COMPTE-RENDU, concert piano. Festival Dinard, les  11 et 12 août 2019. A Jaoui, C-M Le Guay, B Chamayou. la Comtesse de Ségur, Ravel.

COMPTE-RENDU, concert piano. Festival International de Musique de Dinard, les  11 et 12 aoĂ»t 2019. AgnĂšs Jaoui, comĂ©dienne, Claire-Marie Le Guay, Bertrand Chamayou, piano. Schumann, Ravel, Saint-SaĂ«ns, et la Comtesse de SĂ©gur. La trentiĂšme Ă©dition du Festival International de Musique de Dinard est un cru exceptionnel. Claire-Marie Le Guay, sa nouvelle directrice artistique, l’a voulue festive, « fiĂšre de son histoire et tournĂ©e vers l’avenir ». Depuis le 10 aoĂ»t et jusqu’au 18, huit journĂ©es musicales (festival off et soirĂ©es) offrent la diversitĂ© de concerts dotĂ©s chacun d’une identitĂ© particuliĂšre. De la magie du concert d’ouverture, en plein air au parc de Port-Breton, au concert de clĂŽture Ă  l’église Notre-Dame, un public de tous Ăąges, venu nombreux, aura partagĂ© de belles Ă©motions et de grands moments de joie musicale. Le 11 aoĂ»t, l’ambiance Ă©tait Ă  la fĂȘte pour les enfants, petits
et grands! Le 12 aoĂ»t, le pianiste Bertrand Chamayou donnait un mĂ©morable rĂ©cital.

 

 

EN FAMILLE AU CONCERT, AVEC CLAIRE-MARIE LE GUAY ET AGNÈS JAOUI
 

 

 

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On connait la proximitĂ© de Claire-Marie Le Guay avec la jeunesse, et son engagement depuis plusieurs annĂ©es dans des projets originaux de sa crĂ©ation, Ă  l’attention du jeune public. Pas Ă©tonnant de trouver alors au cƓur de sa programmation un « concert en famille »! AttisĂ©e par la curiositĂ©, je prends la route vers la cĂŽte d’Émeraude. Car ce dimanche 11 aoĂ»t, Claire-Marie Le Guay et AgnĂšs Jaoui, qu’on ne prĂ©sente plus, conjuguent leurs talents autour des Malheurs de Sophie. C’est AnaĂŻs Vaugelade qui a montĂ© cette histoire tirĂ©e du cĂ©lĂšbre roman de la Comtesse de SĂ©gur, des aventures toutes plus piquantes les unes que les autres! En amont, le travail de l’artiste Matthieu CossĂ© avec les Ă©lĂšves des Ă©coles dinardaises au sein de l’association La Source crĂ©Ă©e par le peintre GĂ©rard Garouste: un fond de scĂšne illustrant de toutes les couleurs les pĂ©ripĂ©ties de la petite fille. Voici donc que le public, toutes gĂ©nĂ©rations rĂ©unies, arrive dans l’auditorium Stephan Bouttet. La fĂȘte commence pour les enfants avec une grosse part de brioche, le quatre heures avant tout! Le concert affiche complet. Sur la scĂšne, devant l’immense panneau peint, le grand piano Ă  gauche, une table ronde et une chaise, peinte aussi de toutes les couleurs. Claire-Marie la pianiste, et AgnĂšs la conteuse arrivent et donnent quelques indices: la musique de Schumann va illustrer la tendresse, l’espiĂšglerie, les pleurs et les rires
 Quoi de mieux en effet que le regard de ce compositeur sur l’enfance, dans ses ScĂšnes d’enfants, son Album pour la jeunesse, et ses ScĂšnes de la forĂȘt? Ces courtes piĂšces jouĂ©es avec fraĂźcheur et poĂ©sie par Claire-Marie Le Guay s’articulent merveilleusement avec l’histoire qu’AgnĂšs Jaoui raconte de façon extrĂȘmement vivante, drĂŽle et touchante. Les souvenirs personnels sont alors rĂ©veillĂ©s Ă  mesure que les scĂšnes se succĂšdent. Qui n’a jamais jouĂ© avec les fourmis lĂšve le doigt! Nous reviennent les bĂȘtises de notre propre enfance, ou les inventions burlesques de nos enfants qui ne manquent guĂšre d’imagination, et auxquels on fait les gros yeux tout en contenant une Ă©norme envie de rire! On reste pendu aux lĂšvres et aux doigts de nos deux artistes, et le temps a passĂ© trĂšs vite lorsqu’arrive la fin du concert. Quel beau travail et quelle belle inspiration! Entrer dans le monde de la musique par la porte « Schumann », relier la musique Ă  des Ă©motions, des Ă©vocations, cela dans le fil d’une histoire et de ses multiples Ă©vĂšnements, cela permet de la comprendre, de la sentir, et de la ressentir: vraiment une excellente idĂ©e que le compositeur aurait trĂšs probablement cautionnĂ©e! Les Malheurs de Sophie n’ont pas pris une ride, les bĂȘtises des enfants restent et demeureront Ă©ternelles, comme l’est la musique de Schumann.
Les enfants enthousiastes se pressent dans le hall pour avoir le livre-disque et le faire dédicacer par leurs nouvelles idoles, emportant aussi le souvenir de leurs sourires bienveillants et magnifiques.

 

 

BERTRAND CHAMAYOU TRIOMPHE AVEC SCHUMANN, RAVEL ET SAINT-SAËNS 

 

 

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Le lundi 12 aoĂ»t, carte blanche est donnĂ©e au pianiste Bertrand Chamayou, qui se produit le soir dans l’église Notre-Dame. À 38 ans, ce musicien d’une sobriĂ©tĂ© et d’une modestie Ă  toute Ă©preuve, confiant en son art, sait que la musique n’a pas besoin d’artifices ni de paillettes. Constant dans sa carriĂšre, il est une des valeurs sĂ»res et reconnues du grand piano français. Il ne fait rien au hasard, mais de vrais choix artistiques, comme ce programme Schumann, Ravel, Saint-SaĂ«ns.

