Compositeur et improvisateur (au piano) justement célébré, Karol Beffa déclare dans cet essai très pertinent, une indéfectible flamme à l’auteur du Boléro : Maurice Ravel (1875-1937), surtout des deux pavanes que comporte son catalogue ; un catalogue au demeurant des plus variés : le compositeur écrivain souligne d’ailleurs avec raison, la grande inventivité formelle de Ravel : Pavane pour une infante défunte, et Pavane de la Belle au bois dormant (2ème tableau de Ma Mère l’oye).
Comme improvisateur, Karol Beffa a décrypté chaque grille harmonique, chaque mélodie, chaque cadence rythmique du grand magicien Ravel, dont il ne cesse de louer l’art et la puissance du prestigiditateur. Sa musique a l’attrait et le pouvoir d’une irrésistible et magnétique illusion.
L’auteur synthétise avec précision l’état de la connaissance s’agissant du petit homme (à peine 1,60m) qui avait l’air d’un jockey avec haut de forme, encouragé par son père à la composition ; lui-même, passionné de mécaniques complexes et d’automates et dont l’Espagne et ses parfums entêtants, lui permettent de retisser le fil qui remontait aux ancêtres de sa mère… Ce qui fascine chez Ravel, c’est l’absence totale de toute entrave, de toute limite, de tout cadre préétabli ; le génie dans son cas, ose tout, et idéalement : l’orchestrateur, le mélodiste, l’harmoniste enrichissent un spectre sonore inédit, que d’aucun qualifie d’impressionniste, en réalité, Ravel demeure inclassable (il n’eut pas d’élèves à proprement parler, au contraire de son maître Fauré).
Ravel, génie des illusions
Karol Beffa apporte son regard de musicien subjectif, sélectif, admiratif (et fin connaisseur) que le souci d’une exigence première place tel un disciple de Ravel. Depuis l’adolescence, alors jeune compositeur apprenti, Beffa découvre le génie ravélien ; il en détecte les sources et les influences multiples, subtilement mêlées : musiques anciennes, espagnoles, orientales, jazz. Il y a chez Ravel, la passion française du timbre et de la couleur, la maîtrise de l’harmonie (qui en font l’héritier de Rameau et de Berlioz) ; il y a l’intelligence des timbres instrumentaux et la puissance d’une logique continue, préservée ; le génie du détail autant que de l’architecture ; à l’appui des nombreux témoins et proches qui ont été marqués par cet être unique (dont Colette qui disait du regard de Ravel qu’il était celui d’un écureuil – hommage savoureux de la part de l’autrice du livret de son opéra « L’Enfant et les sortilèges » où l’écureuil justement revêt une importance spécifique dans le dénouement de l’action…-, Karol Beffa nous livre son Ravel estimé, chéri, adoré, – arguments et analyses des oeuvres à l’appui. Le lecteur parcourt ainsi, de chapitre en chapitre, ce qui fait la valeur singulière de partitions particulièrement bien connues : après avoir distingué les 2 Pavanes précitées, les textes présentent et expliquent la valeur de Miroirs, Ma Mère l’Oye, Daphnis et Chloé, Le Tombeau de Couperin, La Valse, le Boléro, L’Enfant et les sortilèges, (les) Shéhérazade, … soulignent la place de thématiques récurrentes : L’Espagne, l’Extrême-Orient, le jazz, l’attrait du pastiche ou de la parodie (mais jamais glaçante et ironique ; plutôt onirique et féerique), « contraintes et restrictions », « contraintes et obsessions » (la note répétée à l’infini dans Gibet du triptyque Gaspard de la Nuit ; avec en exergue un cas emblématique de « contrainte digitale » : le Concerto pour piano pour la main gauche,… enfin, les « dernières années » éclairent un pan tragique de la vie de Ravel, dépassé par le désordre psychique qui l’empêche de composer au soir de sa vie…
Peu à peu, la carapace s’efface et l’homme Ravel se précise à l’aulne de son étonnante maîtrise musicale. Distant et secret, non ; plutôt réservé et hypersensible. Celui qui aimait jouer avec les enfants, car il ne perdit jamais son âme d’enfant, se dévoile plus humain, plus juste, plus sincère, sous la plume d’un authentique connaisseur. Pour l’année des 150 ans de Ravel, ce nouveau livre ne pouvait mieux tomber à pic. Incontournable.
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CRITIQUE LIVRE événement. KAROLL BEFFA : « En avant la musique ! Maurice
Ravel ». Parution : 05/02/2025 – 208 pages – Éditions des Équateurs – CLIC de CLASSIQUENEWS été 2025
PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur Éditions des Équateurs : https://editionsdesequateurs.fr/livre/En-avant-la-musique-%21-Maurice-Ravel/351






