Opéra, décès. MORT DE MIRELLA FRENI

FRENI Mirella chante tatiana mort de freni soprano classiquenewsOpéra, décès. MORT DE MIRELLA FRENI. La soprano italienne Mirella Freni s’est éteinte ce dimanche 9 février 2020 à son domicile Modène «  des suites d’une longue maladie » : née en 1935, elle avait 84 ans. Timbre étincelant, puissance et finesse, Mirella Freni fut une verdienne et puccinienne célébrée à juste titre (La Traviata et Desdemona dans Otello chez Verdi, Mimi dans La Bohème et Cio-Cio-San dans Madama Butterfly de Puccini…), partenaire privilégiée du ténor légendaire Luciano Pavarotti avec lequel elle partage la même cité natale, Modène et la même…nourrice. Les français l’on bien connue, entre autres dans le rôle de Micaella (Carmen de Bizet, porté sur le grand écran). Karajan l’a choisi pour nombre de ses opéras italiens (« sa plus grande Desdémone ») jusqu’à ce qu’elle refuse de chanter l’Everest des opéras de Puccini : Turandot. En artiste avisée et clairvoyante, la diva a su préserver son instrument.

 

 

Mimi, Desdemona, Tatiana, Adriana…

Incandescente MIRELLA FRENI

freni-mirella-soprano-mort-dead-classiquenews-opera-reviewPour nous, la verdienne, diseuse et capable d’un chant intense comme brĂ»lĂ©, demeure Adrienne Lecouvreur de Cilea, une prise de rĂ´le que le dvd a fixĂ© : en plus d’un chant hallucinĂ©, en transe, Freni Ă©tait aussi une actrice de premier plan, renouvelant la leçon de Callas. Mirella Freni aura marquĂ© l’histoire du chant lyrique pendant les annĂ©es 1960, 1970, 1980 et jusqu’à la fin des annĂ©es 1990. Epouse de la basse bulgare Nicolai Ghiaurov, la diva qui a fait ses adieux en 2005 (Washington, Ă  70 ans), se lança aussi dans le rĂ©pertoire russe, incarnant Tatiana dans Eugène OnĂ©guine, dĂ©ployant les trois qualitĂ©s qui lui sont dĂ©sormais emblĂ©matiques : sensibilitĂ©, puissance, sobriĂ©tĂ©.
Depuis la disparition de Luciano Pavarotti (sept 2007), Mirella Freni incarnait l’âge d’or du chant verdien après Callas et Tebaldi.

 

 

 

 FRENI-MIRELLA-portrait-mort-deces-classiquenews

 

Mirella Freni, en 1991, pour le Gala des 25 ans du MET au Lincoln Center  (DR)

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

VIDEO. MIRELLA FRENI chante Adrienne Lecouvreur
PARIS, Opéra Bastille, 1993
Freni exprime la toute puissance du chant comparĂ© Ă  la dĂ©clamation d’une tragĂ©dienne au théâtre car elle incarne la grande actrice du XVIIIè, Adrienne Lecouvreur (Ă©couter Ă  8’26 : « troppo » / Je respire Ă  peine…Je suis l’humble servante du gĂ©nie crĂ©ateur / Io son l’umile ancella… je m’appelle FedeltĂ  / FidĂ©lité ». L’intĂ©rĂŞt de la version vient de sa performance qui allie candeur Ă©blouissante et puretĂ© de la ligne d’une rare puissance.

https://www.youtube.com/watch?v=RHH33GfkNHM

 

 

 

VIDEO : MIRELLA FRENI & LUCIANO PAVAROTTI

O soave fanciulla / Mimi / Rodolfo – La Bohème de PUCCINI
avec Luciano Pavarotti – 1964
https://www.youtube.com/watch?v=5O3mqk9jyPw

 

 

 

 

AUDIO. MIRELLA FRENI chante Adriana Lecouvreur

 

https://www.youtube.com/watch?v=aGL0SQTbiB8

 

 

 

 

 

 

 

L’HOMMAGE EN VIDÉO

________________________________________________________________________________________________

ALBUM photographique de ses rĂ´les, avec Luciano, dernières images de la diva de Modène qui nous a quittĂ©… Air de Suzel : Son Pochi fiori (L’Amico FRITZ de Mascagni)

MIRELLA FRENI chante Adriana Lecouvreur : je suis l’humble servante de la musique…
Gala du MET, New York 1991 – 25è Anniversaire du Metropolitan Opera at Lincoln Center


 

 

 

 

 

L’hommage de son agent Jack Mastroianni

________________________________________________________________________________________________

 

Au moment de l’annonce de son décès, son agent chez IMG, Jack Mastroianni, a rédigé un communiqué hommage que nous publions dans son intégralité, illustré par une photo de Mirella Freni, réalisée lors de son gala au MET en 2005 pour les 50 ans de ses débuts sur la scène new yorkaise.