En ouverture, il joue le BlumenstĂŒck opus 19 de Schumann. Les couleurs pastel de ce bouquet dĂ©licat au romantisme juvĂ©nile se diluent un peu dans l’acoustique rĂ©verbĂ©rante de la nef, mais l’oreille s’accommode des sonoritĂ©s diaphanes presque irrĂ©elles, baignĂ©es d’une pĂ©dale qui sur-ligne le legato, et la magie poĂ©tique opĂšre, provoquant les applaudissements enthousiastes du public. Les pianistes du festival ont une chance Ă©norme: celle d’avoir pour compagnon sur scĂšne un superbe et inspirant Bösendorfer (280VC), un piano Ă  la trĂšs grande personnalitĂ©. Bertrand Chamayou s’en est appropriĂ© le clavier comme les sonoritĂ©s, et le rĂ©sultat est purement extraordinaire, dans le Carnaval opus 9 puis dans Saint-SaĂ«ns qu’il donne en seconde partie. Ses basses profondes, ses aigus doux et chaleureux, moins dĂ©monstratifs et lumineux que ceux d’un Steinway « classique », ses teintes un peu rabattues, son registre mĂ©dium qui a de la chair, sont de vrais atouts pour le pianiste, et pour le rĂ©pertoire qu’il joue ce soir. Comme il plante la scĂšne de thĂ©Ăątre dans le PrĂ©ambule! C’est une grande parade pompeuse puis survoltĂ©e qui introduit la farandole bigarrĂ©e des personnages schumaniens, magnifiĂ©e par ce piano. Chamayou ne nous laisse pas respirer d’une miniature Ă  l’autre et nous emporte dans le tourbillon de ce carnaval, avec mordant, impĂ©tuositĂ©, piquant, (Arlequin, Florestan
) mais aussi tendresse, emphase et euphorie (Valse noble, EusĂ©bius, Chiarina, Pantalon et Colombine, Promenade
). Le pianiste ne s’y alanguit pas (Chopin, Valse allemande). Que de caractĂšre dans ses personnages, Pierrot sombre et triste, Arlequin bondissant, et quelle vivacitĂ© dans Papillons, la joie pĂ©tillante de Lettres dansantes et de Reconnaissance!  Le tourbillon s’accĂ©lĂšre dans la Marche des DavidsbĂŒndler contre les philistins, pour finir en  spectaculaire apothĂ©ose. On reste bouche bĂ©e devant pareille interprĂ©tation, que l’on ne manque pas de rapprocher de celle lĂ©gendaire de Youri Egorov.

Bertrand Chamayou enregistra l’intĂ©grale de l’Ɠuvre pour piano de Ravel qui parut en 2016 et fut unanimement rĂ©compensĂ©e. Il joue ce soir les Miroirs, sublimĂ©s eux aussi par les sonoritĂ©s du piano. Ses Noctuelles aux couleurs changeantes et prononcĂ©es dans les aigus, sont dans leur mobilitĂ© fuyantes et Ă©nigmatiques. L’univers d’Oiseaux tristes change du tout au tout: immobilitĂ© et rarĂ©faction jusqu’à l’extinction, silence Ă©pais d’un insondable mystĂšre de ses notes rĂ©pĂ©tĂ©es en Ă©cho dans l’échappement de la touche. Une barque sur l’ocĂ©an semble ĂȘtre directement inspirĂ©e des lieux environnants: la mer, ce spectacle vivant aux reflets multiples, sculptĂ©e par le vent, se retrouve jusque dans ses profondeurs sous les doigts du pianiste. Aucune monotonie dans les arpĂšges: entre calme et bourrasques, Il s’y passe une foule de choses. Le piano rĂ©pond Ă  la perfection notamment dans ses graves, Ă  la mise en volume crĂ©Ă©e par le musicien. Son jeu se fait incisif et crĂąneur, impulsif et flamboyant, allurĂ© et sĂ©ducteur, dans l’Alborada del Grazioso, et la VallĂ©e des Cloches rĂ©sonne dans la profondeur de champs de ses nappes sonores, nous immergeant dans son mystĂšre.

Ni vu ni connu Chamayou passe insensiblement Ă  Saint-SaĂ«ns, avec les Cloches de las Palmas cette fois, si proche de l’atmosphĂšre ravĂ©lienne, et en mĂȘme temps si loin! il y a probablement quelque chose de plus pittoresque et explicite chez Saint-SaĂ«ns, en tĂ©moignent les effets de mandoline, les images si admirablement suggĂ©rĂ©es par le pianiste, sous une virtuositĂ© pianistique qui fait sonner l’instrument. Les deux Mazurkas (n°2 opus 24 et n°3 opus 66) dansent Ă  la Chabrier, et feraient aussi penser Ă  Grieg, si elles n’avaient pas cette clartĂ©, cette Ă©nergie propre au plus emblĂ©matique compositeur de l’école française. L’Étude en forme de valse (opus 52 n°6) est d’une virtuositĂ© fulgurante: Chamayou scotche littĂ©ralement le public dans une interprĂ©tation extrĂȘme et spectaculaire de cette piĂšce qui provoque un tonnerre d’applaudissements. Les six cents dinardais (permanents ou de passage) saluent le talent immense de cet artiste par une ovation debout. Trois bis pour les combler: la Pavane pour une infante dĂ©funte de Ravel, la Toccata du Tombeau de Couperin, plus endiablĂ©e que jamais, et une Fille aux cheveux de lin de Debussy de la plus belle eau.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert piano. Festival International de Musique de Dinard, les  11 et 12 août 2019. AgnÚs Jaoui, comédienne, Claire-Marie Le Guay, Bertrand Chamayou, piano. Schumann, Ravel, Saint-Saëns, et la Comtesse de Ségur.

