COMPTE-RENDU, critique concert. TOULOUSE. le 6 mars 2020. WAGNER, BRUCH : J. SPACEK. Orch. Nat. CAPITOLE /C. MEISTER

COMPTE-RENDU, critique concert. TOULOUSE. le 6 mars 2020. WAGNER, BRUCH : J. SPACEK. Orch. Nat. CAPITOLE /C. MEISTER. Cette annĂ©e anniversaire (250 ans de sa naissance) nous permettra d’entendre symphonies et concertos de Ludwig Van Beethoven encore plus souvent qu’à l’accoutumĂ©e. A Toulouse une sĂ©rie de concerts nommĂ©e « Ludwig » ouvre le bal ce soir. Notre Ă©coute sera donc teintĂ©e de cette conscience : l’interprĂ©tation se cale au sein de cet hommage gĂ©nĂ©ral. La question est donc de savoir ce que le chef va apporter de particulier Ă  notre orchestre qui, nous le savons,  excelle dans Beethoven au fil des annĂ©es sans dĂ©mĂ©riter jamais et notamment sous la baguette inspirĂ©e de Tugan Sokhiev.

Splendeur et efficacité teutonique à Toulouse
lourdeur de Cornelius Meister,
virtuosité séduisante de Josef Spacek

Cornelius Meister, jeune chef allemand, nĂ© dans une famille de musiciens, est un boulimique trĂšs douĂ©. Pianiste soliste et chef d’orchestre, il dirige des opĂ©ras, des concerts symphoniques ; le soliste et le chambriste est sur tous les fronts. Ce soir, allure fringante, trĂšs souriant, il empoigne sa baguette pour diriger les premiĂšres mesures de l’extraordinaire ouverture de TannhĂ€user de Wagner. Recherche de beau son, efficacitĂ© et plĂ©nitude sonore se dĂ©gagent de cette interprĂ©tation. Grandeur et puissance plus mises en avant que recueillement et drame. Le thĂ©Ăątre ne s’invite pas, la version est avant tout symphonique. Les dĂ©tails ne sont pas trĂšs finement mis en exergue et la tension fluctue. Une certaine lourdeur se fait sentir dans des Ă -coups clouĂ©s au sol. Mais l’efficacitĂ© de la superposition des thĂšmes wagnĂ©riens fait son effet et l’enthousiasme naĂźt avec des applaudissements nourris. Il est difficile de rĂ©sister Ă  cette fin si puissante


josef spacek violonist copyright radovan subin concert classiquenewsEnsuite le soliste du concerto pour violon de Max Bruch entre en scĂšne avec beaucoup de naturel. Jouant par coeur comme le chef dirige d’ailleurs, il se lance dans une interprĂ©tation romantique et flamboyante de cette oeuvre si aimĂ©e des violonistes comme du public. Le jeu de Josef Ć paček est noble et Ă©lĂ©gant. La sonoritĂ© est soignĂ©e, nuancĂ©e ; et l’émotion est distillĂ©e avec art. Un sorte de facilitĂ© olympienne habite ce jeu. La lourdeur de la direction de CornĂ©lius Meister se confirme. Accords Ă©crasants, nuances forte abruptes. Le public fait fĂȘte au jeune prodige tchĂšque. En bis il se lance dans une  danse rustique extraite de la sonate n° 5 d’ EugĂšne YsaĂże  oĂč la virtuositĂ© diabolique rencontre la musicalitĂ© la plus dĂ©licate. Avec un art consommĂ© des nuances et des phrasĂ©s, Josef Ć paček envoĂ»te le public comme les musiciens de l’orchestre tous visiblement sous le charme d’un jeu Ă  la facilitĂ© dĂ©concertante.

‹En derniĂšre partie de concert nous arrivons Ă  l’hommage Ă  Beethoven. Une certaine idĂ©e de la musique du maĂźtre de Bonn est dĂ©fendue par la direction de CornĂ©lius Meister. Un Beethoven de poids, se profile dans cette Symphonie n°7 Ă  l’énergie rythmique dĂ©bordante. L’efficacitĂ© teutonique du jeune chef est consĂ©quente et la symphonie se dĂ©ploie avec puissance. Toutefois sans grandes nuances, sans phrasĂ©s ciselĂ©s mais avec une implacable dĂ©termination. De la musique pure sans recherche de sens ni de sentiments. C’est terriblement efficace. Cette tradition hĂ©ritĂ©e du XXĂšme siĂšcle a ses adeptes. Il est possible de rĂȘver autrement cette symphonie en intĂ©grant les apports des versions « informĂ©es » avec des cordes moins Ă©toffĂ©es, des bois plus dĂ©licats  et des cuivres plus nuancĂ©s, des phrasĂ©s plus travaillĂ©s et des nuances plus creusĂ©es.