 

 

 

La-diva-Mirella-Freni-a-rejoint-les-etoiles-portrait-diva-classiquenews-mort-de-mirella-freni-critique-opera-review-opera-classiquenews

 

 

 

MIRELLA FRENI

 

27 Feb 1935 – 9 Feb 2020

Obituary

 

The passing of beloved Italian soprano Mirella Freni (aged 84) on 9 February after a long degenerative illness and a series of strokes was announced with profound sadness by Jack Mastroianni, her longtime manager at IMG Artists Management.  One of the great international artists of the last third of the twentieth century, Miss Freni passed away peacefully at her home in Modena, Italy surrounded by family — her daughter Micaela Magiera, grandchildren Gaia and Mattia Previdi, son-in-law Matteo Cuoghi, sister Marta, and longtime friend Fausta Mantovani. Originally married to Maestro Leoni Magiera, Freni had been married a second time for more than 30 years to the renowned Bulgarian bass Nicolai Ghiaurov who predeceased her in 2004.

Born in Modena on 27 February 1935, Miss Freni made her debut as Bizet’s Micaela on 3 March 1955. From the beginning of her career her vocal allure and spirited personality in the Mozart and bel canto repertory won favor with audiences and colleagues alike. It was serendipitous that La Scala brought Freni together with Herbert von Karajan for the 1963 premiere of the legendary Zeffirelli production of La Bohėme. In Freni, Karajan found his ideal “Mimi” as well as a kindred artistic spirit. Thus began a fruitful collaboration of more than twenty years during which period the Artist began to judiciously assume a heavier repertory, e.g. Verdi’s Otello, Requiem, Don Carlo, Boccanegra, Puccini’s Manon Lescaut as well as Tchaikovsky’s Onegin and Cilea’s Adriana. At the same time, “Mimi” remained her “signature role”.

Mirella Freni was ever known for her vocal discipline as well as her ability to say “no” rather than take a vocal risk — as when she declined Karajan’s invitation to sing the title role of Puccini’s Turandot.  As a result, Freni arrived to the fifth and last decade of her career fresh and eager to expand her repertory with Russian and verismo operas, such as Tchaikovsky’s Pique Dame and Maid of Orleans as well as Giordano’s Fedora. 

Freni had the good fortune to perform on many occasions with tenors Plácido Domingo and Luciano Pavarotti and conductors Claudio Abbado, Carlos Kleiber, James Levine, Riccardo Muti, Seiji Ozawa, Giuseppe Sinopoli and Herbert von Karajan – among others.  A rich legacy of CDs and DVDs testifies to her artistry.

The Metropolitan Opera honored Mirella Freni with a Gala on May 15, 2005 celebrating her 40 years with the Company and 50 years since her operatic debut. The occasion served as Freni’s “unannounced farewell” to the stage.

In her final years Freni enjoyed teaching until her advancing illness precluded continuous activities.

 

 

Jack Mastroianni / IMG Artists Management,

9 February 2020

 

 

 

Mirella Freni at 2005 Metropolitan Opera Gala / Mirella FRENI © Ken Howard

 

 

 

 

Mirella FRENI chante CIO CIO SAN (Madama Butterfly de Puccini / Karajan, 1974)

________________________________________________________________________________________________

 


 

 

 

CD. coffret. Renata Tebaldi : Voce d’angelo, the complete Decca recordings (66 cd Decca)

tebaldi renata voce d angelo complete decca recordingsCD. coffret. Renata Tebaldi : Voce d’angelo, the complete Decca recordings (66 cd Decca). Elève de Carmen Melis, diva de La Scala de Milan, la jeune Renata dĂ©bute dans le rĂ´le d’Elena de Mefistofele en 1944, elle a 22 ans (plus tard en 1958 pour Decca justement, elle chantera sous la direction de Tulio Serafin Ă  Rome, le rĂ´le de Marguerite, offrant Ă  l’hĂ©roĂŻne sacrifiĂ©e sa chair angĂ©lique dans une fresque orchestrale pleine de souffle et de ressentiment goethĂ©en…). Puis Ă  24 ans, c‘est le chef Arturo Toscanini antinazi convaincu, qui deux ans plus tard (1946) lance sa prodigieuse carrière pour le concert de rĂ©ouverture de La Scala. Le maestro lui fait apprendre le rĂ´le titre d’Aida dès 1950 (avec del Monaco : c’est un triomphe). Plus qu’en Europe, c’est principalement Ă  New York que La Tebaldi s’impose ensuite sans faiblir jusqu’en 1973 ! La diva enchaĂ®ne les prises de rĂ´les, surtout vĂ©ristes dont Adrienne Lecouvreur montĂ©e pour elle avec Franco Corelli… Le rythme est trĂ©pidant et l’usure de la voix menace : en 1959 Ă  37 ans, Tebaldi doit cependant modĂ©rer ses engagements pour se reposer… La soprano ne fut guère bellinienne, – comme une Sutherland plus tard. Elle avait pourtant la noblesse et la puretĂ© des aigus : mais Tebaldi s’intĂ©resse Ă  Verdi et surtout Ă  ses successeurs italiens : Puccini et les vĂ©ristes (Mascagni, Cilea, Ponchielli…). Cet ange descendu du ciel aurait-elle nĂ©anmoins un grain de voix adaptĂ© pour les rĂ´les très dramatiques ? c’est lĂ  qu’elle rejoint Maria Callas.