COMPTE RENDU, festival. GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2019. Les 25, 26 et 27 juillet 2019. « PARIS », Gabetta, Chamayou, Petibon


COMPTE RENDU, festival. GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2019. Les 25, 26 et 27 juillet 2019. « PARIS », Gabetta, Chamayou, Petibon

gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-prĂ©sentation-classiquenews-582Christoph MĂŒller, intendant gĂ©nĂ©ral du GSTAAD MENUHIN Festifal, d’édition en Ă©dition, ne cesse d’affirmer sa singularitĂ© estivale, a contrario d’autres festivals suisses et europĂ©ens dont la programmation demeure Ă©clectique mais confuse, souvent standardisĂ©e Ă  force d’artistes invitĂ©s au profil interchangeable. Rien de tel Ă  Gstaad chaque Ă©tĂ© tant l’équation entre Nature et Musique s’avĂšre prĂ©servĂ©e, et mĂȘme sublimĂ©e. En choisissant (et fidĂ©lisant) Ă  prĂ©sent certains artistes de la scĂšne internationale, Christoph MĂŒller a su marquer son festival d’une forte identitĂ© artistique, que le geste singulier « d’ambassadeurs », tels Sol Gabetta, Jonas Kaufmann, Yuja Wang, – et cette annĂ©e Bertrand Chamayou, prĂ©sentĂ© en “artiste en rĂ©sidence”,  rend spĂ©cifique.

GSTAAD, UNE ARCADIE RETROUVÉE ENTRE NATURE ET MUSIQUE

Le festivalier qui vient Ă  Gstaad, ou rĂ©side dans les villages voisins de Schönried ou de Saanen (entre autres), retrouve ainsi le charme spĂ©cifique de programmes musicaux rares voire inĂ©dits, au sein d’églises souvent sĂ©culaires, Ă  la nef de bois tapissĂ©e, dont la rusticitĂ© et le caractĂšre champĂȘtre offrent une inusable sĂ©duction pastorale. Ailleurs on aime et se dĂ©lecte de musique baroque sur le motif (en VendĂ©e : voyez le festival de William Christie chaque mois d’aoĂ»t aussi, en ses jardins que le chef jardinier a totalement dessinĂ©s) ; ou d’opĂ©ras sur nature (allez Ă  Glyndebourne oĂč le spectateur triĂ© sur le volet peut pique-niquer sur un gazon des plus tendres, entre deux actes, pourvu que le bosquet soit confortable
). A Gstaad, s’ajoute le dĂ©cor, majestueux, onirique, des montagnes et sommets alpins d’une irrĂ©sistible solennitĂ©. Le rĂȘve d’une Arcadie alpine se prĂ©cise Ă  Gstaad.

GrĂące Ă  la diversitĂ© des formes musicales, le temps de notre (trop court) sĂ©jour : rĂ©cital de piano, musique de chambre, rĂ©cital lyrique
, le Gstaad Festival Menuhin sait rĂ©pondre Ă  tous les goĂ»ts. A l’offre Ă©largie rĂ©pond la beautĂ© des sites naturels prĂ©servĂ©s dans cet Ă©crin unique au monde, d’une Suisse verte et florissante. Entre chaque concert (le soir Ă  19h30), le festivalier marcheur peut se hisser jusqu’aux sommets grĂące aux remontĂ©es mĂ©caniques de Wispile, Rellerli ou de Wasserngrat. Il y contemple le vertige qu’offre la vision panoramique des vallĂ©es tranquilles, dignes des meilleurs compositions d’un Caspar Friedrich. Gstaad chaque Ă©tĂ© s’adresse au mĂ©lomane exigeant comme au randonneur Ă©pris de tourisme vert. Les 3 concerts des 25, 26 et 27 juillet auxquels nous avons assistĂ©, n’ont pas manquĂ© de confirmer la forte attractivitĂ© du Gstaad Menuhin Festival (63Ăšme Ă©dition Ă  l’étĂ© 2019).

 

 

 

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Bertrand CHAMAYOU, Sol GABETTA, Christoph MÜLLER
(© Raphaël Faux / GSTAAD MENUHIN Festival 2019)

 

 

 

 

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Musique de chambre, rĂ©cital de piano, concert lyrique…

3 concerts exceptionnels au GSTAAD Menuhin Festival 2019

 

 

 

 

 