Nous aurons l’occasion de reparler de ces choix  avec d’autres symphonies et concertos de Beethoven tout au long de cette annĂ©e en forme d’hommage au gĂ©ant Beethoven. L’efficacitĂ© toute teutonique de CornĂ©lius Meister ne nous a pas vraiment convaincus ; la virtuositĂ© toute de musicalitĂ© de Josef Ć paček totalement !
 

 

________________________________________________________________________________________________

 

Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 6 mars 2020. Richard Wagner (1813-1883) : Ouverture de TannhĂ€user ; Max Bruch (1838-1920) : Concerto pour violon n°1 en sol mineur Op.26 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 7  en la majeur op.92 ; Josef Ć paček, violon ; Orchestre national du Capitole de Toulouse ; CornĂ©lius Meister, direction. Photo : © Radovan-Subin

COMPTE-RENDU, concert. Toulouse, le 18 oct  2019. SIBELIUS. CHOI. Orch. Capitole / J. SWENSEN.

sibelius-jeune-portrait-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 18 octobre  2019. J. SIBELIUS. Y.E. CHOI. Orch.Nat.TOULOUSE. J. SWENSEN. Il est des idĂ©es convenues qui peuvent se dissiper en un concert. Tous ceux qui Ă©taient ce soir prĂ©sents, sont capables de se faire une idĂ©e personnelle de la valeur des partitions de Sibelius. Il fait bon genre de mĂ©priser le compositeur finlandais, gloire nationale reconnue prĂ©cocement. Certes il a bĂ©nĂ©ficiĂ© dĂšs ses 37 ans d’une pension Ă  vie de son pays mais ce n’est pas une raison pour brocarder son oeuvre. Le Concerto de violon est rĂ©guliĂšrement jouĂ© mais ne bĂ©nĂ©ficie pas du succĂšs de ceux de Beethoven, Mendelssohn, Brahms, Tchaikovski ou Bruch.

Enfin un concert tout Sibelius Ă  Toulouse !

Il s’agit pourtant d’une partition originale et puissamment expressive. Ce soir dĂšs les premiĂšres mesures dans un son mystĂ©rieux, pianissimo et lointain, le chef et la soliste ont trouvĂ© un parfait accord qui s’est amplifiĂ© tout au long de leur majestueuse interprĂ©tation. Joseph Swensen connait bien les qualitĂ©s de l’orchestre du Capitole, l’acoustique de la Halle-aux-grains et il est violoniste. Il avait tous les ingrĂ©dients pour oser une interprĂ©tation qui restera dans les mĂ©moires. Il fait tonner l’orchestre, obtient Ă©galement des nuances d’une grande subtilitĂ©, laisse les solistes instrumentaux s’exprimer et toujours met en valeur le jeu de la violoniste corĂ©enne. La modernitĂ© de ce concerto et la puissance qu’il recĂšle ont Ă©tĂ© admirablement mis en valeur par Joseph Swensen. La soliste (Y.E. CHOI) avec une grande dĂ©licatesse participe Ă  cette fĂȘte. Sa sonoritĂ© personnelle est pleine, pure et dĂ©licatement nuancĂ©e, les phrasĂ©s sont amples et la virtuositĂ© crĂąnement maĂźtrisĂ©e. Les pianissimo planent haut comme dans le plus pur belcanto, mais les accents peuvent se vivifier et monter en puissance comme par exemple dans certaines doubles cordes.
Le premier mouvement tempĂ©tueux et grandiose offre des moments puissants, la cantilĂšne du second mouvement est pleine de paix et de beautĂ©. Mais c’est le dansant troisiĂšme mouvement qui gagne en expressivitĂ© et en originalitĂ© sous la baguette audacieuse de Joseph Swensen. Il est rare d’entrer un telle modernitĂ© dans ce final et un tel accord entre la soliste, le chef et les musiciens. La dĂ©licate violoniste va revenir plusieurs fois saluer en rĂ©ponse aux acclamations du public et offre un dĂ©licat bis de Bach abordĂ© avec une grande puretĂ©, un peu dĂ©sincarnĂ©e. AprĂšs sa volcanique interprĂ©tation du concerto, ce retour vers plus de sĂ©rĂ©nitĂ© Ă©tait bienvenu.

