NANCY : Nouvelle Ariane de Dukas, Ă  l’OpĂ©ra National de Lorraine (28 janv-3 fĂ©v 2022)

ARINE-ET-BARBE-BLEUE-paul-DUKAS-opera-dossier-enjeux-critique-opera-national-de-Lorraine-nancy-catherine-hunold-classiquenewsNANCY, OpĂ©ra. DUKAS : ARIANE et BARBE-BLEUE, 28 janv-3 fĂ©v 2022. Nouvelle production incontournable d’Ariane de Paul Dukas (1907) en 4 reprĂ©sentations seulement, s’agissant d’une Ɠuvre forte, complĂ©mentaire aux opĂ©ras prĂ©cĂ©dent de Debussy (PellĂ©as et MĂ©lisande, 1902) et de Bartok (Le ChĂąteau de Barbe-Bleue, 1918).  A Nancy, le choix des interprĂštes dont surtout l’Ariane prometteuse de Catherine Hunold devrait aider Ă  la rĂ©habilitation d’une partition injustement mĂ©connue, trop absente encore des scĂšnes lyriques.

 

 

 

ARIANE et MÉLISANDE

L’action d’Ariane de Dukas se dĂ©roule en rĂ©alitĂ© AVANT celle de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy. Les deux figures fĂ©minines renvoient au mystĂšre fĂ©minin absolu, Ă  la fois fragile et puissante, chacune, surtout Ariane, tentant d’extraire l’homme, l’époux, de sa gangue primitive et maudite. Les HĂ©roĂŻnes ont en commun le texte thĂ©Ăątral de Maurice Maeterlinck. L’opĂ©ra de Dukas est une Ɠuvre Ă  la fois classique et symboliste oĂč MĂ©lisande parmi d’autres princesses Maeterlinckiennes (SĂ©lysette, Alladine, BellangĂšre et Ygraine) se battent pour leur libĂ©ration ; car elles sont prisonniĂšres au chĂąteau de Barbe-Bleue oĂč Ariane est venue vivre, avec la mission de les dĂ©livrer du monstre. Sa nourrice la guide ; enquĂȘtant partout dans le chĂąteau, ouvrant des portes interdites, elle rĂ©ussit sa tĂąche. Mais les prisonniĂšres ne veulent pas la liberté 

« De ce cÎté, se trouve une eau stagnante et trÚs profonde ».

Au coeur de l’OpĂ©ra Ariane, le texte, sa dĂ©clamation sont essentiels. La phrase prononcĂ©e autant chez Debussy que Ducas indique un sens cachĂ© dont la musique laisse espĂ©rer le dĂ©cryptage et l’élucidation. a travers le conte lĂ©guĂ© par Perrault au XVIIĂš, Ă  l’époque oĂč perce les premiers Ă©clairs lumineux de la psychanalyse, la matiĂšre musicale et lyrique tĂ©moignent d’une conscience nouvelle : la rĂ©alitĂ© peut ĂȘtre dĂ©voilĂ©e et comprise grĂące Ă  l’action dictĂ©e par le psychique, Ă  condition qu’on en connaisse les codes.

 

 

 

LE FIL D’ARIANE
 un cheminement vers la conscience

DUKAS paul portrait classiquenews  Paul_DukasSi Ariane a tenu le fil pour sauver ThĂ©sĂ©e (lequel l’abandonna Ă  Naxos, d’om l’opĂ©ra de Richard Strauss), Paul Dukas brosse le portrait de la femme forte et courageuse, maĂźtresse de son destin, qui abandonne Barbe-Bleue, en tenant le fil pour sortir les prisonniĂšres de leur cage fortifiĂ©e. En Ariane, figure psychopompe, rĂ©alise le passage de l’inconscient Ă  la conscience, de l’ombre Ă  la lumiĂšre. Tout en interrogeant le rapport du fĂ©minin au masculin, Dukas questionne aussi la condition de la victime capable de pardonner Ă  son bourreau : les princesse libĂ©rĂ©es font le choix de rester aux cĂŽtĂ©s de leur Ă©poux que sa vulnĂ©rabilitĂ© dĂ©voilĂ©e, rend humain, comme plus adorable. La musique de Dukas rend audible le chant de l’inconscient et du dĂ©sir cachĂ©, profond.
Au carrefour des styles,opĂ©rant la synthĂšse musicale que son perfectionnisme a rendu possible, Dukas Ă©labore une nouvelle prosodie de la langue, sorte d’ivresse – française- Ă  la maniĂšre de Strauss, mais qui se souvient de Bayreuth oĂč le compositeur s’est rendu admiratif et convaincu,  tout en dĂ©ployant le gĂ©nie orchestral et instrumental de Ravel, le sens de la dĂ©clamation debussyste


