Entretien avec DIANA BARONI Ă  propos de son album PAN ATLANTICO (printemps 2022)

Pan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chantENTRETIEN avec DIANA BARONI Ă  propos de son nouvel album « PAN ATLANTICO ». C’est le chant d’un journal intime exprimĂ© en duo ; l’expression d’une identitĂ© retrouvĂ©e aussi Ă  travers des pĂ©riples multiples et une expĂ©rience intime de la mort. Dans « Pan Atlantico », Diana Baroni, voix et traverso, s’associe Ă  l’arpeggione de Simon Drappier dans un programme inĂ©dit qui est une collection de textes forts, irrĂ©sistibles. Entretien exclusif pour classiquenews.

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CLASSIQUENEWS : Que signifie le titre de votre nouvelle album ?

DIANA BARONI : Ce titre nous est apparu par magie; c’est surtout grĂące Ă  une vision de Simon, qui a sĂ©journĂ© plusieurs annĂ©es en Argentine. Alors, lui il voyait la route « panamericana » qui traverse l’Argentine du nord au sud; moi, je voyais les bateaux des immigrĂ©s d’aprĂšs guerre, qui traversaient l’ocĂ©an Atlantique. La rencontre conceptuelle de deux images fonctionne Ă  merveille: elles reprĂ©sentent pleinement nos sources d’inspiration, notre matiĂšre d’attention disons, et le voyage, le parcours, les aller-retours Ă©galement, aussi de l’un et de l’autre (Simon français, ayant vĂ©cu lĂ  bas et moi italo-argentine, installĂ©e en France).

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CLASSIQUENEWS : Prolonge-t-il des éléments de vos programmes ou albums passés ? Ou est ce un programme en « rupture » ?

DIANA BARONI : J’aime bien l’idĂ©e de rupture. Il y a quelque chose d’essentiel qui est prĂ©sent dans cet album, plus que dans mes albums prĂ©cĂ©dents. C’est Ă©vident que les expĂ©riences apportĂ©es par la vie courante ces derniers annĂ©es, tant au titre personnel comme mondial, m’ont mis quelque part Ă  nue, d’abord par la mort, ensuite par la pandĂ©mie. Quelque part je me dis aujourd’hui que mon album prĂ©cĂ©dent THE EMIDY PROJECT sorti en 2018, a Ă©tĂ© un geste de survie
 Ă  l’instar de l’esclave musicien de notre saga ; Emidy m’a permis de vivre, de traverser la douleur.
Ce signe de maladie de notre civilisation, de notre terre, est aussi un signe de rupture dans un sens plus large, et universel je dirais. Nous aurons espĂ©rĂ© peut ĂȘtre une sensibilisation de notre sociĂ©tĂ© par l’expĂ©rience du confinement, qui nous a forcĂ© Ă  faire une rupture temporelle Ă©galement. Et non
 Les temps qui courent ne sont pas les plus joyeux, et nous sommes tous responsables malheureusement de l’état actuel de notre civilisation, de ce visage de la nature humaine si Ă©goĂŻste, si individualiste. Les luttes sociales qui ont Ă©tĂ© portĂ©es par les gĂ©nĂ©rations prĂ©cĂ©dentes sont en train de s’évaporer, mĂȘme leur fruits sont en train de disparaitre. C’est terrifiant et dĂ©solant.
En ces temps obscurs, la musique et l’art sont d’autant plus des moyens d’éveil, de cure, de clairvoyance. Je crois profondĂ©ment Ă  la possibilitĂ© de vĂ©hiculer un message qui nous aiderait Ă  ĂȘtre en quĂȘte, en questionnement de notre nature humaine pour Ă©viter de « subir les Ă©vĂ©nements comme des somnambules », selon les paroles d’Edgar Morin.
Alors oui, ce disque, que nous avons enregistre LIVE, entre deux confinements pandĂ©miques, au cours de l’étĂ© 2020, est le reflet d’une inĂ©vitable rupture universelle. C’est peut ĂȘtre pour tout cela que les choix artistiques que nous avons assumĂ©s avec Simon Drappier, ont Ă©tĂ© plus radicaux, les gestes plus poussĂ©s, le rĂ©pertoire plus prĂ©cis.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quels sont les thĂšmes des textes que vous chantez ? Quelles grandes chanteuses avez vous en tĂȘte quand vous les interprĂ©tez ?

