Livre événement, critique. Elisabeth Brisson : Alban Berg au miroir de ses œuvres (éditions Aedam Musicae, 2019).

berg miroir de ses oeuvres elisabeth brisson livre evenement classiquenews critique livre opera concertsLivre Ă©vĂ©nement, critique. Elisabeth Brisson : Alban Berg au miroir de ses Ĺ“uvres (Ă©ditions Aedam Musicae, 2019). Le texte n’est pas seulement un essai pour tenter de comprendre et mesurer les caractères distinctifs de l’écriture Bergienne ; l’auteure singularise très finement ce qui se joue au cĹ“ur de la musique de Berg – l’activitĂ© multiple de la psychĂ© ; elle prĂ©sente et commente aussi comme un guide d’écoute et de comprĂ©hension chacune des partitions majeures d’Alban Berg, ce grand amoureux Ă  la très riche vie intĂ©rieure, qui parle la langue du dĂ©sir et du ressentiment, Ă  l’écoute privilĂ©giĂ©e de sa vie sentimentale. Alban Berg (1885-1935), pĂ©tri de poĂ©sie et de musique, d’abord autodidacte, suit dès 1904 l’enseignement d’Arnold Schönberg. Son catalogue très resserrĂ© (seulement treize Ĺ“uvres) donc aussi concentrĂ© qu’intense et rĂ©volutionnaire, marque, dĂ©termine, jalonne la crĂ©ation musicale au XXe siècle: ses deux opĂ©ras, Wozzeck et Lulu, sont ainsi magnifiquement prĂ©sentĂ©s et expliquĂ©s, leur genèse complexe dĂ©mĂŞlĂ©e ; la Suite lyrique pour quatuor Ă  cordes, le Concerto pour violon « A la mĂ©moire d’un ange », sont ainsi analysĂ©s avec clartĂ© et prĂ©cision.

Grand voluptueux, Berg ne fait pas que ressentir et vivre le sentiment : il le pense voire le théorise pour en exprimer l’essence et le sens. Ainsi le le processus créateur met en lumière « son désir de nouer la sensualité, la spiritualité et la pensée (körperlich, seelisch, geistlich selon ses propres termes), désir subsumé par sa prédilection pour le Klang (la sonorité) comme pour les textures musicales contrôlées dans leur moindre détail à l’instar du travail du rêve qui cache le contenu latent dans une présentation manifeste séduisante et énigmatique ».

CLIC D'OR macaron 200Davantage que le thĂ©oricien, manifestement imprĂ©gnĂ© par la thĂ©orie dodĂ©caponique transmise par Schönberg, Berg a le geste d’un peintre douĂ© pour la couleur, le mouvement, l’ambivalence. Ce que rĂ©vèle très pertinent l’ auteure. Seule rĂ©serve : toutes les citations (nombreuses) en allemand ne sont pas traduite en français : tout lecteur n’étant pas germanophile, peut ne pas maĂ®triser la langue de Goethe. Il eut fallu prĂ©ciser pour chaque notion, sa traduction française. Nonobstant cette infime rĂ©serve, la lecture de ce texte maĂ®trisĂ© dĂ©voile le foisonnement et la cohĂ©rence remarquable, Ă  l’œuvre dans chaque pièce de Berg. Jusqu’au choix de la peinture en couverture : la texture vaporeuse de cet autre voluptueux par excellence dans la peinture baroque parmesane : Le Corrège  ; belle correspondance. Magistral.

________________________________________________________________________________________________

Livre événement, critique. Elisabeth Brisson : Alban Berg au miroir de ses œuvres (éditions Aedam Musicae, 2019).

Titre(s) : Alban Berg au miroir de ses Ĺ“uvres
Auteur(s) : Élisabeth Brisson
Nombre de pages : 360 pages
Format : 14.5 x 21 cm (Ă©p. 2.8 cm) (459 gr)
Dépot légal : Novembre 2019
Cotage : AEM-223
ISBN : 978-2-919046-53-9
Disponibilité : en stock, envoi immédiat

http://www.musicae.fr/livre-Alban-Berg-au-miroir-de-ses-oeuvres-de-Elisabeth-Brisson-223-191.html

LIVRES, compte rendu critique. Lettres et musique : l’Alchimie fantastique. La musique dans les rĂ©cits fantastiques du Romantisme français (1830-1850). Textes rassemblĂ©s, annotĂ©s et prĂ©sentĂ©s par StĂ©phane Lelièvre. Editions Aedam Musicae

