Tamerlano de Vivaldi

Antonio_Vivaldi grand portrait classiquenews_1France Musique. Jeudi 28 juillet 2016, 20h. Vivaldi : Tamerlano, opéra pasticcio créé en 1735 à Vérone. Livret d’Agostino Piovene. Peu à peu les opéras de Vivaldi sortent de l’ombre où ils agonisaient. Une véritable résurrection du Vivaldi lyrique voit ainsi le jour depuis quelques années, grâce en partie à l’engagement des nouveaux ensembles et solistes. Thibault Noally (chef en résidence à Beaune et déjà remarqué pour la justesse de son expressivité) et son ensemble Les Accents accompagnent ainsi une distribution prometteuse dont les excellentes chanteuses : la mezzo veloutée voluptueuse Léa Desandre (Andronico, le fiancé d’Asteria), et surtout l’incandescente soprano Anna Kasyan (Adaspe), lauréate du convoitée Concours de Bel Canto Vincenzo Bellini.

Pasticcio du dernier Vivaldi

Après Handel (Tamerlano, Londres, King’s Théâtre, 1724), le dernier Vivaldi se passionne pour la figure sublime du vaincu Bajazet que sa grandeur morale rend supérieure à la barbarie de son geolier, Tamerlano… Tamerlano est un opéra pasticcio dans lequel Vivaldi compose l’intégralité des récitatifs et l’essentiel des airs tout en empruntant certains d’entre eux à ses opéras précédents (Giustinio, Farnace, Semiramide, Motezuma) mais aussi à ses confrères napolitains ( et rivaux car ce sont eux que le public vénitien désormais acclame) : Hasse, Giacomelli, Broschi. L’intrigue met en scène Bajazet, sultan ottoman, défait par Tamerlan, cruel empereur des Tartares, qui souhaite épouser Asteria, fille de Bajazet. Désespéré, Bajazet se donne la mort. Scènes de passions, de colère et de jalousie sont l’occasion pour Vivaldi de proposer des airs virtuoses voire pyrotechniques comme le fameux air “Sposa, son disprezzata” chanté par Irène à l’acte 2. Voilà le cas exemplaire et fréquent d’une tragédie morale, propre au genre seria, qui a contrario ne se finit par bien, et aurait dû s’intituler non Tamerlano mais bien, Bajazet. Comme Handel avant lui, Vivaldi remodèle le drame à la fois politique et sentimental. Tamerlano retient captif Bajazet dont il aime la fille Asteria. Il s’est écarté depuis de sa précédente fiancée, Irène. Si Bajazet accepte qu’Asteria épouse son geôlier et vainqueur, il aura la vie sauve : Bajazet refuse de vendre sa fille contre sa liberté.
En un tableau sombre et lugubre, dont Handel a le secret, Bajazet le magnifique se donne la mort. Saisi par ce geste d’une ultime et fatale loyauté, Tamerlano renonce à Astéria qui peut épouser son aimé, Andronico ; puis revient vers Irène. Ce que nous apprend Tamerlano, c’est la grandeur moral du prisonnier, soumis à un odieux chantage qui préfère renoncer et se donner la mort que donner sa propre fille.

ANTONIO VIVALDI / 1678-1741
Tamerlano
Opéra pasticcio en 3 actes, créé en 1735 au Teatro Filarmonico de Vérone.
Livret d’Agostino Piovene
version de concert
Donné le 23 juillet 2016 à Beaune, Cour des Hospices, 21h

Bajazet : Florian Sempey
Tamerlane : David DQ Lee,
Astoria : Anthéa Pichanick,
Andronico : LĂ©a Desandre
Irene : Blandine Staskiewicz
Idaspe : Anna Kasyan,

ORCHESTRE LES ACCENTS
Direction musicale : THIBAULT NOALLY

 

 

 

Consultez la page Tamerlano sur le site du Festival de Beaune 2016
http://www.festivalbeaune.com

 

CD. Haendel : Tamerlano (Cencic, Gauvin, Ainsley… Minasi, 2013)

Haendel handel _TAMERLANO_Naive Ainsley gauvin cencicCD. Haendel : Tamerlano (Cencic, Gauvin, Ainsley… Minasi, 2013)… Plus ciselĂ©s et mordants, plus inventifs et renouvelĂ©s que Curtis par exemple, Riccardo Minasi et les instrumentistes d’Il pomo d’oro convainquent musicalement : leur caractĂ©risation du drame sombre voire hautement tragique de Tamerlano (1724) reste souvent saisissante (attĂ©nuation murmurĂ©e constamment souple, proche en cela du texte, colorant idĂ©alement les caractères de chaque personnages selon la situation. Jamais le continuo des recitatifs ne s’enlise : il suit l’arc tendu du verbe et accuse le relief ou les vertiges des oppositions, confrontations, manipulations entre les personnages : un père (Bajazet) et sa fille (Asteria), proies impuissantes de la cruautĂ© la plus abjecte incarnĂ© par le repoussant Tamerlano qui en fait n’est pas le hĂ©ros de l’opĂ©ra,… plutĂ´t un faire valoir du rĂ´le immense de Bajazet, prince noir mais noble et digne… qui prĂ©fère la morsure du poison et la dĂ©livrance finale qu’il promet, plutĂ´t que vivre l’Ă©tat d’humiliation et d’asservissement qu’aime cultiver contre lui et sa fille, l’ignoble Tamerlano.

Tamerlano chambriste, essentiellement vocal

CLIC D'OR macaron 200Contrairement au visuel de couverture ce n’est ni Tamerlano et son interprète qui se hissent au sommet de la rĂ©alisation : mais plutĂ´t l’excellent Bajazet de John Mark Ainsley : prince noble et d’une grandeur morale admirable, attendrie encore par ce lien filial et tĂ©nue (ici très bien exprimĂ©) qui le rattache Ă  sa fille, double de souffrance Ă  ses cĂ´tĂ©s (très honnĂŞte Karine Gauvin dans un rĂ´le fĂ©minin riche en couleurs crĂ©pusculaires lui aussi). Rien Ă  dire non plus au fiancĂ© d’Asteria, l’Andronico de Cencic : vivant, palpitant, toujours hautement engagĂ© lui aussi. La version est intensĂ©ment vocale donc dramatiquement proche du théâtre cornĂ©lien, oĂą l’Ă©quilibre instruments et chant se rĂ©vèle idĂ©al. La comprĂ©hension du chef saisit par son intelligence, et la qualitĂ© globalement engageante des solistes dĂ©fend superbement l’opĂ©ra haendĂ©lien. Excellente surprise.

Georg Friederich Haendel (1685-1759): Tamerlano, HWV 18 (1731 version). Avec Xavier Sabata (Tamerlano), Max Emanuel Cenčić (Andronico), John Mark Ainsley (Bajazet), Karina Gauvin (Asteria), Ruxandra Donose (Irene), Pavel Kudinov (Leone). Il pomo d’oro. Riccardo Minasi, direction. Enregistré en Italie, en avril 2013.  3cd Naïve V 5373.