DIANA BARONI : Avec Simon pour PAN ATLANTICO, nous avons choisi notre rĂ©pertoire guidĂ©s par des amours respectifs par certains artistes, comme Simon Diaz, Violeta Parra, Victor Jara. C’est vrai que d’une façon souterraine, nous avons touchĂ© par les compositions des uns et des autres, des thĂ©matiques proches : le dĂ©sarroi, l’absence, le dĂ©sespoir, l’amour. Les sujets Ă©voquĂ©s s’entrelacent entre eux, se parlent, se rĂ©pondent; il y a une unitĂ© enfin qui s’est tissĂ© naturellement.
Les femmes qui m’inspirent viennent de loin, d’une sorte de mĂ©moire collective, je veux dire
 chacune par des qualitĂ©s spĂ©cifiques trĂšs diffĂ©rentes : Chavela Vargas, par sa force rhĂ©torique; Violeta Parra, par sa nuditĂ©; Elis Regina, par sa vulnĂ©rabilitĂ© expressive et son Ă©lĂ©gance vocale; aussi brĂ©silienne, Luciana Souza, par sa justesse et son timbre transparent. Dans un autre registre, encore deux voix fĂ©minines qui me touchent et m’inspirent par toutes les raisons confondues Ă©voquĂ©es : Lorraine Hunt et Anne Sophie Von Otter – cette derniĂšre pour l’immense libertĂ© d’esprit qu’elle reprĂ©sente Ă  mes yeux dans le milieu musicale actuel.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : La prĂ©sence de l’arpeggione renouvelle beaucoup votre univers poĂ©tique et musical. Qu’apporte l’instrument concrĂštement pour la cohĂ©rence musicale et poĂ©tique de ce programme ?

DIANA BARONI : C’est certain que l’univers mis a disposition par l’arpeggione et le jeu extraordinaire – dans le vĂ©ritable sens du terme – proposĂ© par Simon, m’ont immĂ©diatement propulsĂ© vers des zones de travail absolument nouvelles.
Et il a sans doute la personnalitĂ© idĂ©ale pour se lancer vers l’exploration, vers l’inattendu. Tout comme moi, Simon n’hĂ©site pas Ă  brouiller les pistes, franchir des frontiĂšres; nous nous sommes retrouvĂ©s exactement lĂ  ou il fallait, je pense, dans nos parcours artistiques
 lui aussi il cherchait au moment de notre rencontre, un instrument qui devienne sa propre voix / voie. L’arpeggione est devenu le partenaire idĂ©al. Il avait entre ces mains un instrument noble d’une versatilitĂ© Ă©norme, avec toutes les possibilitĂ©s du jeu Ă  l’archet, accordĂ© en plus comme une guitare (Simon a Ă©tĂ© Ă  la base guitariste et contrebassiste) Du coup, c’était le complice parfait, et avec le traverso, c’était juste magique du point de vue des timbres et des nuances. Aussi, nous avions tous les deux un passĂ© musical trĂšs riche, dans des milieux extrĂȘmement variĂ©s: le jazz, la musique contemporaine, le baroque, l’improvisation autour de la tradition orale; tout cela a nourri notre confiance et notre terroir, pour partir Ă  la recherche d’autres horizons ; pour crĂ©er ensemble une matiĂšre qui nous reprĂ©sente pleinement.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Y-a-t-il 1 ou 2 chansons qui vous tien(nen)t à cƓur dans cet album ? Pour quelles raisons ?

