CD Ă©vĂ©nement, critique. HAENDEL : MESSIAH, Le Messie – Jordi Savall (2 cd ALIA VOX, dĂ©c 2017)

critique-582-haendel-savall-le-messie-messiah-oratorio-hwv-56-savall-chapelle-royale-de-versailles-critique-review-critique-cd-opera-concert-classiquenews-alia-vox-dec-2019CD Ă©vĂ©nement, critique. HAENDEL : MESSIAH, Le Messie – Jordi Savall (2 cd ALIA VOX, dĂ©c 2017) – enregistrĂ©e sous la voĂ»te de la chapelle royale de Versailles, cette lecture du Messie de Haendel, chef d’Ɠuvre incontestable du Saxon baroque dans le genre de l’oratorio anglais (1742), ravira les plus exigeants. Arguments de poids de cette production sous la direction du catalan Jordi Savall, parmi les solistes, le trĂšs subtil soprano de l’écossaise Rachel Redmond (habituĂ©e des Arts Flo et laurĂ©ate du Jardin des Voix), mais aussi le formidable baryton Matthias Winckhler, nuancĂ©, Ă©lĂ©gant, souple et naturel
 sans omettre le geste choral palpitant des chanteurs de la Capella Reial de Catalunya. Le Concert des Nations et son « concertino » Manfredo Kraemer assurent le relief et le souffle d’une partition irrĂ©sistible dans ses Ă©vocations naturalistes et spirituels.
La partition tel un miracle inespĂ©rĂ©, lumineux surgit aprĂšs l’annĂ©e noire 1737 quand le thĂ©Ăątre d’opĂ©ra qu’il avait fondĂ© fait faillite, que surmenĂ©, et trop productif, il est foudroyĂ© par une paralysie (du bras droit, en avril), que meurt le 20 nov, sa seule protectrice la plus fervente et amicale, la Reine Caroline (Ă©pouse de Georges II), honorĂ©e dans le sublime Funeral Anthem. Pourtant Haendel au fond du gouffre ressuscite. De ce traumatisme intime naĂźt un nouveau genre l’oratorio anglais dont il fait un Ă©crin spirituel d’une exceptionnelle intensitĂ©. La renaissance de Haendel passe ainsi : aprĂšs une cure de vapeur Ă  Aix la Chapelle, on le pensait fini, il enchaĂźne ressuscitĂ©, une nouvelle carriĂšre qui le mĂšne directement vers la gloire. Le Messie / The Messiah raconte cela surtout : la sublimation et le salut d’une Ăąme donnĂ©e pour perdue. Dont la partition du Messie exprime l’inflexible espoir, l’inaltĂ©rable foi en Dieu. Les textes des trois parties sont invitation Ă  la mĂ©ditation, dans la confrontation de ce qu’a rĂ©alisĂ© le Christ.

Ă  Versailles,
Majesté et méditation du Messie
par Jordi Savall

A Versailles, Jordi Savall offre une lecture pleine de panache et de ferveur, selon l’expĂ©rience personnelle de Haendel Ă  l’époque de la composition de la partition du Messie. Le chef catalan en construit l’architecture mĂ©ditative, telle la confession sincĂšre d’un homme miraculĂ© qui rend grĂące et remercie dans la joie.  Jordi Savall souligne la profondeur des textes qui citent et Ă©voquent la grandeur morale du Christ sans le portraiturer directement mais l’exposent continument comme source d’admiration. Le chƓur participe intensĂ©ment Ă  la suggestion et les solistes soulignent la nĂ©cessitĂ© de mĂ©diter cet exemple de vertu inlfexible et de volontĂ© tragique.

