Paris. FĂ©erie de La Source,ballet romantique au Palais Garnier

Paris, Palais Garnier : Ballet La Source. Jusqu’au 31 dĂ©cembre 2014, le Palais Garnier vous offre une soirĂ©e au romantisme orientaliste et fĂ©erique irrĂ©sistible : La Source (1866) rĂ©cente recrĂ©ation de la maison (2011) ressuscite, affirmant derechef la cohĂ©rence esthĂ©tique du spectacle et l’excellence des danseurs parisiens. En rĂ©exhumant le ballet La Source de Saint-LĂ©on, Minkus et Delibes, Jean-Guillaume Bart, ex Ă©toile parisienne, rĂ©ussit totalement: rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© dans ses dĂ©cors somptueux et une chorĂ©graphie subtile et fluide, le spectacle devrait s’inscrire durablement sur la scĂšne de Garnier, devenant mĂȘme l’équivalent du Lac des cygnes ou de La BayadĂšre.

La Source : un jaillissement romantique et fĂ©erique !C’est de facto in loco un «  romantisme rĂ©enchanté ».On aime l’équilibre des Ă©pisodes et des tableaux, l’alternance ciselĂ©e des numĂ©ros solistiques et des collectifs spectaculaires (les Ă©pisodes des nymphes comptent jusqu’à 20 ballerines), l’enchantement permanent d’une danse jamais purement athlĂ©tique et dĂ©monstrative, mais qui sait a contrario relire le vocabulaire du romantisme fĂ©erique et orientalisant, laissant aux 5 personnages clĂ©s, l’occasion de composer des personnages de chair et de sang. En prĂ©servant le caractĂšre dans chaque pas, l’élĂ©gance et la clartĂ© du dessin, la simplicitĂ© des tableaux symĂ©triques, Bart fait un ballet aussi prenant et enchanteur que les classiques du genre: le Lac des Cygnes ou La BayadĂšre (1992, chorĂ©graphie de Noureev). Mais le chorĂ©graphe va plus loin qu’une simple Ă©vocation rĂ©actualisĂ©e du ballet romantique français: il en rĂ©vĂšle grĂące Ă  d’excellentes coupes, la poĂ©sie, la grĂące et la subtilitĂ©. L’orientalisme du sujet est bien prĂ©sent (les costumes des Caucasiens et des Odalisques signĂ©s Christian Lacroix rappellent Bakst) et le dĂ©roulement de l’action du dĂ©but Ă  la fin, soigne les enchaĂźnements et les contrastes. Voici un grand ballet digne de la maison parisienne, dont les enchantements multiples font un spectacle rĂ©solument incontournable. D’autant plus adaptĂ© pour les fĂȘtes et les sorties familiales.
LIRE nos critiques du ballet La Source, octobre 2011, décembre 2014.

Une soirĂ©e exceptionnelle Ă  voir et revoir au Palais Garnier Ă  Paris les 2, 3, 5, 6, 7, 8, 10, 12, 13, 15, 17, 19, 20, 22, 23, 24, 26, 27, 28, 29, 30 et 31 dĂ©cembre 2014. Spectacle idĂ©al pour les fĂȘte de cette fin d’annĂ©e 2014.

Compte rendu, danse. Paris. Palais Garnier, le 2 dĂ©cembre 2014. Jean-Guillaume Bart : La Source. Muriel Zusperreguy, François Alu, Audric Bezard, Vamentine Colasante
 Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. Minkus, DĂ©libes, compositeurs. Orchestre Colonne. Koen Kessels, direction musicale.

la source bart carre vignetteLa Source revient au Palais Garnier Ă  Paris trois ans aprĂšs sa crĂ©ation pour notre plus grand bonheur ! (LIRE notre premier compte rendu de la crĂ©ation de La Source au Palais Gariner, le 25 octobre 2011 par Alban Deags) Le professeur et chorĂ©graphe français (ancien danseur Etoile) Jean-Guillaume Bart signe une chorĂ©graphie trĂšs riche inspirĂ©e du ballet Ă©ponyme original d’Arthur Saint-LĂ©on crĂ©e en 1866. Pour cette aventure, il est rejoint par une Ă©quipe artistique fabuleuse, avec notamment les costumes de Christian Lacroix, les dĂ©cors d’Eric Ruf. L’Orchestre Colonne accompagne les diffĂ©rentes distributions sous la direction musicale de Koen Kessels.

