En 1826, l’Opéra d’Avignon ouvrait ses portes… Frédéric Roels
récapitule les événements qui célèbrent le Bicentenaire de la maison qu’il dirige : expositions, opéras, concerts, publications… un cycle anniversaire qui implique toutes les équipes de l’Opéra Grand Avignon. 2026 s’annonce ainsi prometteur, plusieurs nouvelles créations, au format original soulignent la créativité du Théâtre Avignonais : Décaméron, nouvel opéra du compositeur en résidence, Matteo Franceschini ; Le Chant de la Terre, nouveau spectacle mis en scène par Chloé Lechat… En 2026, s’achève aussi la coopération avec la cheffe Débora Waldman, tandis que le nouveau directeur de la Danse, Martin Harriague, présente ses nouvelles créations : après Promothée en décembre 2025, s’annonce « Awen » au printemps 2026… Et parmi les autres temps forts à venir, dans le registre lyrique, deux productions sont désormais incontournables : Turandot (mai 2026), puis La Périchole (juin 2026)…
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CLASSIQUENEWS : La saison 2025 -2026, comme la précédente, célèbre le Bicentenaire de l’Opéra Grand Avignon ; qu’est-ce qui singularise selon vous, l’histoire de la Maison avignonaise depuis sa fondation ?
FRÉDÉRIC ROELS : Depuis 200 ans, la ville qui est de taille assez moyenne, – moins de 92 000 habitants, a poursuivi sans discontinuité l’activité artistique de son opéra, assurant une offre à la fois théâtrale et musicale, fidélisant un public constant, et à certaines périodes, comptant la présence de grands interprètes. Il n’y a pas d’équivalent en France, s’agissant d’une ville de ce format.
La présence de Raymond Duffaut, qui a été lié pendant plusieurs décennies au Théâtre, comme directeur puis comme conseiller artistique, a marqué notre maison ; aussi en raison du partenariat avec les Chorégies d’Orange dont il a été également le directeur, œuvrant pour une synergie en particulier autour des répertoires italiens et français. Bon nombre de très grands chanteurs dont des stars internationales, sont alors venus à Avignon…
Les recherches menées en particulier sur les premières saisons font apparaître des habitudes dans la programmation qui semblent bien éloignées de nos pratiques actuelles : ainsi au début du XXème, il était habituel de présenter plusieurs ouvrages par jour, et plusieurs fois par semaine ; les spectateurs pouvant enchaîner un opéra suivi d’un second. Les effectifs étaient légers comptant entre 20 et 25 instrumentistes, associés à une troupe de chanteurs dont chaque artiste était reconduit la saison suivante selon ses performances à l’applaudimètre. Le genre du pastiche était aussi courant.
C’est pourquoi lors de la saison précédente, nous avons programmé « Les Folies amoureuses », opéra bouffon, dont l’histoire est recomposée à partir d’extraits empruntés à Rossini, Donizetti, Paer, Mozart, Weber. Castil-Blaze en réécrit un livret cohérent pour une action à part entière dont nous avons présenté une nouvelle version en février 2025, avec un regard contemporain qui entre autres, abordait la place des femmes.
Le prochain événement fait partie de notre cycle hors les murs, que nous avons pensé comme un éclatement de l’offre artistique dans la ville et sous une forme participative. Il s’agit d’un jeu-concours, une chasse au trésor qui prend appui sur l’histoire de notre Théâtre, un peu à la manière de la fameuse Chouette d’or. L’énigme est composée de deux livrets ; le premier a été dévoilé pour être élucidé depuis octobre dernier ; le second le sera début janvier 2026. La personne qui aura résolu l’énigme se verra attribuer son fauteuil à l’Opéra … pour les 200 prochaines années !
Parmi les prochains événements liés à la célébration des 200 ans de l’Opéra Grand Avignon :
– le marathon de la danse qui s’inspire d’un principe déjà proposé au début du XXè ;
l’opéra parade autour de Carmen (septembre 2026) ;
– l’exposition à la Maison Jean Vilar et à la Villa créative sur l’histoire de notre Opéra (octobre 2026) ;
– le concert de la Maîtrise populaire, projet d’accompagnement du chant choral développé dans les quartiers prioritaires de la ville, destiné aux enfants qui socialement et économiquement sont éloignés de l’opéra et des événements musicaux, à tous ceux pour lesquels la culture n’est pas immédiatement naturelle. Ce sont des quartiers hors des remparts. Le projet est mené depuis 4 ans, et c’est la 2è génération d’enfants ainsi sensibilisés. Nous travaillons avec deux classes primaires qui réaliseront un concert de restitution en juin 2026.
– Deux publications complètent ce programme. L’une qui prolonge le colloque universitaire qui s’est tenu en 2024 et 2025, dédié à l’histoire du bâtiment et du répertoire, dont les actes sont publiés en mars 2026. L’autre est une édition grand public sur l’histoire du l’Opéra d’Avignon par Julie Deramond et qui paraîtra en septembre 2026.