Passons sur les petites faiblesses de cette lecture globalement superlative (en rĂ©alitĂ© qui concernent 2 solistes Ă©reintĂ©s). Le tĂ©nor Nicholas Mulroy plafonne ; voix fatiguĂ© et trop lisse, il n’empĂȘche pas son medium d’ĂȘtre voilĂ©, ce qui l’écarte d’une rĂ©elle brillance du timbre (en particulier dans la seconde partie oĂč le tĂ©nor est le plus sollicitĂ© ; ses airs manifestent l’autoritĂ© belliqueuse divine ; le timbre est sans aucun Ă©clat ; dommage). MĂȘme triste constat pour un Damien Guillon en déça de ce que nous connaissons : voix faible et intensitĂ© comme justesse en fragilitĂ©. C’était pour le chanteur français, un soir sans Ăąme ni Ă©clat.

Par contre le choeur final de la partie centrale (II) « Allelujah » confirme l’excellente tenue des choristes ; aussi racĂ©s, exaltĂ©s, dramatiques mais sans Ă©paisseur, dĂ©taillĂ©s, articulĂ©s que les chanteurs des Arts Flo : c’est dire. Dans cette conclusion de la seconde partie,- la plus virtuose et Ă©clatante, Ă  la fois majestueuse et volontaire de Haendel (rappelant Zadok), le collectif choral se montre nerveux ; il confirme l’excellente prĂ©paration de la Cappela Real de Catalunya et une Ă©vidente intelligence haendĂ©lienne. AssociĂ© Ă  l’orchestre et aux autres solistes, le chƓur ainsi convaincant, demeure le pilier de cette lecture sur le vif. La vivacitĂ© de chaque pupitre renforce la clartĂ© de la polyphonie (fugue finale), ainsi que le geste dramatique de chaque section chorale. Voici un chant habitĂ©, incarnĂ© : celui des fervents illuminĂ©s Ă  la fin, et auparavant chƓur des anges, des brebis Ă©garĂ©es, chƓur de haine, de violence, selon l’exhortation des solistes et les Ă©pisodes bibliques qu’ils Ă©voquent ; la justesse expressive des choristes est indiscutable ; elle rĂ©ussit Ă  dĂ©ployer le souffle spirituel et l’ardente aspiration dans l’espĂ©rance.  Le choeur, la soprano, la basse associĂ© au geste impĂ©tueux, Ă©clatant mais nuancĂ© de l’orchestre rĂ©alisent un sans faute.

La prĂ©sence rayonnante, son angĂ©lisme pour le coup lui aussi, lumineux et sĂ»r de Rachel Redmond, son Ă©mission naturelle, sa couleur tendre et dĂ©terminĂ©e, reste le second pilier de cette lecture ; son air de ferveur apaisĂ© et accomplie, (d’aprĂšs Job), « I know that my Redeemer  » qui ouvre les lumiĂšres de la Partie III – Ă©voquant surtout la RĂ©surrection, atteste de cette certitude de Haendel, ce miraculĂ© terrassĂ©, Ă  jamais confirmĂ©. La succession de ces deux sĂ©quences – chƓur exultant, soprano en lĂ©vitation-, demeure trĂšs convaincant.
MĂȘme tenue exemplaire, autant dramatique qu’inspirĂ©e, du baryton Matthias Winckhler qui affirme tout autant une suretĂ© naturelle, ronde et magnifiquement timbrĂ©e – expression du fervent touchĂ© par la grĂące qu’il reçoit peu Ă  peu (son dernier air solo avec trompette « the trumpet shall sound » rayonne littĂ©ralement, Ă  la fois sobre, flexible, libre).
CLIC_macaron_2014D’ailleurs, toute la troisiĂšme partie, confirmation du miracle de la RĂ©surrection et de la dĂ©faite de la mort – grĂące aux airs pour soprano, pour basse (avec trompette) et dans le duo tĂ©nor / alto, exprime la profondeur et l’activitĂ© de la mĂ©ditation Ă  laquelle Haendel nous invite : il a vu comme une rĂ©vĂ©lation, – aprĂšs sa guĂ©rison miraculeuse, Dieu dans le ciel dans une vision spectaculaire et Ă©blouissante ; ce tĂ©moigne nous est offert Ă  travers la musique, vivante, fragile, vibrante sous la direction trĂšs fraternelle de Jordi Savall. Magnifique lecture qui mĂ©rite bien cet enregistrement mĂ©morable. CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2019.