 

 

 

Une Source éternelle de beauté

Le livret de La Source, d’aprĂšs Charles Nuitter, est l’un de ces produits typiques de l’Ăšre romantique inspirĂ© d’un orient imaginĂ© et dont la cohĂ©rence narrative cĂšde aux besoins expressifs de l’artiste. L’actualisation Ă©laborĂ©e par Jean-Guillaume Bart avec l’assistance de ClĂ©ment Hervieu-LĂ©ger pour la dramaturgie, rapproche le spectacle, avec une histoire toujours complexe, Ă  l’Ă©poque actuelle et y explore des problĂ©matiques de façon subtile. Ainsi, nous trouvons le personnage de La Source, appelĂ© NaĂŻla, hĂ©roĂŻne Ă  la fois pĂ©tillante, bienveillante et tragique, qui aide le chasseur dont elle est Ă©prise, DjĂ©mil, Ă  trouver l’amour auprĂšs de Nouredda, princesse caucasienne aux intentions douteuses. Elle est promise au Khan par son frĂšre Mozdock. Un DjĂ©mil ingĂ©nu ne reconnaĂźt pas l’amour de NaĂŻla qui se donne et s’abandonne en se sacrifiant pour que DjĂ©mil et Nouredda puisse vivre leur histoire d’amour. La Source a des elfes, des nymphes, des caucasiens caractĂ©ristiques, les odalisques du Khan exotiques, et tant d’autres figures fĂ©eriques
 Si l’histoire racontĂ©e parle de la situation de la femme, toute Ă©poque confondue, il s’agĂźt surtout de l’occasion de revisiter la grande danse noble de l’Ecole française, avec ses beautĂ©s et ses richesses. Un faste audio-visuel et chorĂ©graphique, plein de tension comme d’intentions.

 

 

 

Rafinement collectif, virtuosités individuelles


source bart delibes opera garnier paris decembre 2014 49199La-SourceNous sommes impressionnĂ©s par la qualitĂ© et la grandeur de la production dĂšs le levĂ©e du rideau. L’introduction fantastique rĂ©vĂšle non seulement les incroyables dĂ©cors d’Eric Ruf, mais prĂ©sente aussi les elfes virevoltants de La Source. ZaĂ«l, l’elfe vert en est le chef de file. Il est interprĂ©tĂ© ce soir par Axel Ibot, Sujet, sautillant et lĂ©ger, avec un regard d’enfant qui s’associe trĂšs bien Ă  l’aspect irrĂ©el du personnage, dont la danse est riche des difficultĂ©s techniques. Audric Bezard dans le rĂŽle de Mozdock, le frĂšre de la princesse caucasienne, est magnĂ©tique sur scĂšne. Il fait preuve d’une beautĂ© grave par son allure, amplifiĂ©e par un je ne sais quoi d’allĂ©chant dans sa danse de caractĂšre, souple et tranchant au besoin. Si nous trouvons ses atterrissages parfois pas trĂšs propres, son investissement, sa prĂ©sence sur scĂšne, et sa complicitĂ© surprenante avec ses partenaires, notamment avec sa sƓur Nouredda, Ă©blouissent. François Alu en DjĂ©mil est aussi impressionnant. Le jeune Premier Danseur a l’habitude d’Ă©pater le public avec une technique brillante et une virtuositĂ© insolite et insolente. Ce ne sera pas autrement ce soir, mais nous constatons une Ă©volution intĂ©ressante chez le danseur. Le personnage de DjĂ©mil semble ne jamais ĂȘtre au courant des vĂ©ritĂ©s sentimentales de ses partenaires. Il subit l’action presque. Dans ce sens il n’a pas beaucoup de moyens d’expression, Ă  part la danse. C’est tant mieux. DĂšs sa rentrĂ©e Alu frappe l’audience avec une virilitĂ© palpitante sur scĂšne (trait qu’il partage avec Bezard) ; tout au long de la reprĂ©sentation, c’est une dĂ©monstration de prouesses techniques Ă©poustouflantes, de sauts et de tours Ă  couper le souffle.

