Centenaire de Bayreuth : Le RING 1976 de Chéreau et Boulez sur ARTE

bayreuth-festival-chereau-boulez-1976-centenaire-critique-opera-classiquenews-arte-diffusion-documentaireARTE, dim 14 nov 2021, 18h55. Wagner : Le Ring, Chéreau / Boulez. Documentaire événement sur Arte : comment comprendre le choc et le scandale qu’a suscité la production du Ring conçu par les français, Pierre Boulez et Patrice Chéreau, en 1976, alors spectacle commémorant les 100 ans de Bayreuth ? Huée à sa création, la production est devenue mythe musical alors que le metteur en scène n’avait que 31 ans. Les dernières représentations à Bayreuth en 1980 provoquèrent même un sentiment unanime de déception et de perte, totalisant 107 rappels et 98 mn d’ovation à tout rompre ! On n’avait jamais vécu cela sur la colline verte.

Avec le recul, la vision postromantique et industrielle de ChĂ©reau apporte Ă  la comprĂ©hension du Ring, soit les 4 opĂ©ras reprĂ©sentĂ©s en un mĂŞme cycle (L’or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried, Le CrĂ©puscule des dieux), une lecture claire des conflits de classes et de clans. Dieux, gĂ©ants, hĂ©ros, nains y sont figurĂ©s dans un dĂ©cor qui cite Ă  la fois le rĂ©alisme cynique de l’exploitation de l’homme par l’homme, et la magie des tableaux naturalistes (dont le rocher sublime, dernière rĂ©sidence de la Walkyrie, inspirĂ©e par les tableaux du peintre Böcklin…).

boulez-chereau-ring-bayreuth-1976-documentaire-arte-classiquenewsDĂ©jĂ  cinĂ©matographe, Wagner y Ă©labore avant le cinĂ©ma, le spectacle total qui offre Ă  l’humanitĂ©, un miroir sur ce profonde identitĂ© : sa nature envieuse et jalouse qui la porte Ă  l’exploitation et au crime le plus crapuleux. MĂŞme le couple admirable, Brunnhilde et Siegfried sont immolĂ©s sur l’autel du pouvoir ; elle, porteuse nĂ©anmoins du dernier espoir ; lui victime Ă  cause de sa trop grande naĂŻvetĂ©. Si Siegfried est fort et ne connaĂ®t pas la peur, il est la cible dĂ©sarmĂ©e des intrigues politiques et tactiques de Hagen et des Gibishungen. Entre deux tableaux spectaculaires (le dĂ©but de l’Or du RHin, sorte de maelstrum primitif et cosmique, la montĂ©e des dieux au Walhalla construit par les gĂ©ants Ă  la fin du mĂŞme Or du Rhin ; la chevauchĂ©e des Walkyries, la mort de Siegfried, etc…) Wagner nous parle d’amour (Siegmund et Sieglinde, couple incestueux sacrifiĂ©s des Welsungen, les parents de Siegfried), d’adieux dĂ©chirants (quand Wotan doit se dĂ©faire de Brunnhilde et la laisser sur son rocher de flammes), de haine et de machiavĂ©lisme (agissements des tĂ©nĂ©breux Alberich le père, Hagen son fils), de dieu mourant Ă  l’agonie (Wotan devenu le Wanderer)… Offrant une lecture magistrale des dĂ©placements et des Ă©carts de temps au cours du drame, ChĂ©reau imagine aussi des scènes saisissantes au moment du passage d’un acte Ă  l’autre, d’un lieu Ă  l’autre, en mettant Ă  nu des machineries somptueuses. Le documentaire de 44 mn, interroge la pertinence d’une production oĂą brille le gĂ©nie critique et analytique des Français Ă  Bayreuth. TĂ©moignent Vincent Huguet, assistant de Patrice ChĂ©reau, le chanteur wagnĂ©rien GĂĽnther Groissböck, le metteur en scène Barrie Kosky… Photos : DR.

En replay sur ARTEconcert, du 13 nov au 13 déc 2021.
VOIR sur YOUTUBE, l’Or du Rhin :
https://www.youtube.com/watch?v=eGDuFAbkpBU

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ARTE, dim 14 nov 2021, 18h55. Wagner : Le Ring, Chéreau / Boulez. Documentaire

Livres, annonce : Mallarmé et la musique, la musique et Mallarmé (PUR, collection Aesthetica, Presses Universiatires de Rennes, 2016)

mallarmé et la musique aesthetica presses universitaires de rennes livres antoine bonnet et pierre henry frangne ecriture orchestre scene voix 1456157767Livres, annonce : Mallarmé et la musique, la musique et Mallarmé (PUR, collection Aesthetica, Presses Universiatires de Rennes, 2016). Mallarmé et la musique, la musique et Mallarmé / L’écriture, l’orchestre, la scène, la voix. Le livre explore à la fois la théorie mallarméenne de la musique, sa mise en pratique poétique, et les compositeurs qui ont mis les textes et poèmes de Mallarmé en musique : principalement Debussy, puis Boulez qui en fit le cœur de son travail poétique et musical. Fidèle à son scrupule éditorial, le nouveau numéro de la collection Aesthetica interroge la perception et l’évolution du rapport poésie / musique à travers le prisme des observations, commentaires et témoignages de Mallarmé, depuis son époque jusqu’à l’écriture contemporaine. Evidemment, le témoin du Paris fin de siècle (le même que Proust) est évoqué, analysé (« Pour une poétique du rituel musical, Mallarmé auditeur du Paris fin de siècle »), chapitre qui clôt la première partie : « Mallarmé et la musique ». Notre préférence va à la seconde partie beaucoup plus en lien avec l’écriture et l’esthétique musicale qui nous intéresse : la place de l’Après midi d’un faune, « au fondement de la modernité musical » ; l’atelier Boulézien fait figure de meilleur élève, la posture et l’esthétique défendus par Mallarmé, étant ainsi une source forte d’inspiration : « Boulez ou l’écriture de la résonance » ; « Boulez selon Mallarmé selon Butor » ; Boulez et Mallarmé : perspective(s) sont les approches qui tentent de tourner autour de l’équation Boulez / Mallarmé. Compte rendu développé à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com…