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CHAMBRISME à la française

Jeudi 25 juillet 2019. Le thĂšme de cette annĂ©e cĂ©lĂšbre PARIS Ă  travers les compositeurs qui ont marquĂ© le paysage hexagonal comme l’histoire de la musique tout court. Ce sont aussi des interprĂštes que la sensibilitĂ© et le sens des couleurs comme de la transparence – qualitĂ©s essentiellement parisiennes et françaises, destinent prĂ©cisĂ©ment au sujet gĂ©nĂ©rique : ainsi, le pianiste toulousain Bertrand Chamayou (nĂ© en 1981, Ă©lĂšve de Jean-François Heisser) affirme une maturitĂ© Ă  la fois, rayonnante et rĂ©servĂ©e au service de programmes multiples (5 annoncĂ©s pour cette Ă©dition 2019) qui en font « l’artiste en rĂ©sidence » de ce cru. Dans l’église mythique de Saanen, lĂ  mĂȘme oĂč a jouĂ© le fondateur Yehudi Menuhin dĂšs 1957 (pour les dĂ©buts du Festival suisse), le Français partage la scĂšne avec la violoncelliste Sol Gabetta, autre ambassadrice de charme, chaque Ă©tĂ© Ă  Gstaad : les deux artistes se connaissent depuis de trĂšs longues annĂ©es ; depuis l’adolescence, ils jouent trĂšs souvent ensemble ; mais ce soir, c’est la premiĂšre fois qu’ils opĂšrent de concert Ă  Saanen.
DĂšs la Sonate de Debussy (1916), claire rĂ©vĂ©rence Ă  l’esprit de Rameau et de Watteau, la complicitĂ© des deux interprĂštes rayonnent d’une mĂȘme ardeur, souvent plus mesurĂ©e et mieux ciselĂ©e chez Sol Gabetta dont on ne cesse de se dĂ©lecter de la grĂące intĂ©rieure et du caractĂšre d’urgence enflammĂ©e ; l’épure, le sens de la fulgurance, comme le picaresque de la SĂ©rĂ©nade (habanera avec effet de mandoline) fourmille d’éclats Ă  la façon des Français baroques (on pense davantage Ă  Couperin qu’à Rameau, dans cette alliance ineffable entre langueur mĂ©lancolique et panache ironique). Puis, la libĂ©ration (cadence du 3Ăš et dernier mouvement) est rĂ©servĂ©e au violoncelle, lĂ  encore d’une fiertĂ© latine (espagnole, proche d’IbĂ©ria) que la violoncelliste illumine avec cette tendresse fluide et intĂ©rieure qui est sa marque. Aux cordes rubanĂ©es, d’une exquise langueur chantante rĂ©pond parfois un piano trop dur auquel Ă©chappe Ă  notre avis, le ton de saturnisme lunaire et nostalgique du Pierrot que Debussy avait imaginĂ© en second plan.
La rĂ©vĂ©lation de la soirĂ©e demeure la Sonate de Poulenc, aussi flamboyante (et parfois bavarde) qu’oubliĂ©e depuis sa crĂ©ation en 1949. Poulenc se rapproche du cercle de Debussy et Ravel car il apprit le piano avec Ricardo Viñes, – immense interprĂšte des deux ainĂ©s de Poulenc. En 4 mouvements, chacun trĂšs caractĂ©risĂ© et riche en contrastes, la FP 143 collectionne rythmes et atmosphĂšres mais sait aussi plonger dans la tendresse qui berce en une gravitĂ© saisissante (Cavatine). Agile et volubile, inspirĂ© et complice, le duo Gabetta / Chamayou convainc du dĂ©but Ă  la fin par ses allers retours percutants, dessinĂ©s, d’une nervositĂ© affectueuse.
Dernier volet de ce triptyque chambriste Ă  Saanen, la Sonate pour violoncelle de Chopin (1848) Ă©crite pour le virtuose et ami lillois Auguste-Joseph Franchomme. DerniĂšre des quatre Sonates, la Sonate opus 65 Ă©tonne par la fusion trĂšs rĂ©ussie entre les deux instruments, un accord qui retrouve l’entente de la Sonate de Debussy : s’y affirme ce goĂ»t de l’équilibre formel (peut-ĂȘtre inspirĂ© par le traitĂ© de Cherubini que le dernier Chopin lit et relit comme pour mieux structurer ses derniĂšres Ɠuvres
 surtout celles non strictement pianistiques). Le sens du phrasĂ© propre Ă  Sol Gabetta facilite l’élucidation du rubato chopinien que beaucoup de ses confrĂšres et consƓurs ne maĂźtrisent pas avec autant d’évidence : comme souvent dans son jeu intĂ©riorisĂ©, le chant du violoncelle semble surgir de l’ombre, portĂ©, incarnĂ© par une Ă©nergie viscĂ©rale, organique. On y remarque en particulier la valse languissante du trio dans le Scherzo ; surtout l’entrain et la vivacitĂ© du Finale oĂč rayonne l’entente idĂ©ale des deux artistes. On aime Ă  Gstaad le dĂ©fi des duos de musiciens : ce soir, l’intelligence en partage et le sens d’une mĂȘme musicalitĂ© expressive font la valeur de ce programme. L’esprit de Paris s’est incarnĂ© dans l’élĂ©gance et la profondeur, grĂące Ă  deux interprĂštes heureux de jouer ensemble.

 

 

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BERTRAND CHAMAYOU, alchimiste ravélien
Le lendemain, autre programme, autre lieu, mais les festivaliers retrouvent Bertrand Chamayou pour son rĂ©cital en soliste, vendredi 26 juillet, dans la petite Ă©glise de Rougemont, dont le volume de la nef est couronnĂ© par la figure d’un sublime Christ sur la croix dont le dessin est du dĂ©but XVIIĂš. Le programme est ambitieux et s’ouvre d’abord par Schumann. A l’écoute de Carnaval principalement, la schizophrĂ©nie double de Robert le romantique, alternativement Florestan et Eusebius nous paraĂźt dĂ©pourvue de nuances troubles, trop marquĂ©e, trop sĂšchement assĂ©nĂ©e. Dommage. Par contre, aprĂšs la pause, un tout autre univers nous est rĂ©vĂ©lĂ© sous les doigts plus naturels et comme frappĂ©s d’évidence du pianiste français : les 5 joyaux de « Miroirs » de Ravel (1906) Ă©blouissent par leur justesse, un flux organiquement captivant, des nuances infinies qui ciselĂ©es dans la rĂ©sonance et les couleurs, miroitent : ils nous invitent au grand banquet des scintillements ravĂ©liens.

 

 