 

Paul Dukas : Ariane et Barbe-Bleue
Opéra National de Lorraine, NANCY

vendredi 28 janvier 2022 Ă  20hboutonreservation
dimanche 30 janvier 2022 Ă  15h
mardi 1er février 2022 à 20h
jeudi 3 février 2022 à 20h

Ariane, Catherine Hunold
Barbe-Bleue, Vincent Le Texier
La Nourrice, AnaĂŻk Morel
SĂ©lysette, HĂ©loĂŻse Mas
Ygraine, Clara Guillon
MĂ©lisande, Samantha Louis-Jean
BellangĂšre, Tamara Bounazou
Alladine, Nine d’Urso

Orchestre et ChƓur de l’OpĂ©ra national de Lorraine
Jean-Marie Zeitouni, direction
Mikaël Serre, mise en scÚne

 

 

Ouvrage chanté en français, surtitré
Durée : 2h avec entracte

Tarifs : de 5 à 75€
Enfants –12 ans : 5€ quelle que soit la catĂ©gorie
Tarif derniĂšre minute : 8€**rĂ©servĂ© aux jeunes (–30 ans), Ă©tudiants, demandeurs d’emploi, bĂ©nĂ©ficiaires de la C.M.U et porteurs de la carte d’invaliditĂ© / une demi-heure avant le dĂ©but de chaque reprĂ©sentation, sous rĂ©serve de places disponibles

Conférence 1h avant le début du spectacle sur chaque représentation(gratuit, sur présentation du billet)

 

 

 

RÉSERVEZ VOS PLACES DIRECTEMENT sur le site de l’OpĂ©ra national de LORRAINE :

https://indiv.themisweb.fr/0458/fChoixSeance.aspx?idstructure=0458&EventId=401&request=QcE+w0WHSuCAMC+Zl9Nsackx8tqQHuYZtbRYK818roOW52XnQdNm9+/TRMLm/sz8GAafUUTtVPAUorZKnPv9Gw== 

 

 

 

 

 

 

APPROFONDIR
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LIRE aussi nos critiques d’Ariane et Barbe-Bleue,
Ă  l’OpĂ©ra de Nice, fĂ©v 2006 / PE Fourny / avec Hedwig Fassbender et Marie Devellereau

https://www.classiquenews.com/nice-opera-le-1er-juin-2006-ariane-et-barbe-bleue/

Ariane et Barbe-Bleue au Liceu de Barcelone, 2011
https://www.classiquenews.com/dukas-ariane-et-barbe-bleue-denve-liceu-2011/

Ariane et Barbe-Bleue Ă  l’OpĂ©ra Nat du Rhin, avril 2015. Olivier Py, Daniele Callegari
https://www.classiquenews.com/tag/ariane-et-barbe-bleue/

Ariane et Barbe-Bleue au Capitole de Toulouse, avril 2019 - Stefano Posa, Pascal RophĂ© / Sophie Koch, Vincent Le Texier… https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-toulouse-capitole-le-7-avril-2019-dukas-ariane-et-barbe-bleue-koch-le-texier-rophe/

 

 

 

 

 

Le Chùteau de Barbe-Bleue de Bartok (1918) : dossier spécial
Bartok coffret grand visuel review critique cd classiquenewsTout en renouvelant l’approche d’un mythe dĂ©jĂ  traitĂ© musicalement par Dukas en 1907, Bela Bartok, d’aprĂšs le livret de Balazs suit l’Ɠuvre symboliste de son prĂ©dĂ©cesseur : la musique du ChĂąteau de Barbe-Bleue, crĂ©Ă© en 1918, est l’une des plus Ă©vocatoires, offrant le sentiment d’une activitĂ© souterraine qui permet de multiples lectures. En dĂ©finitive, que gagne Judith Ă  rompre le cycle du secret et du cachĂ© ? Que veut-elle prouver en forçant l’intimitĂ© de son Ă©poux ? En exigeant d’ouvrir les sept portes, n’accomplit-elle pas plutĂŽt l’Ɠuvre du doute et du soupçon, c’est-Ă -dire la ruine du couple ?
https://www.classiquenews.com/bartok-le-chateau-de-barbe-bleue-1918/

 

 

 