Pour la deuxiĂšme partie du concert la premiĂšre symphonie de Sibelius semble avoir Ă©tĂ© composĂ©e pour cet orchestre tant les musiciens ont pu mettre en lumiĂšre leurs belles qualitĂ©s. DĂšs les premiĂšres notes du clarinettiste David Minetti, une magie mĂ©lancolique bouleversante a Ă©mu le public. Tant de beautĂ© dans ce solo : ce phrasĂ© ample et si finement nuancĂ© est d’une magie rare. La suite n’a Ă©tĂ© que splendeur orchestrale de chaque instant avec un Joseph Swensen trĂšs inspirĂ© qui ira jusqu’à chanter certains thĂšmes. L’orchestre en osmose donne Ă  cette partition toute sa modernitĂ© et ses audaces, sa puissance tellurique, maritime et cĂ©leste. Les couleurs fusent, les nuances explosent, les phrasĂ©s sont creusĂ©s profondĂ©ment ; l’ampleur du geste embrasse la grandeur de la partition. Un grand moment symphonique que le public a semblĂ© beaucoup apprĂ©cier.
Lorsque le chef est ainsi inspirĂ© et inspire les musiciens du Capitole, le public applaudit et dit son dĂ©sir d’apprendre Ă  aimer d’autres symphonies de Sibelius avec de tels interprĂštes. Une intĂ©grale des symphonies de Sibelius par Swensen Ă  Toulouse, Ă  la maniĂšre de ce qu’il a fait dans Mahler, serait une riche idĂ©e. Le public semble prĂȘt. A suivre.

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le  18 Octobre 2019. Jean Sibelius (1865-1857) : Concerto pour violon et orchestre en ré mineur,Op.47; Symphonie n°1 en mi mineur,Op.39 ; Ye-Eun Choi, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Joseph Swensen, direction.

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 12 avril 2019. ATTAHIR. CHOSTAKOVITCH. R.Camarinha. R. Capuçon. Orch Nat Capitole. T. SOKHIEV

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 12 avril 2019. B. ATTAHIR. D. CHOSTAKOVITCH. R.Camarinha. R. Capuçon. Orchestre National du Capitole. T.SOKHIEV, direction. En apparence rien que de l’habituel avec ce concert d’abonnement. En fait au mĂȘme moment, l’Orchestre du Capitole est Ă©galement dans la fosse de l’OpĂ©ra pour l’extraordinaire Ariane et Barbe Bleue de Dukas dont nous avons rendu compte dans ces colonnes. Ainsi le projet d’agrandir l’orchestre est advenu permettant cette offre gĂ©nĂ©reuse au public de la ville rose.

Quelle puissance musicale Ă  Toulouse !

SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev---credit-Marc-BrennerDeux magnifiques orchestres en un. De son cĂŽtĂ©, Tugan Sokhiev a dirigĂ© un vĂ©ritable marathon le mois dernier avec l’orchestre du BolchoĂŻ et avec le succĂšs que l’on sait. Les retrouvailles Ă  Toulouse ont Ă©tĂ© absolues, naturelles et faites de la fusion musicale que nous connaissons entre le chef et l’orchestre dans leurs meilleurs moments. A prĂ©sent, Chostakovitch est un compositeur que l’orchestre connaĂźt bien et dans lequel il excelle. La symphonie n°6 a Ă©tĂ© un moment de pure merveille, le chef semblant obtenir tout ce qui est possible de son orchestre. Tout a semblĂ© Ă©vident et facile et nous avons Ă©tĂ© entraĂźnĂ© dans cet univers si riche et Ă©mouvant comme par enchantement.
Chostakovitch vivait une pĂ©riode difficile et troublĂ©e avec sa nation. Victime de critiques et de menaces de mort, il a cherchĂ© une sorte d’apaisement avec cette Symphonie. Apaisement trĂšs relatif Ă  bien y regarder. La Symphonie en trois mouvements est construite en un immense crescendo, accelerando aux allures faciles parfois mĂȘme simplistes. Tugan Sokhiev a interprĂ©tĂ© avec finesse, laissant entendre tout ce que le sous texte a de grotesque et de violemment moqueur. Le final virtuose semblant presque une course Ă  l’abĂźme. Le piccolo a tout particuliĂšrement participĂ© Ă  ce mĂ©lange de tendresse et de moquerie.