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Aucun doute, Bertrand Chamayou se montre immense poĂšte, alchimiste Ă©vocateur, Ă  la fois passeur des sortilĂšges et grand ambassadeur du sorcier Ravel. On y perce le secret d’épisodes suspendus et picturaux dont le gĂ©nie de la ligne et des impulsions esquissĂ©es, compose pourtant une cathĂ©drale harmoniquement subtile et onirique, aux caractĂšres et accents fermes et nets, Ă  couper le souffle. Le jeu est solide et il respire. Le sĂ©rieux, la probitĂ© voire le scrupule du pianiste en comprennent et les Ă©quilibres millimĂ©trĂ©s et la brillance Ă©vanescente. En surgit un Ravel Ă  la fois cĂ©rĂ©bral et sensuel dont l’esprit des couleurs vibre, s’exalte, ambitionne un nouveau monde ; quand l’élan et l’audace des harmonies toujours imprĂ©visibles font imploser l’assise et l’architecture. On connaĂźt les deux fragments que Ravel orchestra par la suite : Une barque sur l’ocĂ©an et Alborada del Gracioso (Aubade du bouffon).
Ecouter ce soir Ă  Rougemont, l’intĂ©gralitĂ© du cycle des 5 piĂšces relĂšve d’une expĂ©rience singuliĂšre oĂč le compositeur semble rĂ©inventer tout le langage musical pour piano. On s’y berce de sonoritĂ©s Ă  la fois enveloppantes et Ă©cumantes, enivrĂ©s par un pur esprit expĂ©rimental. La libertĂ© harmonique sous les doigts flexibles, facĂ©tieux, enchanteurs du pianiste, saisit immĂ©diatement : on y perçoit un Ravel, grand prĂȘtre des images et illusions, peintre des modernitĂ©s et du futur qui ose plus loin que Debussy. Ses Miroirs dĂ©voilent le son de l’invisible et de l’inconnu, selon la conception d’un aigle agile et visionnaire, libĂ©rĂ© de toute entrave, et narrative et stylistique. « Noctuelles » expriment l’envol des papillons noctambules, leur lĂ©gĂšretĂ© dĂ©sirante ; « Oiseaux tristes » (dĂ©diĂ© au crĂ©ateur Riccardo Viñes), touche au cƓur de la magie animaliĂšre qui inspire et rĂ©vĂšle un Ravel ornithologue : Bertrand Chamayou sublime le chant solitaire d‘oiseaux dĂ©sespĂ©rĂ©s saisis par la chaleur de l’étĂ© (quoi de plus actuel au moment oĂč une canicule terrifiante s’abat sur l’Europe?) : c’est la plus courte piĂšce
 et la plus bouleversante.
Les couleurs d’ « Une barque sur l’ocĂ©an
 » (dĂ©diĂ© au peintre Paul Sordes du groupe des Apaches) envoĂ»tent par leurs balancements marins, Ă©perdus, suspendus, enivrants. « L’Aubade du bouffon » (/Alborada del Gracioso) semble citer Chabrier, modĂšle pour Ravel et premier compositeur Ă  ouvrir dans les champs français, la grande perspective des rythmes hispaniques : le nerf et le sens du dessin leur confĂšrent ici, sous les doigts magiciens de Bertrand Chamayou, une carrure et un allant, phĂ©nomĂ©naux. Enfin, « La vallĂ©e des cloches » dĂ©ploie cette sensualitĂ© ondulante, serpent harmonique qui sĂ©duit, tout en fermetĂ© onirique et qui au final, fait imploser la forme. Conception et geste fusionnent : ils Ă©clairent combien le sens de la musique ravĂ©lienne est pictural, synthĂšse inouĂŻe du Monet coloriste et du Picasso, concepteur rĂ©formateur. La sĂ©quence relĂšve du prodige et confirme dĂ©finitivement l’adĂ©quation comme les affinitĂ©s de Bertrand Chamayou avec l’auteur de Gaspard de la nuit. Les effets de miroir se poursuivent prĂ©cisant d’autres filiations que l’on ne soupçonnait guĂšre : aux cloches ravĂ©liennes rĂ©pondent celles (pourtant plus tardives) d’un Saint-SaĂ«ns, lui aussi soucieux de couleurs comme de rĂ©sonances (« Les cloches de Las Palmas »). Voici donc l’auteur de Samson et Dalila mis au parfum de l’innovation
 en bis de ce rĂ©cital saisissant, la rare toccata du Tombeau de Couperin, ultime offrande ravĂ©lienne oĂč l’espace et le temps deviennent couleurs et mouvements. RĂ©cital mĂ©morable.
 

 

 

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MOZART INCANDESCENT
Le lendemain (samedi 27 juillet 2019) retour dans l’église de Saanen. Lever de rideau des plus engageants, l’ouverture des Nozze di Figaro trĂ©pigne et fait claquer les tutti, – l’orchestre sur instruments d’époque La Cetra ne manque pas de nervositĂ© ; c’est une prĂ©paration idĂ©ale et trĂšs dramatique pour l’apparition de la diva française Patricia Petibon dont la silhouette relĂšve d’une pythie hallucinĂ©e, sorte d’extraterrestre de passage, engagĂ©e dans un chant surexpressif, Ă  la gestuelle volontaire.

 

 

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La chanteuse a du chien et du tempĂ©rament. Par respect du public et de la musique, elle leur donne tout. Fabuleuse crĂ©ature dĂ©lirante plutĂŽt que cocotte statique, la cantatrice a construit un programme majoritairement mozartien qui va crescendo, depuis la langueur tendre et inquiĂšte de Barbarina (des Nozze justement), Ă  la solitude mĂ©lancolique de la Comptesse (Porgi amor : victime impuissante des dĂ©sillusions amoureuses). Puis c’est l’écriture parisienne du dernier Gluck en France (Paride ed Elena) dont on savoure l’esprit pastoral, la tendresse simple dont s’est tant dĂ©lectĂ© Rousseau.
La seconde partie affirme l’impĂ©tuositĂ© des instrumentistes, leur qualitĂ© roborative sous la direction parfois mĂ©canisĂ©e, un peu sĂšche et roide du chef en manque de nuances (symphonie VB 142 de Joseph Martin Kraus). Enfin, chauffĂ©e et prĂȘte Ă  en dĂ©coudre dans cette arĂšne nĂ©oclassique, pleine de furie comme d’élans vengeurs, « Sturm und drang » (tempĂȘte et passion), Patricia Petibon finit le portrait lyrique qu’elle avait amorcĂ© en premiĂšre partie : sa Giunia (Lucio Silla, premier seria d’une ardeur inĂ©dite alors) n’est que frĂ©missement et invocation sincĂšre ; l’imprĂ©cation d’Alceste « DivinitĂ©s du Styx » s’impose par sa noblesse et sa dĂ©sespĂ©rance ample.