CLASSIQUENEWS : La forme des spectacles ne cesse d’évoluer sensiblement depuis l’après covid. Quels sont les prochains événements dans ce sens ?
FRÉDÉRIC ROELS : Deux se détachent particulièrement :
le premier est une création mondiale d’après le DÉCAMÉRON de BOCCACE. C’est une commande que nous avons passée au compositeur en résidence MATTEO FRANCESCHINI. S’il existe de nombreuses adaptations du texte de Boccace au cinéma, au théâtre et même sous la forme d’une série récente sur Netflix, la scène lyrique ne s’était pas encore emparée du sujet. La trame originelle regroupe 10 individus qui s’isolent pour échapper à la peste à Florence, cela dans une villa, hors de la cité florentine, loin du virus et aussi pour refaire le monde… Le thème nous est proche par ce qu’il fait écho à la récente pandémie qui a terrassé le monde entier. Matteo Franceschini reprend la trame de Boccace ; il en déduit son propre récit ; il imagine sur la scène 10 artistes, sans orchestre ; tous sont musiciens, chanteurs, comédiens. La musique sera produite au plateau, traitée aussi simultanément par l’électronique. Ce nouvel opéra revêt donc une forme spécifique ; le livret a été écrit avec les interprètes ; il ne leur a pas été imposé : le langage de Matteo Francceschini est en partie polyphonique, et fait référence de manière discrète à des périodes diverses de l’histoire de la musique. Nous présentons l’opéra en mars 2026 ; il sera repris à l’Ircam à Paris en juin suivant. Du 7 au 8 mars 2026 – infos et réservations : https://www.operagrandavignon.fr/decameron
Le second spectacle qui est aussi un format original est LE CHANT DE LA TERRE de Gustav Mahler, dans la version de Schoenberg. Nous en proposons une version scénique conçue par Chloé Lechat, avec l’ensemble Miroirs Étendus. Il s’agit d’une version chambriste pour 14 instrumentistes. La metteure en scène aborde allusivement la perte d’un enfant, le deuil de ses parents, ce qui fut le cas de Mahler au moment où il compose son œuvre. Chloé Lechat questionne à travers l’expérience de la perte, ce qui peut être transmis d’un passé perdu ; son regard poétique s’enrichit aussi de la participation de notre ballet. C’est la 2è saison à laquelle participe Chloé Lechat ; son geste est militant et parfois radical, toujours juste, abordant la place de la femme, des homosexuels, … avec une sensibilité et une force poétique qui n’écartent jamais l’esthétisme. Cet équilibre me semble toujours très intéressant. Les 28 et 29 mars 2026 – Infos et réservations : https://www.operagrandavignon.fr/le-chant-de-la-terre-0
CLASSIQUENEWS : C’est la dernière saison avec la cheffe Débora Waldman. Quel regard portez-vous sur votre collaboration ?
FRÉDÉRIC ROELS : Je peux apporter mon témoignage comme un partenaire artistique car nous avons travaillé avec Débora sur Don Giovanni dont j’ai conçu la mise en scène, spectacle présenté en ouverture de cette saison. Débora a une approche collégiale ; nous avons partagé une réelle complicité artistique dans la réalisation de cette production. C’est une musicienne qui travaille énormément en amont ; elle veille à mener une préparation préalable complète et au moment du travail, sait écouter les propositions, agir dans le sens d’une construction collective.
C’est aussi une grande humaniste pour laquelle la musique est porteuse de valeurs humaines, dont le message est fédérateur et contribue à la paix intérieure. Je pense que Débora aura apporté beaucoup de cela à l’Orchestre national Avignon Provence qui est notre orchestre en fosse ; elle a élargit le répertoire, l’ouvrant à de nouvelles écritures comme celle des très nombreuses compositrices, qu’elle n’a cessé de réhabiliter. Enfin, s’agissant de Mozart, compositeur qu’elle défend et joue depuis ses débuts, son geste qui en propose une compréhension philosophique, qui en déduit une architecture qui questionne l’humain, me parait spécifique et toujours juste.
CLASSIQUENEWS : Depuis 2024, l’Opéra Grand Avignon compte un nouveau directeur de la danse : Martin Harriague. Pouvez-vous évoquer son travail et les prochains rendez-vous chorégraphiques ?
FRÉDÉRIC ROELS : L’écriture chorégraphique de Martin Harriague est géniale, à la fois virtuose et très personnelle ; sa danse est très physique, très écrite. Après la création d’ « America » la saison passée, nous présentons cette saison 2 créations, qui rassemblent les forces artistiques permanentes : l’orchestre pour la 1ère, le chœur pour la 2ème.