 

 

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Strasbourg. OpĂ©ra National du Rhin, le 26 avril 2015. Paul Dukas : Ariane et Barbe-Bleue. Jeanne-MichĂšle Charbonnet, Sylvie Brunet-Grupposo, GaĂ«lle Alix, Marc Barrard. Choeurs de l’OpĂ©ra du Rhin. Sandrine Abello, direction. Orchestre symphonique de Mulhouse. Daniele Callegari, direction. Olivier Py, mise en scĂšne.

idukasp001p1Nouvelle production choc Ă  l’OpĂ©ra National du Rhin. Olivier Py revient dans la maison alsacienne pour le seul opĂ©ra du compositeur français Paul Dukas, Ariane et Barbe-Bleue, d’aprĂšs la piĂšce Ă©ponyme du symboliste belge Maurice Maeterlinck. La distribution et l’Orchestre symphonique de Mulhouse sont dirigĂ©s par le chef Daniele Callegari, et les fabuleux choeurs de l’OpĂ©ra par Sandrine Abello. Un spectacle d’une grande richesse habitĂ© des fantasmes et des mystĂšres, un commentaire sur l’Ăąme et ses faiblesses atemporelles comme il est tout autant allĂ©gorie de la conjoncture mondiale actuelle.  Jamais le thĂ©Ăątre lyrique n’a paru mieux reflĂ©ter comme un miroir les pulsations troubles de notre temps. C’est bien ce qui fait la justesse de la production prĂ©sentĂ©e Ă  Strasbourg.

Pari rĂ©ussi pour cette nouvelle production de l’Ariane de Dukas

Richesse et liberté qui dérangent

Paul Dukas est connu surtout par sa musique instrumentale, et presque exclusivement grĂące Ă  son poĂšme symphonique archicĂ©lĂšbre l’Apprenti Sorcier d’aprĂšs Goethe, en dĂ©pit de la grande valeur et de l’originalitĂ© des piĂšces telles que sa Sonate en mi mineur d’une difficultĂ© redoutable, sa Symphonie en do et son fabuleux ballet La PĂ©ri, vĂ©ritable chef-d’oeuvre d’orchestration française. Son seul opĂ©ra, dont la premiĂšre Ă  eu lieu en 1907 Ă  l’OpĂ©ra-Comique, a divisĂ© la critique Ă  sa crĂ©ation mais est progressivement devenu cĂ©lĂšbre dans l’Hexagone et mĂȘme Ă  l’étranger. Or, il s’agĂźt toujours d’un opĂ©ra rarement jouĂ© et mis en scĂšne, qui faisait uniquement parti du rĂ©pertoire de quelques maisons d’opĂ©ra, notamment Paris. Dans sa dĂ©marche passionnante, audacieuse et sincĂšre, Marc ClĂ©meur, directeur de l’OpĂ©ra National du Rhin, change la donne en le programmant et invitant nul autre qu’Olivier Py.

 

 

DUKAS opera du rhin ariane et barbe bleue critique compte rendu classiquenews mai 2015 ARIANE ET BB_photoAlainKaiser_7548L’histoire de Maeterlinck est un mĂ©lange du mythe grec antique d’Ariane (emprisonnĂ©e dans le labyrinthe du Minotaure) et du conte de Perrault Barbe-Bleue, oĂč une femme sans nom se marie au monstre, qui sera tuĂ© par ses frĂšres, et dont elle hĂ©ritera la fortune. Une Ɠuvre symboliste oĂč l’on trouve MĂ©lisande parmi d’autres princesses Maeterlinckiennes (SĂ©lysette, Alladine, BellangĂšre et Ygraine) ; ces femmes sont prisonniĂšres au chĂąteau de Barbe-Bleue oĂč Ariane est venue vivre, avec la mission de les dĂ©livrer du monstre. Avec l’aide de sa nourrice, et aprĂšs s’ĂȘtre promenĂ©e partout dans le chĂąteau, ouvrant des portes interdites, elle rĂ©ussit sa tĂąche. Mais ces princesses prisonniĂšres ne veulent pas la libertĂ©. OĂč comment la plupart des hommes s’attachent Ă  leurs tĂ©nĂšbres confortables et refusent la libertĂ© de la raison, de la lumiĂšre. Une Ɠuvre qui date de plus d’un siĂšcle et qui parle subtilement, brumeusement, comme tout le thĂ©Ăątre symboliste d’ailleurs, d’une triste et complexe rĂ©alitĂ© toujours d’actualitĂ©. Si rien n’est jamais trop explicite dans cette Ɠuvre, le commentaire sur l’Ă©chec des « rĂ©volutions » rĂ©centes, la remontĂ©e des nationalismes, le retour et l’acceptation de l’obscurantisme religieux y sont implicites, Ă©vidents et surtout trĂšs justement exprimĂ©s. Il s’agirait en vĂ©ritĂ© d’un opĂ©ra rĂ©volutionnaire par son livret, mais sans l’intention de l’ĂȘtre.