 

 

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Mais l’acmĂ© de ce rĂ©cital qui cĂ©lĂšbre le style tragique et pathĂ©tique Ă  Paris propre aux annĂ©es 1770 et 1780, demeure Idomeneo, autre seria majeur de Mozart, en sa somptueuse parure orchestrale (l’ouverture majestueuse et impĂ©tueuse, mieux rĂ©ussie par La Cetra) : paraĂźt Elettra, victime haineuse et rageuse que son impuissance lĂ  encore rend inconsolable et persiflante, au bord de la folie : cette Électre de Mozart prolonge, en conclusion de tout l’opĂ©ra, la sĂ©rie des magiciennes baroques (les MĂ©dĂ©e, Alcina et Armide), pourtant solitaires et finalement dĂ©munies ; le chant se fait au delĂ  de l’invocation terrifiante (digne d’une Gorgone car elle Ă©voque la morsure des serpents), expression troublante d’une dĂ©pression personnelle : la furie est un ĂȘtre dĂ©truit. Formidable actrice au chant servant le texte, Patricia Petibon Ă©claire ce qui Ă  Paris Ă  la veille de la RĂ©volution, – comme ce soir Ă  Saanen, a troublĂ© le public : l’expression du tragique dĂ©sespĂ©rĂ©. PrĂ©sence et incarnation, irrĂ©sistibles.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, festivals. GSTAAD MENUHIN Festival, les 25, 26 et 27 juillet 2019. «  PARIS » : Debussy, Poulenc, Chopin / RAVEL, Saint-SaĂ«ns / Mozart, Gluck
 Sol Gabetta (violoncelle), Bertrand Chamayou (piano), Patricia Petibon (soprano). La Cetra (Karel Valter, direction). / Illustrations : © RaphaĂ«l Faux /   gstaadphotography.com / GSTAAD MENUHIN Festival 2019

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A VENIR... Le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL se dĂ©roule en Suisse (Saanenland) jusqu’au 6 septembre prochain. Parmi les nombreux Ă©vĂ©nements musicaux annoncĂ©s, voici nos 10 coups de coeur Ă  ne pas manquer :

 

 

1
Samedi 3 août 2019
19h30, Eglise de Saanen
Musique de chambre
La Truite – Semaine française IV
Ibragimova, Power, Gabetta & Chamayou
Alina Ibragimova, violon
Charlotte Saluste-Bridoux, violon
Lawrence Power, alto
Sol Gabetta, violoncelle
Yann Dubost, contrebasse
Bertrand Chamayou, piano
Artist in Residence 2019

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/musique-de-chambre-03-08-19-2

 

 

2
Dimanche 11 août 2019
18h00, Eglise de Saanen
Concert orchestral
80 ans de Bartók à Gstaad – Bartók et la Suisse I
Bertrand Chamayou & Kammerorchester Basel
Bertrand Chamayou, piano
Artist in Residence 2019
Kammerorchester Basel

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/gala-concert-orchestral-11-08-19

 

 

3
Jeudi 15 août 2019
17h30, Tente du Festival de Gstaad
L’Heure Bleue
Gstaad Conducting Academy – Concert de clîture III
Gstaad Festival Orchestra
Etudiants de la Gstaad Conducting Academy

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/l-heure-bleue15-08-19

 

 

4
Samedi 17 août 2019
19h30, Tente du Festival de Gstaad
Concert symphonique
PathĂ©tique – Manfred Honeck & Seong-Jin Cho
Gstaad Festival Orchestra II
Seong-Jin Cho, piano
Gstaad Festival Orchestra
Manfred Honeck, direction

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-17-08-19

 

 

5
Vendredi 23 août 2019
19h30, Eglise de Saanen
GALA Concert orchestral
Cecilia Bartoli, mezzo-soprano
Vivaldi : airs d’opĂ©ras & concertos
Les Musiciens du Prince – Monaco
Andrés Gabetta, Violine & Konzertmeister

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/gala-concert-orchestral-23-08-19

 

 

6
Samedi 24 août 2019
19h30, Tente du Festival de Gstaad
Opéra version de concert
Carmen
Gaëlle Arquez, mezzo-soprano (Carmen)
Marcelo Alvarez, ténor (Don José)
Julie Fuchs, soprano (Micaëla)
Luca Pisaroni, baryton (Escamillo)
Uliana Alexyuk, soprano (Frasquita)
SinĂ©ad O’Kelly, mezzo-soprano (MercĂ©dĂšs)
Manuel Walser, baryton (Le DancaĂŻre)
Omer Kobiljak, ténor (Le Remendado)
Alexander Kiechle, basse (Zuniga)
Dean Murphy, baryton (MoralĂšs)
ChƓur philharmonique de Brno
Orchestre de l’OpĂ©ra de Zurich – Philharmonia Zurich
Marco Armiliato, direction

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/opera-concertant-24-08-19

 

 

7
Vendredi 30 août 2019
19h30, Eglise de Saanen
Musique de chambre
Capriccioso – Daniel Lozakovich
Daniel Lozakovich, violon
Sergei Babayan, piano

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/musique-de-chambre-30-08-19

 

 

8
Samedi 31 août 2019
19h30, Tente du Festival de Gstaad
Concert symphonique
Symphonie fantastique
Mikko Franck & Gautier Capuçon
Gautier Capuçon, violoncelle
Orchestre philharmonique de Radio-France (Paris)
Mikko Franck, direction
Symphonie Fantastique de Berlioz / Concertopour violoncelle n°1 de Saint-Saëns

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-31-08-19

 

 

9
Dimanche 1er septembre 2019
18h, Tente du Festival de Gstaad
Concert symphonique
De Wagner à Ravel – Classique France-Allemagne
Klaus Florian Vogt & Gergely Madaras
Klaus Florian Vogt, ténor
Airs de Parsifal, Lohengrin (Wagner) / Boléro de Ravel
Orchestre National de Lyon
Gergely Madaras, direction

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-01-09-19

 

 

10
Vendredi 6 septembre 2019
19h30, Tente du Festival de Gstaad
Concert symphonique
«Rach 3»
Myung-Whun Chung & Yuja Wang
Yuja Wang, piano
Staatskapelle Dresden
Myung-Whun Chung, direction

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-06-09-19

 

 

 

 

TOUTES LES INFOS ET LES MODALITES DE RESERVATIONS
sur le site du GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2019
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 11 mars 2019. DEBUSSY. POULENC. RACHMANINOV. Gabetta / Chamayou.