Les solistes de l’orchestre ont tous Ă©tĂ© magnifiques et ont longuement Ă©tĂ© applaudis. Le public sait apprĂ©cier la musique de Chostakovitch, y prend un grand plaisir. VoilĂ  un bonheur que nous devons Ă  Tugan Sokhiev et Ă  l’énergie que l’orchestre du Capitole sait dĂ©ployer avec la mĂȘme gĂ©nĂ©rositĂ© que le chef.

ATTAHIR-benjamin-portrait-annonce-concert-orchestre-national-de-lille-par-classiquenews-Benjamin-Attahir-Nouveau-Siecle-credit-Ugo-Ponte-ONLEn premiĂšre partie une crĂ©ation mondiale de Benjamin Attahir a tenu de l’évĂ©nement riche en promesses. Benjamin Attahir connaĂźt bien l’orchestre et la ville rose. Il a composĂ© une vaste piĂšce trĂšs belle et permettant de trĂšs intĂ©ressants moments solistes comme des riches moments rythmiques. Des couleurs originales ont irisĂ© l’orchestre. Deux solistes ont Ă©tĂ© invitĂ©s par le compositeur. Le violoniste Renaud Capucon qui connaĂźt bien l’orchestre et participe souvent Ă  ses tournĂ©es, a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une partie complexe dont il s’est tirĂ© avec panache et une fine musicalitĂ©. Le cas de la soprano Raquel Camarihna est diffĂ©rent. Sa voix peu sonore et peu capable ce soir d’harmoniques, a Ă©tĂ© confidentielle dans la vaste Halle-aux-Grains. L’écriture dans le mĂ©dium ne l’a pas favorisĂ©e. Le plus grand Ă©lĂ©ment de dĂ©ception est venu de sa diction inaudible mĂȘme dans le final empli de la plus dĂ©licate poĂ©sie avec un solo diaphane de Capuçon. La longueur de la piĂšce et sa beautĂ© gagneront Ă  ĂȘtre confiĂ©es Ă  une voix plus large et une vĂ©ritable diseuse sinon une tragĂ©dienne, rĂ©ellement capable de communiquer la beautĂ© du texte, car elle a juste Ă©tĂ© suggĂ©rĂ©e ce soir. Entre les Nuits d’étĂ©, le poĂšme de l’amour et de la mer et surtout ShĂ©hĂ©razade, cette « Je/Suis /Ju/Dith » pourra alors trouver la place qui lui revient. Quoi qu’il en soit ce concert a Ă©tĂ© particuliĂšrement prestigieux ce soir. Et ravi, le public, a semblĂ© en prendre toute la mesure.

________________________________________________________________________________________________

Compte- Rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 12 Avril 2019. Benjamin Attahir (nĂ© en 1989) : Je/Suis/Ju/ Dith – Un grain de figue, sĂ©quence 2 sur un thĂšme de Lancelot Hamelin pour soprano, violon et orchestre. CrĂ©ation mondiale. Dimitri Chostakovitch ( 1906-1975) : Symphonie n°6 en si mineur op. 54. Raquel Camarinha, soprano ; Renaud Capuçon, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, Capitole, le 7 avril 2019. DUKAS :  Ariane et Barbe Bleue. Koch, Le Texier / ROPHE.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 7 avril 2019. P. DUKAS.  Ariane et Barbe Bleue. S. PODA . S. Koch. V. Le Texier. J. Baechle. Orchestre et ChƓur du ThĂ©Ăątre du Capitole. P. ROPHE, direction. Une trĂšs impressionnante production du seul opĂ©ra de Paul Dukas au Capitole : Une parfaite rĂ©ussite. Pour son entrĂ©e au rĂ©pertoire, la production de Stefano Poda qui gĂšre tout le visuel, mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes et lumiĂšres est admirable d’intelligence. A nouveau le directeur de la maison, Christophe Ghristi, semble avoir su trouver cette parfaite alchimie entre scĂšne et voix qui magnifie l’opĂ©ra. La scĂ©nographie est riche et complexe Ă  la hauteur de la partition de Dukas. Tout est blanc sur scĂšne dans une harmonie pleine de sous entendus, symboles de la recherche d’ absolu d’Ariane.