Dans les mains fortes et chaudes, tenaces et habiles d’Olivier Py, nous avons le plaisir de dĂ©couvrir des couches de signification, habillĂ©es et habitĂ©es par le mysticisme et la sensualitĂ©. Mais ces plaisirs quelque peu superficiels cachent un cƓur hautement inspirĂ©, une pensĂ©e profonde et complexe. Ainsi l’opĂ©ra se dĂ©roule en deux plans, fantastique travail de son scĂ©nographe fĂ©tiche Pierre-AndrĂ© Weitz ; en bas, nous sommes dans le monde rĂ©el, une prison en pierre dans un chĂąteau, peut-ĂȘtre. En haut, l’imaginaire. Le royaume des bijoux, des mirages, des forĂȘts et des prisons, des fantasmes et des fantĂŽmes.

DUKAS scene double ARIANE ET BB_photo AlainKaiser_7474Ariane est omniprĂ©sente au cours des trois actes. Dans ce rĂŽle, Jeanne-MichĂšle Charbonnet, qu’on l’accepte ou pas les quelques aigus tremblants (mais jamais cassĂ©s!) d’un des rĂŽles les plus redoutables du rĂ©pertoire, est tout Ă  fait imposante (NDLR: la soprano avait dĂ©jĂ  chantĂ© chez Py pour sa fabuleuse Isolde, prĂ©sentĂ© en Suisse puis surtout par Angers Nantes OpĂ©ra, seule place française qui osa programmer en 2009 une production lyrique qui demeure la meilleure du metteur en scĂšne Ă  ce jour). Son Ariane pourrait s’appeler Marianne tellement sa prĂ©sence est parfaitement adaptĂ©e au personnage qu’elle interprĂšte, une femme rĂ©volutionnaire, en quelque sorte. Elle sortira triomphante mais sa rĂ©volution est un Ă©chec. La Nourrice de Sylvie Brunet-Grupposo, quant Ă  elle, agite les cƓurs avec une prĂ©sence aussi magnĂ©tique, un art de la dĂ©clamation ravissant, un chant tout autant incarnĂ© que son jeu d’actrice. Remarquons aussi les prestations des princesses enfermĂ©es, Aline Martin en SĂ©lysette, Rocio PĂ©rez en Ygraine, GaĂ«lle Alix en MĂ©lisande ainsi que Lamia Beuque en BellangĂšre (Alladine, jouĂ©e par DĂ©lia Sepulcre Nativi, est un rĂŽle muet). Un travail d’acteur formidable, un chant sincĂšre et Ă©quilibrĂ© les habite en permanence ou presque.

dukas-paul-ariane-et-barbe-bleue-opera-opera-du-rhin-avril-2015Et l’Orchestre symphonique de Mulhouse sous la direction de Daniele Callegari ? Une vĂ©ritable surprise, par les couleurs et l’intensitĂ©, certes, mais surtout par la justesse, par le souci des nuances fines, par l’attention aux voix sur le plateau et Ă  l’Ă©quilibre par rapport Ă  la fosse. Une approche qui paraĂźtrait millimĂ©trique et intellectuelle mais qui se rĂ©vĂšle en vĂ©ritĂ© d’ĂȘtre respectueuse de la partition (les citations de Debussy sont interprĂ©tĂ©es avec grande clartĂ©, par exemple) mais surtout incarnĂ©e, sincĂšre, appassionata et passionnante, en accord total avec tous les autres composants. Si l’impressionnisme musical de Dukas touche parfois l’expressionnisme (!), la cohĂ©sion auditive, sans la perte des contrastes, est plus que rĂ©ussie par le chef italien et l’orchestre alsacien. Une rĂ©ussite tout Ă  fait 
 mythique ! A voir absolument encore les 28 et 30 avril, et 4 et 6 mai Ă  Strasbourg ou encore le 15 et le 16 mai 2015 Ă  Mulhouse.

Illustrations : A.Kaiser © Opéra national du Rhin 2015