Chamayou-Gabetta©MarcoBorggreveCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 11 Mars 2019. C. DEBUSSY. F. POULENC. S. RACHMANINOV . Sol Gabetta / B.Chamayou. Le duo musical Sol Gabetta et Bertrand Chamayou peut effectivement prĂ©tendre Ă  un accord parfait ; les deux jeunes musiciens se connaissent depuis bien longtemps, plus de 15 ans d’amitiĂ©, et des concerts en duo depuis dix bonnes annĂ©es. Leur retour Ă  Toulouse, en terres conquises, dans le cadre des Musicales Franco-Russes est un vrai bonheur. La grĂące diffuse autours de Sol Gabetta et le pianiste plus sage semble gagnĂ© par le feu secret ou extraverti de sa collĂšgue. La Sonate de Debussy pour violoncelle et piano est d’une grande subtilitĂ© et permet des Ă©clairages divers selon les interprĂštes. Ainsi la version de Sol Gabetta et HĂ©lĂšne Grimaud est bien connue (enregistrĂ©e par DG). Ce soir la violoncelliste, en artiste sensible, propose tout autre chose avec la complicitĂ© de Bertrand Chamayou.

Gabetta et Chamayou l’accord parfait !

DĂšs sa premiĂšre intervention, elle entraine le pianiste dans un jeu moins extraverti et plus complexe. Les nuances sont subtiles, au bord de l’audible, et le rythme s’assouplit au point d’évoquer le jazz par instants. Sol Gabetta conduit l’auditeur dans une sorte de danse, comme au bord du gouffre, alors que le piano sert de repĂšre et parfois abruptement avec des notes comme stoppĂ©es. La Sonate de Poulenc, plus ludique, parfois canaille, permet de beaux moments de complicitĂ© entre les deux musiciens. Le lyrisme semble dĂ©tendre le tempo qui peut se resserrer avec Ă©nergie dans les moments plus rythmĂ©s. Cette Ă©coute mutuelle permet un rĂ©glage dĂ©licat des nuances, et le naturel qui se dĂ©gage du jeux des deux musiciens, est confondant. Sans vraiment beaucoup se regarder, ils vivent la mĂȘme musicalitĂ© comme par enchantement.

AprĂšs ces deux bijoux, qui avec beaucoup d’originalitĂ© prĂ©sentent un style français du XX Ăšme siĂšcle, plutĂŽt moderne et audacieux, la deuxiĂšme partie, russe, sera plus sage et plus romantique. En effet, la Sonate de Rachmaninov, plus ample,  permet l’expression du dernier romantisme avec des moments d’angoisse et mĂȘme de mĂ©lancolie, trĂšs Ă©vocateurs de l’ñme russe 
 si intemporelle. Nos deux amis offrent avec beaucoup de dĂ©licatesse cette Ăąme russe tourmentĂ©e qui cherche Ă  oublier sa souffrance dans la douceur du lyrisme du violoncelle comme une voix maternelle consolatrice.
Sol Gabetta avec beaucoup de pudeur chante Ă  perdre l’ñme mais toujours entre noblesse et Ă©lĂ©gance. Bertrand Chamayou ravive son piano symphonique dans les moments solistes mais cherche toujours Ă  s’équilibrer avec les sonoritĂ©s dĂ©licates de sa partenaire.

Voici un vrai duo qui dĂ©veloppe et amplifie les qualitĂ©s de chacun. Sol Gabetta semble ce soir capable d’audaces interprĂ©tatives trĂšs dĂ©licates, alimentĂ©es par un feu constamment renouvelĂ© ; Bertrand Chamayou ose davantage aller vers un jeu chargĂ© d’émotions, lui dont le piano maitrisĂ© est si spectaculaire, gagne considĂ©rablement en Ă©motions.

Le succĂšs public est considĂ©rable. Ainsi leurs deux bis accordĂ©s sont marquĂ©s d’abord par la mĂ©lancolie douloureuse de Tchaikovsky dans une berceuse, puis un duo plus surprenant qui libĂšre les deux musiciens : elle avec une frĂ©nĂ©sie et une inventivitĂ© coquine ; lui avec une sorte de dĂ©hanchĂ© trĂšs libre dans son jeu. Le public a Ă©tĂ© absolument charmĂ© par les deux musiciens ne faisant qu’une seule Ăąme musicale. Dans ce programme intelligent les sensibilitĂ©s de  France et de Russie ont Ă©tĂ© mises en vedettes et avec un Ă©gal bonheur dans ce beau concert des Musicales Franco-Russes.

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Compte rendu concert. Toulouse. halle-aux-Grains, le 11 mars 2019. Claude Debussy (1862-1918) : Sonate n°1 pour violoncelle et piano en ré mineur ; Francis Poulenc (1899-1963) : Sonate pour violoncelle et piano ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Sonate pour violoncelle et piano en sol majeur, op.19 : Sol Gabetta, violoncelle, Bertrand Chamayou, piano. / Photo Chamayou-Gabetta ©MarcoBorggreve

CD. Schubert par Bertrand Chamayou, piano (Erato, 2013)

