mercredi 7 octobre 2026

CRITIQUE, festival. BAYREUTH, Festspielhaus, le 5 août 2025. WAGNER : Die Meistersinger von Nürnberg. G. Zeppenfeld, C. Nilsson, M. Spyres… Matthias David / Daniele Gatti

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Robin Burfield
Robin Burfield
Robin Burfield est basé au Royaume-Uni, et il critique des spectacles à travers son pays et un peu partout en Europe. Il est également un écrivain de voyage expérimenté. Sa carrière professionnelle comprend une expertise en tant que spécialiste en informatique, notamment dans le domaine de la santé.
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Dès l’apparition du logo indubitable de la Vache qui rit dans le programme,
il était clair que ces Meistersinger von Nürnberg allaient renverser la table – et ils l’ont fait avec une vraie conviction musicale et une totale exubérance théâtrale. De fait, dans la nouvelle production hilarante et visuellement époustouflante de Matthias Davids, le seul opéra-comique de Richard Wagner est ici transposée dans une joyeuse fête paysanne. La scène finale de l’Acte III devient une grande kermesse villageoise, sous l’arche menaçante d’une vache géante gonflable – une pièce maîtresse visuelle audacieuse qui caractérisait l’esprit joyeux et irrévérencieux de la production. Si le cadre penchait davantage vers le moderne que le médiéval, et que les Maîtres Chanteurs eux-mêmes étaient dépeints comme un club d’hommes plutôt dépassé – avec ses règlements absurdes et ses excentricités vestimentaires –, le cœur de l’œuvre restait fermement ancré dans la partition.

 

Le chef italienDaniele Gatti a dirigé l’Orchestre du festival de Bayreuth avec intelligence et sensibilité, apportant de l’effervescence aux morceaux tumultueux tout en faisant savourer les passages tendres et introspectifs de l’opéra. Il a laissé la musique respirer pendant les monologues de Sachs tout en veillant à ce que les scènes de foule plus anarchiques scintillent d’une vitalité rythmique.

L’excellence vocale a illuminé la soirée. Georg Zeppenfeld n’est peut-être pas le Sachs le plus puissant vocalement, mais son interprétation était profondément humaine et émotionnellement forte. Sa capacité à façonner le texte et à transmettre le poids philosophique de l’introspection de Sachs a rendu sa performance à la fois émouvante et musicalement captivante. Sa complicité avec Michael Spyres dans le rôle de Stolzing était palpable : Spyres, avec son ténor doré et aisé et son phrasé héroïque, a apporté à la fois du lyrisme, une clarté naturelle et de l’ardeur au rôle – et sa grande scène du « concours de chant » a été interprété avec une beauté superbement naturelle. Christina Nilsson, dans le rôle d’Eva, a allié une présence scénique radieuse à un soprano opulent qui planait au-dessus de l’orchestre sans perdre en chaleur. Ses échanges de l’Acte II avec Sachs et Stolzing irradiaient d’une passion juvénile et d’un contrôle vocal, tandis que son positionnement – littéralement enchâssée dans un étalage extravagant de fleurs – ajoutait une résonance symbolique à l’idéalisme et au charme naturel de son personnage. Matthias Stier a apporté une sincérité attachante et une agilité vocale à David, maniant l’écriture virtuose avec précision. Mais c’est le Sixtus Beckmesser de Michael Nagy qui a volé la vedette scène après scène. On rencontre rarement une synthèse aussi complète entre le timing vocal et comique : le chant de Nagy était souple, riche et nuancé, tandis que son portrait était vraiment drôle, frisant la farce. Qu’il se chamaille avec Sachs ou qu’il massacre la mélodie de Stolzing pendant le concours, il a équilibré les éléments spirituels du rôle avec une véritable musicalité.

Malgré tous les plaisirs visuels et l’humour, les grands chœurs et les riches moments orchestraux, les climax de la soirée sont venus des chanteurs. Le quintette de l’Acte 3 (Spyres, Zeppenfeld et Nilsson avec Stier et Magdalena de Christa Mayer) a atteint une beauté inoubliable. Le Chœur du festival de Bayreuth, lui aussi, mérite des éloges – non seulement pour sa cohésion musicale, mais pour son engagement théâtral pur et simple. Qu’ils apparaissent en joyeux villageois, en imitateurs de Merkel, ou en maîtres-chanteurs défoncé tirant sur un joint, ils ont maintenu une clarté de ligne et une concentration dramatique tout au long du spectacle.

On peut cependant regretter que cette approche « feel-good » de l’opéra préféré d’Hitler, composé par le plus grand antisémite de la musique, manque de la controverse et du mordant de la dernière production accrocheuse vue à Bayreuth (et imaginée par Barrie Kosky). Pourtant, en fin de compte, même si ces Meistersinger ont porté des couronne de fleurs et dansé dans le foin avec une vache gonflable, sa colonne vertébrale musicale était bel et bien solide, et sa distribution vocale de premier ordre !

 

 

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CRITIQUE, festival. BAYREUTH, Festspielhaus, le 5 août 2025. WAGNER : Die Meistersinger von Nürnberg. G. Zeppenfeld, C. Nilsson, M. Spyres… Matthias David / Daniele Gatti.Crédit photographique © Bayreuther Festpiele / Enrico Nawrath

 

 

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