Au lendemain du premier spectacle de la 37e édition du Festival lyrique d’Aix-les-Bains, quelle nouvelle fête ! Après la frénésie d »Une Nuit chez Jacques Offenbach », le festival savoyard offrait à son public un nouvelle aventure pleine de fantaisie et de folie, avec le flamboyant « Suivez le Guide ! », nouvelle pépite signée Jean-François Vinciguerra et Estelle Danvers, la directrice artistique de la manifestation culturelle aixoise : un voyage fantaisiste à travers l’opéra-comique, l’opérette et la comédie musicale, toujours en compagnie du fidèle pianiste Thomas Palmer, du magicien des lumières Luc Khiari, et d’une grande parie de la troupe de la veille, à laquelle s’est rajoutée la lumineuse soprano légère Laurène Paterno.
Le postulat de cette création originale et ludique ? Un guide touristique (Jean-François Vinciguerra évidemment !) et un groupe de visiteurs (incarné ici par des membres de la troupe Lychore) se retrouvent propulsés dans un univers parallèle à la suite d’un incident électrique. Comme dans le célèbre film Une nuit au musée, les décors, les partitions et les personnages s’animent soudainement. Solistes, choristes et danseurs – jusqu’alors figés, depuis une bonne quinzaine de minutes, au fur et à mesure que le public intégrait la superbe salle du Théâtre du Casino !) – embarquent alors les spectateurs dans un burlesque voyage temporel et musical, où les frontières entre les époques et les genres s’effacent avec une allégresse communicative.
Le ton est d’emblée donné avec le délirant Quatuor chinois extrait de Ba-ta-clan, où Éléonore Pancrazi, Laurène Paterno, Jérémy Duffau et Jean-François Vinciguerra rivalisent d’énergie dans un numéro d’anthologie. La soirée s’annonce éclectique, et elle tiendra toutes ses promesses. On bascule aussitôt dans l’irrésistible « Aux armes ! » d’Orphée aux Enfers, porté par les quatre chanteurs et le Chœur du Festival Lyrique, avant que Laurène Paterno ne nous offre un moment de grâce avec « J’aurais voulu danser » tiré de My Fair Lady, prouvant que l’opérette peut volontiers tendre la main à la comédie musicale. La Belle Hélène n’est pas en reste : les chœurs nous gratifient des deux facétieux couplets d‘« Voici le bouillant Achille » et « Voici le roi barbu Agamemnon », dans une mise en scène qui joue avec malice des clichés de la Grèce antique revisités par Offenbach… et Jean-François Vinciguerra ! Jérémy Duffau en brigand impénitent (mais grimé ici en mariachi), nous régale ensuite de son interprétation truculente de « Y’a des gens qui se disent espagnols » (Les Brigands), tandis qu’Éléonore Pancrazi (en Baronne allemande au fort accent teutonique) incarne avec une verve irrésistible l’Alsacienne de Lischen et Fritzchen aux côtés de Jean-François Vinciguerra (affublé, lui, d’un costume de Général romain).
La Grande-Duchesse de Gérolstein fait ensuite son entrée avec l’étincelant « Dites-lui qu’on la remarque », où la complicité entre Éléonore Pancrazi et Jérémy Duffau atteint des sommets. Puis vient le temps de l’évasion viennoise : Laurène Paterno et Jérémy Duffau nous offrent le délicat « Prendre le thé à deux » extrait du Pays du Sourire de Lehár, tandis que la Compagnie Lychore déploie toute sa grâce dans un superbe Ballet chinois tiré de la même œuvre. Le spectacle s’emballe avec les Cloches de Corneville de Planquette (« Ding, ding, dong, sonne donc ») portées par Laurène Paterno et le Chœur du festival lyrique, avant de plonger dans l’ivresse straussienne : « Vive le Champagne » de La Chauve-Souris fait tourner les têtes, et l’« Unter Donner und Blitz » de Johann Strauss, magnifiquement dansé par la Compagnie Lychore, électrise la salle. Le final de l’acte II de La Chauve-Souris réunit alors tous les artistes pour un premier bouquet grandiose.
Dans la Seconde partie, place à la rêverie avec le Divertissement des Songes et des Heures extrait d’Orphée aux Enfers, où Éléonore Pancrazi, le chœur et les danseurs de Lychore créent une atmosphère onirique, avant que Jean-François Vinciguerra ne surgisse avec le truculent « Par Saturne, quel est ce bruit » qui renoue avec la farce. Laurène Paterno, en héroïne lunatique, livre un touchant « Je suis nerveuse » du Voyage dans la Lune, tandis que Vinciguerra, en pauvre laitier rêveur, émeut la salle avec « Ah, si j’étais riche » du Violon sur le toit, prouvant que l’humour le plus débridé côtoie ici l’émotion la plus sincère. De son côté, Éléonore Pancrazi reprend les rênes avec l’explosif « Ah ! que j’aime les militaires » de La Grande-Duchesse, avant de partager avec Laurène Paterno les « Jours fortunés » de La Fille de Madame Angot de Lecocq, un duo d’une élégance rare. La folie douce atteint son paroxysme avec le hilarant « Sautez dessus » de La Périchole, où Jean-François Vinciguerra, Éléonore Pancrazi, Jérémy Duffau, Jean-Charles Caustier et Antoine Perrier, emmenés par le chœur, transforment la scène en un véritable cirque lyrique.
Et puis vient le grand final : Jérémy Duffau, en véritable chef d’orchestre de la fête, enchaîne un pot-pourri irrésistible de mélodies de Francis Lopez – « Il est un coin de France » du Chanteur de Mexico, « La belle de Cadix », « Rossignol de mes amours », « Andalousie », « L’amour est un bouquet de violettes » des Violettes impériales, « Gipsy » et « Mexico » – dans une débauche de couleurs, de voix et de mouvements où chœur et ballet semblent ne faire plus qu’un. La salle, conquise, reprend en chœur les refrains les plus célèbres, avant que le vibrant « C’est l’amour » tiré des Saltimbanques de Louis Ganne ne réunisse l’intégralité de la troupe pour un ultime adieu chargé d’émotion.
Avec « Suivez le guide », Jean-François Vinciguerra et Estelle Danvers ont offert au public un spectacle total, un véritable patchwork de bonheur où chaque numéro est une surprise, chaque interprète un joyau. Les lumières de Luc Khiari, tantôt feutrées, tantôt explosives, ont accompagné cette chevauchée fantastique avec un brio constant, tandis que le pianiste Thomas Palmer, véritable âme musicale de la soirée, a tenu la barre avec une énergie et une virtuosité impressionnantes.
En quatre ans, Estelle Danvers a insufflé au Festival Lyrique d’Aix-les-Bains une vitalité et une audace qui font désormais son identité. Cette édition 2026 restera comme celle où l’opérette, libérée des ors poussiéreux, est devenue une fête populaire, généreuse et résolument moderne. Alors, quand le guide nous invite à le suivre, on n’hésite plus qu’une seconde : on embarque, et on en redemande !
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CRITIQUE, festival. AIX-LES-BAINS, 37ème Festival Lyrique d’Aix-les-Bains (Théâtre du Casino), le 19 juillet 2026 (15h). « Suivez le Guide ! ». L. Paterno, J. Duffau, E. Pancrazi, J. F. Vinciguerra. Compagnie Lychore, Thomas Palmer (piano), Estelle Danvers et Jean-François Vinciguerra (mise en scène). Crédit photo (c) Andéol Ribon