 
 
 

Labyrinthe saisissant

PARFAITE ARIANE AU CAPITOLE

 
 
 

dukas-arianne-barbe-bleue-koch-capitole-toulouse-critique-opera-critique-concert-festival-actualites-infos-musique-classique-news-classiquenews-critique-opera

 
 
 

Les lumiĂšres dessinent donc le noir et le gris. Une certaine lassitude est Ă©vitĂ©e de justesse car la richesse du symbole est constamment renouvelĂ©e. Les costumes sont superbes et les dĂ©cors enthousiasmants : un immense mur de corps entassĂ©s au fond et un grand labyrinthe qui descend des cintres, crĂ©ent un huis clos Ă©prouvant. Et des jeux entre les femmes de Barbe Bleu trĂšs intĂ©ressants, reprennent le fameux labyrinthe d’Ariane, symbole si riche. L’impossibilitĂ© pour Ariane de libĂ©rer ses “sƓurs” dĂ©montre que la libertĂ© ne peut jamais s’offrir mais uniquement se mĂ©riter par le courage de sa volontĂ©.  Ainsi les cinq femmes de Barbe Bleue se rĂ©signent au malheur connu y trouvant des facilitĂ©s (les pierres prĂ©cieuses) n’osant pas suivre Ariane sur le chemin de la libertĂ© avec ce que cela comporte d’imprĂ©vus, prĂ©fĂ©rant faire confiance Ă  l’hypothĂ©tique repentir de Barbe Bleue.
Le jeux est trĂšs convainquant avec des danseuses ne faisant pas redondance, mais dĂ©veloppant corporellement chaque personnage avec talent. C’est Ă©videmment le jeu subtil de l’actrice Dominique Sanda en Alladine  (rĂŽle muet) qui est le plus Ă©loquent mais chaque cantatrice est convaincante.

Ce sont la beautĂ© des voix et la splendeur de l’orchestre  qui magnifient parfaitement  la somptueuse partition de Paul Dukas. Sophie Koch conserve sa splendeur de timbre sur toute la tessiture, sa projection est impressionnante et sa diction la plus comprĂ©hensible qui soit. Son incarnation d’une Ariane volontaire et inflexible, mais avec amour, restera inoubliable. Le Barbe Bleue de Vincent Le Texier est sobre et efficace. Un rĂŽle important est dĂ©volu Ă  la nourrice et Janina Baechle sait avec une grande intelligence se servir de sa large voix pour donner beaucoup d’humanitĂ© Ă  celle qui accompagne Ariane dans sa quĂȘte jusqu’au bout de sa propre peur. La proximitĂ© des deux voix en terme de couleurs profondes permet un jeu de miroir trĂšs rĂ©ussi.
Les cinq premiĂšres femmes de Barbe Bleue apportent plus de lumiĂšres dans les timbres. Ainsi particuliĂšrement Andrea Soare en MĂ©lisande et Marie-Laure Garnier en Ygraine. Mais il faut toutes les citer tant l’accord des voix est rĂ©ussi :  Eva ZaĂŻcik en  SĂ©lysette  et Erminie Blondel en BellangĂšre.

 
 
 

toulouse-capitole-arianne-barbe-bleue-opera-critique-opera-critique-concerts-festivals-concerts-critique-classiquenews-musique-classique-classiquenews-opera-critique-information-musique-classique-opera

 
 
 

L’Orchestre du Capitole est sensationnel, tous les musiciens sont virtuoses et intensĂ©ment engagĂ©s dans un jeu parfait.  La direction de Pascal RophĂ© est limpide et sĂ»re ce qui est bienvenu dans une partition aussi complexe. Paul Dukas y fait une extraordinaire recherche de lumiĂšre pour accompagner  son hĂ©roĂŻne, partant  d’une texture parfois complexe et Ă©paisse.  Voici donc une trĂšs belle version du seul opĂ©ra, vĂ©ritable chef d’oeuvre inclassable, de Paul Dukas.  Elle  a Ă©tĂ© offerte au public du Capitole par une Ă©quipe de haut vol.  France Musique a posĂ© ses micros et Culture Box ses camĂ©ras pour immortaliser cet opĂ©ra si rare qui sera diffusĂ© les 14 avril et 5 mai 2019.