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CD Ă©vĂ©nement, critique. HAENDEL : MESSIAH, Le Messie – Redmond, Winckhler, Capella Real de Catalunya
 Jordi Savall (2 cd ALIA VOX, Versailles dĂ©c 2017)  -   CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2019.

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Approfondir 

visiter le site du baryton mozartien / haendélien :
https://www.matthiaswinckhler.de/en/oper

celui de la soprano Rachel Redmond
http://rachelredmondsoprano.com/fr/accueil/

voir Rachel Redmond dans le Messie de Haendel,
autre production 2015  -  Le Concert d’Anvers
/ Bart Van Reyn
https://www.youtube.com/watch?time_continue=834&v=xSWreIkLM3E&feature=emb_logo

CD Ă©vĂ©nement, annonce. HAENDEL : MESSIAH, Le Messie – Jordi Savall (2 cd ALIA VOX, dĂ©c 2017)

critique-582-haendel-savall-le-messie-messiah-oratorio-hwv-56-savall-chapelle-royale-de-versailles-critique-review-critique-cd-opera-concert-classiquenews-alia-vox-dec-2019CD Ă©vĂ©nement, annonce. HAENDEL : MESSIAH, Le Messie – Jordi Savall (2 cd ALIA VOX, dĂ©c 2017) - enregistrĂ©e sous la voĂ»te de la chapelle royale de Versailles, cette lecture du Messie de Haendel, chef d’Ɠuvre incontestable du Saxon baroque dans le genre de l’oratorio anglais (1742), ravira les plus exigeants. Arguments de poids de cette production sous la direction du catalan Jordi Savall, parmi les solistes, le trĂšs subtil soprano de l’écossaise Rachel Redmond (habituĂ©e des Arts Flo et laurĂ©ate du Jardin des Voix), mais aussi Damien Guillon ou encore Matthias Winckhler
 sans omettre le test choral palpitant de la Capella Reial de Catalunya. Le Concert des Nations et son « concertino » Manfredo Kraemer assure le relief et le souffle d’une partition irrĂ©sistible dans ses Ă©vocations naturelles ou mystiques.
La partition telle un miracle inespĂ©rĂ©, lumineux surgit aprĂšs l’annĂ©e noire 1737 quand le thĂ©Ăątre d’opĂ©ra qu’il avait fondĂ© fait faillite, que surmenĂ©, et trop productif, il est foudroyĂ© par une paralysie (du bras droit, en avril), que meurt le 20 nov, sa seule protectrice la plus fervente et amicale, la Reine Caroline (Ă©pouse de Georges II), honorĂ©e dans le sublime Funeral Anthem. De ce traumatisme intime naĂźt un nouveau genre l’oratorio anglais dont il fait un Ă©crin spirituel d’une exceptionnelle intensitĂ©. La renaissance de Haendel passe ainsi : aprĂšs une cure de vapeur Ă  Aix la Chapelle, on le pensait fini, il enchaĂźne ressuscitĂ©, une nouvelle carriĂšre qui le mĂšne directement vers la gloire. Le Messie / The Messiah raconte cela surtout : la sublimation et le salut d’une Ăąme donnĂ©e pour perdue.
CLIC D'OR macaron 200A Versailles, Jordi Savall offre une lecture pleine de panache et de ferveur, selon l’expĂ©rience personnelle de Haendel Ă  l’époque de la composition de la partition du Messie, comme la confession sincĂšre d’un homme miraculĂ© qui rend grĂące et remercie dans la joie. Grande critique Ă  venir dans la mag cd dvd livre de classiquenews. CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2019.

 

 

 

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CD Ă©vĂ©nement, annonce. HAENDEL : MESSIAH, Le Messie – Jordi Savall (2 cd ALIA VOX, dĂ©c 2017)  -   CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2019.