Indiscutablement, le danseur gagne de plus en plus en finesse, mais nous remarquons un fait intĂ©ressant… Il est si virtuose en solo qu’il paraĂźt un tout petit peu moins bien en couple. Nous pensons surtout Ă  la fin de la reprĂ©sentation, qu’il y avait quelque chose de maladroit dans ses portĂ©s avec la Nouredda d’Eve Grinsztajn, peut-ĂȘtre une baisse de concentration
 due Ă  la fatigue.

La-Source-danse-Opera_pics_390Les femmes de la distribution ce soir offrent aussi de trĂšs belles surprises. Trois PremiĂšres Danseuses dont les prestations, contrastantes, rĂ©vĂšlent les grandes qualitĂ©s de leurs techniques et de personnalitĂ©s. Eve Grinsztajn est une Nouredda finalement formidable, mĂȘme si nous n’en avons eu la certitude qu’aprĂšs l’entracte. C’est une princesse sĂ©duisante manipulatrice et glaciale Ă  souhait, avec un cĂŽtĂ© mĂ©chant mais subtile qui montre aussi qu’il s’agĂźt d’une bonne actrice. Mais c’est aprĂšs sa rencontre avec le Khan (fabuleux Yann SaĂŻz!), et l’humiliation qui arrive, que nous la trouvons dans son mieux. Elle laisse tomber la couverture Ă©paisse et contraignante de la mĂ©chancetĂ© et de la froideur aprĂšs le rejet du Khan et devient ensuite touchante, presque Ă©lĂ©giaque. La NaĂŻla de Muriel Zusperreguy est tous sourires et ses gestes sont fluides et ondulants comme l’eau qui coule. Une sorte de grĂące chaleureuse s’installe quand elle est sur scĂšne, avec une dĂ©licatesse et une fragilitĂ© particuliĂšre. Elle fait preuve d’un abandon lors de son Ă©change avec le Khan auquel personne ne put rester insensible. Une beautĂ© troublante et sublime. Finalement, Valentine Colasante campe une DadjĂ© (favorite du Khan) tout Ă  fait stupĂ©fiante ! En tant qu’Odalisque elle paraĂźt avoir plus d’Ă©lĂ©gance et de prestance que n’importe quelle princesse mĂ©chante… Elle est majestueuse, caractĂ©rielle, ma non tanto, avec des pointes formidables… Sa performance brille comme les bijoux qui dĂ©corent son costume exotique !

Qu’en est-il du Corps de Ballet ? Jean-Guillaume Bart montre qu’il sait aussi faire des trĂšs beaux tableaux, insistons sur la tenue de ces groupes, chose devenue rare dans la danse actuelle. Les nymphes sont un sommet de grĂące mystĂ©rieuse mais pĂ©tillante, elles deviennent des odalisques altiĂšres et allĂ©chantes. Les mĂȘmes danseuses plus ou moins dans le mĂȘme dĂ©cor, dans les ensembles ne se ressemblent pas, et les groupes sont tous intĂ©ressants. De mĂȘme pour les caucasiens et leur danse de caractĂšre, Ă  la fois noble et sauvage. L’orchestre Colonne sous la direction de Koen Kessels joue aussi bien les contrastes entre la musique de Minkus, simple, pas trĂšs mĂ©morable, mais irrĂ©mĂ©diablement russe et mĂ©lancolique, et celle de LĂ©o Delibes, sophistiquĂ©e, raffinĂ©e, plus complexe. Il sert l’Ɠuvre et la danse avec panache et sensibilitĂ©, avec des nombreux solos de violon et des vents qui touchent parfois le sublime.

