La Biennale de Danse de Lyon est l’un des festivals de danse les plus prestigieux au monde, attirant chaque année des artistes et des spectateurs venus des quatre coins de la planète. Fondée en 1984, cet événement majeur célèbre sa 21e édition en 2025, sous la direction artistique de Tiago Guedes (ancien directeur artistique du Teatro Rivoli de Porto). Guedes, chorégraphe et danseur portugais reconnu pour son approche innovante et inclusive, insuffle un vent de renouveau à cette édition, mêlant performances audacieuses, diversité culturelle et explorations chorégraphiques profondes. Au cœur de cette Biennale, l’Opéra de Lyon présente un programme exceptionnel (du 7 au 13 septembre 2025) : “Nuits transfigurées” (une coproduction entre la Biennale de la Danse et l’Opéra de Lyon). Ce triptyque réunit le Ballet de l’Opéra de Lyon et trois chorégraphes aux univers distincts mais complémentaires – Anne Teresa De Keersmaeker, Mercedes Dassy et Katerina Andreou -, chacune offrant une interprétation unique de la nuit, entre passion, utopie et énergie brute.
Anne Teresa De Keersmaeker, figure emblématique de la danse contemporaine, revisite sa pièce Verklärte Nacht (« Nuit transfigurée »), inspirée de la partition musicale d’Arnold Schönberg et du poème de Richard Dehmel. Créée à l’origine en 1995 comme une pièce de groupe, cette version est ici condensée en un duo intense, où les corps des danseurs – Amanda Lana et Jeshua Costa – deviennent le reflet des émotions les plus profondes : amour, trahison et rédemption. La musique romantique de Schönberg, diffusée par des enceintes, guide les mouvements précis et expressifs des interprètes, créant une atmosphère à la fois intime et dramatique. Les crescendi musicaux se traduisent par des enlacements et des séparations, symbolisant la confession d’une femme à son amant è une grossesse issue d’un autre homme – et la transformation de leur relation sous la lumière lunaire. La chorégraphie, minimaliste mais puissante, révèle l’essence même de la nuit : un espace où les passions se déchaînent et les corps se transfigurent.
Après un précipité, c’est au tour de Mercedes Dassy, artiste bruxelloise engagée, de présenter Deepstaria bienvenue, créé en 2020 pour le Ballet de l’Opéra de Lyon, cette fois avec les 5 danseurs/danseuses (Yuya Aoki, Tyler Galster, Alejandro Vargas, Anna Romanova et Roylan Ramos). Cette pièce plonge le public dans une réflexion sur l’utopie et les incertitudes de l’avenir. Dassy, connue pour son travail à la croisée de l’intime et du politique, utilise ici une gestuelle hybride – parfois hypnotique, parfois frénétique – pour explorer les notions de résilience et de métamorphose. La scène, baignée d’une lumière tamisée conçue par Rudy Parra, devient un laboratoire où le corps se déconstruit et se reconstruit, questionnant nos repères identitaires. La musique de Jean-Pierre Barbier ajoute une dimension sensorielle, mêlant voix et sons électroniques pour créer une ambiance quasi onirique. Deepstaria bienvenue est une invitation à embrasser l’inconnu, à trouver la beauté dans le chaos, et à imaginer un futur où les normes sont brouillées.
Pour clore le triptyque, Katerina Andreou offre une expérience électrisante avec WE NEED SILENCE, une pièce collective basée sur son solo BSTRD. Andreou, associée au Centre Chorégraphique National de Caen, puise dans la culture house et les samples musicaux pour créer une œuvre où le son et le mouvement fusionnent dans une énergie raw et pulsative. Les danseurs du Ballet de l’Opéra de Lyon, vêtus de costumes minimalistes, évoluent sur un plateau illuminé par les lumières de Yannick Fouassier, tandis qu’une bande-son – composée par Andreou elle-même et Éric Yvelin – envahit l’espace, avec un mélange de basses continues et de fragments rythmiques. Le titre, WE NEED SILENCE, est ironique : loin du calme, la pièce sature les sens pour mieux révéler ce que nous ne voyons ou n’entendons plus dans notre quotidien. C’est une plongée dans la nuit comme espace de libération, où la danse devient un acte de résistance et de célébration.
Le triptyque Nuits transfigurées résume à lui seul l’esprit de cette 21ème Biennale de la Danse de Lyon : audacieux, diversifié et profondément humain. Sous l’impulsion de Tiago Guedes, le festival continue de repousser les limites de la danse contemporaine, offrant aux spectateurs des expériences qui marquent les corps et les esprits. Ne manquez pas les événements à venir (jusqu’au 28 septembre), cette 21e édition s’annonçant déjà comme particulièrement excitante !
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CRITIQUE, festival de Danse. LYON, 21e Biennale de Danse de Lyon (Opéra de Lyon), le 9 septembre 2025. Anne Teresa De Keersmaeker + Mercedes Dassy + Katerina Andreou : « Nuits transfigurées » par le Ballet de l’Opéra de Lyon. Crédit photographique (c) Marc Domage