DIANA BARONI : « Poema 15 » de Victor Jara / Pablo Neruda,  et « Que he sacado con quererte » de Violeta Parra, sans hĂ©siter
 le Chili Ă  l’honneur, hĂ©las!
Sur la premiĂšre composition, le poĂšme de Pablo Neruda est mis en beautĂ© par Victor Jara avec une modestie et une intelligence musicale assez uniques. Cette chanson est une mĂ©taphore du dĂ©part de l’ĂȘtre aimĂ©e, de son absence, de son esprit perdu dans les tĂ©nĂšbres d’un sommeil profond 
 et encore vivant. J’ai Ă©prouvĂ© moi-mĂȘme tout ce que cela peut signifier ; la vie m’a obligĂ© il y a 5 ans maintenant Ă  faire face Ă  la mort, Ă  lui parler aussi. Mon compagnon a Ă©tĂ© dans le coma 12 jours suite Ă  un accident ; la dĂ©couverte de ce poĂšme et cette chanson m’ont permis de sacraliser peut ĂȘtre autrement cette expĂ©rience qui a changĂ© le cours de mon existence pour toujours. Je ne peux pas m’empĂȘcher de penser aux derniers moments Ă  ses cotĂ©s quand je chante « Poema 15 ». En travaillant avec Simon, nous avons trouvĂ© quelque chose de pure, de nu, puissant, avec son ostinato minimaliste, in crescendo, et pourtant mĂ©canique et presque froid. C’est grĂące Ă  ce contraste que nous avons trouvĂ© un Ă©quilibre je crois, l’Ă©quilibre qui nous permet de traverser les Ă©motions de cette chanson qui reprĂ©sente autant pour moi.
«Que he sacado con quererte» est un hymne au dĂ©sespoir le plus absolu: Violeta s’interpelle Ă  propos de l’amour et du fait d’aimer inutilement quelqu’un. C’est sans doute en questionnant sa relation tumultueuse et difficile avec le suisse Gilbert Favre (anthropologue, queniste – joueur de quena) l’amour de sa vie. Peu de temps aprĂšs son dĂ©part vers la Bolivie, tout en la quittant dĂ©finitivement, Violeta lui dĂ©diera plusieurs compositions et textes; dĂ©chirĂ©e toujours par cette rupture, elle mettra aussi fin Ă  ses jours peu de temps aprĂšs. Ce dĂ©sespoir que la chanson de Violeta nous transmet, vient quelque part crĂ©er une sorte de balancement avec « Poema 15 ».
Ces deux opus de l’album sont pour moi les piliers Ă©motionnels sur lesquels notre programme s’est construit.

 

 

 

 

Propos recueillis en avril 2022 / Photos : © Erol GUM

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Pan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chantCD‹ DIANA BARONI et SIMON DRAPPIER : nouvel album (printemps 2022), CLIC DE CLASSIQUENEWS « Pan Atlantico » : https://bfan.link/pan-atlantico-2  -  LIRE aussi notre critique du cd PAN ATLANTICO / CLIC de CLASSIQUENEWS (printemps 2022)

 

 

 

EN CONCERT : le 3 juin 2022 : 360 PARIS MUSIC FACTORY ;
Les 14, 15 et 16 juillet 2022 Ă  LYON / Festival du Perystile – OpĂ©ra de Lyon
programme du cd Pan Atlantico, avec Simon Drappier (arpeggione) – lire ci aprĂšs, dans notre sĂ©lection agenda :

 

 

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AGENDA – Prochains concerts de Diana Baroni 2022

 

 

Dimanche 8 mai 2022 / 20h30
Concert privĂ© – Sadirac, Gironde
“Boleros & Love Songs” avec Valerie Chane-Tef (piano)

Jeudi 19 mai / 12h30
Universite Scientifique de la Doua, Villeurbanne – RhĂŽne
“Hommage a Nestor Perlongher » avec Joel Defrance (chant, performer)