 

 

Une soirĂ©e exceptionnelle dans le Palais de la danse, Ă  voir et revoir au Palais Garnier Ă  Paris les 2, 3, 5, 6, 7, 8, 10, 12, 13, 15, 17, 19, 20, 22, 23, 24, 26, 27, 28, 29, 30 et 31 dĂ©cembre 2014. Spectacle idĂ©al pour les fĂȘte de cette fin d’annĂ©e 2014.

Compte rendu, danse. Paris. Palais Garnier, le 2 dĂ©cembre 2014. Jean-Guillaume Bart : La Source. Muriel Zusperreguy, François Alu, Audric Bezard, Vamentine Colasante
 Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. Minkus, DĂ©libes, compositeurs. Orchestre Colonne. Koen Kessels, direction musicale.

 

 

 

Coppelia (Delibes, Bart, 2011)

coppelia_bart_paris_delibes_bartMEZZO. Delibes: CoppĂ©lia, chorĂ©graphie de Patrice Bart, le 30 dĂ©cembre 2013 Ă  15h. Le vieux CoppĂ©lius, fabricant de poupĂ©es automates, a l’ambition d’en crĂ©er une hyper-rĂ©aliste et douĂ©e d’une Ăąme. Frantz s’Ă©prend de la derniĂšre crĂ©ation du vieillard, entrevue par la fenĂȘtre : c’est CoppĂ©lia dont il ne soupçonne pas qu’il s’agit d’une marionnette.
Swanilda sa fiancĂ©e, jalouse s’introduit dans l’atelier. Frantz y pĂ©nĂštre Ă  son tour, surpris par CoppĂ©lius qui tente Ă  l’aide d’un breuvage de sa composition de l’endormir pour lui ravir son Ăąme. C’est alors que la poupĂ©e CoppĂ©lia s’anime, et pour cause : Swanilda a pris la place de la poupĂ©e. Elle brise les automates et s’enfuit avec son fiancĂ© qu’elle Ă©pousera Ă  la fĂȘte du village…

Mirage ou figure idĂ©ale, CoppĂ©lia suscite chez le fiancĂ© Frantz, un trouble profond… qui lui fait oublier jusqu’Ă  son vĂ©ritable amour, du moins celui rĂ©el (et peut-ĂȘtre non idĂ©al) : Swanilda. Le ballet puise son intrigue chez Hoffmann, poĂšte romantique, chef de file du fantastique fĂ©erique : rien n’est Ă©quivalent en terme d’illusion et d’enchantement Ă  cette esthĂ©tique de l’illusion oĂč toujours, l’amour est une tromperie.
C’est la force concrĂšte de Swanilda qui vainc les enchantements d’un dĂ©miurge finalement dĂ©passĂ©, Coppelius.