 
 
   
 
 

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 7 avril 2019. Paul Dukas (1865-1935) : Ariane et Barbe Bleue, OpĂ©ra en trois actes. Livret de Maurice Maeterlinck. CrĂ©ation le 10 mai 1907 Ă  l’OpĂ©ra-Comique.  Nouvelle production. Stefano Poda, mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes et lumiĂšres. Sophie Koch : Ariane. Vincent Le Texier : Barbe-Bleue. Janina Baechle : La Nourrice. Eva ZaĂŻcik  : SĂ©lysette. Marie-Laure Garnier : Ygraine. Andreea Soare : MĂ©lisande. Erminie Blondel : BellangĂšre.  Dominique Sanda : Alladine. Orchestre national du Capitole et ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani : chef de chƓur. Pascal RophĂ© : direction musicale. Illustrations : © Cosimo Mirco Magliocca / Capitole de Toulouse 2019.

 
 
   
 
 

Compte-rendu, concert. Paris. Philharmonie, le 5 nov 2018. Chen. Chostakovitch. Moreau / Sokhiev.

Compte-rendu, concert. Paris. Grande salle de la philharmonie, le 5 novembre 2018. Qigang Chen. Dimitri Chostakovitch. Edgar Moreau, violoncelle. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev. Salle pleine Ă  la Philharmonie ce soir pour la crĂ©ation d’une Ɠuvre de Qigang Chen, compositeur sino-français que le public adore. L’Orchestre National du Capitole de Toulouse et son chef Tugan Sokhiev avaient dĂ©jĂ  donnĂ© ce mĂȘme concert deux jours auparavant dans leur ville de Toulouse. Le sublime solo de trompette qui ouvre « avenir d’une illusion » a Ă©tĂ© jouĂ© avec beaucoup de dĂ©licatesse par Hugo Blacher. La direction prĂ©cise et souple du chef a fait merveille dans ce moment de magie qui a progressivement ouvert les oreilles des auditeurs vers des sonoritĂ©s de plus en plus corsĂ©es.

  
 
 

SOKHIEV chen chostakovch philharmonie concert par classiquenews critique concert

  
 
 

Toulouse et Paris main dans la main : que de félicité !

  
 

La poĂ©sie qui se dĂ©gage de cette ouverture est celle d’un matin, Ă  la sortie des songes qui voit se lever le soleil et toute la nature se rĂ©veiller. Mais Ă©galement qui met en mouvement toute l’intelligence et la sensibilitĂ© humaine. AprĂšs de sublimes aplats, une formule mĂ©lodico rythmique trĂšs courte, comme un appel,  est passĂ©e d’un instrumentiste Ă  l’autre.  Tout l’orchestre s’est ainsi vu stimulĂ© pour petit Ă  petit se superposer et grandir. L’ostinato du piano d’une prĂ©cision horlogĂšre dĂ©bute la construction du final qui voit s’empiler petit Ă  petit tous les instruments de l’orchestre pour terminer dans une puissance rarement atteinte par un orchestre symphonique. Les qualitĂ©s de la composition de Qigang Chen sont multiples et mĂ©ritent vraiment une Ă©coute attentive pour ĂȘtre toutes mises en valeur. Une crĂ©ation de cette qualitĂ© est trĂšs rare. Le temps va permettre d’en comprendre toute la beautĂ© et la subtilitĂ© mais dĂ©jĂ  le charme opĂšre en une Ă©coute unique.  L’association de l’Orchestre du Capitole et de la Philharmonie de Paris, commanditaires de cette magnifique composition, ne peut qu’ĂȘtre louĂ©e.  Cette belle crĂ©ation a Ă©tĂ© faite d’abord Ă  Toulouse puis Paris, avec le mĂȘme succĂšs. Il y a une magnifique transparence dans l’orchestration de Cheng que la direction trĂšs inspirĂ©e de Tugan Sokhiev rend merveilleusement bien, grĂące aux qualitĂ©s de dĂ©licatesse de l’orchestre de Toulouse. Hugo Blacher avec son solo de trompette sublime ouvre avec Ă©motion cette belle partition. Et bien des solistes lui emboĂźtent le pas avec les mĂȘmes qualitĂ©s, il faudrait tous les citer… Qigang Chen est le compositeur sino-français que le monde entier admire, et cela se comprend aisĂ©ment. Le public parisien a semblĂ© adorer cet « ItinĂ©raire d’une illusion ». Il faut dire qu’une crĂ©ation avec des musiciens si virtuoses et un chef si prĂ©cis et musical Ă  la fois ne peut qu’apporter toute satisfaction. Une crĂ©ation de cette qualitĂ© tord le cou aux idĂ©es reçus sur l’inĂ©coutable trop souvent mis en exergue par d’autres compositions contemporaines.  Il est possible d’écrire une partition facile d’écoute et de grande complexitĂ©, la preuve en est donnĂ©e ce soir avec Ă©clat.

