BOLCHOI : Anna Netrebko et Yusif Eyvazof chantent Manon Lescaut

AnnaNetrebko_und_Yusif_Eyvazov_Copyright_by_Vladimir_ShirkovMoscou, Bolshoï. Anna Netrebko chante Manon Lescaut, 16-22 octobre 2016. Devenue spécialiste du rôle tragique Puccinien, la superdiva austro-russe Anna Netrebko incarne Manon, personnage dissolu, amoureux et finalement condamné sur la scène du Bolchoï de Moscou, pour 5 dates d’octobre 2016, les 18, 19, 20, 22 octobre. Sous la direction du chef Jader Bignamini, la soprano au timbre incandescent chante aux côtés du ténor Yusif Eyvazof (DesGrieux), son époux à la ville. Après Le Villi (1884), puis Edgar (1889), le jeune Puccini suscite un premier immense triomphe avec Manon Lescaut au Teatro Regio de Turin en 1893 : il a 35 ans. D’après le roman moral de l’Abbé Prévost (1731), et après l’opéra de Massenet (1884), Puccini s’empare de la figure fragile et dissolue de la jeune Manon, qui d’Orléans où elle devait rejoindre le couvent, s’émancipe à Paris comme cocotte des perruques grises mais fortunées. DesGrieux tente de la sauver, mais elle est arrêtée puis exilée du Havre vers l’Amérique du nord pour y mourir d’épuisement… C’est une partition qui offre deux rôles superbes à la soprano et au ténor : défis que relèvent aujourd’hui, Anna Netrebko et son époux.

VERISMO, le nouvel album d'Anna NetrebkoLa diva publie en septembre son nouvel album VERISMO, anthologie d’airs d’opéras de Cilea, Leoncavallo, Puccini (dont plusieurs extraits avec son époux de Manon Lescaut justement) et aussi, audace dont elle a le secret, TURANDOT dont elle chante airs de Liù et de la princesse chinoise : le résultat est stupéfiant ; il a déjà suscité l’enthousiasme de la rédaction cd de classiquenews.

 

INFOS et RESERVATIONS sur le site du Bolchoï / Manon Lescaut par Anna Netrebko

 

Le Bolchoï danse La Mégère Apprivoisée

79-affiche-1435920493Cinéma. La Mégère apprivoisée, dimanche 24 janvier 2015, 16h. En direct du Bolchoi, la dernière chorégraphie de Jean-Christophe Maillot, conçue spécialement pour la troupe de danseurs du Bolchoi (créée à l’été 2014). Musique de Chostokovitch. D’après Shakespeare, le chorégaphe français conçoit une nouvelle production présentée à Monaco en décembre 2014. La réalisation de ce nouveau défi avait été retardé après l’attentat perpétré contre la personne de Sergei Filin, directeur du Ballet du Bolchoï dont les danseurs devaient depuis le début de l’aventure créer le nouveau spectacle. L’engagement des danseurs russes a beaucoup pesé pour la réussite du ballet : en particulier, le profil de la mégère impossible, acariâtre, perfectionniste, rebelle et pourtant incontournable, magistralement incarnée / dansée par l’excellente Ekaterina Krysanova (pour la création estival 2014 à Moscou, puis repris en décembre 2014 pour lancer la saison russe à Monaco). Maillot cisèle la palette des affects pour chaque personnage. Le fauve faune provocateur, érotique et nerveux du Petruccio de Vladislav Lantratov, reste une figure mémorable lui aussi à la création, d’une vélocité athlétique dans le sillon de ses aînés russes Noureev ou Baryschnikov : la Mégère et son partenaire qui la révèle, et sort sa vraie nature, composent alors un duo les mieux façonnés par Maillot. Ni dominée ni dominateur dans leur couple, mais une rencontre au sommet, celle de deux âmes égales qui ayant une très haute idée de l’amour, ne la bradent pas en se commettant avec les autres. Les deux êtres sont des torches enflammées, embrasées, vivantes d’une ardeur incandescente inouïe. Deux électrodes au magnétisme puissant qui font imploser le cadre classique de la scène chorégraphique.