Vendredi 20 mai / 19h
Centre Charles Chaplin – Vaux en Velin, RhĂŽne
“Autour de Emidy Project : confĂ©rence musicale” avec Tunde Jegede (kora)

Dimanche 22 mai / 17h30
Les concerts de La Chiesaz- Eglise Notre Dame, Blonay -Saint Legier SUISSE
“The Emidy Project” avec Tunde Jegede (kora), Simon Drappier (arpeggione) Rafael Guel (vihuela, percussions), Gora Diakhate (narrateur), Ishimwa Muhimanyi (danseur)

 

 

Vendredi 3 juin / 19h30 TBCPan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chant
Le 360 Paris Music Factory – Ile de France
Pan Atlantico” avec Simon Drappier (arpeggione)

 

 

Jeudi 23 juin / 19h30
Apero musical au Naturel DissipĂ© – Ferme de Paletou, Naucelle, Aveyron
“Ex Solum” avec Gregorio Orozco (guitare)

Mercredi 29 juin / 20h
Les Musicales en Confluence – Tours, Indre-et-Loire
“Chants de Travail” avec Jasser Youssef (viole d’amour)

Dimanche 3 juillet / 20h
Cafe Plum – Lautrec, Pays de Cocagne
“Ex Solum” avec Gregorio Orozco (guitare)

 

 

Jeudi 14, vendredi 15 et samedi 16 juillet / 19hPan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chant
Festival du Perystile – OpĂ©ra de Lyon, RhĂŽne
« Pan Atlantico » avec Simon Drappier (arpeggione)

 

 

 

 

actualité de Diana Baroni à suivre sur
dianabaroni.com

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CRITIQUE, CD événement. PAN ATLANTICO : Diana Baroni / Simon Drappier (1 cd Accords croisés)

Pan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chantCRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. PAN ATLANTICO : Diana Baroni / Simon Drappier (1 cd Accords croisĂ©s) – FlĂ»tiste Ăšs mĂ©rite (au sein du CafĂ© Zimmermann), chanteuse Ă  tempĂ©rament, entre gouaille et grain, mais latino et inspirĂ©e par les chamans du Nouveau Monde, Diana Baroni signe ici l’un de ses meilleurs enregistrements : miraculeux, poĂ©tique, d’une transe hallucinĂ©e, invoquant, exhortant toutes les misĂšres et les grandeurs (vaines) de ce monde. Empruntant dĂ©sormais les chemins de la chanson Ă  message, dramatique, tout en servant une sensibilitĂ© millimĂ©trĂ©e et orfĂ©vrĂ©e qui recueille des dĂ©cennies de compagnonnage en terre baroqueuse
 Distinguons deux hymnes au monde, Ă  la terre, Ă  l’humanitĂ© : Tonada de luna llena et Que he saccado con quererte. Diptyque oĂč le texte incarnĂ© en fusion avec l’arpeggione atteint de rares et bouleversante fulgurances.
C’est le chant de la mĂšre, de l’humble servante , pleureuse et invocatrice tragique, l’instrumentiste pour laquelle toutes les nuances de la muCLIC D'OR macaron 200sique baroque, historiquement informĂ©es, n’ayant aucun secret, sĂšme sa part de tendresse et d’humanitĂ©, d’ultime imploration avant la fin du monde. La musicienne argentine a fait Ă©voluĂ© son art en s’accordant et de quelle maniĂšre Ă  la corde incandescente de l’arpeggione de Simon Drapier, violoncelle lui aussi venu du XIXĂš Schubertien, qu’un sens virtuose de l’improvisation, associe dĂ©sormais en complicitĂ© et comprĂ©hension Ă  la diseuse funambule.