CD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018)

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018). Londres : 1733-1737. Les annĂ©es 1730 marquent l’essor du seria italien Ă  Londres. Au point que les spectateurs londoniens arbitrent une Ă©mulation inĂ©dite entre deux crĂ©ateurs, d’un thĂ©Ăątre Ă  l’autre, chacun selon ses ressources propres. Deux compositeurs, deux goĂ»ts, deux esthĂ©tiques
 Porpora le napolitain, Haendel / Handel le Saxon prĂ©sentent simultanĂ©ment Ă  Londres leurs ouvrages respectifs, dans un esprit dĂ©fricheur et d’estime rĂ©ciproque, dont tĂ©moignent leurs opĂ©ras « italiens », goĂ»tĂ©s par l’élite et le public londoniens. La guerre n’aura pas lieu, d’ailleurs comme le rappelle les interprĂštes ici, elle n’eut jamais lieu.
« Stille amare », extrait du Tolomeo de Handel Ă©tait trĂšs admirĂ© de Porpora
 dont les cantates opus 1 Ă©taient bien connues et plutĂŽt trĂšs apprĂ©ciĂ©es de Haendel. Estime rĂ©ciproque avĂ©rĂ©e vous disait-on. De fait, le geste de Franck-Emmanuel Comte, fondateur de son ensemble sur instruments historiques, Le Concert de l’Hostel Dieu, souligne la noblesse des Ă©critures, surtout leur plasticitĂ© expressive et leur essence dramatique.

En choisissant la soliste Giuseppina Bridelli, la rĂ©alisation insiste aussi sur l’articulation saisissante du texte, dans ses Ă©claircissements vocaux propres : la jeune diva proposant mĂȘme sa propre rĂ©solution des vocalises, selon le tĂ©moigne de contemporains qui au XVIIIĂš ont laissĂ© des Ă©crits sur le chant des castrats 
 napolitains Ă©videmment, pour lesquels ont composĂ© Porpora comme Handel (cf variations da capo et section B pour Scherza infida d’Ariodante de Handel : superbe rĂ©vĂ©lation du programme).
En 1733, Handel qui rĂšgne sur la scĂšne lyrique londonienne doit subir la concurrence de l’Opera of Nobility qui invite Porpora. Le Prince de Galles Frederick souhaite mettre Ă  l’affiche les plus grands chanteurs d’alors Francesca Cuzzoni, Senesino, Antonio Montagnana, et bien sĂ»r Farinelli, dans des piĂšces composĂ©es directement par les Italiens, surtout Napolitains
 d’oĂč Porpora. DĂšs lors une rivalitĂ©, souvent exacerbĂ©e par les medias de l’époque, s’impose aux deux compositeurs ; Handel allant mĂȘme jusqu’à dĂ©montrer son ouverture stylistique en intĂ©grant des ballets français, avec le concours de la ballerine vedette Marie SallĂ© (cf les ballets ici jouĂ©s de l’acte II d’Ariodante).
PORPORA HANDEL concert hostel dieu bridelli opera italien classiquenewsDramatique et d’une Ă©tonnante sensibilitĂ© orchestrale, Handel varie ses effets comme dans Alcina (Sta nell’ircana pietrosa tana) oĂč Ruggiero en chasseur hĂ©sitant (alors chantĂ© par Carestini) brille par sa virtuositĂ© technique, une flexibilitĂ© vocale dont Giuseppina Bridelli transmet le feu et l’énergie expressive. Assurent alors pour sa performance incarnĂ©e, habitĂ©e, les instrumentistes du Concert de l’Hostel Dieu. C’est pour le chef et l’orchestre un retour Ă©loquent aux sources de l’opĂ©ra baroque, une maniĂšre de revisiter ce qu’ils connaissaient dĂ©jĂ , et qu’ils rĂ©investissent avec feu et vĂ©ritĂ©.