Deux amants magnifiques

La-Mégère-apprivoisee_vladislav-Lantratov_ekaterina-KryssanovaC’est dire. Contrepointant le relief de ce couple désormais anthologique, les deux plus romantiques Vicentio et Bianca, enrichissent aussi la galerie de portraits. Maillot y atteint le meilleur de sa production. Il y a dans son écriture des accents impétueux qui cassent la rigide école russe, en particulier dans les sauts, bonds et rebonds des hommes. C’est un glossaire de pas et de jetés virevoltants d’une splendeur technique incomparable que le chorégraphe sait exploiter et cultiver grâce à l’excellence acrobatique du corps de ballet du Bolchoi. Pour accentuer la mécanique cynique et sauvage de l’amour shakespearien tel qu’il se déroule dans La Mégère apprivoisée, Maillot a choisi l’âpreté vive et aiguë de Chostakovitch dont Moscou-Tcheromiouchki, Hamlet, Taon mais aussi, surtout la Symphonie Leningrad, conscience musicale nationale en Russie qui ouvre le ballet vers des perspectives d’une ampleur saisissante… Enfin, ultime pépite en guise de conclusion : le délicieux et presque innocent Tahiti trot (arrangement de Tea for two) qui conclue malicieusement ce ballet magnifique. De fait, voilà longtemps que le Bolchoï n’avait pas interprété un ballet contemporain aussi magnifiquement ciselé pour ses propres capacités. Avec ce nouveau ballet, Maillot semble vouloir nous dire que les danseurs du Bolchoï sont bien les meilleurs du monde… A voir indiscutablement.

Cinéma. La Mégère apprivoisée, Dimanche 24 janvier 2015, 16h. En direct du Bolchoi. Chorégraphie de Jean-Christophe Maillot pour la troupe du Bolchoi. Musiques de Chostakovitch. Toutes les infos en cliquant ici

Voir aussi toute la saison 2015 – 2016 du Bolchoi au cinéma

Tchaikovski: La Belle au bois dormant, Bolchoi 2011

Noureev_belle_bois_dormantArte. Tchaïkovski: La Belle au bois dormant. Bolchoï, 2011. Le 23 février 2014,23h20.  Bolchoï: la belle ressuscitée. Pour la réouverture du théâtre mythique en novembre 2011, toutes les équipes locales réalisent un morceau de bravoura du répertoire, le ballet de Tchaïkovski, La Belle au bois dormant: Aurore, princesse nouvellement née, reçoit l’hommage des fées de tout le royaume (à l’époque de Florestan XIV…). C’était compté sans l’irruption de l’ignoble Carabosse (son arrivée ténébriste sur les accents grimaçants des clarinettes/bassons), qui vexée de n’avoir pas été conviée, maudit le bambin dans ses langes, la condamnant à l’inéluctable mort à ses 16 ans… Heureusement, la bonne fée des Lilas retardataire peut adoucir l’envoûtement sans l’annuler: Aurore se piquera au doigt mais s’endormira pour 100 ans… Au terme desquels, le prince charmant la réveillera, désensorcelant par là même tout le royaume… Féerie des costumes, somptuosité des décors qui convoquent l’esprit du Grand Siècle français (XVIIème, l’époque de Charles Perrault), surtout perfection des ensembles comme des solistes, la nouvelle production de La Belle au bois dormant version Bolchoï 2011, est une réussite. Au sommet de la distribution dans le rôle d’Aurore: l’étoile Svetlana Zakharova.; et dans la fosse, chef (Pavel Klinitchev) et orchestre s’impliquent avec une nervosité souvent expressionniste. Tchaïkovski sait nous transmettre et le souffle de l’action tragique et héroïque, et la grandeur du Baroque Français (dans les décors l’oeil avisé détecte de nombreuses références aux peintres dont les ports de Claude Lorrain… où les perspectives théâtrales à la Bérain composent un subtil écrin pour les grilles dorées dans le style versaillais). Les personnages de pur théâtre (le Roi, Carabosse…) sont incarnés avec un sens de la composition; faire valoirs efficaces pour les rôles dansés dont triomphent la fée des lilas et surtout Aurore… L’école de danse russe paraît ici dans toute sa splendide incarnation: de la froideur voire de l’arrogance, mais une technicité évidente? Pour autant est ce suffisant? Malgré la précision gestuelle et le sens de la pose, il y manque souvent la grâce des danseurs étoiles français de l’Opéra national de Paris… Mais ne boudons pas notre plaisir: incontournable spectacle de 2h15mn.

Tchaïkovski. La Belle au Bois dormant, Ballet enregistré au Théâtre Bolchoï. Le célèbre ballet de Marius Petipa participe à la saison de réouverture du mythique Bolchoï, dans une chorégraphie de Yuri Grigorovich, directeur artistique et chorégraphe du Bolchoï de 1964 à 1995. La chorégraphie est ici recréée dans une version nouvelle. Le rôle de la princesse Aurore est dansé par la jeune étoile Svetlana Zakharova. Les décors sont signés Ezio Frigerio et les costumes, Franca Squarciapino, deux orfèvres de la féérie visuelle.

arte_logo_2013Arte, dimanche 23 février 2014 à 23h20. Tchaïkovski : La Belle au bois dormant
Production du Bolchoï, novembre 2011