samedi 17 octobre 2026

CRITIQUE, festival. LOURMARIN, 26ème Festival des Musiques d’été au Château de Lourmarin, le 11 août 2025. SCARLATTI / DEBUSSY / LISZT… Ryutaro SUZUKI (piano)

A lire aussi
Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
image_pdfTélécharger (.pdf)

Quelle soirée ! Hier mardi 11 août, dans l’écrin incomparable de la Grande Salle d’Honneur du Château de Lourmarin, la 26ème édition du Festival des Musiques d’été au Château de Lourmarin (qui illumine les soirées du Sud Luberon jusqu’au 11 octobre) nous a offert un moment de pure grâce musicale. Plus qu’un simple concert, c’était une célébration de l’art dans un lieu chargé d’histoire et de vocation. Rappelons-le : ce château, joyau architecturale de la Provence, n’est pas seulement d’une beauté à couper le souffle, avec ses pierres blondes et ses jardins somptueux ; c’est aussi une véritable « petite villa Médicis« , un sanctuaire où de jeunes artistes de talent sont accueillis en résidence pendant de longues semaines chaque été, pour mûrir leur art dans ce cadre inspirant.

 

Et c’est l’un de ces artistes familiers des lieux, le pianiste japonais Ryutaro Suzuki, qui se présentait (pour la quatrième fois !) sur la petite estrade emménagée devant l’immense cheminée de la salle principale du château, devant un public de 200 Happy Few, le concert affichant complet. Une fidélité qui parle d’elle-même, témoignant d’une profonde symbiose entre l’artiste et ce lieu unique. Suzuki n’était pas seulement en concert ici ce soir, il était aussi en résidence in loco pour la quatrième fois – une relation rare et précieuse qui a imprégné toute la soirée.

 

Première Partie : Un Voyage à Travers les Siècles et les Mers

Dès les premières notes des Trois Sonates de Domenico Scarlatti (K.27 Allegro, K.141 Allegro, K.380 Andante commodo), Suzuki a captivé l’auditoire. Son toucher était d’une clarté cristalline, faisant briller l’articulation baroque avec une énergie rythmique contagieuse dans les deux Allegri, tandis que l’Andante commodo déployait une sérénité et une fluidité envoûtantes. Puis, il nous a transportés dans l’univers impressionniste de Claude Debussy. Les « Collines d’Anacapri » ont scintillé sous ses doigts, évoquant la lumière méditerranéenne avec une palette de couleurs sonores étourdissante. La « Cathédrale engloutie » qui a suivi fut un moment d’une intensité rare : les basses grondantes, les carillons mystérieux et la progression majestueuse ont créé une atmosphère presque surnaturelle, magnifiée par l’acoustique généreuse de la salle. Un moment de pure magie. Le Voyage – tel qu’annoncé en début de concert par l’artiste lui-même, dans un français par ailleurs excellent ! – s’est poursuivi avec un détour enchanteur par le Mexique. La Gavotte de Manuel Ponce (1882-1948) a charmé par son élégance nostalgique et son rythme dansant, tandis que le virtuose « Caprice de concert » de son compatriote Julio Ituarte (1845-1905) a littéralement électrisé la salle. Suzuki y a déployé une technique époustouflante et un sens du panache communicatif, terminant la première partie sous une salve d’applaudissements mérités.

 

Seconde Partie : Du Feu Argentin à la Romance Vénitienne

Après l’entracte, l’énergie a changé de registre avec les « Danses argentines Op.2 » de l’argentin Alberto Ginastera (1916-1983). Quelle explosion rythmique et coloristique ! La « Danse du vieux bouvier » était d’une sauvagerie et d’une pesanteur maîtrisée, la « Danse de la jolie jeune fille » d’une grâce espiègle et légère, et la « Danse du gaucho rusé » a clôturé le triptyque avec un brio et une énergie folle, mettant en valeur toute la puissance et l’agilité du pianiste. Puis, Suzuki nous a offert un contraste sublime avec la Barcarolle Op.60 de Frédéric Chopin. Ici, pas de démonstration technique, mais l’expression pure d’une poésie profonde et d’une mélancolie rêveuse. Enfin, le voyage s’est achevé en Italie avec les trois extraits de « Venezia e Napoli » de Franz Liszt (supplément aux Années de Pèlerinage). La « Gondoliera » a bercé la salle de ses mélodies populaires envoûtantes, la « Canzone » (d’après Rossini) a déployé une cantabilité opératique magnifique, et la « Tarantella » finale a embrasé le clavier ! Un tourbillon endiablé, une démonstration de virtuosité transcendante où Suzuki a semblé défier les limites de l’instrument, soulevant l’enthousiasme du public jusqu’à l’incandescence.

 

Rappels et Bis : La Magie Continue

Les ovations ont été immédiates, prolongées et chaleureuses. Ryutaro Suzuki, visiblement ému par l’accueil, est revenu à plusieurs reprises saluer un public conquis. Et quels bis ! D’abord, une perle nordique avec le sublime Impromptu de Jean Sibelius, interprété avec une délicatesse et une poésie intimiste qui ont captivé. Puis, un retour au Mexique avec l’Intermezzo de Manuel Ponce, pièce lyrique et charmante, clôturant ce voyage musical en beauté sur une note de douceur et de raffinement.

La soirée d’hier au Château de Lourmarin restera gravée dans les mémoires. Ryutaro Suzuki, dans ce lieu qui lui est si cher, a offert une performance d’une intelligence musicale, d’une virtuosité éblouissante et d’une sensibilité rare. L’alchimie entre le cadre historique majestueux, l’acoustique généreuse, la programmation éclectique et passionnante, et le talent exceptionnel d’un artiste en parfaite symbiose avec son instrument et son public, a créé une magie indéniable. Vivement sa cinquième résidence maintenant !…

 

 

______________________________
CRITIQUE, festival. LOURMARIN, 26ème Festival des Musiques d’été au Château de Lourmarin, le 11 août 2025. SCARLATTI / DEBUSSY / LISZT… Ryutaro SUZUKI (piano). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

Le 26ème Festival des Musiques d’été au Château de Lourmarin se poursuit jusqu’au 11 octobre, plus d’information en cliquant ici.

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

OPÉRA ROYAL DE VERSAILLES. MOZART : Don Giovanni, les 7, 8, 11, 14 et 15 novembre 2026. Gaétan Jarry / Marshall Pynkoski

Don Giovanni, dramma giocoso commandé par l’Opéra de Prague immédiatement après le succès des Noces, est une œuvre clé, le sommet...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img