 
 
 

LONDRES, 1733

Handel / Porpora : essor du verbe incarné
Giuseppina Bridelli et Le Concert de l’HOSTEL DIEU

 
 
 

Le grand succĂšs de ses annĂ©es pour Porpora demeure Polifemo (Ă©crit simultanĂ©ment Ă  Ariodante de Handel) qui regroupe les divos et divas d’alors : Cuzzoni, Mantagnana, Farinelli, Senesino, Francesca Bertolli, Maria Segatti. Giuseppini Bridelli en chante l’air de Calypso, amoureuse Ă©perdue et admiratrice lumineuse d’Ulysse dont elle raconte alors l’exploit sur le cyclope gĂ©ant PolyphĂšme (Il gioir qualor s’aspetta, plage 10). Tout l’art de la jeune mezzo sait y fusionner la chair agile, ductile de sa technique et la justesse de ses intonations, celles d’un chant clair et explicite, qui suit avec intelligence et variations de nuances, le sens du texte (l’attente et l’espĂ©rance alimentent l’ardeur du dĂ©sir).
Mais l’échec global de la venue de Porpora Ă  Londres tient aux limites de la langue italienne : les rĂ©citatifs fussent-ils aussi ciselĂ©s que ceux de David dans l’oratorio (unique) David e Bersabea, ne suffirent pas Ă  convaincre l’audience londonienne, trop volage ; on sait avec quel talent Handel recompose totalement son style en adoptant des recitatifs plus courts et en anglais. Le sens du verbe incarnĂ© dĂ©fendu par Giuseppina Bridelli, la souple ardeur du continuo comme sculptĂ©, nerveux, mordant, bondissant par Franck-Emmanuel Comte rĂ©ussissent pourtant une superbe scĂšne amoureuse (David exprime son amour naissant pour BethsabĂ©e qu’il rencontre alors). Entre Ă©moi et ravissement, le travail sur le texte et les couleurs de l’orchestre tĂ©moignent d’une vision et d’une conception trĂšs fouillĂ©es de la part des instrumentistes et du chef du Concert d’Hostel Dieu.

CLIC_macaron_2014On ne cesse de pesner, du dĂ©but Ă  la fin de ce programme, qu’ils ont eu bien raison de revenir aux fondamentaux du Baroque lyrique, le thĂ©Ăątre Ă  la fois linguistique et coloratoure de Handel. L’intonation poĂ©tique sert avant tout le sens de la situation dramatique et la direction du texte : la franchise du chef de ce point de vue, son efficacitĂ© et sa poĂ©sie soulignent aussi chez Handel comme chez Porpora, Ă  travers les exemples que nous avons mis en avant, tout ce qui caractĂ©rise et distingue l’un par rapport Ă  l’autre. Entre un Handel obligĂ© au renouvellement, et un Porpora ductile, naturellement agile mais contraint lui aussi Ă  une nouvelle exigence dramatique et vocale, nous tenons dans ce rĂ©cital lyrique, une claire Ă©vocation d’un Ăąge d’or du seria italien Ă  Londres. Magistrale rĂ©alisation pour un sujet original, idĂ©alement explicitĂ©. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2019.

 
 
 
 
 
 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018) – CLIC de CLASSIQUENEWS du mois d’avril 2019.

 
 
 
 
 
 

LIRE AUSSI notre prĂ©sentation du cd DUEL / PORPORA vs HANDEL – Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018)
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-duel-porpora-and-handel-in-london-le-concert-de-lhostal-dieu-franck-emmanuel-comte-1cd-arcana-2018/

 
 
 
 
 
 

CD, opéra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca)