  
 
 

chen-orchestre-capitole-toulouse-tugan-sokhiev-creation-philharmonie-de-paris-critique-concert-par-classiquenews

  
 
 

Tout en modestie, le jeune Edgar Moreau rentre ensuite en scĂšne avec son violoncelle ; il s’installe sur son estrade. La complicitĂ© avec Tugan Sokhiev est palpable. DĂšs son dĂ©licat  premier coup d’archet, nous savons que ce prodigieux interprĂšte va rendre hommage au gĂ©nie de Chostakovitch. Ce deuxiĂšme concerto si complexe et difficile a Ă©tĂ© commandĂ© par Rostropovitch, c’est dire ! Il est impossible de dĂ©crire l’admirable osmose qui existe entre le soliste et l’orchestre. Tugan Sokhiev a les yeux partout et ne laisse jamais rien au hasard. La prĂ©cision de sa direction est implacable tout en laissant de grandes plages de legato pour le soliste. Il est partout,  Ă  la fois suspendu aux gestes du violoncelliste et encourageant chaque musicien de l’orchestre. Et les moments solistes dans l’orchestre sont nombreux ! Les nuances sont creusĂ©es de façon sublime ; les couleurs du violoncelle s’harmonisent avec celles de l’orchestre. VoilĂ  une trĂšs belle interprĂ©tation de ce concerto. Le succĂšs est grandiose, partagĂ© entre l’orchestre, le chef et ce soliste si attachant. Edgar Moreau a une maĂźtrise technique impeccable, totalement mise au service de la musicalitĂ© la plus dĂ©licate.

Nous avions dĂ©jĂ  entendu Ă  deux reprises la magnifique interprĂ©tation toulousaine de la CinquiĂšme symphonie de  Chostakovitch et nous nous faisions une fĂȘte de la dĂ©guster dans la magnifique acoustique de la Philharmonie de Paris. Il est certain que le public toulousain peut admirer son orchestre sous la direction de son chef dans la  Halle-aux-Grains mais vraiment ce n’est pas le mĂȘme orchestre que nous pouvons entendre Ă  Paris. J’ai dĂ©jĂ  souvent Ă©crit combien cette acoustique est merveilleuse mais vraiment c’est lorsque l’Orchestre du Capitole de Toulouse joue dans de belles acoustiques comme Ă  Paris, qu’il sonne magnifiquement bien. Les  nuances infimes  peuvent ĂȘtre dĂ©veloppĂ©es et les forte ici sont gĂ©nĂ©reux sans risque de saturation et sans jamais la moindre violence. Car c’est une caractĂ©ristique de la direction de Tugan Sokhiev de toujours dĂ©velopper trĂšs progressivement les nuances et de garder une petite marge pour le dernier forte. Toute la puissance contenue dans la symphonie, la provocation, la moquerie, voir la mĂ©chancetĂ© ont trouvĂ© dans cette interprĂ©tation toute leur place. Le final avec cette construction implacable a amenĂ© le public Ă  vĂ©ritablement exulter.
Un magnifique concert dont la dimension historique est relayĂ©e sur le net, sur le site de la Philharmonie de Paris Live. La partition de Qigang Chen mĂ©rite d’ĂȘtre connue et Chostakovitch n’est jamais assez jouĂ© ; d’autant que lĂ , il est interprĂ©tĂ© d’une admirable façon.

