Hier soir 12 septembre , dans la douce chaleur d’une fin d’été, les amateurs d’opéra de Monaco se sont pris par la main et, abandonnant leur chemin habituel de la Salle Garnier, ont gravi les innombrables marches du petit Théâtre (de plein air) du Fort Antoine. Là-haut, sous un ciel de velours, ils ont assisté à Mateo, un opéra-tango de Martín Palmieri, venu de Buenos Aires pour diriger lui-même l’Ensemble Ad Libitum.
Durant une heure et demie, le tango coula dans la nuit, chaloupé, syncopé, avec ses contretemps qui mordent, ses brusques passages du majeur au mineur, ses septièmes et ses neuvièmes qui caressent les oreilles, avec, aussi, les ruptures sèches de ses phrases musicales et ses silences lourds de sens. Les plaintes du bandonéon se mêlaient aux soupirs du violon et aux accents de la contrebasse. C’était ce tango qu’on aime – celui qui fait tanguer les cœurs, qui serre les gorges et qui met plein d’imagination dans les jambes. Ce tango-ci était celui du compositeur fort inspiré Martin Palmieri. On a l’impression que, chez lui, il suffit d’ouvrir un robinet et que le tango coule à flot. C’est lui qui, naguère, a composé la Misatango qui a fait le tour du monde après avoir été jouée devant le pape François.
Ce soir, l’opéra n’était pas un opéra, mais plutôt une zarzuela : l’histoire se déroule dans un monde misérable où le père, cocher de son état, vire dans la délinquance pour nourrir sa famille. L’un de ses fils veut devenir boxeur, l’autre chauffeur d’automobile, tandis que la fille compte user de sa séduction. Mateo, le cheval du père, meurt, renversé par une automobile. Choc des civilisations ! Sanglots du tango…
Dans ce spectacle agréablement mis en scène par Carlos Branca, le chanteur Fabrice Alibert fut le roi et le triomphateur de la soirée : le rôle du père semblait écrit pour lui. À ses côtés évoluait une troupe fine et diverse : Matthieu Lécroart, dans un rôle diabolique ; Rémy Mathieu, brillant ténor que l’on sait porté dans sa carrière par les ailes de l’opérette ; Diego Godoy, dont la voix rugueuse collait au pavé du tango ; Simona Caressa, dont le nom-même qualifie le velours de sa voix, Charlotte Bonnet, dont l’élégant soprano contrastait avec la noirceur de la pièce.
Le chœur eut belle tenue, conduit par un chef qui a la cote sur la Côte d’Azur… et ailleurs : Stéphane Nicolay. Quant à l’Ensemble instrumental Ad libitum, d’où montaient notamment le chant tourmenté de la bandonéoniste Carmela Delagao et les arpèges lumineux de la pianiste Katherina Nikitine, on n’a que du bien à dire de lui.
Tandis que Mateo le cheval était à terre, le public, à la fin, était lui debout. Il ne boudait pas son plaisir… et il avait bien raison !
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CRITIQUE, opéra. MONACO, Théâtre Antoine, le 12 septembre 2025. « Mateo » de Martin Palmieri. F. Alibert, M. Lécroart, C. Bonnet, R. Mathieu… Ensemble Ad libitum, Carlos Branca (mise en scène), Martin Palmieri (direction). Crédit photographique (c) Philippe Fitte





