CD. Raquel Andueza, soprano. Almamia : airs d’opĂ©ras et cantates d’Antonio Cesti (1 cd anima e corpo, 2013)

alma-mia-Raquel-Andueza-GalaniaCD. Raquel Andueza, soprano. Almamia : airs d’opĂ©ras et cantates d’Antonio Cesti (1 cd anima e corpo, 2013). VoilĂ  un rĂ©cital audacieux, au programme rare souvent sublime, superbement menĂ©, dĂ©voilant les prouesses d’expressivitĂ© ardente et naturelle de la soprano espagnole Raquel Andueza, ici ambassadrice de choc de la lyre vĂ©nitienne, celle du premier baroque qui prolonge Monteverdi tout en le renouvelant. Antonio Cesti y gagne une interprète mordante, sensuelle, pudique dont les traits pathĂ©tiques et tragiques produisent l’un des plus beaux rĂ©citals Cesti jamais rĂ©alisĂ©s jusque lĂ . Cesti comme son rival (et autre vĂ©nitien) Cavalli fut adulĂ© de son vivant : preuve de la suprĂ©matie avant Vivaldi, de l’opĂ©ra VĂ©nitien. Pourtant aucun opĂ©ra de Cesti sur les scènes lyriques actuelles : un comble quand on Ă©coute le raffinement et la finesse de son Ă©criture, toute dĂ©diĂ©e au chant de l’âme et du coeur. Il y a parfois une âpretĂ© de ton dans l’expression de la situation, mais l’engagement et les couleurs du sentiment que dĂ©fend la cantatrice soulève toute rĂ©serve. Sa franchise d’intonation, la tendresse palpitante d’un timbre clair et intense savant ici rendre justice Ă  l’expressivitĂ© souvent bouleversante de Cesti.

CLIC_classiquenews_2014Age d’or des passions explorĂ©es et dĂ©voilĂ©es, le baroque de Cesti offre une palette diverse d’affects et de situations : après l’enivrante langueur d’Alma mia (1) qui donne son titre au rĂ©cital, Raquel Andueza sait cultiver l’exaltation non moins enivrĂ©e de mie pene (Orontea, 3) sans omettre, la balancement caressant, Ă©perdu, sur une basse ostinata de Vieni Alidoro du mĂŞme opĂ©ra Orontea (4). La Cantate Non si parli piu d’Amore (7) de plus de 7mn fait valoir les mĂŞmes qualitĂ©s d’engagement interprĂ©tatif : souffle et extase languissante. Sa Berenice (8) est sombre, et traversĂ©e d’Ă©clairs tragiques d’un lugubre Ă©plorĂ©,frĂ©missant. Ample lamento qui exige de l’interprète une endurance et une gravitĂ© affligĂ©e autant que pudique.

 

 

 

Raquel Andueza signe l’un de ses rĂ©citals les plus justes

Cesti incarné, ciselé

 

Sur la durĂ©e, l’expressivitĂ© ardente parfois moins agile dans la pure vocalise (12) mais d’une ivresse sensuelle très convaincante, reste surtout proche du texte : Raquel Andueza est une diseuse embrasĂ©e, qui soigne l’incandescence et le relief de chaque sĂ©quence linguistique.

La Dori ( Amor se la palma, 13) l’un des plus grands succès de Cesti Ă  son Ă©poque sculpte le texte avec une suavitĂ©, langoureuse et dĂ©licate, d’un naturel qui s’appuie sur la grande simplicitĂ© du style et lĂ  aussi, l’intelligente mesure des inflexions linguistiques. Le chant se fait caressant, suggestif, lumineux.
Cheminement introspectif, vallĂ©e de larmes et de renoncements douloureux que l’admirable air plaintif Disserratevi abissi (L’Argia), aux mĂ©andres harmoniques inouĂŻs, sait cultiver avec une indicible pudeur : le soprano chaud, lumineux et charnel de Raquel Andueza signe l’un de ses plus sublimes accomplissements. A l’ivresse harmonique la cantatrice ajoute une sincĂ©ritĂ© de ton irrĂ©sistible. Après l’expression dĂ©chirĂ©e, s’accomplit en un embrasement suave, l’appel au pardon, la tendresse enchantĂ©e.

 

La diva baroque a Ă©tĂ© bien inspirĂ©e d’explorer les passions de Cesti. L’articulation franche, l’Ă©mission intense Ă©blouissent et embrasent le feu passionnel d’un Cesti, digne rival de Cavalli, digne successeur de la lyre MontĂ©verdienne.
Et pour se remettre de tant de tourments et de vertiges Ă©motionnels, il faut bien une berceuse, l’appel Ă  l’anĂ©antissement apaisĂ© pour rompre la chaĂ®ne Ă©prouvante des passions humaines si admirablement sculptĂ©es.

 

 

Raquel Andueza, soprano. Almamia : airs d’opĂ©ras et cantates d’Antonio Cesti. Extraits de sopĂ©ras L’Argia, La Dori, Orontea, Il Tito. Cantates Non si parti piĂą d’Amore, O quanto concorso… Ensemble Lagalania. Enregistrement rĂ©alisĂ© en mars 2013 (1 cd anima e corpo, 2013)

 

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