ARMINIO Decca max emanuel cencic haendel handel annonce announce classiquenews review critique cd 61TCPTYOKYL._SL1400_CD, opĂ©ra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca). C’est le dernier des opĂ©ras baroques ressuscitĂ© par le contre-tĂ©nor entrepreneur Max Emanuel Cencic, et sa fidĂšle troupe de chanteurs : collectif toujours investi Ă  exprimer en une caractĂ©risation affĂ»tĂ©e, jamais neutre, les passions dramatiques ici du gĂ©nie haendĂ©lien. En couverture, alors que sa consƓur romaine Cecilia Bartoli, elle aussi inspirĂ©e par des programmes insolites ou des rĂ©surrections captivantes, s’affichait en prĂȘtre exorciste (pour ses relectures dĂ©fricheuses de Steffani), voici Cencic, tel un acteur de cinĂ©ma sur un visuel sensĂ© nous sĂ©duire pour susciter le dĂ©sir d’en Ă©couter davantage : voyageur emperruquĂ© pistolet (encore fumant)Ă  la main, tel un espion en pleine mission…

ARMINIO… L’AVENTURE DU SERIA HAENDELIEN A LONDRES. CrĂ©Ă© en 6 reprĂ©sentations au Covent Garden de Londres en janvier et fĂ©vrier 1737, Arminio a visiblement marquĂ© les esprits de l’Ă©poque, certains tĂ©moins commentateurs n’hĂ©sitant pas Ă  parler de “miracle”… La partition n’a jamais plu depuis Ă©tĂ© remontĂ©e jusqu’Ă  ce que Cencic s’y intĂ©resse. Le sujet emprunte Ă  l’histoire romaine (Tacite) : c’est mĂȘme un Ă©pisode peu glorieux pour les lĂ©gions de Rome confrontĂ©es en 49 avant JC, aux Germains, dans la forĂȘt de Teutoburg. Le gĂ©nĂ©ral Varus est fait prisonnier du prince Hermann Arminius, commandant de 7 valeureuses tribus germaines. La dĂ©faite des Romains enterre toute vellĂ©itĂ© de Rome Ă  assoir sa puissance sur une vaste zone au delĂ  du Rhin. L’opera seria s’attache Ă  ciseler chaque profil psychologique, (selon le livret signĂ© Antonio Salvi) chaque intention, chaque espoir silencieux, chaque noeud d’une situation conflictuelle (chĂšre Ă  Racine au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, entre amour, dĂ©sir et jalousie) que l’action contredit ou prĂ©cipite, souvent de façon artificielle : ainsi la mort de Varus/Varo le romain dĂ©fait est-elle Ă©vacuĂ© en quelques mots Ă  la fin de l’ouvrage dans un rĂ©citatif lapidaire qui vaut dĂ©nouement. Auparavant, Arminio est capturĂ© par Varo qui a des vues sur l’Ă©pouse de son ennemi captif… Pour captiver l’audience londonienne qui n’entend pas l’italien pour la majoritĂ©, Haendel n’hĂ©site pas Ă  rĂ©duire le texte de Salvi, en particulier ses rĂ©citatifs, vĂ©ritables tunnels d’ennui pour qui ce peut goĂ»ter les subtilitĂ©s de l’italien.

Parmi les chanteurs vedettes, les castrats sont toujurs Ă  l’honneur ; aprĂšs la trahison du contralto Senesino, son chanteur contralto fĂ©tiche, rival de Farinelli, qui finalement quitte Haendel pour un troupe rivale en 1733, c’est dans le rĂŽle-titre, l’alto aigu Domenico Annibali qui relĂšve les dĂ©fis d’un personnage exigeant ; le castrat Sigismondo lui emboĂźte le pas, l’Ă©galant mĂȘme par sa partie non moins audacieuse : Ă  la crĂ©ation, rĂŽle tenu par le sopraniste Domenico Conti, surnommĂ© Gizziello, probablement le plus connu des solistes rĂ©unis par Haendel en 1737 : c’est le seul castrat soprano (en dehors des mezzos et contraltos) pour lequel le compositeur Ă©crira des rĂŽles Ă  Londres. CĂŽtĂ© chanteuses, la prima donna demeure dans le rĂŽle de Tusnelda, la soprano : Anna  Maria Strada del PĂČ, partenaire et interprĂšte familiĂšre de Haendel depuis le dĂ©but des annĂ©es 1730 dont la laideur lĂ©gendaire Ă©galait la finesse dramatique et l’engagement vocal. Le tĂ©nor anglais John Beard chante le commandant Vero. Le chanteur deviendra directeur du Covent Garden, et continuera de chanter pour Haendel dans de nombreux autres ouvrages lyriques et aussi ses futurs oratorios.