 

 

 

Tebaldi, l’ange tragique

 

CLIC D'OR macaron 200Au regard de ce coffret Ă©videmment incontournable, la voix d’ange, vraie rivale de Callas sur le plan expressif et esthĂ©tique, Renata Tebaldi, fut surtout une … vĂ©riste ; moins la verdienne Ă©tincelante comme on aime nous la prĂ©senter exclusivement. Ici 27 opĂ©ras intĂ©graux l’attestent. Certes la voix d’ange comme il est rappelĂ© sur le coffret, saisit par sa puretĂ© d’Ă©mission : la cantatrice avait tout autant un tempĂ©rament ardent, prĂŞte Ă  dĂ©clamer avec une expressivitĂ© ciselĂ©e. De mĂŞme ses Puccini diamantins confirment l’aisance et l’Ă©clat d’une voix Ă©tincelante et inoubliable pour ceux qui l’ont Ă©coutĂ©e sur scène (Mimi ici en 1951, 1959 ; Butterfly de 1951 et 1958 ; Manon Lescaut de 1954…), et qui eut pour partenaires dans les annĂ©es 1950 / 1960 : en particulier l’excellent et solaire Carlo Bergonzi (Rodolfo de La Bohème, ou Pinkerton de Madama Butterfly, Radamès d’Aida), Mario del Monaco (Dick Johnson de la Fanciulla del West, Radamès d’Aida, Manrico du trouvère), Fernando Corena… L’importance des opĂ©ras vĂ©ristes est d’autant plus pertinente qu’elle nuance l’image de la cantatrice blanche, dĂ©sincarnĂ©e, cĂ©leste…

Renata-Tebaldi-1960Qu’il s’agisse de sa subtile Adriana Lecouvreur (1961, Ă  la dĂ©claration digne et tragique propre aux grandes actrices sur la scène du théâtre), surtout de l’Ă©blouissante Gioconda, sur le livret de Boito (1967, pour nous un accomplissement inĂ©galĂ© Ă  ce jour, d’autant que sous la direction de Lamberto Gardelli, Tebaldi chante Gioconda avec des graves riches, aux cĂ´tĂ©s de Nicolai Ghiuselev, Marylin Horne, Carlo Bergonzi… ), surtout son rĂ´le de Marguerite dans Mefistofele d’Arigo Boito (1958), La Tebadli assure un chant plein, expressif proche du texte, d’une dĂ©clamation troublante parce que pure et aussi articulĂ©e : son style, sa musicalitĂ© rayonnent. Sa Tosca confirme l’Ă©tendue d’une voix qui savait ĂŞtre puissante et tragique voire sombre (le coffret rĂ©unit ses deux emplois dans le rĂ´le de Floria, 1951 et 1959) : c’est lĂ  que la comparaison avec la Callas paraĂ®t incontournable : elle rĂ©vèle deux natures lyriques Ă©gales, indiscutables, deux conceptions distinctes tout autant cohĂ©rentes l’une et l’autre… Ses trois rĂ´les les plus tardifs Ă©tant ici Il Trittico de Puccini (Giorgetta, Suor Angelica, Lauretta)1962), La Wally (1968), Un ballo in maschera (Amelia, 1970 aux cĂ´tĂ©s de Luciano Pavarotti). Ce dernier formera ensuite un duo tout autant lĂ©gendaire avec Joan Sutherland toujours pour Decca, dans le sillon ouvert par la sublime Tebaldi.

Pour les 10 ans de sa disparition, Decca a bien raison de rĂ©Ă©diter l’intĂ©grale des opĂ©ras (et rĂ©citals thĂ©matiques) devenus mythiques Ă  juste titre, d’autant que le duo qu’elle forme avec Mario del Monaco (la fĂ©linitĂ© mordante du timbre), avec Carlo Bergonzi (au style musical d’une Ă©lĂ©gance princière absolue) est un modèle inoubliable de musicalitĂ© comme d’intelligence expressive. Quelle autre diva d’une telle trempe peut revendiquer des partenariats aussi convaincants ? Coffret Ă©vĂ©nement. Cadeau idĂ©al pour les fĂŞtes 2014.

 

 

CD. coffret. Renata Tebaldi : Voce d’angelo, the complete Decca recordings (66 cd Decca).66 cd Decca 478 1535