Dietrich Fischer Dieskau 2010 (“Fischer-Dieskau: The Birthday edition”: 4 cd Audite)

Dietrich Fischer Dieskau 2010
(“Fischer-Dieskau: The Birthday edition”: 4 cd Audite)

Audite poursuit et complète la réédition des archives DFD (Dietrich Fischer-Dieskau). Pour les 85 ans du baryton légendaire, Audite a sélectionné 4 nouveaux cycles composant ces 4 albums là encore phénoménaux et complémentaires. Certes les visuels de couverture évoquent le jeune interprète (photos noir et blanc de très belle facture, de la fin de vingtaine à la quarantaine rayonnante): mais les documents audio ici améliorés (bandes originales remastérisées) datent des années plus récentes: live à Berlin en 1972 pour les lieder de Johannes Brahms (avec Tamas Vasary au piano): soit 22 mélodies introspectives dédiées aux vertiges de l’âme romantique la plus tendre… (Audite 95.635); Enregistrements live toujours mais plus anciens pour les 6 lieder von Gellert de Beethoven (12 décembre 1951, prise mono); les Kanben Wunderhorn de Gustav Mahler (8 janvier 1953, prise originelle également mono); enfin enregistrement plus récent avec les Duette de Schumann (8 décembre 1977, prise stéréo), d’autant plus révélatrice de cette articulation vivante et nuancée défendue par le baryton en dialogue avec son épouse, la non moins immense Julia Varady! Ce disque Schumann, Beethoven, Mahler, est évidemment une perle incontournable (Audite 95.636).

Le volume voix/orgue pour les 8 chants de Max Reger est une curiosité musicale servie par l’art du diseur inspiré par le mode sacré (geistliche lieder, 1898-1914; couplé avec 3 lieder complémentaires d’après Eichendorf, Arndt, Albert). Le Psaume de Heinrich Sutermeister (1947: “Eile mich Gott zu erretten” puis “Herr sei mir nädig”), enregistré en juin 1989 fait entendre une musicalité intacte malgré la perte d’une bonne partie du timbre et de la tessiture; accompagné par Aribert Reimann au piano, DFD chante enfin de Paul Hindemith en octobre 1979, 10 mélodies choisies dont les 6 lieder sur un texte de Novalis (1933): c’est l’engagement jamais trahi d’un chanteur à la culture inouïe qui sait se passionner pour l’écriture contemporaine… (Audite 95.637).

Le quatrième et dernier volume édité par Audite fixe le récital à Berlin du 14 septembre 1971 (salle de la Philharmonie), consacré aux lieder de Gustav Mahler (Audite 95.634), avec le piano assez carré et droit c’est à dire un rien limité de Daniel Barenboim. Mais il est vrai, répondant aux exigences inextricables du baryton souverain, rares les pianistes complices capables (comme Richter) “d’anticiper les consonnes” grâce à un jeu pianistique qui soigne autant l’articulation des notes et des mots!
Même si la prise est un peu lointaine privilégiant surtout le clavier (voix résonnée, confuse, aplatie), le témoignage du baryton est comme toujours d’une musicalité experte, vivante, ardente, humaine: souffle, ivresse, mais aussi blessure et caractère tragique (4 Lieder eines Fahrenden Gesellen) avec cette suspension du sentiment, accomplie, projetée offerte comme une extase éveillée (Ich bin der Welt abhanden gekommen, d’après Friedrich Rückert qui est l’ultime et le plus long du cyle: plus de 8 mn d’un chant halluciné et crépusculaire)… Dans ce volume mémorable, l’auditeur retrouve les lieder les plus engagés de l’écriture malhérienne: Rückert lieder, Lieder eines fahrenden Gesellen, Lieder und Gesänge aus der Jugendzeit, Knaben Wunderhorn… Même si l’on pouvait attendre meilleur pianiste, plus fin et nuancé, la tenue vocale du baryton époustoufle par son intensité et sa justesse. Magistral.

Dietrich Fischer Dieskau 2010: (“Fischer-Dieskau: The Birthday edition”: 4 cd Audite). Livret: anglais et allemand. Tous les textes sont édités en allemand seulement.

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