LIVRES, compte rendu critique. Lettres et musique : l’Alchimie fantastique. La musique dans les rĂ©cits fantastiques du Romantisme français (1830-1850). Textes rassemblĂ©s, annotĂ©s et prĂ©sentĂ©s par StĂ©phane Lelièvre. Editions Aedam Musicae. Dans le sillon du modèle pour tous, l’Allemand E.T.A. Hoffmann (1776-1822), -le romantisme en littĂ©rature n’est-il pas venu d’Outre-Rhin, depuis Goethe?-, voici un premier choix d’auteurs français inspirĂ©s par le fantastique, oĂą la musique tient une place motrice dans la construction narrative. Un fantastique musical naĂ®t dans la littĂ©rature française entre 1830 et 1850 : ” Le fantastique appelle l’élĂ©ment musical, tout comme la musique impose la tonalitĂ© fantastique, cette union fĂ©conde permettant l’avènement d’un genre particulier : le rĂ©cit fantastico-musical “, rappelle StĂ©phane Lelièvre qui a rassemblĂ©, annotĂ©, et prĂ©sente l’ensemble des textes.

lettres et musique alchimie fantastique stĂ©phane lelievre editions aedam musicae critique presentation classiquenews juillet 2015Outre ses Ă©crits, la figure artistique, promĂ©thĂ©enne d’E.T.A. Hoffmann, “musicien, dessinateur, dĂ©corateur et Ă©crivain, auteur des Fantaisies dans la manière de Callot, des Contes Nocturnes ou du Chat Murr” fascine tout un courant de la littĂ©rature française (- comme Mary Shelley dans le cas du Charles Rabou, dans son excellent portrait d’artiste : Tobias Guarnerius de 1832). Les auteurs conçoivent la musique, expĂ©rience sociale ou pratique personnelle comme l’immersion dans un monde surrĂ©el oĂą des forces mystĂ©rieuses soumettent les âmes vulnĂ©rables jusqu’Ă  leur mort : fascination, possession, … le diable paraĂ®t naturellement dans cet Ă©chiquier trouble oĂą les acteurs manipulateurs avancent masquĂ©s. Les textes relèvent de ce fantastique qui mĂŞle rĂ©alitĂ© et rĂŞve, jaillissement d’une psychĂ© mĂ©connue, amour et mort, oĂą Ă  l’Ă©noncĂ© musical (les deux notes) surgissent les gouttes d’un sang contraint d’ĂŞtre versĂ©. La vie coule et se consume Ă  mesure que l’acte musical s’accomplit… et tout idĂ©al artistique en particulier musical ne peut s’expliquer que par l’intervention non divine mais… diabolique. Le fantastique noir règne ainsi sans partage dans une esthĂ©tique littĂ©raire et poĂ©tique particulièrement fĂ©conde en rebondissements dramatiques (c’est aussi le genre qui inspire les pages les plus saisissantes ici rĂ©unies). La possession des âmes reste  le but suprĂŞme d’un pouvoir tout entier dĂ©diĂ© Ă  la barbarie sourde et silencieusement destructrice. Dès lors, Les Contes d’Hoffmann semblent ĂŞtre sur la scène lyrique, l’accomplissement de cette riche tradition (la frĂŞle Antonia invitĂ©e Ă  chanter jusqu’Ă  la mort en un rituel macabre et sublime Ă  la fois,  est prĂ©figurĂ©e ici dans l’admirable conte de FrĂ©dĂ©ric Mab, “Les Cygnes chantent en mourant“, l’un des textes les plus complets et les plus fascinants du courant littĂ©raire). Le lecteur pourra y goĂ»ter certaines nouvelles peu connues de Sand ou de Dumas. Bien sĂ»r les connaisseurs, savent l’apport d’un Nerval, Gautier, surtout de Balzac dont les 3 nouvelles sur la musique – Gambara, Zambellina, Massimila Doni, de 1837/1838, incarnent un triptyque exemplaire, un absolu inĂ©galable.

Jules Janin, ThĂ©ophile de Ferrière, FrĂ©dĂ©ric Mab…

Joyaux oubliés de la littérature fantastico-musicale

CLIC_macaron_2014Heureusement ou opportunĂ©ment, le compilateur pour les Ă©ditions Aedam Musicae opère un tout autre choix en rĂ©vĂ©lant des Ă©critures tout aussi inspirĂ©es mais de crĂ©ateurs oubliĂ©s. Ici et lĂ , se dessine en prĂ©figuration Ă  la proposition Ă  venir de Wagner, la place mĂŞme de l’artiste dans la sociĂ©tĂ© : un artiste forcĂ©ment Ă  part, dĂ©calĂ©, dont la mine extĂ©rieure et l’incongruitĂ© physique rappellent la diffĂ©rence suspecte, forcĂ©ment d’origine diabolique comme la maĂ®trise pourtant fascinante de son art : Ă©videmment L’Homme vert de Jules Janin prend une valeur singulière. Le texte s’inscrit idĂ©alement dans la rĂ©alitĂ© de son temps convoquant pour cĂ©lĂ©brer l’inspiration miraculeuse du facteur d’orgue, et Fux, Hasse, et CPE Bach et mĂŞme Gluck ! La force de cette nouvelle courte qui domine toutes les autres, tient aussi au superbe profil du crĂ©ateur musicien isolĂ©, absent, mystĂ©rieux, solitaire et Ă  la dĂ©finition mĂŞme de l’art que l’Ă©crivain immensĂ©ment douĂ© dĂ©veloppe ici.
Outre leurs qualitĂ©s oniriques vĂ©ritablement captivantes par un imaginaire imprĂ©vu, la plupart des textes prĂ©cisent aussi le portrait de la sociĂ©tĂ© et du goĂ»t d’une Ă©poque qui a passĂ© la RĂ©volution et l’idĂ©al impĂ©rial de NapolĂ©on… de l’ivresse des Lumières au noir tĂ©nĂ©breux fantastique. Pour certains, il s’agit d’Ă©nièmes diableries divertissantes, variations sur le thème fantastique et semi terrifiant pour Ă©pater la galerie au dĂ©but de la Monarchie de juillet ; pour d’autres comme Janin, il s’agit de joyaux littĂ©raires Ă  relire d’urgence.