chamayou_erato_cd_schubert-chamayou-3CD. Schubert par Bertrand Chamayou, piano (Erato, 2013). Le toulousain Bertrand Chamayou, 32 ans, sort un nouvel album consacrĂ© Ă  Schubert chez Erato. Rien n’est comparable Ă  l’univers schubertien au piano : il y faut exprimer cette nostalgie de l’indicible : sensucht (mĂ©lancolie purement germanique propre aux Romantiques), vrai dĂ©fi pour l’interprĂšte. Les amateurs pourront en Ă©valuer la palpitante texture, remarquablement transmise entre transe et finesse Ă  l’opĂ©ra par Jonas Kaufmann qui n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  intituler ainsi (Sensucht) un rĂ©cent cd en tout point irrĂ©sistible … Pour son 5Ăšme disque, le trentenaire pianiste revient surtout Ă  une partition qui est le cƓur de son nouveau programme : la Wanderer fantaisie de Schubert, un massif qui se dĂ©robe souvent sous les doigts Ă©trangers, et qui parfois se rĂ©vĂšle sous le feu plus suggestif de quelques interprĂštes en affinitĂ©. Car mĂȘme si ses Schubertiades laissent un sentiment de jeunesse joviale et gĂ©nĂ©reuse, rĂ©unie entre musiciens virtuoses, il y a de la profondeur et une gravitĂ© pudique qui se lit partout, dans chaque mesure. Chamayou compose sa propre schubertiade, glanant ici et lĂ  parmi les Ɠuvres de Franz, intercalant aussi des piĂšces a priori hors sujet mais d’esprit proche et fraternel dans une progressive introspection Ă  partager : Lieder transcrits par Liszt, Impromptus, deux LĂ€ndler (inspirĂ©es par des thĂšmes folkloriques), une valse filtrĂ©e par Strauss lui-mĂȘme 
 C’est au final un portrait personnel et un hommage Ă  la figure de Schubert : compositeur viennois errant, sans attaches, qui laisse une ombre tenace mais Ă©vanescente d’une irrĂ©sistible profondeur, associant lĂ©gĂšretĂ© et amertume, blessure et espĂ©rance, renoncement et ivresse tendre, appĂ©tit et dĂ©sir, humilitĂ© et repli.

Schubert un peu lisse et poli 


A force de clarification, le jeu du solaire Bertrand Chamayou s’expose unilatĂ©ralement dans la 
 lumiĂšre. L’éloquence de son contrepoint, l’équilibre parfois trĂšs affirmĂ© (trop) de sa polyphonie contredisent la sensibilitĂ© d’un compositeur qui bascule constamment dans l’oubli, l’anĂ©antissement, l’effacement de soi, le grisĂątre fĂ©cond et milles autres nuances intermĂ©diaires
 le pianiste ferait-il trop de concerts au point de manquer de temps pour approfondir rĂ©ellement chacun de ses disques ? C’est le sentiment qui nous traverse Ă  l’écoute des premiers mouvements de son Schubert initial : Allegro con fuoco (ma non troppo – !) et Adagio de la Wanderer justement.
Dans ce portait aux facettes indirectes qui passent par les transcripteurs, Liszt donc ou le trĂšs intĂ©ressant Richard Strauss de la fin (Kupelwieser-Walzer de 1826 transcrite en 1943), la figure de Schubert reste lointaine ; les doigts agiles et dĂ©liĂ©s, moins prĂ©cis et nuancĂ©s Ă  la main droite en particulier dans les aigus affleurent le mystĂšre Schubert sans atteindre son essence (voilĂ  pourquoi le plus grands n’ont vraiment dĂ©livrer le message schubertien qu’en fin de carriĂšre). C’est pourquoi de notre point de vue, son disque Liszt prĂ©cĂ©dent Ă©tait beaucoup mieux investi, plus naturellement interrogatif. Restent les 3 Impromptus de l’opus D946 : le premier Allegro assai en mi bĂ©mol majeur suffoque Ă  peine (saturation de la sonoritĂ©, prise de son trop ronde ou lisse, il y manque les vertiges nuancĂ©s que d’autres plus inspirĂ©s ont su y apporter : l’ambiguitĂ©, l’ambivalence, les spasmes entre terreur et panique
). La neutralitĂ© du jeu par trop de retenue Ă©chappe Ă  toute intĂ©rioritĂ© dĂ©chirĂ©e (le choix du Steinway superbe Rolls au son plein et lisse Ă©vite ici toute aspĂ©ritĂ©, pourtant si bĂ©nĂ©fique dans le cas du trauma silencieux d’un Schubert Ă  jamais et surtout dans ce programme
 inatteignable). L’Allegretto en mi bĂ©mol mineur manque de cette lĂ©gĂšretĂ© fragile, filigranĂ©e, sur le fil mais l’énoncĂ© de l’innocence recouvrĂ©e, espĂ©rĂ©e, toujours caressĂ©e et lointaine Ă  la fois gagne une prĂ©sence mieux exprimĂ©e ; dans la rĂ©itĂ©ration du motif et dans le changement plus marcato du second thĂšme, le pianiste semble faire surtout de clartĂ© et sobriĂ©tĂ©, son principal  et dĂ©cidĂ©ment systĂ©matique mode expressif, au dĂ©triment d’une douleur plus secrĂšte qui reste malheureusement 
 absente. C’est comme s’il s’interdisait toute effusion sincĂšre, Ă©vacuant l’énoncĂ©, le prĂ©cipitant mĂȘme, sans failles ni doutes. EnchaĂźner aussi rapidement l’Allegro en ut majeur (dernier volet du triptyque) relĂšve pour nous de la faute comme s’il s’agissait d’évacuer toute la charge Ă©motionnelle qui a prĂ©cĂ©dĂ©, sans le temps nĂ©cessaire de la mĂ©ditation, du silence rĂ©parateur
 curieux sens des passages. Evidemment dans cet ultime Schubert, la digitalitĂ© extĂ©rieure voire dĂ©monstrative et percutante du pianiste sert mieux un morceau oĂč priment le nerf des contrastes, la vitalitĂ© comme le caractĂšre des motifs rythmiques. Dommage. La Schubertiade imaginaire de Bertrand Chamayou trop lisse, trop prĂ©cipitĂ©e nous laisse mitigĂ©s. Peut ĂȘtre attendions-nous trop de ce nouvel album
 Aborder Schubert n’est-il pas trop tĂŽt pour le pianiste?

Franz Schubert (1797-1828) : Wanderer Fantasie D760, 1822. 3 KlavierstĂŒcke, Impromptus, D946, 1828. Bertrand Chamayou, piano Steinway. 1 cd Erato. enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris Salle Colonne, en novembre 2013. Si le disque Schubert de Bertrand Chamayou nous laisse rĂ©servĂ©, faĂźtes vous votre propre opinion en Ă©coutant le pianiste lors de ses prochains passages Ă  Bordeaux et La Rochelle 


En concert : le 9 mars Ă  Bordeaux, le 7 avril 2014 Ă  La Rochelle