CRITIQUE CD. BRUCKNER : Symphonies n°1, n°5 (Gewandhausorchester Leipzig, Nelsons – Live 2020 – 2021 – 2 cd Deutsche Grammophon)

Bruckner-Symphonies-Nos.-1-5-Wagner-Tristan-und-Isolde critique cd review classiquenewsCRITIQUE CD. BRUCKNER : Symphonies n°1, n°5 (Gewandhausorchester Leipzig, Nelsons – Live 2020 – 2021 – 2 cd Deutsche Grammophon) – Très judicieux le rapprochement de Wagner et Bruckner dans le cd 1, le second Ă©tant admiratif du premier. En assistant en 1865 Ă  la crĂ©ation de « Tristan und Isolde » Ă  Munich, Bruckner a le choc de sa vie : il est donc lĂ©gitime de souligner ce fait artistique en jouant d’abord l’emblème tristanesque « Prelude and Liebestod », (profondeur sombre et cuivrĂ©e), superbement enchaĂ®nĂ© avec la Symphonie 1 de Bruckner (WAB 101, version de Vienne 1891) – La filiation se rĂ©alise par la texture mĂŞme et l’orchestration proche des deux auteurs. Nelsons y ajoute aussi la coloration lisztĂ©enne de l’orchestre (Bruckner assistant aussi en cette annĂ©e 1865, Ă  la crĂ©ation de l’oratorio de Liszt, « Sainte-Elisabeth »). Les qualitĂ©s du Gewandhaus s’imposent particulièrement dans la texture dense mais transparente du Wagner initial : ici surgit la matière musicale qui devait tant inspirer le Bruckner symphoniste alors quadragĂ©naire.
Saisissant dans sa rugosité primitive, la partition brucknérienne, le chef souligne son caractère plus narratif que spirituel : plus resserrée, aux mouvements courts, la Symphonie n°1 de Bruckner est la moins développée, passant cependant de pianissimi murmurés aux déflagrations assumées en triple forte. Le Scherzo, exposé ordinairement comme une danse macabre (ce qui peut se défendre), brille ici par sa rusticité violente où perce dans le trio, l’impertinente facétie du hautbois. Nelsons prend soin d’exprimer le souffle primitif de cet opus, sa vitalité originelle, avant que le mysticisme et le sens de la solennité ne portent les suivantes à dépasser en durée, les 60 mn.

La Symphonie n°5 pourrait être naturellement appelée « symphonie du destin », tant les forces qu’elle convoquent dès le développement spectaculaire du 1er mouvement requiert des pupitres considérables ; 3 trompettes, 3 trombones, tuba (et 4 cors évidemment) ; cette fanfare, aux appels impérieux expriment la puissance d’un fatum inflexible, souvent éruptif et fracassant : Bruckner y étend considérablement la résonance et le chant imprécatoire de la fosse wagnérienne, qui est sa source première. L’auteur très affaibli et malade la compose entre 1875 et 1878, mais ne l’entendit jamais puisque c’est son disciple Franck Schalk qui la crée en avril 1894, son auteur absent, exténué, s’éteignant 2 ans après… La plus techtonique, la plus mystique, souvent âpre et comme façonnée à grands coups de sabre, explore cependant des sonorités encore inexplorées, souvent vertigineuses ; l’auteur pourtant atteint semble y relever et mesurer l’ampleur d’une cathédrale colossale inconnue, aux déflagrations, à la grandeur inédite… Aux massifs puissants, inquiétants de l’ample Allegro premier (plus de 20 mn) répond un même climat tendu, intranquille de l’Adagio dont le chef souligne la très progressive et lente élucidation en texture harmonique parfois rude et dissonante dont la plénitude et la saturation relève de l’expertise de l’organiste. Le Scherzo est plus martelé ici que réellement rapide, énoncé comme un hymne et une prière désespérée qui tournent au rictus grimaçant : l’on est proche de l’atmosphère mahlérienne ; comme une célébration du génie de Bach (que Bruckner a dû maîtriser comme organiste), mais ici démultipliée par le souffle beethovénien et la grandeur wagnérienne, le Finale retrouve les proportions du premier Allegro : la double fugue (associant trompettes / trombones au motif initial des basses), exprime la conscience et la pensée universelle du Bruckner pèlerin ardent, que dévore et porte une foi mystique inextinguible. Le Gewandhausorchester de Leipzig a la tension, l’éloquence requises ; la tension qu’imprime Andris Nelsons, qui poursuit ainsi son intégrale Bruckner (pour l’année du bicentenaire en septembre 2024, comme celle simultanée de Thielemann chez Sony) y fructifie : en bénéficiant des ressources expressives de Leipzig, le chef letton (qui dirige aussi le Symphonique de Boston / BSO, depuis 2014) déploie une sonorité plus rustique et âpre que lyrique et transparente (qualités que l’on retrouve davantage chez son « rival » Thielemann qui dirige les Wiener Philharmoniker). Voici donc les nouveaux jalons d’une intégrale Bruckner, franchement caractérisée, parmi les plus intéressantes actuellement.