Le verbe extraverti, espagnol ou portugais, dit cette mĂ©lancolie indicible, marquĂ©e par le dĂ©part, le deuil, le renoncement. Les deux cordes se rĂ©pondent, – avec le vol enchantĂ© du traverso dont se saisit la chanteuse instrumentiste- dialoguent, s’électrisent au delĂ  de tout ce que l’on a Ă©coutĂ©, entendu jusque lĂ  : plainte et priĂšre Ă  la fois, pour un monde qui peut n’ĂȘtre jamais et ne sera jamais dĂ©finitivement ; toujours espĂ©rĂ©, vainement. ViscĂ©ralement Ă©voquĂ©, invoquĂ©, souhaitĂ©. Magistral duo. CLIC de CLASSIQUENEWS du printemps 2022.

 

 

PLUS D’INFOS sur le site de Diana Baroni : https://www.dianabaroni.com/actualites/blog-post-title-three-cs6dl-QhfHC-tmkmg-a9z3e

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TEASER VIDEO :

 

 

 

 

La Schubertiade de Sceaux : Schubert, Brahms, Schumann

sceaux la schubertiade de sceaux hotel de ville saison sur classiquenewsSCEAUX, Sam 19 janv 2019. 17h30 : alto / piano, L Hennino / PK Atanassov. Duo de charme, alto / piano, le nouveau concert prĂ©sentĂ© dans le cadre de la Schubertiade de Sceaux, et dans la salle principale de l’HĂŽtel de ville, met l’accent sur une facette passionnante de la musique de chambre : le dialogue entre deux instruments aux moirures complices
 le pianiste Pierre-Kaloyann Atanassov quitte son trio (Trio Atanassov) le temps de ce programme et joue avec l’une des altistes les plus prometteuses de sa gĂ©nĂ©ration, LĂ©a Hennino, dans un programme d’Ɠuvres romantiques, associant Schubert, Schumann, Brahms. L’opus D 821 Ă©tait originellement pour piano et arpeggione. L’arpeggione est un ancien instrument entre la guitare et le violoncelle, expĂ©rimentation qui rĂ©sulte d’une commande de son ami Vincenz Schuster, guitariste affirmĂ© ; l’arpeggione n’avait que 6 cordes, rendant extrĂȘmement difficile sa maĂźtrise : l’instrument nouveau ne s’imposa pas et l’Ɠuvre est aujourd’hui surtout jouĂ© par l’alto ou le violoncelle. La Sonate Arpeggione de Schubert (1824) comprend trois mouvements (allegro moderato, adagio, allegretto). Lumineuse et profonde, l’Ɠuvre porte qualitĂ©s et caractĂšres de Schubert : nostalgie, finesse, renoncement poĂ©tique, tendresse rĂȘveuse et mĂ©lancolie Ă©thĂ©rĂ©e
 avec dans variations et reprises, une rĂ©flexion personnelle sur le sens et la direction de l’écriture mĂ©lodique.

 

 

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Léa Hennino, alto  -  Pierre-Kaloyann Atanassov, piano

   

 

Brahms johannes concertos pianos orchestre par adam laloum nelson freire critique annonce par classiquenewsL’opus 120 de Brahms comprend deux sonates (composĂ©es Ă  l’étĂ© 1894, initialement pour piano et clarinette, et transcrites plus tard par le compositeur pour alto et piano). Pierre-Kaloyann Atanassov et LĂ©a Hennino jouent la n° 2 en mi bĂ©mol majeur. La transcription n’entame en rien l’élĂ©gance d’une Ɠuvre de la pleine maturitĂ© (les deux Sonates sont ses ultimes piĂšces dans le genre) : multiplicitĂ© mouvante de l’écriture en variations (dont Brahms a le gĂ©nie), surtout riche exploitation du timbre sombre, parfois Ăąpre et amer de l’alto que le compositeur aime passionnĂ©ment comme Berlioz avant lui. A noter l’Allegro appassionato, fiĂ©vreux et serein Ă  la fois, exprime au plus prĂšs, les deux faces de la passion brahmsienne, Eros et Tanatos, – l’équivalent du doublĂ© ambivalent : Florestan / Eusebius de Schumann. Jamais l’élan poĂ©tique et l’architecture faussement simple des deux derniĂšres Sonates n’ont Ă  ce point fusionnĂ©. La Sonate est l’un des sommets de l’inspiration chambriste de Brahms.