La première PROMÉTHÉE reprend la seule partition pour ballet qu’a écrit Beethoven (« Les créatures de Promotéhe ») augmentée par une nouvelle musique composée par Fabien Cali. L’Orchestre national Avignon Provence joue sur la scène aux côtés des danseurs (les 12 et 13 déc 2025). INFOS : https://www.operagrandavignon.fr/promethee
La seconde « AWEN » présentée en mai 2026 (22-24 mai 2026), est une pièce chorale, sur la musique d’Eric Whitacre (pour 2 instruments) « The Sacred Veil », d’inspiration néo médiévale, dans le sillage d’Arvo Pärt. Cette création est présentée dans l’écrin magique de la Grande Chapelle du Palais des Papes ; c’est aussi une expérience immersive car la jauge est limitée en raison du lieu patrimonial (300 places) : les spectateurs sont placés de part et d’autres des interprètes (danseurs, chœur, instrumentistes).
INFOS : https://www.operagrandavignon.fr/awen
Martin Harriague a le souci d’apporter l’art et la danse partout sur le territoire, en particulier auprès des populations qui en sont éloignées. Le projet « HAFLA ! » qui signifie « fête », imagine de petites formes mobiles d’une durée de 15 mn qui sont réalisées dans l’espace public, dans les collèges, les lycées… ; l’idée est de danser parmi les gens, pour transmettre, partager, fédérer dans des lieux qui n’accueillent pas habituellement le spectacle. La première session est en cours de réalisation ; elle est écrite pour 12 danseurs et sera dévoilée courant 2026.
PRODUCTIONS LYRIQUES A VENIR
CLASSIQUENEWS : Parmi les nombreux temps forts de la saison 2025-2026, quels seraient les deux grands spectacles à ne pas manquer qui s’annoncent en 2026 ?
TURANDOT (15, 17, 19 mai 2026)
Nous poursuivons notre cycle Puccini, en proposant l’un de ses opéras chaque saison. Voici assurément le dernier temps fort de la série. La mise en scène est réalisée par Paco Azorín qui a présenté à l’Opéra, Samson et Dalila. Son travail a une vocation sociale, il intègre des amateurs et des personnes qui n’ont rien à voir avec le monde de l’opéra ; ils sont présents sur la scène comme figurants. Le spectacle a été créé à Macerata ; il propose une version originale c’est à dire sans final, puisque Puccini est mort avant d’avoir achevé son ouvrage. L’orchestre s’arrête donc là où Puccini a cessé de composer, avec l’air de Liù. Pour les représentations avignonnaise, c’est Catherine Hunold qui relève le défi du rôle principal.
INFOS : https://www.operagrandavignon.fr/turandot
LA BELLE HÉLENE (12, 14 juin 2026)
Le spectacle est léger dans tous les sens du terme : son ambiance est joyeuse (l’action déplacée à la Cour d’Angleterre est mise en scène par Chloé Dufresne) et la forme est celle de la production d’Opéra éclaté d’Olivier Desbordes, conçue dans un format réduit avec quelques musiciens, mais que nous reprenons cette fois avec l’orchestre complet et le chœur. Les spectateurs avignonnais pourront retrouver certains chanteurs comme Raphaël Jardin (dans le rôle de Parîs) et Julie Robard-Gendre dans le rôle-titre.
INFOS : https://www.operagrandavignon.fr/la-belle-helene
propos recueillis en décembre 2025
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présentation de la nouvelle saison 2025 – 2026
LIRE aussi notre présentation de la nouvelle saison 2025 – 2026 de l’Opéra Grand Avignon, « Mythes ». L’Orfeo, Décaméron, Turandot, Falstaff, La Belle Hélène, Armide… | ClassiqueNews
https://www.classiquenews.com/avignon-grand-opera-nouvelle-saison-2025-2026-a-avignon-et-a-vedene-orfeo-decameron-turandot-falstaff-la-belle-helene-armide/
Pour sa nouvelle saison 2025 – 2026, celle de ses 200 ans (!), l’Opéra Grand Avignon plonge dans l’étoffe fascinante des Mythes fondateurs, un imaginaire commun, exaltant et structurant, « dont les racines fondent notre culture. Ce qui est mythique n’est pas réel, par définition. Mais notre réalité est pétrie de tous ces récits qui nous traversent, cimentent même notre inconscient, comme l’a démontré Carl Gustav Jung. Voilà donc ce que nous vous proposons tout au long de la saison : un bain dans ces mythes divers qui font sens dans l’idée du vivre ensemble, dans la communauté humaine », précise Frédéric Roels, directeur de l’Opéra Grand Avignon.
TOUTES LES INFOS, la billetterie, le détail des programmes et des distributions, les artistes invités, … sur le site de l’Opéra Grand Avignon, saison 2025 – 2026 : https://www.operagrandavignon.fr/
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