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CRITIQUE CD. BRUCKNER : Symphonies n°1, n°5 (Gewandhausorchester Leipzig, Nelsons – Live 2020 – 2021 – 2 cd Deutsche Grammophon)

 

 

 

 

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AUTRES CD BRUCKNER par Andris NELSONS et le Gewandhausorchester, critiqués sur CLASSIQUENEWS :

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bruckner andris nelsons symphony n 3 gewandhaus orchester cd review critique par classiquenews 0028947975779CD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°4. Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2017). La 4è de Bruckner est dite « romantique » : serait-ce parce qu’elle réussit une nouvelle sagesse ample et majestueuse malgré l’ampleur des effectifs ; le sentiment préservé malgré l’esprit du colossal ? La noblesse parfois emphatique, la solennité parfois spectaculaire ne doivent jamais amoindrir l’allant altier, l’électricité souterraine qui illumine de l’intérieur, une partition toute dédiée à l’auteur de Tristan : l’ampleur des tutti, le clair obscur âpre, mordant, violent, sauvage des contrastes, opposant, affrontant les pupitres…

https://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-bruckner-symphonie-n4-andris-nelsons-gewandhausorchester-leipzig-1-cd-deutsche-grammophon-2017/

 

 

bruckner 7 symphonie andris nelsons gewandhaus leipzig critique cd cd review par classiquenewsCD, critique. BRUCKNER : 7è Symphonie (Gewandhausorchester Leipzig / Andris Nelsons, 2018 – 1 cd DG). La 7è de Bruckner est un sommet autant majestueux que d’une tendresse infinie, celle d’un organiste devenu par la seule force de sa volonté… symphoniste de premier plan, immensément dévoué à l’exemple de Wagner. Toute la 7è est un hommage et une célébration de l’oeuvre wagnérien. Bruckner sincère et entier, bien que très tardivement célébré comme compositeur, – son premier succès est justement la 7è, acclamé alors qu’il a déjà 60 ans, développe de superbes couleurs funèbres et intimistes… Andris Nelsons poursuit son intégrale pour DG Deutsche Grammophon avec le sens de la grandeur (brahmsienne …

http://www.classiquenews.com/cd-critique-bruckner-7e-symphonie-gewandhausorchester-leipzig-andris-nelsons-2018-1-cd-dg/

 

 