 

 

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Le synopsis veille Ă  prĂ©senter de superbes profils psychologiques, tous impressionnĂ©s (les Romains), stimulĂ©s (les Germains) par l’hĂ©roĂŻsme stoĂŻcien du captif Arminio, prisonnier du gĂ©nĂ©ral romain Vero…  Au dĂ©but, le Germain SĂ©geste livre le chef germain Arminio au gĂ©nĂ©ral romain Vero. La fille et le fils de SĂ©geste, Tusnelda (Ă©pouse d’Arminio) et Sigismondo payent trĂšs cher, la trahison de leur pĂšre : Tusnelda en l’absence d’Arminio, doit affronter les avances de Vero ; Sigismondo ne peut rien faire quand sa fiancĂ©e Ramise, la soeur d’Arminio, rompt leur vƓu…  Pour augmenter les chances d’une paix avec Rome, SĂ©geste souhaite l’exĂ©cution d’Arminio pour que sa fille Tusnelda Ă©pouse Vero ; d’autant que Sigismondo a rejoint le parti de son pĂšre et accepte de pactiser avec les Romains. Figure hĂ©roĂŻque prĂȘte Ă  mourir, Arminio dans sa prison dĂ©clare qu’il ne cĂšdera pas quitte Ă  mourir. Son Ă©pouse Tusnelda lui reste fidĂšle. A l’acte III, tout semble ĂȘtre jouĂ© : Arminio est conduit Ă  l’Ă©chafaud : mais Vero impressionnĂ© par la noblesse du prisonnier, reporte l’exĂ©cution quand on apprend que des Germains rebelles ont soumis les lĂ©gions de Rome. Les femmes Tusnelda et Ramise libĂ©rent Arminio avec la complicitĂ© de Sigismondo ; Arminio prend la tĂȘte de la rĂ©bellion contre les Romains et tue Vero. SĂ©geste est soumis ; par clĂ©mence et grandeur morale, Arminio pardonne Ă  SĂ©geste en l’Ă©pargnant. Toutes les sĂ©quences pointent finalement vers le duo des Ă©poux germains qui se retrouvent en fin d’action : duetto final qui souligne les vertus de la fidĂ©litĂ© et de la constance de l’amour entre Arminio et Tusnelda).

Arminio de 1737 incarne un jalon majeur de l’expĂ©rience de Haendel Ă  Londres ; l’ouvrage par son sujet Ă©difiant et moral contient aussi l’objectif finalement non exhaucĂ© : fidĂ©liser les spectateurs londoniens Ă  l’opera seria italien. MalgrĂ© toutes ses tentatives, Haendel Ă©chouera en y perdant des fortunes. Il se refera grĂące au nouveau de l’oratorio anglais promis Ă  de nombreux triomphes.

 

 

CD, annonce. Haendel : Arminio par Max Emanuel Cencic (2 cd Decca). Prochaine critique complete dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.COM. Parution : le 25 mars 2016. La production d’Arminio ressuscitĂ© par Max Emanuel Cencic fait l’ouverture du festival Handel Ă  Karlsruhe, le 13 fĂ©vrier 2016. Le haute-contre, devenu metteur en scĂšne transpose l’intrigue romaine dans l’Europe de la RĂ©volution et de l’Ă©poque nĂ©opolĂ©onienne, tout en s’inspirant du film de Milos Forman “Les Ombres de Goya”… ambitieux projet.