Le rideau s’ouvre au Théâtre de l’Archevêché et nous voici transportés dans un salon du dix-huitième siècle : boiseries blondes, lumière tamisée. Il flotte un parfum d’iris et de crinoline. Passent des robes à panier, des perruques, des bas de soie. Les silhouettes glissent, portées par la musique. La musique — ô la musique ! — celle de Francesco Cavalli nous prend par la taille et nous entraîne dans un bal baroque. C’est La Calisto de Cavalli que l’on donne ce soir.
Le spectacle est magnifique. Il s’inscrit dans la grande et belle tradition des beaux spectacles du Festival d’Aix. L’Archevêché a vu passer bien des fastes, celui-ci est un bijou. Aix-en-Provence aime Cavalli, ce compositeur italien auteur d’une quarantaine d’opéras. Deux de ses ouvrages ont déjà été représentés : Elena en 2013 et Erismena en 2017. Mais c’était au Théâtre du Jeu de Paume. A présent Cavalli a pris du galon. Il a droit à la scène du Théâtre de l’Archevêché. Comme un seigneur. Il peut s’asseoir à la même table que Mozart. Sa Calisto a été prise en mains par la metteuse en scène néerlandaise Jetske Mijnssen. Avant de monter son spectacle, celle-ci a relu Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. Elle a plongé son histoire dans l’ambiance de ce roman amoureux et libertin. Mais ici, les hommes ne sont pas les seuls concernés. Il y a aussi les dieux. L’Olympe se retrouve dans le boudoir de la marquise de Merteuil. Et voilà que se présentent Jupiter, son épouse Junon, son fils Mercure, sa fille Diane, la Nymphe Calisto. Tous sont issus des Métamorphoses d’Ovide. Les relations amoureuses vont et viennent. Entre hommes aussi bien qu’entre femmes. On ne sait plus qui est qui, qui va où, qui aime qui, qui se fait repousser par qui. Le désir change de forme, de sexe, d’humeur — il vole, il s’épuise, il reprend. Jupiter se transforme en Diane pour séduire Calisto. Junon, jalouse, transforme Calisto en ourse. Jupiter la transcende en constellation (la Grande ourse). C’est ainsi qu’on vit dans l’Olympe !
La distribution vocale est en tous points brillante. Voici Calisto, nymphe et proie, toute de fraîcheur : la jeune Lauranne Oliva lui prête sa voix lumineuse, limpide même souffrante le soir où nous l’avons entendue (une annonce a été faite…). Jupiter a le timbre souverain d’Alex Rosen. Il n’hésite pas à transformer sa belle voix de basse envoix de tête pour se faire passer pour Diane. Sourires du public ! Giuseppina Bridelli, en Diane, baroque à souhait, manie la séduction avec aisance. À ses pieds, Paul-Antoine Bénos-Djian, Endymion gracieux, tournoyant, soupirant. Anna Bonitatibus – Junon trompée, mais fière – gronde, se fait tragédienne. Dans ce monde baroque où les hommes chantent dans des tessitures de femmes et vice-versa, on est touché par le ténor Zachary Wilder, incarnant la vieille Linfea qui n’a jamais connu l’amour. Le baryton Dominic Sedgwick fait monter la température : il est brillant Mercure ! Autour d’eux, tout un petit monde de dieux d’apparat : Pan, Sylvain, le Petit Satyre – trio pétillant. Tout cela fait une distribution homogène, de belle qualité.
Et tout cela repose sur la base solide d’un Ensemble Correspondances conduit avec sérieux, avec maîtrise, avec une rigueur souple et une élégance ferme par Sébastien Daucé. Depuis sa création à Venise, en 1651, jamais, peut-être, l’opéra La Calisto n’avait été représentée avec autant de soin. Il restera l’un des fleurons du Festival d’Aix !
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CRITIQUE, festival. AIX-EN-PROVENCE, Théâtre de l’Archevêché, le 20 juillet 2025. CAVALLI : La Calisto. L. Oliva, A. Rosen, G. Bridelli… Jetske Mijnssen / Sébastien Daucé. Crédit photographique © Monika Ritterhaus