NELSONS andris cd critique cd review classiquenews CLIC de classiquenews Bruckner-Symphony-number-3-Wagner-Tannhauser-OvertureCD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°3, WAGNER : Ouverture de Tannhäuser / Andris Nelsons / Gewandhausorchester Leipzig ( 1 cd Deutsche Grammophon, Leipzig juin 2016). L’expérience à laquelle nous convie le chef letton Andris, – pas encore quadragénaire (né à Riga en Lettonie en 1978), est une immersion intelligente et réfléchie, de Bruckner à Wagner, d’autant plus pertinente et convaincante que l’ambition des effectifs requis ici n’écarte jamais le souci de précision claire, de sonorité transparente et riche. C’est même un modèle de finesse et d’élégance à mettre à présent au crédit d’un jeune chef superbement doué (on le connaît davantage dans une fosse d’opéra que comme maestro symphonique), dont le parcours discographique chez DG Deutsche Grammophon devra être suivi à présent, avec l’attention qu’il mérite… Le chef débute ainsi sa coopération à Leipzig comme directeur musical du Gewandhausorchester Leipzig,- fonction dédiée qu’il partage avec un poste équivalent à Boston (directeur musical du Boston Symphony Orchestra).

http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-bruckner-symphonie-n3-wagner-ouverture-de-tannhauser-andris-nelsons-gewandhausorchester-leipzig-1-cd-deutsche-grammophon-leipzig-juin-2016/

 

 

 

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AUTRES CD ou CONCERTS d’Andris NELSONS, critiqués sur CLASSIQUENEWS :

CD coffret, événement, critique. ANDRIS NELSONS / BEETHOVEN :BEETHOVEN andris nelsons 9 symphonies wiener philharmoniker 5 cd blu ray DG Deutsche Grammophon Complete symphonies / intégrale des 9 symphonies : Wiener Philharmoniker (2017 – 2019  -  5 cd + bluray-audio DG Deutsche Grammophon). La direction très carrée du chef letton Andris Nelsons (né à Riga en 1978) brillante certes chez Bruckner et Chostakovitch, efficace et expressive, finit par dessiner un Beethoven assez réducteur, parfois caricatural (Symphonies n°7 et 8). De la vigueur, de la force, des éclairs et tutti martiaux, guerriers… mais pour autant est-ce suffisant dans ce grand laboratoire du chaudron Beethovénien qui exige aussi de la profondeur et une palette de couleurs des plus nuancées ?
http://www.classiquenews.com/cd-coffret-evenement-annonce-andris-nelsons-beethoven-complete-symphonies-integrale-des-9-symphoniess-wiener-philharm-2017-2019-5-cd-bluray-audio-dg-deutsche-grammophon/

 

 

Chostakovich_CD nelsons bostonCD, critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Symphonies n°6 et 7 (Boston Symph. Orch / Andris Nelsons) / 2 CD Deutsche Grammophon. Fin du cycle des Symphonies de guerre de Chostakovich par le Boston Symphony et le chef letton Andris Nelsons. Ce 3è et dernier volume attestent des qualités identiques observées dans les opus précédents : puissance et richesse du son. Créée à Leningrad en 1939 par le légendaire Evgeni Mravinski, la Symphonie N° 6 op. 54, est la plus courte des symphonies ; Nelsons souligne le caractère endeuillé du Largo préliminaire, détaillant les solos instrumentaux pour flûte piccolo, cor anglais, basson afin de déployer la matière nocturne, étouffante de cette longue séquence grave…
http://www.classiquenews.com/cd-critique-shostakovich-chostakovitch-symphonies-n6-et-7-boston-symph-orch-andris-nelsons-2-cd-deutsche-grammophon/

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CD, critique. Wagner: Lohengrin (Nelsons, Vogt, Zeppenfeld. Bayreuth 2011, 2 cd Opus Arte)

wagner lohengrin bayreuth 2011 zeppenfeld vogt dasch rasilainen lang youn andris nelssons cd reviex critique cd par classiquenews cd opus arte 1533641746133687_resize_265_265CD, critique. Wagner: Lohengrin (Nelsons, Vogt, Zeppenfeld. Bayreuth 2011, 2 cd Opus Arte)… Retransmis sur Arte dès aoĂ»t 2011, la production mise en scène par Neuenfels ne brillait pas par son onirisme mais un schĂ©matisme radical Ă  grand renfort d’images objets gadgets, peu esthĂ©tiques mais très comprĂ©hensibles. Heureusement la rĂ©alisation musicale sous la baguette nerveuse d’Andris Nelsons, qui depuis a dĂ©montrĂ© sa valeur pour DG chez Bruckner et Mahler, sauve le spectacle d’un vrai naufrage visuel…
Voici la critique de notre confrère Lucas Irom, rédigé au moment de la transmission du direct de Bayreuth, le 14 août 2011, sur Arte :