Livres, annonce : Mallarmé et la musique, la musique et Mallarmé (PUR, collection Aesthetica, Presses Universiatires de Rennes, 2016) — Antoine Bonnet et Pierre-Henry Frangne (dir.) Livres, compte rendu critique.  Mallarmé et la musique, la musique et Mallarmé. Avec le soutien de deux équipes de recherche de l’université Rennes 2 : l’EA 3208 « Arts : pratiques et poétiques » et l’EA 1279 « Histoire et critique des arts ». PUR Presses Universitaires de Rennes / Collection : Æsthetica, 246 pages. Parution mars 2016. ISBN : 978-2-7535-4856-5. Prix : 18,00 €

Compte rendu, concert. Paris, Philharmonie 1, le 3 février 2015. Boulez: Pli selon pli. Varèse : Amériques. Marisol Montalvo, soprano (Pli selon pli). Ensemble Intercontemporain, Orchestre du CNSMDP. Matthias Pintscher, direction.

Une nuit magique, où l’hiver s’attache encore au ciel étoilé et aux lunes encore glacées. Sur le parvis de la Villette, la nef immense, tel un long cétacé semble dormir sous sa peau d’argent, mais son ventre gronde de lumière et bruisse d’impatience et d’éveil.  La Philharmonie ouvre ses portes au maître qui la désira de tous ses sens, Pierre Boulez, dont le siècle est déjà proche, un siècle qui lui doit tant.

Le bel aujourd’hui…

Pierre_BoulezLe retour des mystères incroyables de Pli selon pli et les vers sublimes de Stéphane Mallarmé, mais cette fois-ci dans le nouvel amphithéâtre de la Philharmonie de Paris (Philharmonie 1). Être confronté à un tel monument est en soi un vertigineux défi pour la sensibilité. La musique de Pli selon pli éveille, motive, incite et décline des mystères, une sorte de mystique sensuelle incarnée par la soprano qui est tour à tour vierge et enchanteresse, muse et élément.  Dans ce rôle protéiforme, la très latine Marisol Montalvo a touché à la perfection la corde puissante du désir et du symbole.  Avec une voix cristalline, plus incarnée que celle de Barbara Hannigan,  elle offre à la partition de Boulez un souffle émotionnel plus sauvage, aux prises avec une sensualité exacerbée. Là où Hannigan offre l’extase des camélias d’hiver, Marisol Montalvo fait naître des orchidées des forêts vierges et des rosiers pourprés. La seule faille fut un léger défaut dans la prosodie dans le français, essentiel néanmoins pour saisir l’intensité de l’œuvre.  Quand la voix laissa sa place à l’immense orchestre des Amériques de Varèse,  le leviathan sembla chanter à plusieurs voix dans cette exposition splendide de mondes divers. « Amériques » poursuit une quête dans la nouveauté, un langage pléthorique des sons, nous avons entendu l’imaginaire d’avant-garde qui n’a pas pris une ride. La musique de Varèse est d’une colossale finesse et offre une multitudes de références. Surtout quand l’irruption de sirènes mécaniques parsème la pièce. Un clin d’œil à ce parti pris des choses que Ponge décrivit si bien, une sorte de manifeste pour la musique du quotidien, où la nouveauté n’est toujours pas lointaine ni inatteignable.

Pour ce concert aux couleurs diverses et complémentaires, l’Ensemble Intercontemporain s’associe à l’Orchestre du CNSMDP.  Dans les rangs de l’Intercontemporain, nous entendons la précision, la parfaite maîtrise des styles et des nuances tant de Boulez que de Varèse, ils forment une belle tête de proue à un orchestre du CNSMDP parfois en mal de cohérence et de justesse. Nous saluons néanmoins les musiciens qui ont démontré d’une manière remarquable une assise chevronnée dans ce répertoire et une réponse très vive face aux exigences de ces deux œuvres monumentales.

A la tête de ces deux univers différents,  Matthias Pintscher est correct, mais, on remarque une battue quelque peu sévère et nerveuse. Dans Pli selon pli,  sa direction ôte parfois une souplesse inhérente à l’œuvre, qui aurait pu la rendre un peu plus légère.  Dans Amériques, sa direction demeure bonne mais un peu trop sur la retenue. A la Philharmonie maintenant les pas sont feutrés, une certaine émotion naît en sortant de cette nef d’argent et de verre,  surtout quand au loin on aperçoit cet immense monument de la musique qui rappelle les vers de Mallarmé :

« Cet unanime blanc conflit
D’une guirlande avec la même,
Enfui contre la vitre blĂŞme
Flotte plus qu’il n’ensevelit. »

Compte rendu rédigé par notre rédacteur Pedro Octavo Diaz. illustration : Pierre Boulez (DR)