Enfin, de Schumann, les deux instrumentistes interprĂštent MĂ€rchenbilder, soit 4 piĂšces trĂšs contrastĂ©es inspirĂ©es de vieilles lĂ©gendes populaires : il s’agit des (trop) rares partitions du rĂ©pertoire Ă©crites initialement pour alto et piano.

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SCEAUX (92), La Schubertiadeboutonreservation
HĂŽtel de Ville
Samedi 19 janvier 2019, 17h30

 

 
Schubert: Sonate Arpeggioneschubert-franz-schubertiade-concert-annonce-par-classiquenews
Schumann: FantasiestĂŒcke op. 73
Brahms: Scherzo de la sonate FAE
Brahms: Sonate op. 120 n° 2 en mi bémol majeur

LĂ©a Hennino, alto
Pierre-Kaloyann Atanassov, piano

 

 

RESERVATION
http://www.schubertiadesceaux.fr/pierre-kaloyann-atanassov-et-lea-hennino-19-janvier-2019/

Renseignements
06 72 83 41 86 – schubertiadesceaux@orange.fr

 

   

 

MASTERCLASS PRÉALABLE :

A 11h45 « A vous la scÚne » :

Master-classe publique de Pierre-Kaloyann Atanassov Ă  destination d’un ensemble amateur sĂ©lectionnĂ©, suivie de la prestation publique de l’ensemble / En coproduction avec Proquartet Centre EuropĂ©en de Musique de Chambre.

 

   

   

 

CD. Franz Schubert : Arpeggione, Quatuor La Jeune fille et la mort (Luigi Piovano, 2013) 1 cd Eloquentia

schubert-luigi-piovano-eloquentia-schubert-cdCD. Franz Schubert : Arpeggione, Quatuor La Jeune fille et la mort (Luigi Piovano, 2013) 1 cd Eloquentia. Le prĂ©sent opus met en miroir deux Ɠuvres emblĂ©matiques de Franz Schubert composĂ©es dans la mĂȘme pĂ©riode : une pĂ©riode sombre qui aiguise sa formidable sensibilitĂ© musicale. ÉbranlĂ© voire dĂ©pressif, le Schubert de 1824, celui des deux oeuvres ici abordĂ©es – la Sonate Arpeggione et le Quatuor La jeune fille et la mort-, saisit par ce regard sans concession sur la fragilitĂ© humaine et la dĂ©sespĂ©rante solitude qui est la sienne. Ayant contractĂ© la syphilis, le jeune homme de 28 ans reste alitĂ© condamnĂ© malgrĂ© lui mais sa clairvoyance musicalement gĂ©niale transparaĂźt sans fard, pointant une vivacitĂ© exceptionnellement mĂ»re pour son Ăąge. La mort est prĂ©sente, et la plume d’une rare acuitĂ©. Une irrĂ©pressible aspiration au chant de l’amour y croise des gouffres amers  ; l’emprise de la mort (prĂ©monition troublante) guerroie avec les derniĂšres forces vitales : c’est ce que nous offre Ă  entendre le violoncelliste Luigi Piovano qui rĂ©unit autour de lui les cordes seules de l’orchestre de l’Accademia di Santa Cecilia. Chaque oeuvre est abordĂ©e dans une version non familiĂšre dont les bĂ©nĂ©fices se dĂ©voilent en cours de lecture.