D’abord, critique de la réalisation scénique … Plateau froid comme un glaçon (où plutôt comme un laboratoire aseptisé) où pullulent des rats numérotés, noirs ou blancs selon qu’ils se rangent du côté de l’un des partis opposés, … le constat est sans appel face une une mise en scène délirante et hors sujet, au déroulement incompréhensible : « Lohengrin dénaturé… Dans Lohengrin (créé à Dresde en 1848), Wagner traite de la rencontre improbable mais fantasmatique: celle de l’humain faillible et vulnérable, et du divin, exceptionnellement incarné. Or qu’avons nous sur la scène de Bayreuth? une foire aux gadgets, des mouvements de choeurs inexistants et sans précisions, un jeu d’acteurs convenu, d’une frontalité statique si ennuyeuse… Et ces rats qui envahissent la scène affichant enfin leurs visages humains en présence du héros providentiel
que doivent-ils réellement apporter à la révélation de l’oeuvre?, écrit notre confrère. LIRE ici la critique complète de Lohengrin à Bayreuth, avec témoignage de la mise en scène (direct Arte août 2011) :
http://www.classiquenews.com/bayreuth-direct-arte-le-14-aot-2011-wagner-lohengrin-klaus-florian-vogt-lohengrin-georg-zeppenfeld-choeurs-et-orchestre-du-festival-de-bayreuth-andris-nelsons-direction-nbs/

LIRE aussi la critique du dvd édité par Opus Arte dans la foulée de l’enregistrement à Bayreuth en août 2011
http://www.classiquenews.com/wagner-lohengrin-vogt-nelsons-bayreuth-20112-dvd-opus-arte/

ET SUR LE PLAN VOCAL ET ORCHESTRAL ? Si l’on se place sur le plan vocal et musical que vaut cette production si attendue et qui déçoit tant visuellement et scéniquement? Evidemment il fallait fixer le souvenir de la distribution… proche de l’idéal.
Le roi Henri (Georg Zeppenfeld) et son héraut (Samuel Youn) sont très engagés vocalement, voire impeccables; passons le Telramund souvent outré et sans guère de subtilité de Tómas Tómasson; la déception vient évidemment de l’Elsa d’Annette Dasch: petite voix serrée, justesse vacillante, aucune lumière ni magnétisme: on comprend hélas que cette âme omantique soit dépassée par l’ampleur du héros venu la sauver…
Car, pendant et strict opposé de Jonas Kaufmann qui pourtant a marqué le
rôle ici même, Klaus Florian Vogt irradie par la pureté angélique de son timbre: le ténor allemand est un Lohengrin fin et captivant, dans lequel le divin et l’humain fusionnent. Saluons la force démoniaque, vraie entité du mal et rivale manupulatrice d’Elsa qu’incarne avec style Petra Lang dans le rôle si captivant d’Ortrud (la sorcière qui est l’origine de tout le drame)… Les choeurs sont à la hauteur du festival comme l’orchestre d’ailleurs, grâce à la direction très enflammée d’Andris Nelssons.

 

 

 

 

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Wagner: Lohengrin. Avec : Klaus Florian Vogt (Lohengrin), Georg Zeppenfeld (Henri l’Oiseleur), Annette Dasch (Elsa von Brabant), Tómas Tómasson (Friedrich von Telramund), Petra Lang (Ortrud), Samuel Youn (Le héraut d’armes du roi). Choeurs et orchestre du Festival de Bayreuth. Direction musicale : Andris Nelsons. Mise en scène : Hans Neuenfels. Bayreuth août 2011. 2 cd OPUS ARTE.