Des auteurs mĂ©connus sont dĂ©voilĂ©s dans la force et la puissance de leurs Ă©vocations tĂ©nues entre fantastique et lyrisme musical Ă  l’OpĂ©ra ou dans les cercles plus intimes des salons de musique, frĂ©quentĂ©s par la bonne sociĂ©tĂ© bourgeoise avide de reconnaissance : y paraissent en filigrane, soutiens de leurs constructions narratives riches en images et perspectives poĂ©tiques : Mozart bien sĂ»r (lui-mĂŞme adulĂ© par Hoffmann), mais aussi “Emmanuel Bach”, le jeune Haydn…, Weber et tant d’autres qui synthĂ©tisent toute une pensĂ©e et un climat intensĂ©ment poĂ©tique, associĂ©s aux peintres Rembrandt, DĂĽrer, … : ainsi sont rĂ©estimĂ©s Samuel-Henry Berthoud, Raymond Brucker, ThĂ©ophile de Ferrière, FrĂ©dĂ©ric Mab, Jules Janin dont le superbe rĂ©cit L’Homme vert de 1834, absolument incontournable), de dĂ©couvrir certains textes peu connus d’auteurs cĂ©lèbres (Histoire du rĂŞveur et Carl de George Sand), de relire des textes fameux mais dans leur version originelle : Ă  l’Ă©poque de leur publication en revue, avant la parution en volumes (La Cafetière de ThĂ©ophile Gautier, La Femme au collier de velours d’Alexandre Dumas).
Dans L’Alchimie fantastique, les 15 rĂ©cits courts ou nouvelles, sont tous prĂ©cĂ©dĂ©s d’une introduction qui analyse sujets et enjeux esthĂ©tiques, prĂ©cisant leur interaction avec le contexte et la vie de l’auteur. Ainsi 8 textes illustrent “Aux frontières du fantastique“, et 3, les deux autres nuances thĂ©matisĂ©es : “le Fantastique noir” et “la Damnation des nouveaux Faust“. Florilège incontournable, de surcroĂ®t pour chaque auteur, magnifiquement Ă©ditorialisĂ©, parfois complĂ©tĂ© par un choix iconographique très juste, comme en couverture Le songe de Tartini de Boilly de 1824 : illustration emblĂ©matique de l’assimilation du violoniste inspirĂ© par le diable… La prĂ©sentation, le choix des rĂ©cits, la qualitĂ© et la pertinence des commentaires d’introduction et d’analyse (dont une remarquable prĂ©face contextualisante) accrĂ©ditent l’intĂ©rĂŞt de la prĂ©sente publication.

A suivre aux Ă©ditions Aedam Musicae, d’autres ouvrages annoncĂ©s d’ici fin 2015 dans la collection XIXè-XXème siècles :
- Etudier, enseigner et composer Ă  la Schola Cantorum (1896-1960)
– Castille Blaize (1784-1857) et la vie musicale en France
– En Ă©coutant Chopin
– Paul Dukas : Ă©crits sur la musique
– Ricardo Viñes : Journal 1887-1915
Prochainement critiquĂ©s sous forme d’articles dĂ©veloppĂ©s dans le mag livres, cd, dvd de classiquenews.com

LIVRES, compte rendu critique. Lettres et musique : l’Alchimie fantastique. La musique dans les rĂ©cits fantastiques du Romantisme français (1830-1850). Textes rassemblĂ©s, annotĂ©s et prĂ©sentĂ©s par StĂ©phane Lelièvre. Editions Aedam Musicae, Colection ” Musiques-XIX-XXe siècles “. Nombre de pages : 376 pages – Format : 18 x 24 cm (Ă©p. 3 cm) – DĂ©pot lĂ©gal : Juin 2015 – Cotage : AEM-145 – ISBN : 978-2-919046-11-9 – sur le site des Ă©ditions Aedam Musicae : disponibilitĂ© / en stock, envoi immĂ©diat
Prix indicatif : 40 euros.