C’est dans la superbe de Basilique Notre-Dame de la Daurade, au cœur de la Ville rose, que le Festival international Toulouse les Orgues a donné le coup d’envoi de sa 31e édition. Un concert d’ouverture placé sous le signe de l’audace et de la transcendance, intitulé « L’Eglise à l’Opéra », et qui a tenu toutes ses promesses en réunissant trois forces vives de la scène musicale : le Chœur de l’Opéra national du Capitole, la soprano roumaine (basée à Toulouse) Andreea Soare et l’organiste Karol Mossakowski (sous la direction de Gabriel Bourgoin).
La Basilique Notre-Dame de la Daurade, avec son acoustique généreuse et son orgue monumental, offrait un cadre idéal pour ce programme roboratif, qui débutait par la Pièce héroïque de César Franck. D’emblée, la puissance tellurique de l’instrument, magnifiquement maîtrisée par Karol Mossakowski (titulaire de l’orgue de Saint-Sulpice à Paris) a enveloppé l’auditoire, faisant de son instrument un personnage à part entière, tour à tour orchestre symphonique, confident intime et improvisateur visionnaire.
Le Chœur de l’Opéra national du Capitole, formé de quarante-et-un artistes permanents, a déployé une palette de couleurs d’une superbe richesse. Dans le Chœur des Pèlerins issu de Tannhäuser, les voix masculines ont sculpté une progression dramatique d’une intensité saisissante, portée par une articulation impeccable et un sens du souffle remarquable. Plus tard, la Psalmodia finale – extraite de Mefistofele d’Arrigo Boito – a révélé une homogénéité et une finesse de nuances qui a témoigné du travail exigeant mené (depuis 2022) par Gabriel Bourgoin à la tête de la formation toulousaine.
La soprano Andreea Soare, invitée régulière du Théâtre du Capitole (où elle a dernièrement incarné Donna Anna dans Don Giovanni), a apporté une touche de lumière et de fragilité poignante l’aria extrait d’Edgar de Pucini « Addio, mio dolce amore » —, sa voix a su passer de la prière murmurée à l’élan lyrique avec une aisance confondante. Son timbre, à la fois clair et charnu, a donné à chacune de ses interventions une vérité émotionnelle immédiate.
L’une des grandes réussites de cette soirée réside dans l’intelligence de sa construction. Loin d’être un simple enchaînement d’extraits célèbres, le programme a tissé un fil narratif où chaque pièce répondait à la précédente, les improvisations de Karol Mossakowski servant de contrepoints subtils et de transitions organiques. Le musicien a fait de ces moments des respirations indispensables, des commentaires musicaux qui prolongeaient la ferveur des chœurs sans jamais la rompre. Sa lecture de l’Allegro vivace de la Symphonie en fa majeur de Widor a confirmé son aisance dans le répertoire symphonique, tandis que son incursion dans les pages de Chausson, Wagner ou Mascagni a révélé une sensibilité dramatique aiguë. Ainsi du Chœur final du Roi Arthur d’Ernest Chausson ou du Chœur nuptial extrait de Lohengrin, qui ont permis au chœur de déployer une palette dynamique extrêmement large, du pianissimo le plus recueilli aux explosions les plus jubilatoires. La complicité entre le chef, ses choristes et l’organiste était palpable, chaque respiration, chaque attaque étant pensée comme un tout organique.
La soirée s’est achevée avec des extraits issu de Cavalleria rusticana de Pietro Mascagni – « Regina coeli » et « Inneggiamo il Signor » – qui ont fait vibrer l’assistance d’une ferveur communicative, la soprano Andreea Soare se fondant dans la masse chorale avec une générosité remarquable. Le public, venu en nombre et visiblement conquis, a longuement acclamé les interprètes, obtenant en bis le célébrissime « Va pensiero » tiré de Nabucco. Un choix évident, certes, mais transcendé par la ferveur d’un chœur en état de grâce et par un orgue qui semblait chanter avec lui. L’émotion était à son comble lorsque les dernières notes se sont éteintes sous les voûtes de la Daurade.
Cette soirée d’ouverture a rappelé avec éclat combien le Festival Toulouse les Orgues, créé en 1996 par Michel Bouvard et Jan-Willem Jansen – et dirigé depuis 2014 par Yves Rechsteiner (que nous avons interviewé pour l’occasion) – demeure un rendez-vous incontournable pour les amoureux de l’instrument roi. En associant le patrimoine organistique toulousain à la vitalité d’une formation lyrique de premier plan et à la créativité d’un interprète d’exception, cette 31e édition a d’ores et déjà marqué les esprits. Nul doute que les prochains concerts — du récital de Nathan Laube à Notre-Dame du Taur, dont l’orgue Puget restauré sera à l’honneur, à la Nuit de l’orgue à la Basilique Saint-Sernin — sauront prolonger cette promesse d’excellence et de partage !…
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CRITIQUE, festival. 31e Festival Toulouse les Orgues, Basilique Notre-Dame de la Daurade, le 7 octobre 2026. Andreea Soare (soprano), Choeur de l’Opéra national du Capitole, Karol Mossakowski (orgue), Gabriel Bourgoin (direction). Crédit photo (c) Younes Fahri