Coppélia, genÚse

Avec GisĂšle, CoppĂ©lia est l’emblĂšme du ballet romantique français. L’ouvrage dĂ©coule d’une collaboration riche et fructueuse entre LĂ©o Delibes (mĂ©lodiste et orchestrateur de premier plan) et le danseur et musicien, Arthur Saint-LĂ©on, lequel fournit au jeune compositeur, idĂ©es, astuces mais aussi mĂ©lodies glanĂ©es pendant ses voyages nombreux entre Paris et Saint-PĂ©tersbourg oĂč le mĂšne sa carriĂšre paneuropĂ©enne, plutĂŽt trĂšs active. L’Ă©crivain archiviste Ă  l’OpĂ©ra de Paris, Charles Nuitter adapte pour eux, l’intrigue d’aprĂšs la nouvelle de ETA Hoffmann (Der Sandmann, 1816) dont s’est aussi largement inspirĂ© Offenbach pour son premier tableau des Contes d’Hoffmann (acte d’Olympia): NathanaĂ«l tombe amoureux de la fille du professeur Spalanzani: Olympia, une crĂ©ature divine qui n’est… qu’une automate, crĂ©Ă© par Spalanzani avec la collaboration du savant dĂ©lirant CoppĂ©lius (Coppola). Mais les deux gĂ©niteurs se disputent et la poupĂ©e en fait les frais: elle perd ses yeux… NathanaĂ«l tĂ©moin de la bagarre, comprend qu’il a Ă©tĂ© trompĂ© et devient fou. Clara sa fiancĂ© apaise un temps son tourment mais le jeune homme, aveuglĂ© et trahi, se suicide du haut du clocher de l’Ă©glise, aprĂšs avoir aperçu dans la foule au-dessous, le mystĂ©rieux CoppĂ©lius. Fantastique et tragique se mĂȘlent ici pour crĂ©er un spectacle Ă  la magie illusoire; l’onirisme cĂšde le pas au vertige de l’amertume et de la tromperie…  Le ballet a Ă©tĂ© conçu par Saint-LĂ©on qui travaille en trĂšs Ă©troite complicitĂ© avec le compositeur Delibes.
Dans la transcription pour l’OpĂ©ra impĂ©rial, Nuitter Ă©dulcore la gravitĂ© originelle et l’ambivalence onirique et fantastique du drame: il en fait une comĂ©die lĂ©gĂšre non dĂ©nuĂ©e de profondeur et d’Ă©clairs mystĂ©rieux: ainsi naĂźt le ballet CoppĂ©lia ou la fille aux yeux d’Ă©mail prĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra le 25 mai 1870. Olympia devient CoppĂ©lia; NathanaĂ«l, Franz; Clara, Swanilda. Le succĂšs est immĂ©diat; l’Empereur conquis ne ferma pas les yeux pendant la crĂ©ation, (c’est dire!) et aprĂšs 40 reprĂ©sentations, le ballet est transfĂ©rĂ© au Palais Garnier flambant neuf en 1875, devenant l’un de ses spectacles emblĂ©matiques.
L’OpĂ©ra national de Paris profite de la reprise de l’ouvrage en 1996 pour actualiser la version originelle de Saint-LĂ©on. L’ex danseur et maĂźtre de ballet Ă  l’OpĂ©ra, Patrice Bart, rĂ©Ă©crit le profil des personnages (Spalanzani devient l’assistant du professeur CoppĂ©lius qui est un aristocrate déçu par l’amour), ajoute des musiques complĂ©mentaires d’autres partitions de LĂ©o Delibes (extraits de LakmĂ©, du Roi l’a dit…) … il fusionne aussi les figures de CoppĂ©lia et de Swanilda: car pour raviver l’amour et la flamme (le goĂ»t Ă  la vie) de CoppĂ©lius, Spalanzani s’engage Ă  prendre l’Ăąme d’une innocente afin d’en doter la poupĂ©e qu’ils ont fabriquĂ©.  Mais Ă  mesure que la jeune femme perd sa flamme au profit de la poupĂ©e, CoppĂ©lius se sent attirer par la jeune femme ainsi dĂ©possĂ©dĂ©e. Tableau essentiel, dans l’atelier de Spalanzani, Swanilda revĂȘt le costume de la reine des blĂ©, puis danses des figures espagnoles et Ă©cossaises, s’identifiant Ă  la ballerine dont fut tant Ă©pris CoppĂ©lius… la danseuse rĂ©elle Ă©blouit par son Ă©lĂ©gance: elle dĂ©passe mĂȘme ce que fit la poupĂ©e.
Patrice Bart approfondit le rĂŽle de Frantz: il est Ă©tudiant (et non plus silhouette Ă  peine Ă©laborĂ©e du ballet de Saint-LĂ©on oĂč le rĂŽle Ă©tait traditionnellement dansĂ© par une femme!). Pas de deux, pas de trois, le personnage du jeune homme prend ici de l’Ă©paisseur… C’est lui qui sauve Swanilda du piĂšge tendu par les deux hommes mĂ»rs prĂȘts Ă  ravir son Ăąme trop enviable.

