrent des auteurs attentionnĂ©s et soucieux de l’essor de leurs Ă©lèves chanteurs : Alessandro Scarlatti, Leonardo Leo, Leonardo Vinci, Nicola Porpora ou encore Giovanni Battista Pergolesi… Les amateurs de chant passionnĂ© autant que contournĂ© retrouvent ici Max Emanuel Cencic, cette voix flexible, corsĂ©e, contrastĂ©e qui aime cultiver les dĂ©fis vocaux. Comme Cecilia Bartoli, Cencic aime approfondir et bien prĂ©parer chaque rĂ©cital lyrique… Celui-lĂ  en est un, après un prĂ©cĂ©dent dĂ©diĂ© Ă  Adolf Hasse, “Apollon europĂ©en”, auteur de virtuositĂ©s elles aussi langoureuses et hĂ©roĂŻques… (LIRE notre compte rendu du cd Rokoko, Ă©ditĂ© par Decca dĂ©jĂ  en janvier 2014 avec l’excellent ensemble Armonia Atenea de George Petrou). Prochaine critique dĂ©veloppĂ©e du cd Arie napolitaine par Max Emanuel Cencic dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

LIRE aussi notre critique développée du DVD Artaserse de Leonardo Vinci

 

 

 

CD. Rivals : David Hansen, contre ténor(1 cd DHM)

Rivals. David Hansen, contre-ténor
1 cd DHM (De Marchi, 2013)

Le titre renvoie Ă  cette rivalitĂ© historiquement documentĂ©, opposant les divos Ă  l’heure baroque, quand Farinelli et d’autres n’hĂ©sitaient pas Ă  se mesurer pour les Ă©craser Ă  leurs confrères tout aussi arrogants et dĂ©terminĂ©s. CohĂ©rent avec le titre de cet album dĂ©coiffant, l’australien David Hansen faisant son entrĂ©e tonitruante dans l’arène discographique surprend ici et convainc totalement ; il rivalise donc, cd interposĂ©, avec son contemporain Philippe Jaroussky, lui-aussi rĂ©cent acteur d’un programme dĂ©diĂ© au castrat italien lĂ©gendaire (quand Fabio Fagioli prĂ©fère lui rendre hommage au divo handĂ©lien par excellence, Cafarelli).
David Hansen a une voix bien accrochĂ©e,plutĂ´t intense et puissante avec une intensitĂ© Ă  la Bartoli, un Ă©clat mĂŞme supĂ©rieur et une agilitĂ© toute aussi pĂ©taradante. C’est dire le tempĂ©rament du jeune homme, l’Ă©gal dans ce rĂ©pertoire d’un autre admirateur de la diva romaine, le dĂ©jĂ  nommĂ© “FF” ou Fabio Fagioli (surnommĂ© depuis non sans raison, ” il Bartolo “).

David HansenInspiré par les Cafarelli, Farinelli, Bernacchi et Manzuoli, Hansen ose tout, se risque souvent, et relève les défis multiples de ce récital hors normes.
En outre, audacieux dĂ©fricheur, Hansen nous gratifie gĂ©nĂ©reusement de plusieurs inĂ©dits dont quelques airs que le frère de Farinelli, Carlo Broschi, composa pour son parent prodigieux… (Son qual Nave… restituĂ© avec les notations du crĂ©ateur de l’air).
Plein de santĂ© juvĂ©nile et osons dire de testostĂ©rone prĂŞte Ă  dĂ©gainer vocalement, le divo au look ravageur a dĂ©cidĂ©ment tout pour rĂ©ussir et affirmer une très plaisante carrière. Les Cencic ou Scholl connaissent Ă  prĂ©sent leur successeur. Ce gars lĂ  a apparemment une prĂ©sence, bientĂ´t scĂ©nique, Ă  revendre : voilĂ  qui changera des voix Ă©troites au physique maladroit. Pour ses prises de risques, son sens de l’Ă©quilibre sur le fil, ce disque est exemplaire et si le talent se confirme ici, voici Ă  n’en pas douter l’un des meilleurs reprĂ©sentants de la jeune gĂ©nĂ©ration de haute contre rĂ©ellement sensationnels.