La Sonata en la mineur D. 821 dit l’Arpeggione et le Quatuor en re mineur D. 810 “La Jeune Fille et la Mort”, les deux versions proposĂ©es dans cet album sont des transcriptions ; pour la premiĂšre, Luigi Piovano, par ailleurs violoncelle solo de l’Orchestre Symphonique de l’Accademia di Santa Cecilia, rĂ©unit les cordes seules de la phalange romaine. Il nous propose une version pour violoncelle piccolo Ă  cinq cordes et orchestre Ă  cordes ; pour le Quatuor D. 810, Luigi Piovano a retenu la version pour orchestre Ă  cordes Ă©crite par Gustav Mahler en 1896.

piovano luigi schubertPour l’Arpeggione D821, Luigi Piovano a pris soin de choisir son instrument dans la connaissance des possibilitĂ©s de l’instrument originel utilisĂ© par Schubert (hybride Ă  6 cordes entre la viole de gambe, le violoncelle et la guitare, conçu par le facteur viennois JG Stauffer en 1823). Le piccolo utilisĂ© par le violoncelliste italien rĂ©alise les octaves originales : il cisĂšle surtout la fluiditĂ© chantante de l’instrument, dĂ©voilant tout ce qui dans l’écriture de Schubert relĂšve du chant pur car le lied est bel et bien primordial ici.

Les solos soulignent l’ñprete mĂ©lancolique de l’air principal qui dialogue avec le second dansant presque populaire et rustique, d’un caractĂšre nettement brillant. De toute Ă©vidence, la transposition fait valoir l’exceptionnelle sensibilitĂ© expressive du violoncelle solo comme l’instinct musical du soliste. Le bĂ©nĂ©fice des cordes comme un tapis sonore apporte de nouvelles couleurs une extension orchestrale Ă©vidente, mĂȘme uniquement aux cordes : la partition gagne de nouvelles respiration, un souffle qui amplifie l’effet de contraste entre nostalgie maladive (dĂ©pressive) du premier motif et Ă©lan chorĂ©graphique (plus insouciant) du second. L’approche de Piovano dans l’Adagio accentue les qualitĂ©s que nous remarquions dans le premier mouvement : langueur et mystĂšre du premier motif oĂč s’affirment la simplicitĂ© et la pudeur trĂšs profonde du violoncelle requis (William Forster III de 1795).

Schubert transcrit : geste allant, clair et fluide

 

Le 3Ăšme Ă©pisode (Allegretto) est sautillant d’une prĂ©cision et d’un grand raffinement agogique (comme son Saint-SaĂ«ns -intĂ©grale pour violoncelle et piano-, Ă©galement Ă©ditĂ©e par Eloquentia, remarquablement expressif et lĂ  aussi d’une belle caractĂ©risation introspective). Le violoncelle affirme une flexibilitĂ© aĂ©rienne, une versatilitĂ© Ă©tonnante assurant l’allĂšgement progressif de la matiĂšre sans perdre l’Ă©locution trĂšs prĂ©cise et volubile du violoncelle, d’une musicalitĂ© virtuose. Si le soliste avait souhaitĂ© faire briller, chanter l’instrument, mais aussi Ă©mouvoir par une sensibilitĂ© pure, il n’aurait pas agi autrement. L’Allegretto atteint un naturel et une complicitĂ© expressive avec les cordes qui l’entourent : toute la fin est Ă©crite en lĂ©gĂšretĂ© et nuances, rĂ©alisant le haut intĂ©rĂȘt de la transposition.

L’idĂ©e de transcrire pour orchestre Ă  cordes l’admirable Quatuor La jeune fille et la mort D.810, peut surprendre… Que peut apporter un effectif plus nombreux, immanquablement plus dense pour ne pas dire davantage, en place d’un quatuor aux Ă©quilibres affinĂ©s,  d’une lisibilitĂ© inatteignable ? Si la question mĂ©rite d’ĂȘtre posĂ©e,  la dĂ©fense  de la transcription choisie  se rĂ©alise d’elle mĂȘme
 conçue Ă  l’extrĂȘme fin du XIXĂšme par Gustav Mahler.

Les interprĂštes parviennent Ă  maintenir le niveau d’élocution prĂ©alable (D. 821) en soignant la ligne expressive ; ils Ă©vitent surtout lourdeur et Ă©paisseur,  gageure difficile Ă  relever sur le terme. Ils retrouvent en cela la cohĂ©rence de leur album des transcriptions des lieder de Mahler prĂ©cĂ©demment Ă©ditĂ© aussi chez Eloquentia.

