jeudi 22 octobre 2026

CRITIQUE, festival. ST REMY DE PROVENCE, 11ème Festival de Glanum (Site Archélologique), le 16 juillet 2026. VIVALDI / PERGOLESI. Philippe JAROUSSKY (contre-ténor), Gwendoline BLONDEEL (soprano), Ensemble Les Accents, Thibault NOALLY (direction)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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C’est sous un ciel provençal encore brûlant de la journée que s’est ouverte, ce 16 juillet, la 11ème édition du Festival de Glanum. Dans ce décor unique et mirifique, le public a pris place parmi les colonnes et les vestiges de temples romains. Le directeur artistique de la manifestation provençale, Mathieu Herzog, avait une fois de plus tissé une programmation à l’unisson de ce cadre grandiose, tandis que Romain Thomas, maire de Saint-Rémy-de-Provence, et Jean Bosc, président du festival, accueillaient les spectateurs par un discours de bienvenue, leur promettant un voyage au coeur de la musique baroque, avec une chaleur qui faisait écho à celle de cette soirée caniculaire.

 

Ce voyage, les œuvres de Vivaldi et Pergolèse allaient le rendre inoubliable. Car dans ce théâtre de pins centenaires et de pierres millénaires, la musique baroque s’est en effet déployée avec une émotion palpable – comme si les siècles s’effaçaient pour ne laisser place qu’à l’essentiel : la voix, l’âme, la vibration. D’abord grâce au sublime Nisi Dominus de Vivaldi, dans lequel la voix de Philippe Jaroussky s’est élevée, cristalline, presque irréelle. Son timbre, toujours d’une incroyable pureté, a trouvé ici une résonance particulière, comme porté par les pierres elles-mêmes. Chaque ornement, chaque vocalise, semblait dessiner dans l’air des arabesques de lumière, tandis que l’ensemble Les Accents, sous la baguette amoureuse de son fondateur Thibault Noally, tissait un écrin sonore d’une élégance infinie. Puis Gwendoline Blondeel se présenta pour un air solo, avec le bondissant In furore justissimae irae du même Vivaldi. Sa présence scénique, lumineuse, a immédiatement capté tous les regards. Sa voix, d’une sensibilité à fleur de peau, a su incarner avec une intelligence rare la fureur sacrée et la passion du texte.

 

 

Après un court précipité, les deux artistes se réunirent pour une interprétation, qui allait s’avérer souveraine, du fameux Stabat Mater de Pergolèse. Ici, plus de virtuosité gratuite, mais un dialogue intime, presque douloureux, où chaque silence pesait autant que chaque note. La soprano et le contre-ténor se sont livrés à un échange d’une délicatesse bouleversante, faisant naître cette musique à la fois déchirante et consolatrice. Car le Stabat Mater de Vivaldi n’est pas un simple dialogue, mais une fusion de deux âmes en deuil, unis dans la contemplation de la Vierge au pied de la Croix.

Les deux voix, au lieu de s’opposer par des contrastes trop marqués, se sont ici fondues pour ne former qu’une seule entité sonore, créant ainsi un globe de son fascinant où les dissonances et les harmonies du compositeur napolitain ont résonné avec une acuité nouvelle. On peut imaginer que la complicité entre Gwendoline Blondeel et Philippe Jaroussky a permis d’atteindre ce même idéal de communion, où chaque ornement, chaque inflexion est partagée, pour exprimer avec une intensité déchirante la douleur et la résignation.

On a beaucoup écrit sur la modernité du langage de Pergolèse, qui, dans ce dernier chef-d’œuvre, mêle la ferveur sacrée à une expressivité presque profane, annonçant le style classique. Thibault Noally et son ensemble Les Accents a dû faire ressortir cette dualité avec une clarté remarquable : la sobriété dramatique des mouvements lents, où les dissonances des cordes semblent imiter les larmes, et l’énergie plus rythmée, presque extravertie, d’autres passages où transparaît l’esprit de l’opéra bouffe dont Pergolèse fut le maître...

Il faut cependant le dire… ce cadre enchanteur n’a pas épargné les musiciens ! La chaleur étouffante de ce début de soirée, conjuguée à une humidité pesante, a mis à rude épreuve les instruments à cordes. Plus d’un archets a glissé sur des cordes détendues – certaines se sont même cassées avec fracas ! -, et l’on a pu sentir, par instants, le travail silencieux des instrumentistes pour maintenir l’équilibre fragile de leurs violons et altos. Mais c’est là le propre des grands ensembles : dans l’adversité, leur cohésion s’en trouve renforcée. Thibaut Noally et Les Accents, avec une maîtrise et un sang-froid admirables, ont transformé ces obstacles en opportunités, offrant au Concerto pour cordes RV 275 d’une énergie renouvelée… presque sauvage ! Et pourtant, si les instruments pliaient, les voix, elles, restaient indemnes. Quelle prouesse ! Ni l’air moite, ni la fatigue n’ont altéré la pureté des aigus de Jaroussky ni la rondeur chaleureuse du mezzo de Blondeel. Leurs voix semblaient même puiser dans cette atmosphère lourde une matière plus épaisse, plus charnelle. Chapeau bas aux artistes, qui ont offert, dans ces conditions difficiles, une leçon d’art et de métier !

La fin du programme aurait pu suffire au bonheur du public, debout, applaudissant avec une ferveur incroyable. Mais Thibault Noally, complice de ses solistes, avait réservé une dernière surprise. En bis, les deux chanteurs interprété un extrait du Credo de Vivaldi, un élan de foi et de joie qui a fini d’embraser les ruines antiques, déjà incendiées par les éclairages rougeâtres de l’éclairagiste aux manettes des lumières. L’allégresse de cet instant, la communion entre les artistes et son public, ont scellé cette soirée comme un moment de grâce absolue. La magie du Site Antique de Glanum – et de son attachant festival – n’ont pas fini de soulever l’enthousiasme !…

 

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CRITIQUE, festival. ST REMY DE PROVENCE, 11ème Festival de Glanum (Site Archélologique), le 16 juillet 2026. VIVALDI / PERGOLESI. Philippe Jaroussky (contre-ténor), Gwendoline Blondeel (soprano), Ensemble Les Accents, Thibault Noally (direction). Crédit photo (c) David Richalet

 

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