samedi 17 octobre 2026

CRITIQUE, festival. HORSLEY, Grange Park Opera, le 10 juillet 2026. WAGNER : Das Rheingold. J. Rutherford, R. Nicholls, D. Stout, M. Rose… Charlie Edwards / Harry Sever

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Mike Smith
Mike Smith
Mike écrit des chroniques de spectacles, en particulier pour la danse et à l'opéra. Il est basé au Royaume-Uni, mais travaille à l'International. Il est également journaliste de voyage. Il enseigne l'histoire ancienne et le journalisme à l'Université de Cardiff, au Pays de Galles. Mike Smith est également rédacteur en chef d'Arts Scene in Wales (asiw.co.uk).
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Débuter un nouveau Ring de Richard Wagner constitue toujours un pari artistique. Pour inaugurer la nouvelle Tétralogie du Grange Park Opera, Charlie Edwards propose une lecture aussi séduisante qu’intelligente: faire de l’électricité la véritable métaphore du pouvoir. Une idée d’une grande cohérence dramaturgique… que le sort voulut voir contrariée… par une panne technique bien réelle !

Le public avait pourtant été prévenu d’un tout autre danger. En raison de la chaleur, Das Rheingold devait exceptionnellement être interrompu quinze minutes. Finalement, la température ne posa aucun problème; ce furent les projections vidéo, élément essentiel de la scénographie, qui perturbèrent près de la première heure de représentation.
Les images projetées sur un voile placé à l’avant-scène s’interrompaient puis réapparaissaient sans raison apparente. Comme Edwards revendique une esthétique inspirée du premier Ring de Bayreuth de 1876, avec ses machineries visibles et ses illusions théâtrales assumées, il était d’abord difficile de savoir si ces ruptures faisaient partie du spectacle. Lorsque les projections disparaissaient, les trois Filles du Rhin, Ailish Tynan, Olivia Rose Tringham et Charlotte Bateman, redevenaient soudain visibles sur leurs escabeaux. L’effet pouvait sembler volontaire. Il ne l’était pas…

 

 

Cette ironie n’en était que plus savoureuse puisque toute la production repose précisément sur la naissance d’un monde alimenté par une nouvelle énergie. Chez Edwards, Alberich extrait une puissance nouvelle des profondeurs du Nibelheim avant qu’elle n’alimente progressivement le Rhin, les Géants puis le Walhalla lui-même. Cette vision rejoint admirablement les inquiétudes de Wagner face à la société industrielle. Voir cette lecture interrompue par un véritable court-circuit relevait presque de la mise en abyme.
Une fois les difficultés techniques résolues, la qualité de la production apparaît pleinement. Les costumes victoriens de Gabrielle Dalton installent immédiatement l’action dans une Angleterre industrielle. L’or du Rhin devient un câble incandescent; les géants sont des bâtisseurs autant que des électriciens; le Walhalla prend l’allure d’une vaste demeure bourgeoise avant d’évoquer un temple antique.

Le plus beau tableau est sans conteste le Nibelheim, transformé en salle de contrôle d’une immense centrale électrique. Alberich, désormais grand capitaine d’industrie, y terrorise Mime au moyen de véritables décharges électriques. Adrian Thompson prête à ce dernier une humanité bouleversante, portant presque seul toute cette scène. Tout n’emporte pas la conviction. Les métamorphoses du dragon et du crapaud, réduites à de simples projections, manquent de relief, tandis qu’un puissant projecteur braqué sur le public paraît plus envahissant que véritablement signifiant. Mais l’essentiel est ailleurs. Edwards rappelle avec force que Das Rheingold raconte avant tout le prix du pouvoir. Alberich renonce à l’amour pour la richesse; Wotan sacrifie son autorité morale pour un palais qu’il ne peut payer. Plus subtilement encore, le metteur en scène installe le Nibelheim derrière les murs mêmes du Walhalla, révélant que la prospérité des dieux repose sur un travail invisible.

 

 

La distribution défend magnifiquement cette vision. David Stout domine la soirée avec un Alberich d’une intensité exceptionnelle. Matthew Rose et David Shipley donnent une véritable stature tragique aux deux géants. James Rutherford campe un Wotan délicieusement précieux, tandis que Mark Le Brocq fait de Loge un observateur ironique, notant dans un petit carnet chacune des erreurs divines. Rachel Nicholls apporte une émotion sincère à Freia, seule véritable figure de compassion lorsque Fasolt succombe. Sara Fulgoni impressionne par une Erda surgissant du milieu du public, comme si la Terre elle-même venait interrompre le cours de l’action.

À la tête de l’Orchestra of English National Opera, Harry Sever confirme les promesses déjà entrevues au festival de Longborough auprès de son mentor Anthony Negus. Sa direction conjugue énergie dramatique, transparence orchestrale et remarquable sens de l’architecture. Et la comparaison est inévitable: si Longborough demeure aujourd’hui encore la référence pour entendre du Wagner en Grande Bretage, Grange Park affirme avec cette nouvelle Tétralogie des ambitions parfaitement légitimes !…

 

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CRITIQUE, festival. HORSLEY, Grange Park Opera, le 10 juillet 2026. WAGNER : Das Rheingold. J. Rutherford, R. Nicholls, D. Stout, M. Rose… Charlie Edwards / Harry Sever. Crédit photo (c) Droits réservés

 

 

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