Le 29 juin 2025 restera gravé comme une date emblématique du 46e Festival Montpellier Danse, un soir où la mémoire et le mouvement se sont confondus dans une célébration unique. Dans l’écrin magnifique de l’Agora – Cité Internationale de la Danse, installée dans l’ancien Couvent des Ursulines, Mathilde Monnier, l’ancienne directrice du Centre chorégraphique national de Montpellier, a offert au public un spectacle de toute beauté, intitulé Territoires.
La proposition s’est imposée d’emblée comme une expérience inédite. La soirée ne se déroulait pas sur une scène traditionnelle, mais dans les différents espaces de ce lieu chargé d’histoire, véritable berceau de la danse contemporaine. Le principe était aussi audacieux que séduisant : une quinzaine d’interprètes, mêlant danseurs confirmés et jeunes talents du master d’interprétation, s’emparaient d’une multitude d’extraits du vaste répertoire de la chorégraphe. Comme dans un musée, le public était libre de déambuler, de flâner, de choisir son propre parcours, allant et venant au gré de ses envies pour découvrir ces séquences dansées dans l’ordre qui lui plaisait. Une véritable anthologie éparse, vivante, qui transformait chaque spectateur en acteur de sa propre expérience esthétique.
Ce qui a fait l’immense force de ce spectacle, c’est la manière dont Mathilde Monnier a su tisser un lien entre le passé et le présent. Ce lieu, l’Agora, est celui où la plupart de ses pièces ont été créées lors des précédentes éditions du Festival Montpellier Danse. Rejouer ces fragments – de Pour Antigone (1993) à ses créations les plus récentes – dans cet espace qui les a vus naître conférait à chaque geste une résonance émotionnelle particulière, une profondeur bouleversante. Les danseurs, habités par une concentration palpable et une joie de danser communicative, partageaient le même espace que les spectateurs-visiteurs, effaçant la frontière traditionnelle entre la scène et la salle. Cette proximité rare créait une communion intense, où l’on pouvait ressentir le souffle des interprètes, la puissance de leur engagement.
Mathilde Monnier l’a magnifiquement formulé : en sortant les gestes de leur contexte chorégraphique original, on leur redonne une actualité, une autonomie. Ils ne sont plus de simples souvenirs de spectacles passés, mais deviennent des gestes pour le présent, offerts au regard et à l’émotion du public. La chorégraphe a ainsi construit une œuvre puissante sur la transmission et la mémoire de la danse, une réflexion profonde sur notre rapport au temps. Chaque séquence dansée, chaque extrait rejoué, faisait coexister plusieurs temporalités, créant un dialogue entre l’hier et l’aujourd’hui pour constituer notre temps présent.
Territoires a été un véritable triomphe, salué par un public enthousiaste et conquis par cette proposition audacieuse. En convoquant son propre passé avec une générosité et une intelligence rares, Mathilde Monnier a rappelé avec une grâce infinie que la danse est un art de la vie, du mouvement perpétuel. Cette soirée restera comme un moment de grâce absolue, une célébration de la mémoire et de la création, où chaque spectateur est reparti avec une partition intime de gestes et d’émotions. Un spectacle incontournable qui a magnifiquement ouvert les possibles du festival.
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CRITIQUE, festival. 45ème festival « Montpellier Danse ». MONTPELLIER, Couvent des Ursulines, le 29 juin 2025. « Territoires » par Mathilde MONNIER. Crédit photographique © Léa Barbieri