  
 
 

________________________________________________________________________________________________

Compte rendu concert. Paris. Grande salle de la philharmonie, le 5 novembre 2018. Qigang Chen (NĂ© en 1951) : l’avenir d’une illusion ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violoncelle n° 2 et Symphonie  n°5 ; Edgar Moreau, violoncelle ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.

  
 
 

Béatrice et Bénédicte à Toulouse

berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980TOULOUSE. Berlioz :BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. 30 septembre – 11 octobre 2016. COMEDIE AMOUREUSE D’APRES SHAKESPEARE. Quand il n’est pas inspirĂ© par Goethe (La Damnation de Faust), Berlioz reste indĂ©fectiblement inspirĂ© par son cher William Shakespeare. OpĂ©ra en deux actes ou plutĂŽt comĂ©die dramatique d’aprĂšs Beaucoup de bruit pour rien, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dicte est crĂ©Ă© en 1862 (Baden Baden) par un compositeur quinqua (58 ans), mĂ»r et sĂ»r de ses capacitĂ©s lyriques et dramatiques. C’est son dernier opĂ©ra, un ouvrage loin des Ă©vocations oniriques et spectaculaire des Troyens : une comĂ©die pour un ultime adieu Ă  la scĂšne thĂ©Ăątrale (comme verdi dans Falstaff).
Le Romantique exploite toute la verve aigre douce d’un Shakespeare faussement badin : BĂ©atrice / BĂ©nĂ©dicte ont trop de tempĂ©rament et d’électricitĂ© quand ils se croisent pour n’ĂȘtre pas entichĂ©s l’un de l’autre : ce rapport haine / amour permet aux auteurs d’aborder l’émergence amoureuse, sentiment Ă©tranger et absent au dĂ©but du drame. S’ils se disputent sans limites, les deux adolescents s’aiment trop inconsciemment pour ĂȘtre indiffĂ©rent Ă  l’autre. Belrioz, grand lecteur de mythes et de lĂ©gendes (comme Wagner), adapte lui-mĂȘme la trame de la comĂ©die shakespearienne avec une furiĂ  orchestrale (proche de son Benvenuto Cellini) qui Ă©clate dans ses scintillements instrumentaux, dĂšs l’ouverture. A l’agacement succĂšde la tendresse et l’attachement. Et le grand Hector, dont la fougue n’ a jamais tari, de la Fantastique aux troyens, Ă©blouit ici par sa grĂące attendrie
 Nouvelle production au ThĂ©Ăątre du Capitole de Toulouse (production prĂ©cĂ©demment prĂ©sentĂ©e Ă  Bruxelles au printemps 2016). LIRE aussi notre grand dossier William Shakespeare 2016 : William qui ĂȘtes vous ?

BeatriceEtBenedict-2Béatrice et Bénédicte de Berlioz au Capitole de Toulouse
6 représentations
Durée : 2h20
vendredi 30 septembre 2016 Ă  20h00
dimanche 2 octobre 2016 Ă  15h00
mardi 4 octobre 2016 Ă  20h00
vendredi 7 octobre 2016 Ă  20h00
dimanche 9 octobre 2016 Ă  15h00
mardi 11 octobre 2016 Ă  20h00

Opéra-comique en deux actes sur un livret du compositeur
d’aprùs Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare
créé le 9 août 1862 au Théùtre Bénazet, Baden-Baden

Distribution

Tito Ceccherini, direction musicale
Richard Brunel, mise en scĂšne

Julie Boulianne, BĂ©atrice
Joel Prieto, Bénédict
Lauren Snouffer, HĂ©ro
Gaia Petrone, Ursule
Aimery LefĂšvre, Claudio
Bruno PraticĂČ, Somarone
Thomas Dear, Don Pedro
Pierre Barrat, LĂ©onato
SĂ©bastien Dutrieux, Don Juan

Orchestre national du Capitole
ChƓur du Capitole

RESERVEZ VOTRE PLACE
Réservations : billetterie : place du Capitole, BP 41408 Toulouse Cedex 6 ; par tél.: 05 61 63 13 13 ou sur internet : service.location@capitole.toulouse.fr / page dédiée à Béatrice et Bénédicte de Berlioz sur le site du Capitole de Toulouse