CD, critique. Cecilia Bartoli: Sacrificium (2 cd Decca, 2009)

sacrificium cecilia bartoli cd critique annonce classiquenews dossier castrats par cecilia bartoli salzbourg pentecote 2018 withsun 2019CD critique. Cecilia Bartoli: Sacrificium (2 cd DECCA, 2009). En un double album particulièrement soignĂ© sur le plan Ă©ditorial, les enregistrements rĂ©alisĂ©s en fĂ©vrier et mars 2009 en Espagne Ă  Valladolid Ă©clairent en particulier l’acrobatie vocale coloratura de l’Ă©criture de Nicola Porpora (1686-1768), maĂ®tre essentiel de la musique pour castrats au XVIIIè siècle. Ambassadrice de choc et de charme pour la cause des castrĂ©s devenus chanteurs, Cecilia Bartoli ajoute les manières d’autres compositeurs dont les opĂ©ras sĂ©rias mettaient en scène les divins “musici” dans des airs de virtuositĂ© dramatique, taillĂ©s pour leur divin gosier… ainsi 2 airs de Carl Heinrich Graun (circa 1703-1759), extraits de ses ouvrages Demofoonte et Adriano in Siria (1746) qui touchent par leur tendresse digne et blessĂ©e; mais aussi paraissent Leonardo Leo (1694-1744), Leonardo Vinci (circa 1696-1730), Francesco Araia (1709-1770)… soit 11 airs enflammĂ©s entre tendresse hallucinĂ©e et rage expressionniste, atteignant des cimes vocales vertigineuses.

La diva romaine ajoute Ă©galement en un 2è cd, les 3 airs les plus significatifs et les plus intenses de la littĂ©rature pour castrati/musici: l’Ă©poustouflant “Son qual nave” extrait d’Artaserse (1734) du frère de Farinelli, Riccardo Broschi (circa 1698-1756), monument de vocalises tissĂ© pour la voix lĂ©gendaire de… Farinelli… enfin, le nom moins cĂ©lèbre “Ombra mai fu (Serse de Haendel, 1738) et “Sposa, non mi consci”, de Merope de Geminiano Giacomelli (circa 1692-1740): sombre prière d’Epitide frappĂ© par le destin, proche de l’accablement et de l’anĂ©antissement des forces vitales… En plus d’une Ă©tendue de registres surprenante, ayant gagnĂ© de superbes graves aux cĂ´tĂ©s de ses aigus dĂ©cochĂ©s et brillantissimes (Ă©couter ici les extrĂŞmes des registres dans Qual farfalla de Porpora), Cecilia Bartoli apporte une science nuancĂ©e du verbe qui lui permet de colorer par le sentiment autant que par la puissance et l’agilitĂ©, chacun des airs sĂ©lectionnĂ©s.

En presque 1h40 de rĂŞve vocal et de voyage parthĂ©nopĂ©en Ă  remonter le temps, la magicienne Bartoli, Ă  l’agilitĂ© de souffle et d’expression souveraine, s’impose sans rivale. Son beau chant devient aussi architecture du sentiment et du sens: c’est lĂ  que se glisse et s’affirme l’apport capital de la cantatrice, rĂ©flĂ©chie, dĂ©terminĂ©e, pugnace, outre son habituel tempĂ©rament dramatique pour dĂ©fricher, surprendre… sĂ©duire et convaincre. Si le chant des castrats demeure un mythe, l’approche de la diva assoluta Bartoli rĂ©alise un tour de force qui ajoute Ă  la fascination de ce phĂ©nomène d’ivresse lyrique.

CLIC D'OR macaron 200L’Ă©dition dite “deluxe” en 2 cd comprend une notice documentaire très argumentĂ©e qui permet de comprendre la dĂ©marche de la cantatrice admirative de ses prĂ©dĂ©cesseurs baroques Ă  Naples. L’album en hommage aux castrats sacrifiĂ©s sur l’autel de la perfection vocale, contient ainsi “le prĂ©cis du castrat”, vĂ©ritable somme encyclopĂ©dique qui prĂ©sente classĂ©s par entrĂ©es alphabĂ©tiques, de très nombreux articles sur le monde des castrats: compositeurs, villes, opĂ©ration, anecdotes, Ă©videmment chanteurs parmi les plus lĂ©gendaires dont Caffarelli, Farinelli, Senesino… mais aussi Porporino, Carestini, Balatri… auquel un article biographique est dĂ©diĂ©.

Gravure Ă©vĂ©nement (donc Ă©lue ” CLIC ” de CLASSIQUENEWS) dont la sortie officielle est annoncĂ©e au 5 octobre 2009.