L’agilitĂ© se dĂ©tache en particulier dans le premier mouvement  Ă  l’activitĂ© nerveuse, finement Ă©noncĂ©e ; les fins de phrase Ă©tant millimĂ©trĂ©es par le violoncelle toujours fidĂšlement inspirĂ© du chef et leader de l’effectif (Piovano a Ă©tĂ© rĂ©cemment confirmĂ© comme chef soliste de l’ensemble Ă  cordes romain : une entente dont tĂ©moigne et confirme le prĂ©sent enregistrement).

piovano luigiLe souci de clartĂ© s’affirme, y compris dans l’ñpretĂ© qui manque parfois de rudesse tranchante dans les tutti rageurs, mais les cordes savant exprimer ce climat d’instabilitĂ© et de profondeur inĂ©luctable (ajout de la contrebasse par Mahler), celles d’une eau inquiĂ©tante comme un secret qui plonge dans un lac
 TrĂšs engagĂ©s, acteurs d’une force puissante, les interprĂštes abordent le 2Ăšme mouvement (Andante con moto avec variations : l’épisode le plus saisissant de Schubert) dans des qualitĂ©s des pianissimi bĂ©nĂ©fiques, n’empĂȘchant pas qu’une certaine pesanteur (Mahler moins inspirĂ©) s’impose malheureusement lĂ  oĂč la forme quatuor glisse dans la pure magie suspendue. Pourtant malgrĂ© la largeur sonore liĂ©e Ă  l’effectif, l’allant trouve Ă  la fois cette urgence (galop de la mort sĂ©ductrice), la priĂšre de la jeune fille comme l’inquiĂ©tant mystĂšre qui flotte continument au dessus des instruments. Le Scherzo est Ăąpre et intensĂ©ment dramatique. Le violoncelliste leader veille lĂ  encore aux Ă©quilibres associant engagement et lisibilitĂ© y compris dans le trio plus dĂ©tendu et insouciant,  sautillant et gracieux. Le presto final est une course Ă©chevelĂ©e aux secousses finement tressĂ©es. Le nerf et l’engagement des musiciens rĂ©alisent ce dernier mouvement comme l’Ă©lĂ©ment libĂ©rateur de toutes les tensions prĂ©alablement Ă©noncĂ©es.  Sans perdre le fil tragique et lugubre, l’orchestre mĂȘme Ă©pais Ă©vite la pesanteur et le pathos : sa ligne simple et dĂ©pouillĂ©e suit son cours coĂ»te que coĂ»te, offrant une couleur orchestrale au drame qui se joue. Le flux nerveux ne manque pas d’expressivitĂ© comme de caractĂ©risation ; les musiciens misent sur une prĂ©cision lĂ  encore jamais prise en dĂ©faut. La «  chevauchĂ©e / tarentelle » reste l’une des plus passionnantes de Schubert. Le dĂ©nouement spectaculaire et thĂ©Ăątral oĂč la mort reprend ce Ă  quoi elle avait fait mine de renoncer,  est vif, frappant, d’une inĂ©luctable Ă©vidence. Voici un jalon dans la complicitĂ© du violoncelliste et de l’orchestre qu’il dirige. Sans attĂ©nuer ni diluer l’intensitĂ© schubertienne, les interprĂštes savent en Ă©clairer les arĂȘtes vives, souligner les points de force de la dĂ©licate structure. Une gageure scrupuleusement relevĂ©e.

Franz Schubert : Arpeggione, Quatuor La Jeune fille et la mort (transpositions pour soliste et orchestre Ă  cordes). Orchestre Ă  cordes de l’Accademia di Santa Cecilia. Luigi Piovano, violoncelle et direction. 1 cd Eloquentia EL 1446, enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2013.