La production prĂ©sentĂ©e en mars 2011 au Palais Garnier souligne la part du fantastique et du rĂȘve, tout en permettant aux deux jeunes amants de se retrouver dans un duo triomphal. Ni le port altier de prince blessĂ© mais digne qui s’ouvre enfin Ă  l’amour de JosĂ© Martinez, ni la grĂące aĂ©rienne de DorothĂ©e Gilbert, sans compter l’excellent et malicieux Fabrice Bourgeois (Spalazani Ă©quivoque et idĂ©al) n’affectent l’excellente rĂ©alisation de cette CoppĂ©lia 2011 dans la vision en rien datĂ©e de Patrice Bart: la dramaturgie reconstituĂ©e par le chorĂ©graphe et ex danseur Ă©toile de l’OpĂ©ra de Paris, dĂ©livre toujours ses qualitĂ©s visuelles et thĂ©Ăątrales. MĂȘme le Frantz de la jeune Ă©toile (parfois fĂ©brile dans ses enchaĂźnements, Mathias Heymann) dĂ©fend avec conviction un personnage totalement repensĂ©… Les ensembles sont soignĂ©s; le duo des jeunes amoureux rĂ©Ă©quilibre absolument l’action du ballet romantique et les options parisiennes (dĂ©cors et danse) savent rĂ©gĂ©nĂ©rer ce caractĂšre de fĂ©erie et de mystĂšre, de fantastique entre illusion et rĂ©alitĂ©, tragĂ©die et art qui font de CoppĂ©lia, l’un des ballets romantiques français les plus captivants. Dommage cependant que l’Orchestre Colonne n’exprime en rien la finesse instrumentale de la partition, l’un des joyaux du romantisme musical… que les orchestres d’Ă©poque, Les SiĂšcles en tĂȘte, savent si superbement transfigurer. A quand une reprise de CoppĂ©lia avec orchestre d’Ă©poque? Le bĂ©nĂ©fice musical en sortirait largement gagnant comme la magie de la rĂ©alisation scĂ©nique et chorĂ©graphique. Un spectacle oĂč l’illusion et l’imaginaire pĂšsent de tout leur poids, le mĂ©rite dĂ©finitivement.

Production magistrale qui mĂ©rite absolument sa publication en dvd. Swanilda: DorothĂ©e Gilbert. Frantz: Mathias Heymann. CoppĂ©lius: JosĂ© Martinez. Spalanzani: Fabrice Bourgeois. Corps de Ballet de l’OpĂ©ra national de Paris. Orchestre Colonne. Koen Kessels, direction. ChorĂ©graphie: Patrice Bart (1996). FilmĂ© Ă  Paris, Palais Garnier, mars 2011. 1 dvd Opus Arte

 

Coppélia
Chorégraphie de Patrice Bart

Musique de LĂ©o Delibes
d’aprĂšs le conte d’Hoffmann,  L’Homme au sable

Orchestre Colonne
Koen Kessels, direction

Dorothée Gilbert (Swanilda)
Mathias Heymann (Frantz)
José Martinez (Coppélius)
Fabrice Bourgeois (Spalanzani)
Et le Corps de Ballet de l’OpĂ©ra National de Paris

RĂ©alisĂ© par Vincent Bataillon (2011 – 1h35)
Enregistré au Palais Garnier, Paris